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LES VILLES AMERICAINES SUR BARON & BARON :  PHILADELPHIE, NEIGE ET ECLIPSE LUNAIRE | SAVANNAH, LA BELLE DU SUD
> ALLER / VENIR
Washington est desservie par trois aéroports. Dulles International Airport (40 km env.) est servi par de nombreux vols intérieurs ainsi que l’essentiel du trafic international. C’est un hub de United Airlines (UA), membre de la Star Alliance. Vols internationaux de et vers : Addis Abeba (Ethiopian Airlines), Amsterdam (KLM, UA), Beijing-Pékin (UA), Bruxelles (UA), Buenos Aires (UA), Cancun (UA), Copenhague (Scandinavian), Doha (Qatar Airways), Djedda (Saudi Arabian), Dubai (UA), Francfort (Lufthansa, UA), Johannesburg (South African), Koweit (UA), Londres (British Airways, UA, Virgin Atlantic), Mexico (UA), Milan (Alitalia), Montevideo (UA), Montréal (Air Canada, UA), Moscou (Aeroflot), Munich (Lufthansa, UA), Paris (Air France, UA), Rio de Janeiro (UA), Riad (Saudi Arabian), Rome (UA), Sao Paulo (UA), Séoul (Korean Air), Singapour (United Airlines), Tokyo (All Nippon Airlines), Toronto (Air Canada, UA), Vienne (Austrian Airlines), Zurich (UA). Le Washington Flyer Coach Service relie l’aéroport à la station West Falls Church (9$ a/s, 16$ a/r).
Plus pratique pour les vols internes, le Reagan National Airport est dans la proximité immédiate de la ville. Nombreuses compagnies assurent des shuttles (vols toutes les heures) de et vers les autres métropoles de la côte Est. Le Metrorail dessert l’aéroport (près des terminaux B et C, navette pour rejoindre le terminal A).
Le Baltimore Washington Airport permet également de prendre de nombreux vols internes. Il est relié à la capitale (Greenbelt metro station) par le BWI Express Metro bus.
Washington est dotée d’un système de transport comprenant bus et métro qui permet de circuler dans la ville et son agglomération à moindre frais. Contrairement à New York, pourtant beaucoup plus grande, Washington n’est pas une ville à piétons. Si on excepte les lieux de promenade (le mall), marcher n’est pas spécialement agréable. www.wmata.com ; rideguide.wmata.com ; www.dccirculator.com
> DORMIR
Washington offre un choix d’hébergement immense: des grands palaces opulents ou l’on rencontre le gratin de la politique et de la finance aux B&B (bed & breakfast) petits et coquets pour un séjour de charme.
Cet embarras du choix permet parfois de tomber sur de très bonnes affaires. En hiver 2008, nous sommes descendus à l’hôtel Rouge (chaîne Kimpton). Le lobby et les espaces publics n’y sont pas spécialement attrayants, en revanche, pour 140 USD (taxes inclues), nous avons eu droit à une chambre immense dotée d’un king size bed, d’équipements pléthoriques et d’une salle de bain immaculée. Il est de nos jours de plus en plus appréciable de séjourner, pour un prix aussi raisonnable, au centre d’une capitale, dans un établissement décent. Notre critique sur Tripdavisor
Un endroit plus haut de gamme qui a attiré notre attention est le Ritz-Carlton Georgetown. Cet hôtel hors du commun, installé dans et autour d’un ancien four crématoire industriel, est un tour de force architectural. Murs extérieurs et intérieurs en brique, grosses structures métalliques, choix intéressants dans le mobilier et l’éclairage. Le tout au cœur du quartier super branché de Georgetown, juste au dessus du Potomac.
