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LISEZ LE RÉCIT DE VOYAGE EN SYRIE & TURQUIE 2002 [DU DESERT A L'EUPHRATE]
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> ALLER / VENIR
Longer l’Euphrate de sa source à son embouchure est impossible. Aucune route ne fait ce parcours de bout en bout et la navigation fluviale est impossible  vu le nombre de barrages. Il faut donc voir l’Euphrate par tranches. Pour se rendre au Nemrut Dagi Milli Parki, le plus simple est de prendre la route Gaziantep-Adiyaman-Kahta, et de là, commencer l’ascension. On peut aussi retrouver l’Euphrate à Birecick, à mi-chemin entre Gaziantep et Sanliurfa. Ces régions sont assez proches pour ceux qui viennent de Syrie, d’Iran ou d’Antioche. Sinon, le mieux est de prendre un vol pour Gaziantep (petit aéroport desservi depuis Ankara et Istanbul) et de continuer par la route. Pour ceux qui viennent de la Cappadoce, il vaut mieux prendre la route de Malatya, plus au nord. 
L’Aéroport international le plus proche de l’Euphrate est celui d’Alep, en Syrie. Vols directs  Syrian Air depuis Paris et Beyrouth, 4 vols British Airways depuis Londres. A 1h de route de la frontière turque, Alep constitue aussi un excellent point de départ pour découvrir la partie syrienne du fleuve. On a le choix entre la route de Deir Hafir-Meskené qui mène à Raqqa via le Lac Assad, et la route Al Bab-Tal Ahmar qui permet de découvrir le fleuve plus au nord. La tranche syrienne de l’Euphrate est la plus facile à parcourir, le territoire n’étant pas montagneux et les routes en bien meilleur état. Il est également possible, pour ceux qui y tiennent, de joindre Deir Ezzor par avion, mais le plus logique est de faire la boucle Alep-Raqqa-Deir Ezzor [extension Doura Europos-Mari] retour par Palmyre. Pour passer la frontière entre Raqqa et Sanliurfa via Harran, il y a un petit poste frontière qui ferme en fin d’après midi. Les douaniers turcs risquent de refuser le passage de votre véhicule et vous envoyer à Alep. Donc, à ne prendre que si on est piéton! Pour la partie irakienne, c’est plus compliqué, nous vous en reparlerons une autre fois! 
> DORMIR
Au Nemrut Dagi, à Gaziantep, à Deir Ezzor, voir nos pages consacrées à ces lieux. Nous n'avons pas essayé les établissements de Raqqa, mais, selon le Guide du Routard qui n’est pas le plus exigeant en matière de prestations, ”le ménage n’a pas du être fait depuis le passage des croisés” (sic). Sans aller à ces extrêmes, l’Hotel Karnak est assez décent pour passer la nuit.
> MANGER
Trouver une adresse dans une des villes mentionnées plus haut ou foncer sur Alep.
> BOIRE / DANSER
Siroter un verre sur les bords du fleuve, c'est possible dans les cafés de Deir Ezzor. A Qal'at el Jabbar il y aussi une petite cafétéria pour prendre une boisson gazeuse dans ce décor surréaliste.
> LIRE
Euphrate, le pays perdu, Bernard Noel et Hugues Fontaine, Actes Sud, 2000, un bel album de photos.
Euphrate, splendeurs et misères d'un fleuve, un des 15 articles préférés des lecteurs de la revue Géo (n. 282, 2002).
The Crossing Place, A Journey among the Armenians, Philip Mardsen, 1994, ed. Flamingo, sur les traces de l'histoire des armeniens.
SELEUCIE - ZEUGMA
Des articles sur les missions archéologiques françaises à Seleucie-Zeugma: La mission de Zeugma-moyenne vallée de l'Euphrate et Mission archéologique de Zeugma - moyenne vallée de l'Euphrate.
RAKKA
Ar Raqqah (Rakka) city, greatestcities.com
HALABIYÉ
Halabiyya-Zenobia, 2 tomes, Jean Lauffray, ed. IFAPO.
DOURA EUROPOS
Les relevés des fouilles archéologiques de Doura Europos, (P. Leriche, Doura Europos, Etudes I-IV) édités par la maison Geuthner / IFAPO.
MARI
Mari : Métropole de l'Euphrate, au IIIe et au début du IIe millénaire av JC, Jean-Claude Margueron, ed. Picard, 2004. Ouvrage important et récent qui constitue une mise à jour des connaissances sur le site et son histoire.
Mari sur l'Euphrate, Dossiers d'Archéologie 186, 1984. Plus pointus, mais très agréables à consulter pour la beauté des planches, les Mission Archéologique de Mari, par A. Parrot: Le Palais, I architecture, II peinture, III documents; Les Temples d'Ishtar;Le Trésor d'Ur. Voir aussi Tombes et Nécropoles de Mari par M. Jean Marie. Tous ces ouvrages sont disponibles auprès de l'Institut Français d'Archéologie de Beyrouth.

