| > ALLER / VENIR |
| Washington est desservie par trois
aéroports. Dulles International Airport (40
km env.) est servi par de nombreux vols intérieurs ainsi que
l’essentiel du trafic international. C’est un hub de United
Airlines (UA), membre de la Star Alliance. Vols internationaux de et
vers : Addis Abeba (Ethiopian Airlines), Amsterdam (KLM, UA),
Beijing-Pékin (UA), Bruxelles
(UA), Buenos Aires (UA),
Cancun (UA), Copenhague (Scandinavian), Doha (Qatar Airways), Djedda
(Saudi Arabian), Dubai (UA), Francfort
(Lufthansa, UA), Johannesburg (South African), Koweit (UA), Londres
(British
Airways, UA, Virgin Atlantic), Mexico (UA), Milan (Alitalia),
Montevideo (UA), Montréal (Air Canada, UA), Moscou (Aeroflot),
Munich (Lufthansa, UA), Paris (Air France, UA), Rio de Janeiro (UA),
Riad (Saudi Arabian), Rome (UA), Sao Paulo (UA), Séoul (Korean
Air),
Singapour (United Airlines), Tokyo
(All Nippon Airlines), Toronto (Air Canada, UA), Vienne (Austrian
Airlines), Zurich (UA). Le Washington Flyer Coach
Service relie
l’aéroport à la station West Falls Church (9$ a/s, 16$
a/r). |
| Plus
pratique pour les vols internes, le Reagan
National Airport est dans la proximité
immédiate de la ville. Nombreuses compagnies assurent des
shuttles (vols toutes les heures) de et vers les autres
métropoles de la côte Est. Le Metrorail dessert
l’aéroport (près des terminaux B et C, navette pour
rejoindre le terminal A). |
| Le Baltimore
Washington Airport permet également de prendre de
nombreux vols internes. Il est relié à la capitale
(Greenbelt metro station) par le BWI Express Metro bus. |
| Washington
est dotée d’un système de transport comprenant bus et
métro qui permet de circuler dans la ville et son
agglomération à moindre frais. Contrairement à New
York, pourtant beaucoup plus grande, Washington n’est pas une ville
à piétons. Si on excepte les lieux de promenade (le
mall), marcher n’est pas spécialement agréable. www.wmata.com ; rideguide.wmata.com
; www.dccirculator.com
|
> DORMIR
|
| Washington
offre un choix d’hébergement immense: des grands palaces
opulents ou l’on rencontre le gratin de la politique et de la finance
aux B&B (bed & breakfast) petits et coquets pour un
séjour de charme. |
| Cet
embarras du choix permet parfois de tomber sur de très bonnes
affaires. En hiver 2008, nous sommes descendus à l’hôtel
Rouge (chaîne Kimpton). Le lobby et les espaces
publics n’y sont
pas spécialement attrayants, en revanche, pour 140 USD (taxes
inclues), nous avons eu droit à une chambre immense dotée
d’un king size bed, d’équipements pléthoriques et d’une
salle de bain immaculée. Il est de nos jours de plus en plus
appréciable de séjourner, pour un prix aussi raisonnable,
au centre d’une capitale, dans un établissement décent. Notre
critique sur Tripdavisor |
| Un
endroit plus haut de gamme qui a attiré notre attention est le Ritz-Carlton Georgetown. Cet
hôtel hors du commun,
installé dans et autour d’un ancien four crématoire
industriel, est un tour de force architectural. Murs extérieurs
et intérieurs en brique, grosses structures métalliques,
choix intéressants dans le mobilier et l’éclairage. Le
tout au cœur du quartier super branché de Georgetown, juste au
dessus du Potomac. |
>
MANGER
|
| Diners
à l’américaine, grands restaurants à la