> MANGER
Diners à l’américaine, grands restaurants à la française, bistros bohème à la sauce Georgetown ou cafétérias de musées, on trouve tout pour manger dans la ville. Nous avons particulièrement apprécié Rosa Mexicano in Penn Quarter www.rosamexicano.com, un énorme restaurant mexicain (évidement) qui a le mérite d’être à la fois très branché et de servir une excellente nourriture. La guacamole maison et les fajitas sont historiques. Parmi les tanières hype de Georgetown, Café La Ruche www.cafelaruche.com est un endroit fort sympathique tenu par un français. Clientèle d’habitués qui viennent siroter un verre de rouge, une soupe à l’oignon du brie de meaux. Tout petit et toujours bondé.
> BOIRE / DANSER
Washington peut se vanter d’être une des capitales du monde les mieux pourvues en matière de clubbing (cf. le récit, ci-contre). Un des spots les plus en vue du moment est Josephine. L’espace, aux vagues réminiscences baroques (lustre, papier peint bordeaux), est envahi par une faune brillamment triée sur le volet (entrée très difficile si on n’est pas un(e) habitué(e)), gratin mondain, jolies filles sexy au décolletés plantureux, jeunes premiers en quête d’envol, plus quelques personnages (qui se croient importants telle cette fille qui demande au videur de venir vous dire de ne pas la prendre en photo alors que vous n’aviez même pas remarqué son existence). Indispensable.
Le site Billyphone propose une sélection de restaurants, bars, lounges et clubs. Possibilité d’abonnement pour réservations et / ou guest list.
> ECOUTER / VOIR
The John F. Kennedy Center for the Performing Arts est une des plus importantes salles de concerts et de spectacles du continent américain. Musique classique, danse, opéra, musicals, ciné-club, etc. http://www.kennedy-center.org
> LIRE
GUIDES DE VOYAGE
City guides chez Lonely Planet Washington D.C. condensed pour l’essentiel, Time Out Washington, D.C. pour les bons plans et Guide Voir Hachette Washington en français avec plein de jolies illustrations.
Le magazine Time Out Washington D.C.et sa version électronique www.timeout.com/travel/washingtondc pour les bonnes adresses et les évènements en cours.
www.washington.org Site officiel de la ville, avec infos pratiques, plans urbains et événements culturels.
ARCHITECTURE & URBANISME
L'architecte de Washington - Pierre Charles L'Enfant, B. Pailhes, ed. Maisonneuve & Larose, 2002. Une monographie de ce français venu avec les troupes de Lafayette et à qui Georges Washington confiera la tâche de dessiner une capitale à la hauteur de ses aspirations. Sur le même sujet, on peut aussi consulter Deux capitales françaises: Saint-Pétersbourg et Washington, André Corboz, ed. Infolio, 2003 et Representing the State: Capital City Planning in the Early Twentieth Century, Wolfgang Sonne, ed. Prestel Verlag, 2005, qui met en lumière la genèse de capitales telles que Washington, D.C., Berlin, Canberra et New Delhi.

