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> ALLER / VENIR
De l’aéroport international de Bangkok, dans le hall d’arrivée, des rabatteurs racolent les passagers pour des «airport taxi». On vous emmène à un comptoir, vous payez à l’avance et vous embarquez à bord d’un luxueux véhicule aux sièges en cuir. Ça vous aura coûté dix fois le prix d’un taxi ordinaire au compteur pris sur le trottoir à quelques mètres de là, mais comme vous venez de débarquer et que vous ne connaissez pas encore le système, vous vous faites arnaquer en connaissance de cause.
Les taxis de Bangkok sont très bon marché. La contrepartie est la lenteur de la circulation dans les embouteillages. Ils sont cependant indispensables car le Skytrain ne dessert pas tous les quartiers tandis que les tuk-tuk, plus rapides car ils se faufilent entre les voitures, sont des pièges pour les poumons, on y respire toute la pollution de la ville. Le Skytrain est rapide, efficace, propre et relativement cher par rapport au niveau de vie local ce qui explique qu’il ne soit pas surchargé de voyageurs. Trois lignes sont actuellement en service, auxquelles s’ajoute une ligne de métro souterrain qui ne dépend toutefois pas de la même autorité (tickets différends). Le bus reste le moyen le moins cher et le plus lent pour se déplacer à Bangkok. Des bateaux publics circulent également sur la rivière Chao Phraya avec escales à des embarcadères (pier) mentionnés sur les plans de la ville.
> DORMIR
Convoitée par les touristes et les voyageurs d’affaires, Bangkok compte une palette hôtelière immense qui va de la pension sordide (comme dans le film The Beach) au palace le plus fastueux. Nombreux hôtels 2, 3 et 4 étoiles sont immenses, dépassant allègrement les 30 étages et 500 chambres, n’ayant aucun charme mais offrant un confort décent par rapport à leur catégorie et à leur prix. Nous évoquerons ici trois adresses qui sortent du lot.
L’Oriental est le palace le plus célèbre de Bangkok et une des adresses les plus mythiques de l’Asie. Et pourtant, quelle est la surprise du voyageur qui débarque, de découvrir, au détour de rues anonymes, une façade insignifiante et un hall, certes élégant, mais dépourvu de toute originalité. L’Oriental n’a pas la beauté du Raffles de Singapour et du Peninsula de Hong Kong. Mais il a le capital humain (ou capital social, comme dirait Pierre Bourdieu). L’Oriental est réputé pour offrir à sa clientèle un service d’exception qui laissera un souvenir plus tenace que tous les ornements. Et ceci n’est pas un mythe. Chaque client est considéré comme un invité personnel. Vous reviendrez dix ans après un premier séjour et on se souviendra de vous et de vos habitudes. Habiter dans cet hôtel est une autre idée du luxe. Une idée qui se complète par l’expérience du spa (accessible aux non résidents), sans doute un des plus merveilleux du monde.
Dans une catégorie bien plus abordable, The Davis, Bangkok offre un excellent compromis pour ceux qui désirent le confort d’un quatre étoile dans une ambiance moins anonyme que celle des grandes chaînes internationales et sans se ruiner. The Davis donne une image plus raffinée avec mobilier de designers prestigieux, une image aussi plus jeune (surtout trentenaire). Les chambres sont spacieuses et confortables et la piscine sur le toit est un atout non négligeable.