 

"Un fleuve sortait d'Eden pour arroser le jardin et de là il se divisait pour former quatre bras. Le premier s'appelle le Pishôn: il contourne tout le pays de Havila, où il y a l’or; (...) Le deuxième fleuve s’appelle le Gishôn ; il contourne tout le pays de Kush. Le troisième fleuve s’appelle le Tigre: il coule de l’Orient à Ashur. Le quatrième fleuve est l’Euphrate." L’Ancien Testament
L’Euphrate* prend sa source dans les hauts plateaux d’Anatolie, près de la ville d’Erzurum. Il traverse les territoires de trois états Turquie, Syrie et Irak où il rejoint, au sud de Bagdad, le Tigre. La réunion de ces deux fleuves forme alors le Chott el Arab, frontière naturelle entre l’Irak et l’Iran, qui se jette dans le Golfe Arabo-Persique, au sud de ce qui fut le port de Bassora. Les eaux de l”Euphrate sont sources de vie dans des terres arides. Elles sont aussi, par leur rareté, source de conflits. La Syrie a irrité l’Irak, son frère ennemi, en y construisant le barrage de Tabarka. A son tour, la Turquie, en amont, a réalisé deux ouvrages: le Barrage de Keban, au nord de Malatya, et le Barrage Atatürk, près d’Urfa, à quelques kilomètres de la frontière syrienne, créant ainsi de grands réservoirs de retenue, au grand dam de ses deux voisins arabes.
Voyager le long ou autour de l’Euphrate est une expérience intense. La région, qui a une histoire lourde et chargée, offre des paysages grandioses. On peut, sans hésiter parler de sublime tel que l’envisagent les romantiques allemands. On pense à Goethe, à Friedrich, à Schinkel. En Turquie, au sommet du Mont Nemrut Dagi, à 2200 m. d’altitude, on découvre, serpentant entre les pics montagneux partiellement couverts de neige, les cours de l’Euphrate et du Tigre. Les deux fleuves qui prennent tous deux leurs sources dans les montagnes d’Anatolie se sépareront pour se retrouver en Irak, au sud de Bagdad. L’Euphrate a un aspect imprévisible et sauvage. En chemin d’Adyaman au Mont Nemrut, le voyageur passe sur un pont romain qui traverse un cours de rapides et de cascades d’eau glacées se fracassant contre les rochers. Construit sous Septime Sévère, le pont était flanqué de 4 colonnes, 2 à chaque bout. Les colonnes honoraient l’empereur, son épouse, et ses deux fils Geta et Caracalla. Des 4 colonnes, il reste 3. Pourquoi? La réponse est à Rome. Caracalla fit assassiner son frère. Et donc retirer sa colonne. Encore une fois, l’Euphrate joue son rôle de livre d’histoire. Plus au sud, le fleuve s’est assagi, maîtrisé de force par le barrage Atatürk. Il devient un grand lac dont les contours, difficiles à délimiter, s’enfoncent entre les montagnes verdoyantes. Pour le traverser, il y a un passage de bacs. C’est alors une promenade en bateau assez bucolique, intermède permettant de frayer avec la population rurale de la région, en majorité kurde. L’Euphrate est aussi témoin d’évènements tragiques de l’histoire contemporaine, du génocide des arméniens à l’exode des kurdes.
- les cités englouties -
La construction du barrage a eu des conséquences pour le moins dramatiques pour le patrimoine culturel de la région. Non loin de Gaziantep se trouvaient deux grandes cités antiques: Appamée (à ne pas confondre avec son homonyme en Syrie) et Seleucie-Zeugma. Deux cités jumelles, situées face à face, séparées par l’Euphrate. Seleucie-Zeugma était une ville hellénistique qui connut son age de gloire à l’époque romaine. Bien que connu depuis le XIXe siècle, le site ne fut jamais fouillé de manière extensive jusqu’à l’annonce de la construction du barrage. Des fouilles localisées sont entamées dans l’urgence par des archéologues français et turcs. Les découvertes sont fantastiques. Sous les décombres, la ville présente des infrastructures urbaines intactes. Canalisations, égouts. Non moins spectaculaires, les villas romaines, aux sols entièrement couverts de mosaïques. La qualité est stupéfiante. Des chefs d’œuvres sont exhumés en 4e vitesse pour être transférés aux musées de Gaziantep et d’Adiyaman. Mais ils ne constituent qu’une part infime de la cité qui a disparu à tout jamais sous les eaux du lac de retenue. Si on peut saluer le sauvetage du patrimoine nubien en Egypte, (plus spectaculaire ?), on peut franchement parler ici de patrimoine en péril.