française, bistros bohème à la sauce Georgetown ou
cafétérias de musées, on trouve tout pour manger
dans la ville. Nous avons particulièrement
apprécié Rosa Mexicano
in Penn Quarter www.rosamexicano.com,
un énorme restaurant mexicain
(évidement) qui a le mérite d’être à la fois
très branché et de servir une excellente nourriture. La
guacamole maison et les fajitas sont historiques. Parmi les
tanières hype de Georgetown, Café
La Ruche www.cafelaruche.com
est un endroit fort sympathique tenu par un
français. Clientèle d’habitués qui viennent
siroter un verre de rouge, une soupe à l’oignon du brie de
meaux. Tout petit et toujours bondé. |
| >
BOIRE / DANSER |
| Washington
peut se vanter d’être une des capitales du monde les mieux
pourvues en matière de clubbing (cf. le récit,
ci-contre). Un des spots les plus en vue du moment est Josephine. L’espace, aux vagues
réminiscences baroques (lustre, papier peint bordeaux), est
envahi par une faune brillamment triée sur le volet
(entrée très difficile si on n’est pas un(e)
habitué(e)), gratin mondain, jolies filles sexy au
décolletés plantureux, jeunes premiers en quête
d’envol, plus quelques personnages (qui se croient importants telle
cette fille qui demande au videur de venir vous dire de ne pas la
prendre en photo alors que vous n’aviez même pas remarqué
son existence). Indispensable. |
Le site Billyphone propose une sélection de
restaurants, bars, lounges et clubs. Possibilité d’abonnement
pour réservations et / ou guest list.
|
| >
ECOUTER / VOIR |
The
John F. Kennedy Center for the Performing Arts est une des plus
importantes salles de concerts et de spectacles du continent
américain. Musique classique, danse, opéra, musicals,
ciné-club, etc. http://www.kennedy-center.org
|
| > LIRE |
GUIDES
DE VOYAGE
City guides chez Lonely
Planet Washington D.C. condensed pour l’essentiel, Time Out Washington,
D.C. pour les bons plans et Guide Voir Hachette
Washington en français avec plein de jolies illustrations. |
| Le
magazine Time Out
Washington D.C.et sa version électronique www.timeout.com/travel/washingtondc
pour les bonnes
adresses et les évènements en cours. |
| www.washington.org Site officiel
de la ville, avec infos pratiques, plans urbains et
événements culturels. |
ARCHITECTURE & URBANISME
L'architecte
de Washington - Pierre Charles L'Enfant, B. Pailhes, ed.
Maisonneuve & Larose, 2002. Une monographie de ce français
venu avec les troupes de Lafayette et à qui Georges Washington
confiera la tâche de dessiner une capitale à la hauteur de
ses aspirations. Sur le même sujet, on peut aussi consulter Deux capitales
françaises: Saint-Pétersbourg et Washington,
André Corboz, ed. Infolio, 2003 et Representing the State:
Capital City Planning in the Early Twentieth Century, Wolfgang
Sonne, ed. Prestel Verlag, 2005, qui met en lumière la
genèse de capitales telles que Washington, D.C., Berlin,
Canberra et New Delhi.
|
MUSÉES
& CULTURE
|
Smithsonian
Institution http://www.si.edu
|
Library
of Congress http://www.loc.gov
|
| The
Phillips Collection http://www.phillipscollection.org |
Newseum
http://www.newseum.org/
|
Corcoran
Gallery of Art http://www.corcoran.org
|
|
par Gregory Buchakjian
(texte) et Joelle Achkar (illustrations)
Quatrième jour,
sept heures du matin.
Déjà debout
après deux pauvres heures de sommeil.