MUSÉES & CULTURE
Smithsonian Institution http://www.si.edu
Library of Congress http://www.loc.gov
The Phillips Collection http://www.phillipscollection.org
Newseum http://www.newseum.org/
Corcoran Gallery of Art http://www.corcoran.org

 

par Gregory Buchakjian (texte) et Joelle Achkar (illustrations)

Quatrième jour, sept heures du matin.
Déjà debout après deux pauvres heures de sommeil. Satané jetlag - décalage horaire ! Hier, comme tous les soirs depuis mon arrivée, Nabil m’a trimbalé à travers les spots branchés de la ville. Dîner à Georgetown, dans un restaurant italien en plein air. Ambiance hacienda avec flambeaux et clientèle glamour. Deuxième étape, un de ces lieux où se précipite la jet set, y laissant ses cabriolets clinquants à des voituriers en livrée avant d’exhiber ses tenues fraîchement acquises chez Gucci et Prada. Ici, tout le monde connaît tout le monde: Washington, comme Beyrouth, Genève et Monte Carlo, est un grand village ou l’anonymat est synonyme de mort sociale. Alors qu’on jacasse dans ce poulailler mondain, l’ambiance commence à chauffer avec les clones de Paris Hilton vêtues du strict minimum et bien remplies de vodka red bull qui se déhanchent comme des folles sur des rythmes endiablés. Pour s’enfoncer au bout de la nuit, il faut quitter la clarté des seins siliconés entre lesquels émergent des pendentifs Bulgari et s’aventurer dans la pénombre brumeuse un club underground aménagé dans les étages d’un vieil immeuble d’habitation délabré dans un quartier infréquentable. Musique électro-punk, ambiance destroy et faune dont on ne soupçonnerait pas l’existence dans une ville apparemment réservée aux fonctionnaires du gouvernement et de la Banque Mondiale. Des épaves zombiesques sorties de l’imaginaire de William Burroughs côtoient des créatures déjantées dont l’age et le sexe demeurent inconnus à ce jour dans un décor post apocalyptique - genre maison de Saddam Hussein pendant sa cavale - aux lueurs verdâtres. Quatre heures du matin, sortie à la surface de la terre. Direction – non, l’heure du dodo n’a pas encore sonné! – un restaurant français qui ne ferme jamais. Manger des steaks saignants sauce au poivre (ou béarnaise, je ne sais plus) arrosés de bordeaux pour se remettre de toutes les saloperies ingurgitées aux cours des heures précédentes.
Comme tous les matins, coucher à cinq heures, lever à sept.
 washington nights
Comme tous les matins, il pluviote sur le chemin du Starbucks Coffee du coin. Café, petit déjeuner, lecture des journaux et re-café. Comme tous les matins, le bus arrive avec une ponctualité suisse et pratiquement les mêmes passagers. Il traverse les quartiers résidentiels verdoyants, ballade assez charmante par sa monotonie, entre ensuite dans la zone des ambassades – Embassy Row, passant devant le monument consacré au poète libanais Khalil Gibran venu de ce côté de l’Atlantique vivre ses élucubrations symbolistes, avant de longer les immeubles gris et immenses enfermant des administrations fédérales diverses. Ma destination est le National Mall, la grande esplanade qui constitue l’axe monumental de la capitale des Etats-Unis.

Tout le monde connaît le Mall, même ceux qui n’ont jamais mis les pieds aux USA. Il suffit de brancher son poste de cathodique sur un journal télévisé – peu importe la langue ou l’origine de l’émission - et d’attendre une nouvelle d’Amérique. Le (la) correspondant(e) de la chaîne apparaîtra immanquablement avec, en arrière plan, un bâtiment blanc couvert d’une coupole (s’il n’a pas de coupole, c’est que c’est la Maison Blanche). L’axe de la photo permettra éventuellement de voir, au premier plan, un immense obélisque. Le Mall est une longue bande de verdure s’étalant entre deux monuments, l’obélisque et le capitole. Initialement placés sur les pylônes de temples égyptiens, les obélisques ont été instrumentalisés par l’occident comme ornement pour places publiques avec une éventuelle vocation symbolique. Contrairement à son homologue parisien de la place de la Concorde qui vient du Temple de Louxor, l’obélisque de Washington n’a pas de passé antique et encore moins de hiéroglyphes. De dimensions supérieures à celles de ses prédécesseurs des bords du Nil, il est entouré de drapeaux des Etats-Unis plantés en cercle (leur nombre équivaut à celui des états). Pointant élégamment vers le ciel, il évoque la grandeur et l’unité de la fédération. Cette unité et unicité de l’objet a été remise en question par l’artiste Claes Oldenburg qui a proposé en 1967 de le remplacer par une paire de ciseaux géante (1). On était en plein dans les années pop et les mouvements pacifistes contre la guerre du Vietnam, mais l’action de Oldenburg dépasse la seule provocation contestataire. Par sa forme et sa mobilité, elle remet en cause le monument dans son immuabilité même qui fait sa monumentalité.

Aussi immuable que l’obélisque, le Capitole, construit sur une petite éminence, domine le paysage de Washington. La référence architecturale, toujours antique, n’est plus l’Egypte pharaonique mais la Rome impériale. Le siège du pouvoir législatif fédéral, Congrès et Sénat, est un de ces avatars du style néoclassique qui connut un grand succès au Etats-Unis. Tout a commencé à l’époque de l’Indépendance, à la fin du XVIIIe siècle. Un des pères de la nation, Thomas Jefferson, aussi architecte, a dessiné l’Université de Virginie à Charlottesville selon une perspective aboutissant vers un bâtiment à coupole inspiré du Panthéon d’Hadrien à Rome. On peut voir dans ce projet l’application des idéaux de l’architecture des lumières (exprimés en France par Ledoux, Boullée et Lequeu) en terre américaine et l’ancêtre du plan directeur de la capitale fédérale dont le plan directeur sera conçu par un français, Pierre Charles L'Enfant (pour ceux qui se demandaient pourquoi une station de métro s’appelle « L’Enfant Plaza »). Sauf qu’entre Charlottesville et Washington, il y a changement de couleur – Jefferson avait alterné la pierre blanche avec la brique, tandis qu’ici le blanc et de rigueur – et surtout d’échelle.

