Ferropolis se trouve entre Berlin et Dessau,
à 1h de route de la première et 30 minutes de la seconde.
Le site n'est accessible que par voie routière. Depuis l'autoroute
A9, prendre la sortie Oranienbaum, puis la route 107 vers Graefenhainichen.
Ensuite, chercher les panneaux indicateurs "Ferropolis" ou se renseigner
auprès de quelqu'un. L'entrée du site se trouve juste après
le musée des chemins de fer.
Le site est ouvert tous les jours. Du lundi
au vendredi, 10h-16h00 en hiver, 17h00 en été. Samedi,
dimanche et fêtes, 10h00-18h00 en hiver, 19h00 en été.
Entrée: 3,50 € (plein tarif), 2 € tarif réduit.
> DORMIR / MANGER
A Berlin
ou à Dessau.
>
ECOUTER / VOIR & BOIRE / DANSER
Le cadre grandiose de Ferropolis accueille
des grands évènements: soirées techno, opera,
concerts rock, etc. Programmation sur le site internet de Ferropolis
(cf. ci-dessous).
>
LIRE
Bauhaus Dessau Instrielles Gartenreich
2: Dessau - Bitterfeld - Wittenberg, collectif, ed. Stitfung
Bauhaus Dessau, 1999. Ce superbe album bilingue allemand / anglais retrace
l'aventure du projet de réhabilitation et de transformation du
patrimoine industriel initié par la fondation du Bauhaus. Importante
iconographie et articles de fond.
Le site internet officiel de Ferropolis
http://www.ferropolis.de
est trilingue allemand-anglais-français. Présentation,
dans une mise en page assez archaique, des infos de base. La version
française est bourrée de fautes d'orthographe.
Voir aussi le site de la Stiftung Bauhaus
Dessau und Kolleg am Bauhaus Dessau (bilingue anglais allemand et plus présentable)
http://www.bauhaus-dessau.de
Ceux
qui désirent visiter la région peuvent aussi consuler
les sites (allemand uniquement) de la commune voisine de Graefenhainichen:
http://www.graefenhainichen.de,
et du musée des chemins de fer voisin de Ferropolis: http://www.fbe-bahn.de
14
octobre 2002.
Il fait froid, le ciel est gris. Le paysage est dépouillé,
morose, presque désertique. Voila près d'une heure que
nous avons quitté Berlin en direction de Dessau. Sortis d'une ville
au nom impossible (Graefenhainichen), nous approchons d'une ancienne station
de chemin de fer. Rails, wagons. En face, un grand plan d'eau dans lequel
personne n'aurait envie de se baigner. Parking, baraques en préfabriqué
(sans doute ont-elle depuis été remplacées par des
constructions en dur). Entre deux baraques, un seuil. Tout d'un coup,
apparaissent les monstres en métal de Ferropolis.
ci-dessus:"BIG WHEEL" (1984), la plus jeune machine
de Ferropolis
Cinq
machines immenses plantées au beau milieu de ce paysage désolé.
Cinq machines à la complexité déroutante:
cables, grues, engrenages, cabines de pilotage, etc., disposées
suivant leur date de construction. Anciennes excavatrices de charbon,
elles faisient partie du complexe minier de Golpa Nord. Lors de leur heure
de gloire, ces inquiétants volatiles de fer déployaient leurs
ailes 24 heures sur 24, dévorant des tonnes de charbon brun des
entrailles de la terre et pompant de l'eau pour préserver l'humidité
du combustible. Eau qui était ensuite rejetée dans un fossé
bordant le site qui est devenu un lac artificiel. L'exploitation minière
remonte au milieu du XIXe siècle avec la révolution industrielle.
Les installations de Golpa Nord ont été construites à
la fin des années 1950, en pleine post-seconde guerre mondiale et
naissance de la République Démocratique Allemande. La
modernité et l'industrie au service du socialisme pour un avenir
radieux. Pas si radieux que ça. En 1991, l'industrie minière
bat de l'aile et la RDA n'est plus. Les monstres de Golpa Nord se sont tus.
Réduis au silence, ils ont rejoint les cohortes de structures hors
d'usage, abandonnées et que l'on appelle "ruines industrielles".
ci-dessus:"GEMINI" (1958), la machine double
poétique
des ruines
Est en ruines ce qui est vieux, mais surtout ce qui est délaissé.
A Rome, le Panthéon a été construit par Hadrien
au IIe siècle de notre ère. Ce n'est pourtant pas une ruine.
En 1800 ans d'existence, il a connu un usage et un entretien permanents.
Si les Thermes de Caracalla, la Domus Aurea de Neron et les Forums de Trajan
sont des ruines ou, pire des vestiges, le Panthéon est un monument.