Reflections, Rooms in Bangkok est sans doute l’endroit le plus original pour séjourner dans cette ville. Esprits conventionnels, s’abstenir. L’immeuble est rose, le hall couvert de peintures style manga et orné d’objets bizarres inspirés de l’univers de Niki de Saint Phalle. Chacune des 28 chambres a été créée par un artiste sur un thème. La 407 Taj Mahal (signée Annop Vasurat) est une des plus spectaculaires, comme un décor de film de Bollywood, couleurs flashy et arcades mogholes, pas très fonctionnelle mais mémorable. La chambre la plus convoitée reste la 410 de Jitsing Somboon. L’artiste a inscrit, sur la porte : ”This room is supposed to be a white frame of canvas while you stay in. You are being a subject of my work”. Et pour cause: La chambre est équipée de camera vidéo qui filment tout et partout. A la fin de se son séjour, le client de voit remettre le film de sa vie privée. Vive le voyeurisme et la télé réalité. Les mauvaises langues disent que la fille du roi de Thaïlande est une habituée de la 410.
Deux hôtels de luxe méritent aussi d’être mentionnés pour l’élégance de leurs espaces et le raffinement de leurs prestations: The Sukhothai et le très stylish Metropolitan.
> MANGER
Manger peut être la cause d’un voyage à Bangkok tant cette ville abonde en possibilités culinaires. Des tables improvisées sur la rue entre deux cuisines ambulantes ou des chaînes de fast food locales permettent de se nourrir en abondance sans débourser gros. Au haut de l’échelle, la ville abonde en adresses somptueuses pour se délecter de la succulente nourriture thaïe, à moins de préférer les cuisines chinoise, indienne, japonaise ou européennes généreusement représentées, dans un cadre souvent enchanteur.
Face Bangkok (29, soi 38 Sukhumvit, rd, 66-2 7136048) est un adresse de rêve. Un jardin tropical et trois maisons en bois sur pilotis dans le style traditionnel thaï. Il y a un spa (et quel spa!), un lounge bar et deux restaurants: Lan Na Thaï, pour la cuisine locale et Hazara pour l’Inde. Les salles sont ornées d’objets d’art et de statues qui apparaissent discrètement à la lumière tamisée. Le cadre n’est pas la seule de magnifique. Le contenu des assiettes est royal. C’est cher pour l’Asie mais ça vaut vraiment la peine de se faire plaisir.
Pour déjeuner ou dîner agréablement du côté de Ratanakosin (près du Wat Pho et du Palais Royal), Saputra River House (206 soi Wat Rakhang, tel: 4110305) est l’adresse qu’il faut. Un bateau privé vous emmènera du pier du Tha Mahathat sur la rive de Thonburi. Bonne cuisine (plats parfois originaux et pas au goût de tout le monde) dans un cadre chic avec vue.  
> BOIRE / DANSER
Prendre un café dans un shopping mall ou siroter un martini à la terrasse de l’Oriental au coucher du soleil. Et la nuit, suivre la tendance des adresses du moment. Notre meilleur choix est actuellement le Bed (26 soi Sukhumvit 11, tel: 02 6513538), une capsule cylindrique blanche divisée en deux espaces, le Bed Bar et le Bed Supperclub. Chacun a son DJ, sa musique, son ambiance et son bar. Il est possible de passer continuellement de l’un à l’autre au gré de son humeur ou de là ou ça chauffe le plus. Très branché, surtout en week end. Attention, les clubs ferment tôt à Bangkok: 1 heure du matin.
> ACHETER
On trouve tout à Bangkok. Dans les magasins et les centres commerciaux de Siam Square et de Chit Lom, des boutiques de grand luxe aux petites bicoques pour dénicher des articles de papeterie coréens ou des faux bijoux indonésiens. Au marché aux puces de Chatuchak (samedi et dimanche, 8h-18h), les allées sont segmentées par sections. Il y a des vêtements, des meubles, des tissus d’ameublement, des vraies et surtout fausses antiquités, des plantes médicinales, des animaux et des œuvres de jeunes peintres. Un lieu de promenade génial pour tâter le pouls de la métropole et de ses habitants.
> LIRE
Le magazine Time Out Bangkok et sa version électronique www.timeout.com/travel/bangkok pour les bonnes adresses et les évènements en cours.