washington monument 

Washington tient le rôle de capitale politique et administrative, mais de pas de première ville du pays. La suprématie démographique et la puissance économique et financière sont les qualificatifs qui sont de New York et Chicago. Depuis la fin du XIXe siècle, ces deux métropoles se sont développées selon la logique verticale du gratte ciel. Siège des grandes entreprises, la tour est devenue le symbole du capitalisme triomphant. Elle remplace les lieux de culte et autres palais royaux et, quand elle se tourne vers les références historiques, va les chercher du coté des cathédrales gothiques (2), un choix qui n’est pas qu’esthétique. Le gothique est l’expression d’un esprit d’entreprise - les corporations et les chantiers de cathédrales - et la volonté de souveraineté de la cité, tandis que l’antiquité romaine et la marque de la puissance impériale et de son emprise sur le monde. Loin des aiguilles pointues des cathédrales capitalistes, Washington a conservé une logique horizontale que ne viennent perturber que l’obélisque et le Capitole. Sa grandeur se manifeste dans cette accumulation de monuments à l’antique dont le plus manifeste est le Lincoln Memorial. Entouré de trente six colonnes doriques, du nombre d’états qui constituaient les USA à l’époque d’Abraham Lincoln. La palme de la grandeur revient toutefois au Pentagone, dont on dit que c’est le plus vaste immeuble du monde, qui abrite le ministère de la Défense. Plusieurs monuments évoquent d’ailleurs l’histoire militaire des USA. Le Iwo Jima Memorial, par exemple, est une transposition en bronze d’une des plus célèbres photos de la IIe Guerre Mondiale (prise par Joe Rosenthal): des marines américains plantant la bannière étoilée sur cette île du Pacifique au terme d’un combat prométhéen. Encore plus intéressant est le Mémorial des vétérans de la guerre du Vietnam. Le projet lauréat du concours de 1979 est l’œuvre de Maya Ying Lin, qui était alors étudiante à Yale: Un double mur en V de marbre noir sur lequel sont inscrits les noms des 58 202 soldats tués. Le mur est immergé dans l’eau, au pied de l’obélisque et le public le longe en scrutant l’interminable liste de noms à la recherche du souvenir d’un être cher. Encore l’horizontalité et beaucoup de sobriété dans cette œuvre qui, après la farce de Oldenburg, attaque l’idée de monument sur l’absence d’élévation et de dynamisme, ce qui n’a pas manqué de provoquer certains grincements de dents.

Lieu symbole, le Mall a connu les plus grandes manifestations de l’histoire du pays, de la lutte pour les droits civiques à l’opposition à la guerre en Irak. Lieu de représentation du pouvoir et de la nation, il est aussi lieu de promenade. Il est à la fois la très funéraire place Tien an Men de Pékin et le très couru Central Park de New York et l’abondance d’écureuils ne manque pas d’ajouter un certain charme.