Satané jetlag -
décalage horaire ! Hier, comme tous les soirs depuis mon
arrivée, Nabil m’a trimbalé à travers les spots
branchés de la ville. Dîner à Georgetown, dans un
restaurant italien en plein air. Ambiance hacienda avec flambeaux et
clientèle glamour. Deuxième étape, un de ces lieux
où se précipite la jet set, y laissant ses cabriolets
clinquants à des voituriers en livrée avant d’exhiber ses
tenues fraîchement acquises chez Gucci et Prada. Ici, tout le
monde connaît tout le monde: Washington, comme Beyrouth,
Genève et Monte Carlo, est un grand village ou l’anonymat est
synonyme de mort sociale. Alors qu’on jacasse dans ce poulailler
mondain, l’ambiance commence à chauffer avec les clones de Paris
Hilton vêtues du strict minimum et bien remplies de vodka red
bull qui se déhanchent comme des folles sur des rythmes
endiablés. Pour s’enfoncer au bout de la nuit, il faut quitter
la clarté des seins siliconés entre lesquels
émergent des pendentifs Bulgari et s’aventurer dans la
pénombre brumeuse un club underground aménagé dans
les étages d’un vieil immeuble d’habitation
délabré dans un quartier infréquentable. Musique
électro-punk, ambiance destroy et faune dont on ne
soupçonnerait pas l’existence dans une ville apparemment
réservée aux fonctionnaires du gouvernement et de la
Banque Mondiale. Des épaves zombiesques sorties de l’imaginaire
de William Burroughs côtoient des créatures
déjantées dont l’age et le sexe demeurent inconnus
à ce jour dans un décor post apocalyptique - genre maison
de Saddam Hussein pendant sa cavale - aux lueurs verdâtres.
Quatre heures du matin, sortie à la surface de la terre.
Direction – non, l’heure du dodo n’a pas encore sonné! – un
restaurant français qui ne ferme jamais. Manger des steaks
saignants sauce au poivre (ou béarnaise, je ne sais plus)
arrosés de bordeaux pour se remettre de toutes les saloperies
ingurgitées aux cours des heures précédentes.
Comme tous les matins, coucher à cinq heures, lever à
sept.
|
|
| Comme
tous les matins, il pluviote sur le chemin du Starbucks Coffee du
coin. Café, petit déjeuner, lecture des journaux et
re-café. Comme tous
les matins, le bus arrive avec une ponctualité suisse et
pratiquement
les mêmes passagers. Il traverse les quartiers
résidentiels verdoyants,
ballade assez charmante par sa monotonie, entre ensuite dans la zone
des ambassades – Embassy Row, passant devant le monument
consacré au
poète libanais Khalil Gibran venu de ce côté de
l’Atlantique vivre ses
élucubrations symbolistes, avant de longer les immeubles gris et
immenses enfermant des administrations fédérales
diverses. Ma
destination est le National Mall, la grande esplanade qui constitue
l’axe monumental de la capitale des Etats-Unis.
Tout
le monde
connaît le Mall, même ceux qui n’ont jamais mis les pieds
aux USA. Il
suffit de brancher son poste de cathodique sur un journal
télévisé –
peu importe la langue ou l’origine de l’émission - et d’attendre
une
nouvelle d’Amérique. Le (la) correspondant(e) de la chaîne
apparaîtra
immanquablement avec, en arrière plan, un bâtiment blanc
couvert d’une
coupole (s’il n’a pas de coupole, c’est que c’est la Maison Blanche).
L’axe de la photo permettra éventuellement de voir, au premier
plan, un
immense obélisque. Le Mall est une longue bande de verdure
s’étalant
entre deux monuments, l’obélisque et le capitole. Initialement
placés
sur les pylônes de temples égyptiens, les
obélisques ont été
instrumentalisés par l’occident comme ornement pour places
publiques
avec une éventuelle vocation symbolique. Contrairement à
son homologue
parisien de la place de la Concorde qui vient du Temple de Louxor,
l’obélisque de Washington n’a pas de passé antique et
encore moins de
hiéroglyphes. De dimensions supérieures à celles
de ses prédécesseurs
des bords du Nil, il est entouré de drapeaux des Etats-Unis
plantés en
cercle (leur nombre équivaut à celui des états).
Pointant élégamment
vers le ciel, il évoque la grandeur et l’unité de la
fédération. Cette
unité et unicité de l’objet a été remise en
question par l’artiste
Claes Oldenburg qui a proposé en 1967 de le remplacer par une
paire de
ciseaux géante (1). On était en plein
dans les
années
pop et les
mouvements pacifistes contre la guerre du Vietnam, mais l’action de
Oldenburg dépasse la seule provocation contestataire. Par sa
forme et
sa mobilité, elle remet en cause le monument dans son
immuabilité même
qui fait sa monumentalité.