 

« Bangkok, c’est comme dans les bandes dessinées d’Enki Bilal » nous avait averti notre ami Naji Morcos. Ce n’est pourtant pas ce qu’indique son nom officiel :
Krung Thep Mahanakhon Amon Rattanakosin Mahinthara Ayuthaya Mahadilok Phop Noppharat Ratchathani Burirom Udomratchaniwet Mahasathan Amon Piman Awatan Sathit
Qui signifie cela : La cité des anges, la grande cité, la résidence du Bouddha d’émeraude, l’imprenable cité (d’Ayuthia) du dieu Indra, la grande capitale du monde ornée de neuf précieuses gemmes, la cité heureuse, adondante dans un immense Palais Royal qui ressemble aux cieux ou règne le dieu réincarné, la cité offerte par Indra et construite par Vishnukarn.
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1. Bangkok à travers la fenêtre de salle de bain de la chambre 410 (Taj Mahal) de Reflections Rooms in Bangkok
Atterrissage.
Depuis le hublot, on apercevait, en bord de la piste, des joueurs de golf. Sans doute une hallucination, due à la fatigue du voyage. Mais non, il y avait bien des golfeurs sur le terrain séparant la piste d’atterrissage de l’aire de stationnement des avions. Même que c’était un golf 18 trous. Au Japon, ils jouent au golf sur les quais de métro, ici sur les pistes des aéroports. Voici un long bâtiment laid et décrépi. Un ancien terminal sans doute, encore affecté aux destinations de seconde main, genre Kaboul ou Bakou en attendant sa démolition. Là aussi, surprise. Les gros porteurs des compagnies les plus prestigieuses étaient amarrés à cette épave. Jusqu’à l’été 2006. Depuis, l’aéroport Don Muang, c’est fini. Après une saga interminable ponctuée de scandales de corruption et de catastrophes de chantier, le Suvarnabhumi International Airport a fini par ouvrir ses portes. Dessiné par le cabinet Murphy / Helmut Jahn, a qui l’on doit l’aérogare de Munich et le Sony Plaza Berlin, le nouvel aéroport se veut futuriste avec ses espaces courbes et lumineux. Bangkok peut enfin prétendre concurrencer Kuala Lumpur (Kisho Kurokawa, arch.), Hong Kong (Sir Norman Foster, arch.) et Osaka (Renzo Piano, arch.).
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2. Bangkok en feu! Un incendie vu depuis la terrasse du The Davis
« On prend la route du dessus ou celle du dessous ? » Demande le chauffeur de taxi.
Celle du dessus est plus chère (péage) que celle du dessous. Elle est aussi plus rapide. A Bangkok, la circulation est hiérarchique. Une ville à étages, comme dans les bandes dessinées de Moebius & Jodorowsky
(1). Plus vous volez – pardon, roulez – haut, mieux c’est. Tout autour, des immeubles. Des grands, des petits, des hauts, des bas, des neufs, des vieux. Tous ou presque sont gris et poisseux, comme si l’humidité ambiante les avait fait moisir et seuls les panneaux publicitaire mettent une touche de couleur. Il y en a de tous les styles. De la cité HLM de banlieue parisienne au building de bureaux postmoderne – le plus éloquent étant le Elephant Building dont la forme rappelle celle d’un pachyderme construit en Lego. Il y a des grattes ciel – hôtels, bureaux, appartements. Ils sont partout, disséminés et non regroupés dans un quartier qu’on aurait pu rapprocher d’un Manhattan de l’Orient. Ils côtoient parfois d’insalubres masures qui, à leurs pieds, ressemblent à des pustules ou des parasites. La foule des miséreux aux pieds du géant.

Habiter, c’est comme circuler : Plus vous êtes haut, mieux c’est.
Ce qui, de loin ressemble aux barres de la Courneuve est en fait un agglomérat de résidence super de luxe pour clientèle friquée de yuppies locaux désirant surplomber la populace. Le chic du chic étant de posséder un penthouse ou un duplex au sommet d’une tour dont l’architecture sera à la hauteur de l’opulence de ses habitants. Comme celle qui surplombe la rivière Chao Phraya et dont le sommet est couronné d’une coupole imitant celle du capitole à Washington. La grandeur néoclassique de cette bâtisse, soulignée par le fronton soutenu par des colonnes corinthiennes ne doit pas éclipser les autres références architecturales comme la rosace (sous le fronton) cueillie des cathédrales gothiques et derrière laquelle sont empilés cinq étages de parking.

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3. Bangkok, la ligne du Skytrain survole les immeubles délabrés
L’accumulation de strates routières et d’autoroutes à étages est certes, un soulagement.
Elle ne suffit pas pour autant à désengorger la circulation de la ville qui est véritablement infernale. Elle crée aussi un curieux effet visuel. Certains axes routiers sont si couverts de ponts que, ne voyant plus le ciel, le marcheur risque de se croire dans un tunnel. Encore que le piéton en question devra bien suivre le chemin indiqué, car le trottoir est parfois séparé de la chaussée par des balustrades et traverser la rue devient une opération laborieuse mais exaltante grâce à des ponts pour piétons qui eux aussi s’enchevêtrent dans ce réseau de ville suspendue. C’est là qu’intervient le dernier acteur – et non des moindres – de cette nébuleuse urbaine, le Skytrain ou métro aérien. Inauguré dans les années 1990, le Skytrain est aujourd’hui le nec plus ultra pour franchir en quinze minutes la distance qu’un taxi ferait en deux heures. Le skytrain est d’ailleurs le roi de la ville au tarif des transports, plus cher que les tuk-tuk qui eux-mêmes sont plus chers que les taxis qui ne manquent pas de nous attendrir avec leurs couleurs jaune et vert parfois bleu et rouge et même rose. On imaginerait avec peine une chose pareille à Paris. Il faut dire que le Skytrain a bien plus d’allure que les lignes parisiennes surmontant Grenelle et Barbès. Le Skytrain est littéralement dans les airs. Les stations sont perchées au dessus du toit des immeubles. Et lorsqu’une station compte deux lignes, elles sont posées l’une au dessus de l’autre. Plus haut que la plus haute des routes, le métro flirte avec les immenses shopping mall de Siam Square et file entre les gratte ciels.