Un des principaux intérêts du Mall est la concentration de musées qui habitent les monumentales constructions qui bordent l’espace vert. Gérés par la Smithsonian Institution (à l’exception de la National Gallery of Art), ces musées sont des établissements publics dont le statut est différent de celui des autres musées américains (comme le Metropolitan Museum of Art de New York) qui sont privés. Les musées de la Smithsonian couvrent pratiquement tous les champs d’activité et leur entrée est gratuite. Un des établissements les plus appréciés auprès du grand public est le Air and Space Museum. Dans un immeuble moderne aux larges baies vitrées, il permet de revivre l’aventure de l’aviation, des premiers coucous aux modules lunaires. En plus de ses locaux sur le Mall, le Air and Space Museum a ouvert en 2003 le Steven F. Udvar-Hazy Center près de l’aéroport international de Washington Dulles. La grande galerie voûtée du Steven F. Udvar-Hazy Center compte parmi ses pensionnaires deux stars incontournables. La première est le bombardier Boeing B29 Superfortress «Enola Gay» qui largua la première bombe nucléaire sur Hiroshima. Nombreuses voies se sont élevées, lors de l’ouverture du musée, pour protester contre l’absence de mention concernant les dizaines de milliers de victimes touchées par ce cataclysme. Moins controversée, la plus belle star est un Concorde d’Air France. Les exemplaires du supersonique franco-britannique sont devenus des pièces de musée et ce beau volatile blanc rappelle que Washington Dulles fut la première destination américaine desservie par Concorde. Lors de mon arrivée à Washington, j’étais très excité à l’idée d’atterrir dans cet aéroport. Conçue à la fin des années 1950 par Eero Saarinen, l’aérogare est une armature de pylônes inclinés vers l’extérieur qui soutiennent un toit en courbe. C’était l’age d’or de l’aviation civile et Saarinen avait à son actif un autre chef d’œuvre, le terminal de la TWA (Trans World Airways) à New York (qui a fermé depuis la disparition de la compagnie). Le vol Paris-Washington à bord d’un Airbus A340 d’Air France avait été idyllique. Surclassé en première classe avec fauteuil inclinable à 180 degrés, service, nourriture et vins dignes d’un palace et voisinage d’une diplomate américaine venant d’Australie (ça change des mammas grecques auxquelles j’avais eu droit sur Olympic la fois précédente). 

 washington air & space

«You’re coming from an ennemy country and I cannot let you in», me dit le préposé à l'immigration à la vue de mon passeport libanais pourtant orné du visa US. «ennemy country», c’était quand même très fort, digne de la «lutte du bien contre le mal». On m’envoya à un local nommé «further investigation» ou les indésirables venus du monde entier semblaient attendre depuis la nuit des temps qu’on veuille se pencher sur leur sort. Un enquêteur du FBI m’emmena dans un bureau. Jeune, amical, vêtu d’une chemise à rayure aux manches retroussées avec cravate et badge, il avait en main un gobelet en plastique de nescafé. Assis sur la table, il ressemblait à ces flics qu’on voit dans les séries en access prime time. L’interrogatoire fut courtois, à la limite de la familiarité et pas trop pénible. C’était en 1995, six ans avant les attentats du 11 septembre.


En 2008, les consignes de sécurité dans les aéroports américains avaient atteint un summum digne des films de science fiction des années 1960. Chaque passager au départ devant se déchausser, déballer ses affaires (ordinateur, etc.) dans des paniers de supermarché et passer dans un sas transparent dans lequel il était aspergé d’ondes supposées inspecter ses intentions terroristes. Un scénario à mi chemin entre Mission Impossible et Star Trek. Au moment de se déchausser, la personne en charge de l’opération a vu mes chaussettes MUJI multicolores.
«Oooh, sweety, you have so nice socks ! Where did u get’em?»
Et puis
«Ooooooh, dear, it’s wonderful, they are assorted with your shirt. You’re so trendy my dear
Ce fut bien plus agréable de se voir apprécié à sa juste valeur comme homme de goût que de se faire traiter d’ennemi.

Le rapport entre des Etats-Unis avec le reste du monde est un sujet qui revient partout et tout le temps. Dans les contrôles des aéroports, dans les quartiers sordides de la ville, et ici, sur le Mall. Les musées de la Smithsonian Institution exposent au public les arts et les cultures du monde entier. A commencer par ceux de l’Amérique elle même, car l’Amérique est plurielle et son histoire pas toujours aussi limpide. On naviguera entre le National Museum of American History, le Anacostia Museum & Center for African American History and Culture et le National Museum of the American Indian dont les collections couvrent toute l’Amérique Précolombienne, de l’Alaska au Pérou.