Aussi
immuable que
l’obélisque, le Capitole, construit sur une petite
éminence, domine le
paysage de Washington. La référence architecturale,
toujours antique,
n’est plus l’Egypte pharaonique mais la Rome impériale. Le
siège du
pouvoir législatif fédéral, Congrès et
Sénat, est un de ces avatars du
style néoclassique qui connut un grand succès au
Etats-Unis. Tout a
commencé à l’époque de l’Indépendance,
à la fin du XVIIIe siècle. Un
des pères de la nation, Thomas Jefferson, aussi architecte, a
dessiné
l’Université de Virginie à Charlottesville selon une
perspective
aboutissant vers un bâtiment à coupole inspiré du
Panthéon d’Hadrien à
Rome. On peut voir dans ce projet l’application des idéaux de
l’architecture des lumières (exprimés en France par
Ledoux, Boullée et
Lequeu) en terre américaine et l’ancêtre du plan directeur
de la
capitale fédérale dont le plan directeur sera
conçu par un français,
Pierre Charles L'Enfant (pour ceux qui se demandaient pourquoi une
station de métro s’appelle « L’Enfant Plaza »). Sauf
qu’entre
Charlottesville et Washington, il y a changement de couleur – Jefferson
avait alterné la pierre blanche avec la brique, tandis qu’ici le
blanc
et de rigueur – et surtout d’échelle.
|
|
|
Washington
tient
le rôle de capitale politique et administrative, mais de
pas de
première ville du pays. La suprématie
démographique et la puissance
économique et financière sont les qualificatifs qui sont
de New York et
Chicago. Depuis la fin du XIXe siècle, ces deux
métropoles se sont
développées selon la logique verticale du gratte ciel.
Siège des
grandes entreprises, la tour est devenue le symbole du capitalisme
triomphant. Elle remplace les lieux de culte et autres palais royaux
et, quand elle se tourne vers les références historiques,
va les
chercher du coté des cathédrales gothiques (2),
un choix qui
n’est pas
qu’esthétique. Le gothique est l’expression d’un esprit
d’entreprise -
les corporations et les chantiers de cathédrales - et la
volonté de
souveraineté de la cité, tandis que l’antiquité
romaine et la marque de
la puissance impériale et de son emprise sur le monde. Loin des
aiguilles pointues des cathédrales capitalistes, Washington a
conservé
une logique horizontale que ne viennent perturber que
l’obélisque et le
Capitole. Sa grandeur se manifeste dans cette accumulation de monuments
à l’antique dont le plus manifeste est le Lincoln Memorial.
Entouré de
trente six colonnes doriques, du nombre d’états qui
constituaient les
USA à l’époque d’Abraham Lincoln. La palme de la grandeur
revient
toutefois au Pentagone, dont on dit que c’est le plus vaste immeuble du
monde, qui abrite le ministère de la Défense. Plusieurs
monuments
évoquent d’ailleurs l’histoire militaire des USA. Le Iwo Jima
Memorial,
par exemple, est une transposition en bronze d’une des plus
célèbres
photos de la IIe Guerre Mondiale (prise par Joe Rosenthal): des marines
américains plantant la bannière étoilée sur
cette île du Pacifique au
terme d’un combat prométhéen. Encore plus
intéressant est le Mémorial
des vétérans de la guerre du Vietnam. Le projet
lauréat du concours de
1979 est l’œuvre de Maya Ying Lin, qui était alors
étudiante à Yale: Un
double mur en V de marbre noir sur lequel sont inscrits les noms des 58
202 soldats tués. Le mur est immergé dans l’eau, au pied
de l’obélisque
et le public le longe en scrutant l’interminable liste de noms à
la
recherche du souvenir d’un être cher. Encore
l’horizontalité et
beaucoup de sobriété dans cette œuvre qui, après
la farce de Oldenburg,
attaque l’idée de monument sur l’absence
d’élévation et de dynamisme,
ce qui n’a pas manqué de provoquer certains grincements de
dents.