- Quelle différence?
- Tout se résume dans une phrase de Regis Debray: "On lève
la tête devant un monument, on baisse les yeux sur un vestige" (1).
Les ruines industrielles, c'est une autre histoire. Elles n'évoquent
une civilisation lointaine, mais un passé qui, jusqu'il y a peu,
croyait incarner le futur. Un monde dont de nombreux protagonistes sont
toujours en vie. L'archéologie industrielle
est donc une pratique qui consiste à s'intéresser
à un pan récent de notre histoire. Son action est importante,
car il s'agit de sauver des monuments qui, autrement, sont menacés
de disparition, de démolition.
- Vous avez bien dit monuments?
- Les monuments sont initialement des édifices ou des objets
ayant pour objectif de commémorer un personnage ou un évènement
passé. Du latin, momentum, mémorer. Ces gigantesques
machines sont des monuments. Elles racontent une histoire, celle de l'aventure
industrielle, et leur préservation est aussi importante que celle
des temples grecs.
On
pourra donc accepter que l'histoire récente de la RDA (et du
monde industrialisé) ait autant de valeur que celle de la route
de la soie ou des guerriers mongols. Mais peut-on attribuer à
ces monuments de fer la notion d'esthétique? Les qualifier de
beaux?
Problème. Les ingénieurs qui ont construit ces machines
ne les ont pas cherché à les rendre jolies. Mais quelle
était l'intention de Ramses II lorsqu'il a fait tailler les colosses
d'Abou Simbel? Provoquer un choc artistique auprès des populations
nubiennes? Surement pas. Relativement récente - siècle
des lumières, Kant, etc. - la notion de beau a été
largement malmenée dès les romantiques (Scènes
des Massacres de Scio de Delacroix qualifié de "massacre de
la peinture") et les réalistes ("Jamais le culte de la laideur n'a
été poussé aussi loin" au sujet de Courbet). Que dire
de Marcel Duchamp et ses readymade industriels dont le célèbre
urinoir rebaptisé Fontaine?
Il
y a dans la démarche de Duchamp, mais aussi dans celle des futuristes,
des constructivistes et du Bauhaus, la prise de conscience des potentialités
esthétiques de l'objet-machine. Mais l'honneur de la (re)valorisation
esthétique du patrimoine industriel de l'Europe et des USA revient
sans doute au couple de photographes Bernd et Hilla Becher. Depuis les
années 1960, les Becher arpentent le monde occidental, répertoriant
inlassablement hauts fourneaux, caisses de refroidissement, chateaux d'eaux
et autres silos. Photos frontales en noir et blanc, sans accidents (nuages,
présence humaine ou animale, etc.), l'oeuvre des Becher est une
perception inédite du monde.
ci-dessus:"MOSQUITO" (1941), doyen de Ferropolis
Les
Becher sont originaires d'Allemagne, un des pays les plus industrialisés
du monde, et donc largement concerné par la question. La Ruhr,
en ex. RFA, a été un terrau de la haute industrie allemande.
Elle connait aujourd'hui une reconversion des plus intéressantes.
Centres d'art contemporain, lieux de spectacles, espaces universitaires
ou sociaux, etc. Côté ex. RDA, la fondation du Bahaus a initié
en 1991 le projet de Jardin Industriel dans la région de Dessau,
Bitterfeld et Wittenberg. Ferropolis en est l'attraction la plus spectaculaire.
Les cinq excavatrices ont été réinstallées,
sur des plateformes, comme des pièces de musée.
ci-dessus:"BIG WHEEL" (1984)
la
"cité de fer"
Les initiateurs du projet ont donné à ce lieu le
nom de Ferropolis. Néologisme latino grec, le terme a le mérite
d'être parfaitement explicite dans bon nombre de langues. Le projet
de Ferropolis a l'ambition de ne pas être qu'un site archéologique
ou un parc d'attraction, mais une nouvelle cité. Une cité
dont le coeur historique serait, non pas une cathédrale gothique
de pierre, mais ces cinq cathédrales modernes de fer (aussi hors
echelle que celles du moyen age!). Une ville dont la mémoire serait
celle de ce passé industriel et minier de l'Allemagne. Une ville qui
devrait vivre avec son environnement post industriel, hautement altéré
et pollué et qui pourrait servir de laboratoire vivant en matière
d'écologie. Pour le moment, Ferropolis est un lieu de potentialités.