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4. Bangkok, chaines en or au kilomètre à Chinatown
Bangkok est un immense marché.
Et le marché est une des choses les plus excitantes à faire, même pour ceux qui ne sont pas des shopping addicts. Les centres commerciaux y sont au moins aussi nombreux qu’à Dubaï, Beyrouth ou Kuala Lumpur. Il y a les centres chics, ou se pressent les bobos des hauteurs à l’assaut des grandes marques internationales. Il y a, souvent en face de ces derniers, les centres plus archaïques, typiquement asiatiques, dont les galeries blafardes sont des dédales grouillants pleins de promesses de choses délicieusement kitsch comme seule l’Asie sait les faire. Il y a aussi les marché, celui de Chatuchak, marché aux puces divisé en secteurs ou l’on se presse pour faire ses emplettes quotidiennes ou trouver des antiquités birmanes ou des créations de jeunes designers cherchant à se faire une place au soleil. Et comme chaque mégapole asiatique qui se respecte se doit d’avoir un Chinatown, Bangkok en a le sien. Comme dans tous les Chinatown, on peut se sentir oppressé par la densité de la foule et la vétusté des lieux, mais comment ne pas s’émerveiller face à ces bijouteries exposant des chaînes en or au kilomètre et à ces enseignes ou cohabitent les typographies thaï et chinoises?

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5. Bangkok, enseignes en chinois et thai à Chinatown, avec la Tour Eiffel
On mange dans la rue.
On mange à toute heure et on mange de tout. Des choses qui ont l’air affreuses, d’autres succulentes, en tout cas odorantes, qui cuisent sur des chariots sur les trottoirs. Il y a une odeur de soja partout, on la retrouve sur nos vêtements et dans nos cheveux quand on rentre à l’hôtel. Ce n’est peut être pas ce qu’il y a de plus glamour, alors, on se pressera dans un des innombrables restaurants de la ville. Autre pan indispensable de l’art de vivre thaï, le massage. Partout, à chaque coin de rue, des spas et autres centres de soin racolent le client. La palette est immense, des établissements crades masquant un bordel aux fastes de l’hôtel Oriental, ou l’on vous fera traverser la rivière à bord d’un bateau privé pour gagner, sur l’autre rive, un monde de volupté absolue. Et il y a la source, l’origine, l’endroit ou l’on comprend que le massage est, avant tout, un rituel encré dans la culture et la religion bouddhistes. C’est endroit, c’est le Wat Pho. Construite à la fin du XVIIIe siècle, le Wat Pho est une des plus importantes pagodes de Bangkok, qui abrite une école de massage. L’endroit est assez unique. Deux salles séparées de l’extérieur par des claustras, aérées tant bien que mal par des ventilateurs, sont remplies de lits alignés les uns à côté des autres. Le massage, que l’officiant fait précéder d’une brève prière, se déroule ici dans cette ambiance de moiteur collective, expérience de moment vécu dans ce lieu hors du temps.