- vers le Lac Assad -
Imperturbable, le fleuve poursuit son cours. Le paysage change. On le retrouve au nord est d’Alep dans un cadre enchanteur et verdoyant, comme une apparition miraculeuse. L’Euphrate devient ce fleuve nourricier, source de vie et de cultures. C’est après avoir traversé la frontière syrienne que l’Euphrate prend définitivement le chemin de l’Est, de l’Antique Mésopotamie. Perçant l’aridité du désert arabe, il est à l’origine d’une bande, plus ou moins large, de zones agricoles. C’est le Croissant Fertile, la Jazira (île), qui relie la Méditerranée au Golfe Persique. Il fut à l’origine d’alliances et de conflits entre les pays de la région, stratégies savamment orchestrées par certaines grandes puissances anglo-saxonnes. Mais continuons notre parcours. La politique peut difficilement échapper. Après le Barrage Atatürk en Turquie, le Barrage de Tabarka avec le Lac Assad en Syrie (rappelons aux amateurs le Lac Nasser en Egypte!). Paysage surréaliste. La blancheur du paysage encadre les eaux bleu turquoise (couleur intense par beau temps) de ce lac artificiel long de 80 km. La cerise sur le gâteau, c’est la citadelle de Qalaat el Jabbar. Construite par les Arabes, elle surplombait le fleuve. Depuis 1975, elle s’est retrouvée dans les eaux, comme un îlot relié à la terre ferme par une route. Ce n’est, certes, pas le Mont Saint-Michel, mais c’est une très belle promenade. 

- à Raqqa -
La route descend ensuite sur Rakka. Fondée par le célèbre calife abbasside Haroun el Rachid, Rakka est décrite comme étant une cité merveilleuse, pleine de palais somptueux et de jardins luxuriants. Ceci est le passé. Aujourd’hui Rakka est une ville paumée, poussiéreuse, sale, qui n’a d’intérêt que pour les nomades de passage. Rakka n’a même pas la chance d’être construite sur les bords du fleuve pour avoir quelque chose de bucolique qui puisse briser sa grise tristesse. Rares sont les monuments qui évoquent sa gloire d’Antan. On cite la Porte de Bagdad et les remparts. Pas de quoi s’extasier. Mais d’apprécier le plan originel de la ville qui était circulaire. Tout comme pour Bagdad, les architectes abbassides ont pensé Rakka en cité idéale. De ce plan circulaire il reste que pour circuler dans Rakka, on a le sentiment de tourner en rond, de se perdre et de revenir à son point de départ... Quittons cette ville. Vers le Nord, la route traverse des champs de blé irrigués par des canaux. Il faut venir au printemps quand ils sont verts et que les femmes entièrement couvertes pour se protéger du soleil les cultivent. Dans la région qui s’étend au delà de la frontière turque, se trouvent des villages traditionnels avec des habitations de forme conique en pain de sucre. 1h de route, le poste frontière, puis, 30 km plus loin, coté turc, la ville antique de Harran, au sud d’Urfa.