Lors de notre visite, le site n'était pas encore sécurisé
et policé. Il était encore possible (bien que formellement
interdit) d'escalader les excavatrices et de se mesurer à elles
dans le froid glacial de l'automne. Quelques jours plus tard allait se
tenir un grand concert de rock. Le silence et la solitude des lieux allaient
céder la place à la foule et aux décibels.
ci-dessus:"MOSQUITO" (1941)
CATALOGUE
DES MACHINES DE FERROPOLIS (2)
GEMINI
transporteur sur rails rotatif 1022 A2s 2240 (2 parties)
année de construction: 1958
fabricant: VEB Fördenlagen Köthen
poids: 1980 tonnes
dimensions: 30 x 125 m
longueur du système de courroie: 60 m
portée du pivotement: 250 degrés du système de
courroie
nombre de seaux: 13
capacité de chaque seau: 2240 litres
vitesse: 4,5 - 18 m / min.
voltage: 6 kV
puissance: 4676 kW = 6360 PS
équipage: minimum 4+2, normalement 6+2
lieux d'action: mine à ciel ouvert de Muldenstein, mine à
ciel ouvert de Golpa-Nord
"GEMINI" a deux parties, une pour prendre les charges, l'autre pour
les déposer. Elles sont reliées par un système de courroie.
BIG WHEEL
excavatrice 1521 SRs 1300 sur chenilles, rotative avec programme de
contrôle excavateur BPS 720
année de construction: 1984
fabricant: TAKRAF (Schwermaschinenbau Lauchhammer)
poids: 1718 tonnes
dimensions: 31 x 74,5 m
portée du pivotement: 180 degrés système de courroie
de transport, 340 degrés système de courroie d'excavation
nombre de seaux: 14
capacité de chaque seau: 700 litres
diamètre des roues: 8,4m
vitesse: max. 6m / min.
voltage: 6 kV
puissance: 1795 kW = 2440 PS
équipage: minimum 3, normalement 5
lieux d'action: mine à ciel ouvert de Goitsche, mine à
ciel ouvert de Golpa-Nord, mine à ciel ouvert de Gröbern
"BIG WHEEL" est la plus récente machine de Ferropolis.
MAD MAX
excavatrice à chaines 651 Es 1120 sur rails, rotative
année de construction: 1962
fabricant: VEB Fördenlagen Köthen
poids: 1250 tonnes
dimensions: 27,6 x 79,2 m
portée du pivotement: 240 degrés superstructure
nombre de seaux: 40
capacité de chaque seau: 1120 litres
vitesse: 2,8 - 9 m / min.
voltage: 6 kV
puissance: 1680 kW = 2285 PS
équipage: minimum 3, normalement 5
lieux d'action: mine à ciel ouvert de Schlabendorf - Süd,
mine à ciel ouvert de Golpa-Nord
"MAD MAX" est appelée le "père de Ferropolis" car c'est
avec lui que commence l'histoire de Ferropolis.
MEDUSA
transporteur sur rails rotatif 1025 As 1120
année de construction: 1959
fabricant: VEB Fördenlagen Köthen
poids: 1200 tonnes
dimensions: 36 x 102 m
longueur du système de courroie: 61 m
portée du pivotement: 180 degrés système de courroie,
360 grue de réparation
nombre de seaux: 20
capacité de chaque seau: 1600 litres
vitesse: 4 - 18 m / min.
voltage: 6 kV
puissance: 3000 kW = 4080 PS
équipage: minimum 3+2, normalement 5+2
lieux d'action: mine à ciel ouvert de Golpa II, mine à
ciel ouvert de Muldenstein, mine à ciel ouvert de Golpa-Nord, mine
à ciel ouvert de Gröbern
"MEDUSA" est la plus haute machine de Ferropolis
MOSQUITO
excavatrice à chaines 197 ERs 400 sur chenilles, rotative
année de construction: 1941
fabricant: Maschinenfabrik Buckau / Magdeburg R. Wolf
poids: 792 tonnes
dimensions: 27,2 x 67,1 m
portée du pivotement: 3620 degrés
nombre de seaux: 45
capacité de chaque seau: 400 litres
vitesse: max 6 m / min.
voltage: 6 kV
puissance: 758 kW = 1031 PS
équipage: minimum 3, normalement 5
lieux d'action: mine à ciel ouvert de Golpa II, mine à
ciel ouvert de Muldenstein, mine à ciel ouvert de Golpa-Nord, mine
à ciel ouvert de Gröbern
"MOSQUITO" est la pièce la plus ancienne et la plus petite de
Ferropolis
(1) Régis Debray, "Le monument ou la transmission comme
tragédie", in l'Abus Monumental, Actes des Entretiens du Patrimoine,
sous la présidence de Régis Debray, ed. Fayard / ed. du Patrimoine
1999, p.42.
(2) informations recueillies sur le site.
2002-2004,
Rana Haddad (photos), Rana Haddad, Baron & Baron (texte), tous droits
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