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6. Bangkok, les très grands pieds du Bouddha couché, au Wat Pho
Le Wat Pho est surtout célèbre pour son Bouddha couché.
Une immense statue en plâtre, modelée sur une armature en brique et dorée à la feuille d’or, longue de 46 m de long et 15 m, représente le Bouddha au seuil de la mort et du Nirvana. Remarquer les pieds, dont les orteils, anormalement alignés, soulignent que le passage dans l’au-delà vient d’avoir lieu. A titre de comparaison, le Bouddha couché taillé dans le granit à Polonnaruwa
(2) , au Sri Lanka a des pieds aux orteils encore normaux, ce qui signifie qu’il n’a pas encore franchi le seuil ultime. L’ouvrage est spectaculaire. C’est sans conteste l’œuvre d’art la plus intéressante de la ville. Son échelle cyclopéenne est renforcée par le fait que la salle dans laquelle elle se trouve est à peine plus grande, laissant au visiteur seulement la place de la contourner sans avoir, à aucun moment, le recul nécessaire à la voir en entier. Les Bouddhas sont très nombreux à Bangkok. Dans le seul Wat Pho, il y en a des centaines, des Bouddhas assis, installés autour de cours dominées par des chédis (3) s’élançant vers le ciel mais qui, de près offrent la vision peu élégante d’être recouverts de céramiques colorées, comme des carreaux de salles de bain (les plus optimistes pourront trouver un rapport avec le Parc Guell de Gaudi à Barcelone). Le Wat Pho fait partie de ces incontournables monuments de Bangkok qui véhiculent une architecture monumentale héritée des grandes capitales historiques de Siam – Sukhothai et Ayuthia – mais à laquelle les dorures, les couleurs bariolées et les gargouilles ayant l’air de sortir d’un dessin animé de Walt Disney confèrent une dimension kitsch, voire laide. La question mérite d’être posée. Les pagodes de Bangkok, Wat Pho, mais aussi le Wat Phra Kaeo voisin, sans parler de l’immense Wat Arun, le temple de l’aube - qui du haut de ses 82 mètres domine la rivière Chao Phraya – sont ils effectivement laids? Ou ne sont-ils laids que parce qu’ils ne sont pas en ruine, comme le sont ceux des anciennes capitales? Nous considérons ces édifices avec la même condescendance que l’opéra Garnier ou le Sacré Cœur à Paris. Trop chargés pour notre esthétique de la sobriété, pas assez patinés et vieux pour satisfaire notre goût romantique pour la mélancolie et la poétique des ruines. Aurions nous aimé voir, à Athènes, le Parthénon intact, entièrement peint, alors que nous sommes sensibles à la blancheur de son marbre?
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7. Bangkok, des bouddhas qui s'ennuient dans la solitude du musée national
Certaines constructions sont pourtant plus élégantes que d’autres.
Le visiteur du Musée National de Bangkok est accueilli par un petit pavillon – sala – du XVIIIe siècle, délicieux modèle de raffinement ornemental – ici, les dorures ne font pas kitsch. Derrière cette sala se trouve le temple de Buddhaisawan dont les cadres alignés fenêtres s’envolent comme des oriflammes. A l’intérieur, se trouve un Bouddha assis d’époque Sukhothai, un des plus vénérés du pays et de fresques. Les peintures sont composées sur plusieurs registres superposés. Le premier niveau comporte des scènes narratives relatant les événements de la vie de Bouddha. Les compositions s’insèrent toujours dans un décor architectural cerné d’une sorte de halo. L’espace, toujours saturé selon le concept d’horror vacui ou horreur du vide comporte parfois des curiosités comme une ville de style arabe peinte avec une perspective à l’occidentale. Les registres supérieurs reprennent des répétitions de figures. La visite au musée se poursuit par des découvertes parfois étranges, une salle envahie par de somptueux chariots funéraires, un restaurant délabré ou le coca cola est servi dans des sacs en plastique, et des salles d’exposition permanente non moins délabrées au grand dam des statues médiévales qui s’y trouvent et dont certaines sont alignées et lèvent des bras comme pour faire des incantations dans le but d’améliorer leur situation. Il y a aussi une galerie d’instruments de musique, des objets en or enfermés dans une cage en fer et une machine à écrire en caractères laotiens offerte par les américains. Près des hauts lieux touristiques (Musée National, Wat Pho, Palais Royal, etc.), le touriste est confronté a des rencontres qui ne manquent pas de piquant.

Rencontre numéro 1 (à la porte du Musée National): « Je viens de débarquer de Chiang Mai et j’attends ma femme qui visite le musée (pour ne pas payer un deuxième billet d’entrée). Nous repartons pour Singapour, et vous? Vous allez u Wat Pho ? Vous ne savez pas ? Il est fermé, ce matin, à cause des inondations de la nuit précédente. Mais qu’à cela ne tienne. Allez voir le «Lucky Buddha», c’est aussi bien. Eh ! (et il hêle un tuk tuk), emmène mes amis au « Lucky Bouddha », puis au jardin botanique, puis à ce magasin d’artisanat. » Le prix a déjà été négocié et le monsieur n’a demandé l’avis de personne.