- de Halabiyé à Deir Ezzor -
Mais revenons à nos moutons. L’Euphrate poursuit son cours. A un point il est le plus étroit, la célèbre Zénobie fit construire la citadelle de Halabiyé pour contrôler le trafic fluvial. Elle s’y réfugia par la suite, lorsque, poursuivie par les romains, elle dut fuir Palmyre. On peut apprécier l’étendue de cette immense place forte construite sur un terrain en pente par les imposants remparts qui sont toujours là. Une petite ascension s’impose, pour admirer la vue et visiter une grande salle d’époque byzantine. Un espace avec 3 étages superposés et reposant sur des voûtes en brique. Certaines voûtes s’étant écroulées, on peut percevoir les 3 niveaux dans une perspective assez piranesienne. A 100 km de Rakka, se trouve la plus langoureuse Deir Ezzor. Ville la plus importante de la région (nous lui consacrons une page à part), pause obligée pour les voyageurs de passage, lieu de mémoire pour les Arméniens. Un endroit assez bizarre.

Ceux qui arrivent jusqu'à Deir Ezzor ont généralement l'intention de pousser jusqu'à Doura Europos et Mari, les deux grandes gloires locales. Sur la route qui longe l’Euphrate vers l'est jusqu’à la frontière iraquienne, on peut faire une pause intéressante à Qalaat el Rabbeh (à droite après Al Mayadin). Une forteresse arabe perchée sur un nid d'aigle et difficilement accessible. On peut toutefois atteindre la colline de derrière et avoir une vue magnifique sur le monument en question, mais aussi sur les rives de l'euphrate. On remarquera les puits de pétrole, ça et là... Les plus courageux entreprendront, accompagnés de bédouins, l'ascension de la citadelle. Attention à la terre qui est friable. 

- Doura Europos -
A deux heures de Deir Ezzor, Doura Europos. Fondée par le Séleucides, elle fut, jusqu'à sa destruction au IIIe siècle de notre ère, une des plus grandes cités du monde. Le site est effectivement immense... en superficie. Mais à part une partie des remparts, rien ne dépasse le sol! Pour ceux qui s’attendaient à une réplique de Palmyre, désolés... Ne soyons quand même pas de mauvaise foi. Le site est splendide et l'idée même de cette immense cité perchée au dessus de cet immense fleuve laisse rêveur. Et puis, vous avez vu Palmyre! Quoi qu'il en soit, le monument le plus spectaculaire que l'on ait découvert ici est la Synagogue, dont les parois, recouvertes de fresques, s’étaient effondrées comme un château de cartes (ou un mille-feuilles), de manière à ce qu’elles furent dégagées quasi intactes. Cet ensemble exceptionnel à plus d’un titre – ce type de peintures figuratives est extrêmement rare dans l’art juif – à été reconstitué au Musée National de Damas.

- Mari -
Ceux que Doura Europos aura déçus (mais que font-ils dans ce bled?) ne devraient pas aller à Mari (enfin, au point ou ils en sont...), à quelques kilomètres de la frontière, l'extrémité orientale du pays. Ce qui est fascinant, c'est qu'il n'y a rien. A l’arrivée sur le site, le gardien indiquera une sorte de tas de terre en disant d'un air désabusé:"Voici Mari". De la ville qui joua un rôle glorieux dans l'histoire de la Mésopotamie, on a retiré de merveilleuses statues en albâtre (aux musées de Damas, d’Alep et au Louvre). Sur place, nous avons droit à un tas de terre. La ville étant bâtie en brique crue, les murs se désintègrent littéralement une fois exhumés. On croirait revoir la fameuse scène des fresques antiques dans Roma de Fellini! Le Palais Royal a été fouillé et protégé par une sorte de chapiteau métallique. Evidement, ce n’est pas une réplique de Versailles.

[Il est clair que ce n’est pas une soif de belles pierres qui peut motiver une expédition dans la région. C'est plus un pèlerinage, une façon d’aller au bout du monde... et de soi même.]

Après Mari, la ville frontière d'Abou Kamal. Le fleuve entre en Irak, pays des mythiques empires de Babylone et d’Assur, pays des ziggourats d’Ur et de la mosquée de Samarra et de la tour de Babel. Mais c’est une autre histoire... 

* Firat Nehri en turc, Furat ou Nahr al Furat en arabe.
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