Ce musée est une des additions les plus récentes, les plus spectaculaires (bâtiment immense à deux pas du Capitole) et les plus discutables de la Smithsonian. Discutable d'abord car l'architecture de l'édifice, qui se veut inspirée par les constructions traditionnelles en adobe, est d’un goût pour le moins douteux. Mais plus étrange est le concept muséographique de l’institution. Le National Museum of the American Indian se veut un hommage de l’Amérique aux peuples indigènes, et aussi un peu un mea culpa des génocides dont ils ont été victimes. Un immense mural comporte la liste de toutes les ethnies et de tous les peuples qui vivaient sur ce continent et dont certains ont entièrement disparu, avec au, centre la liste, «WE ARE THE EVIDENCE». C’est un des moments les plus forts et les plus émouvants de la visite. Le problème est que le parcours et l’exposition des objets a quelque chose de très gadget. Il y a certes une documentation abondante autour de chaque artefact, mais celui-ci est noyé dans une scénographie tellement lourde qu’on ne le voit plus. Contrairement aux musées d’art occidental, asiatique ou africain de la même ville, il y a ici une sorte de disneylandisation qui retire aux pièces leur valeur esthétique et magique pour ne leur laisser que la qualité de trace archéologique. Reste à savoir si ce parti pris est intentionnel – et si il faut y trouver une signification politique – ou pas.

En sortant de l’Amérique (pays et continent), on ira au National Museum of African Art s’extasier devant le masque Mbuya provenant du Congo (peuples Pende) dont la face se prolonge vers le bas par une curieuse excroissance courbe peinte de laquelle pendent, des fibres qui ont l’air de poils. Le plus grand continent du monde est installé dans deux musées voisins et jumeaux reliés par un passage souterrain: La Freer Gallery of Art et la Arthur M. Sackler Gallery of Art. Bien plus petit que le Musée Guimet à Paris, ce duo renferme néanmoins de remarquables collections comme ces paysages chinois qui représentent des fleuves avec des formats improbables, des rouleaux qui peuvent dépasser dix mètres de long sur lesquels est représenté le fleuve depuis sa source jusqu’à son embouchure. Après avoir contemplé les métaux islamiques, les fresques du Gandhara et les porcelaines Koryo, on visitera la «chambre chinoise» ou chambre des Paons décorée en 1876 par le peintre américain James Abbot Whistler. Ami des impressionnistes, Whistler fut touché par ce goût de l’Asie qu’on qualifiât tantôt de japonisme, tantôt de chinoiseries.

Matisse est un autre artiste occidental influencé par l’orient, même si son orient était plus le Maroc que la Chine. Une série de sculptures en bronze figurant des nus féminins se trouvent en bordure d’un musée de forme circulaire, le Hirshhorn Museum and Sculpture Garden. Musée d’art moderne, le Hirshhorn n’entend pas rivaliser avec le MoMA (Musueum of Modern Art) de New York mais renferme quand même quelques œuvres qui valent le détour. Eleven A.M. (1926), l’ennui et l’isolement selon Edward Hopper, Study for Portrait V (1953) de Francis Bacon, une des études de papes d’après le Portrait du pape Innocent X de Vélasquez, avec un pape non pas hurlant, mais riant derrière une moustache à la Hitler. Moins sinistres sont les figures clownesques et burlesques de Jean Dubuffet et la Venus aux chiffons (1967) de Michelangelo Pistoletto, une icône de l’Arte Povera.

C’est en parlant de peinture qu’il nous faut aborder le temple de la peinture à Washington, la National Gallery of Art. >> lire la suite : la National Gallery of Art

NOTES
1) Claes Oldenburg, Proposed Colossal Monument to Replace the Washington Obelisk, Washington D.C.: Scissors in motion, 1967, crayon et aquarelle sur papier, 76,2 x 50,2 cm. Publié in High and Low, Modern Art & Popular Culture, exp. The Museum of Modern Art, New York, 1991, cat. par Kirk Varnedoe & Adam Gopnik, ed. MoMA, p. 354, ill. 195.
2) Ce n’est pas un hasard que le projet lauréat du concours pour la construction du Chicago Tribune Building en 1922 soit néo-gothique. Notons aussi que Claes Oldenburg a dessiné une Proposition tardive (1967) pour ce concours qui consiste en une pince à linge géante.
Texte : Gregory Buchakjian. Illustrations : Joelle Achkar. Ce récit est une accumulation d'expériences et de visites vécues à Washington entre 1987 et 2008.
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