Rencontre numéro 2 (en face du Wat Pho) : « Vous ne savez pas ? Le Wat Pho est fermé aujourd’hui car le roi et sa famille sont venus prier pour la journée. Voyez d’ailleurs les portes sont closes (les portes en question le sont toujours mais encore faut-il le savoir!). Je travaille pour l’office du tourisme. Je vais vous préparer un tour. » Et le scénario de se répéter, avec en variante, le «Happy Buddha» (qui est peut être le même que le «Lucky Buddha») et la promesse d’acquérir des cravates Pierre Cardin aussi belle que celle du monsieur! Les arnaqueurs de Bangkok ne manquent pas d’imagination.

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8. Bangkok, des parasols au marché de Chatuchak

Mais ou donc est Venise ?
Construite sur les bords de la rivière Chao Phraya, Bangkok est une ville de canaux. En se promenant dans le centre historique, on se retrouve parfois sur un pont en contrebas duquel il y a des maisons. Cette ville hiérarchique a aussi des étages en négatif! Une promenade en bateau permet de découvrir cet univers qui semble avoir été étranger aux mutations du monde moderne. Les khlongs, canaux de Bangkok dont la majorité ont été remblayés, sont bordés par des maisons construites sur pilotis. Petits et grands se baignent dans les eaux marron, donnant à cet univers insalubre une image médiévale, aux antipodes des Skytrain et des shopping mall immaculés. Parfois se profile la façade décrépie de ce qui fut une belle maison bourgeoise et qui a depuis longtemps du être abandonnée au profit de châteaux plus célestes. La Thaïlande n’ayant jamais été colonisée, Bangkok ne possède pas de patrimoine colonial avec de belles bâtisses renaissance et art déco. Et l’architecture traditionnelle thaï, celle-ci s’est retrouvée reléguée à dépérir dans les bas fonds ou devenir une pièce de musée.

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9. Bangkok, parc automobile pour 39 baht pièce
Le musée, c’est la maison de Jim Thompson.
Américain passionné de l’Asie, promoteur des métiers de la soie (son nom est devenu une marque) et espion à ses heures creuses, ce James Bond a rassemblé dans sa propriété un ensemble de maisons thaï en bois qu’il a réaménagées à son goût. Il a aussi transformé certaines pièces selon un usage occidental. Les pièces sont meublées de meubles précieux, d’objets rares sans compter les magnifiques œuvres d’art. Dans une chambre à coucher se trouve un palais des souris. Il s’agit d’une grande boite en bois qui ressemble aux maquettes qu’utilisaient les scénaristes de théâtre au XVIIe siècle, avec une architecture labyrinthique. La paroi supérieure comporte une fente par laquelle sont introduites les souris qui sont chargées de faire une course dans ce dédale baroque.

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10. Bangkok, on mange dans la rue des choses épicées
Le soir commence à tomber.
Il fait chaud et humide comme tous les jours de l’année. Sur la terrasse de l’Oriental, on allume les bougies. Confortablement vautrés dans les canapés, les élégants sirotent l’apéritif tandis que le ciel se charge de nuées rougeâtres et de nuages noirs de plus en plus insistants. En quelques secondes, c’est le déluge. Les pluies de la mousson s’abattent sur la ville. Les élégants se précipitent, ainsi que leurs toilettes en lin ou en soie achetée chez les grands couturiers, se précipitent à l’intérieur (cadre beaucoup moins romantique), le temps de se remettre de leurs émotions et d’achever leur drink. Le temps de régler la facture et de sortir, ils traversent à nouveau la terrasse. Comme si rien ne s’était passé, on dresse les tables, sur la terrasse, pour le dîner. Et Bangkok de commencer sa nouvelle vie, sa vie de nuit, ou rien ne s’arrête. Les touristes éberlués par les lumières de la ville sont attirés par les rabatteurs de boites de strip tease. Les branchés se préparent à la tournée de boites ou les Djs les plus en vue du moment officieront jusqu’à une heure du matin, heure de fermeture réglementaire. Ce sera alors le temps du dodo, en attendant un autre jour, toujours aussi chaud, humide et plein de surprises.

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11. Bangkok, fin de soirée au Bed Supperclub
NOTES
1) Moebius & Jodorowsky, L’Incal, tome 6 / La cinquième essence, deuxième partie / La planète Difool, Ed. Les Humanoïdes Associés, 1988.
2) cf. notre page sur Polonnaruwa: http://www.baronbaron.com/srilanka/polo.html
3) Chedi est le terme thai pour stupa: une structure hémispherique contenant une relique.
Texte: Gregory Buchakjian. Photos: Zeina Abirached (1, 6, 8, 9), Gregory Buchakjian (2-5, 7), Patrick Kassardjian (10-11)
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