Lieu
symbole, le
Mall a connu les plus grandes manifestations de l’histoire du pays, de
la lutte pour les droits civiques à l’opposition à la
guerre en Irak.
Lieu de représentation du pouvoir et de la nation, il est aussi
lieu de
promenade. Il est à la fois la très funéraire
place Tien an Men de
Pékin et le très couru Central Park de New York et
l’abondance
d’écureuils ne manque pas d’ajouter un certain charme.
Un
des
principaux
intérêts du Mall est la concentration de musées qui
habitent les
monumentales constructions qui bordent l’espace vert. Gérés
par la
Smithsonian Institution (à l’exception de la National Gallery of
Art),
ces musées sont des établissements publics dont le statut
est différent
de celui des autres musées américains (comme le
Metropolitan Museum of
Art de New York) qui sont privés. Les musées de la
Smithsonian couvrent
pratiquement tous les champs d’activité et leur entrée
est gratuite. Un
des établissements les plus appréciés
auprès du grand public est le Air
and Space Museum. Dans un immeuble moderne aux larges baies
vitrées, il
permet de revivre l’aventure de l’aviation, des premiers coucous aux
modules lunaires. En plus de ses locaux sur le Mall, le Air and Space
Museum a ouvert en 2003 le Steven F. Udvar-Hazy Center près de
l’aéroport international de Washington Dulles. La grande galerie
voûtée
du Steven F. Udvar-Hazy Center compte parmi ses pensionnaires deux
stars incontournables. La première est le bombardier Boeing B29
Superfortress «Enola Gay» qui largua la première
bombe nucléaire sur
Hiroshima. Nombreuses voies se sont élevées, lors de
l’ouverture du
musée, pour protester contre l’absence de mention concernant les
dizaines de milliers de victimes touchées par ce cataclysme.
Moins
controversée, la plus belle star est un Concorde d’Air France.
Les
exemplaires du supersonique franco-britannique sont devenus des
pièces
de musée et ce beau volatile blanc rappelle que Washington
Dulles fut
la première destination américaine desservie par
Concorde. Lors de mon
arrivée à Washington, j’étais très
excité à l’idée d’atterrir dans cet
aéroport. Conçue à la fin des années 1950
par Eero Saarinen, l’aérogare
est une armature de pylônes inclinés vers
l’extérieur qui soutiennent
un toit en courbe. C’était l’age d’or de l’aviation civile et
Saarinen
avait à son actif un autre chef d’œuvre, le terminal de la TWA
(Trans
World Airways) à New York (qui a fermé depuis la
disparition de la
compagnie). Le vol Paris-Washington à bord d’un Airbus A340
d’Air
France avait été idyllique. Surclassé en
première classe avec fauteuil
inclinable à 180 degrés, service, nourriture et vins
dignes d’un palace
et voisinage d’une diplomate américaine venant d’Australie
(ça change
des mammas grecques auxquelles j’avais eu droit sur Olympic la fois
précédente).
|
|
|
«You’re coming
from an ennemy country and I cannot let you in», me dit le
préposé à l'immigration à la vue de mon
passeport libanais pourtant orné du visa US. «ennemy
country», c’était quand même très fort, digne
de la «lutte du bien contre le mal». On m’envoya à
un local nommé «further investigation» ou les
indésirables venus du monde entier semblaient attendre depuis la
nuit des temps qu’on veuille se pencher sur leur sort. Un
enquêteur du FBI m’emmena dans un bureau. Jeune, amical,
vêtu d’une chemise à rayure aux manches retroussées
avec cravate et badge, il avait en main un gobelet en plastique de
nescafé. Assis sur la table, il ressemblait à ces flics
qu’on voit dans les séries en access prime time.
L’interrogatoire fut courtois, à la limite de la
familiarité et pas trop pénible. C’était en 1995,
six ans avant les attentats du 11 septembre.
En 2008, les consignes de sécurité dans les
aéroports américains avaient atteint un summum digne des
films de science fiction des années 1960. Chaque passager au
départ devant se déchausser, déballer ses affaires
(ordinateur, etc.) dans des paniers de supermarché et passer
dans un sas transparent dans lequel il était aspergé
d’ondes supposées inspecter ses intentions terroristes. Un
scénario à mi chemin entre Mission Impossible et Star
Trek. Au moment de se déchausser, la personne en charge de
l’opération a vu mes chaussettes MUJI multicolores.
«Oooh, sweety, you have
so nice socks ! Where did u get’em?»
Et puis
«Ooooooh, dear, it’s
wonderful, they are assorted with your shirt. You’re so trendy my dear!»
Ce fut bien plus agréable de se voir apprécié
à sa juste valeur comme homme de goût que de se faire
traiter d’ennemi.
Le
rapport entre
des Etats-Unis avec le reste du monde est un sujet qui revient partout
et tout le temps. Dans les contrôles des aéroports, dans
les quartiers
sordides de la ville, et ici, sur le Mall. Les musées de la
Smithsonian
Institution exposent au public les arts et les cultures du monde
entier. A commencer par ceux de l’Amérique elle même, car
l’Amérique
est plurielle et son histoire pas toujours aussi limpide. On naviguera
entre le National Museum of American History, le Anacostia Museum &
Center for African American History and Culture et le National Museum
of the American Indian dont les collections couvrent toute
l’Amérique
Précolombienne, de l’Alaska au Pérou.
Ce
musée est une des additions les plus récentes, les plus
spectaculaires (bâtiment immense à deux pas du Capitole)
et les plus discutables de la Smithsonian. Discutable d'abord car
l'architecture de l'édifice, qui se veut inspirée par les
constructions traditionnelles en adobe, est d’un goût pour le
moins douteux. Mais plus étrange est le concept
muséographique de l’institution. Le National Museum of the
American Indian se veut un hommage de l’Amérique aux peuples
indigènes, et aussi un peu un mea culpa des génocides
dont ils ont été victimes. Un immense mural comporte la
liste de toutes les ethnies et de tous les peuples qui vivaient sur ce
continent et dont certains ont entièrement disparu, avec au,
centre la liste, «WE ARE THE
EVIDENCE». C’est un des moments les plus forts et les plus
émouvants de la visite. Le problème est que le parcours
et l’exposition des objets a quelque chose de très gadget. Il y
a certes une documentation abondante autour de chaque artefact, mais
celui-ci est noyé dans une scénographie tellement lourde
qu’on ne le voit plus. Contrairement aux musées d’art
occidental, asiatique ou africain de la même ville, il y a ici
une sorte de disneylandisation qui retire aux pièces leur valeur
esthétique et magique pour ne leur laisser que la qualité
de trace archéologique. Reste
à savoir si ce parti pris
est intentionnel – et si il faut y trouver une signification politique
– ou pas.
En
sortant de
l’Amérique (pays et continent), on ira au National Museum of
African
Art s’extasier devant le masque Mbuya provenant du Congo (peuples
Pende) dont la face se prolonge vers le bas par une curieuse
excroissance courbe peinte de laquelle pendent, des fibres qui ont
l’air de poils. Le plus grand continent du monde est installé
dans deux
musées voisins et jumeaux reliés par un passage
souterrain: La Freer
Gallery of Art et la Arthur M. Sackler Gallery of Art. Bien plus petit
que le Musée Guimet à Paris, ce duo renferme
néanmoins de remarquables
collections comme ces paysages chinois qui représentent des
fleuves
avec des formats improbables, des rouleaux qui peuvent dépasser
dix
mètres de long sur lesquels est représenté le
fleuve depuis sa source
jusqu’à son embouchure. Après avoir contemplé les
métaux islamiques,
les fresques du Gandhara et les porcelaines Koryo, on visitera la
«chambre chinoise» ou chambre des Paons
décorée en 1876 par le peintre
américain James Abbot Whistler. Ami des impressionnistes,
Whistler fut
touché par ce goût de l’Asie qu’on qualifiât
tantôt de japonisme,
tantôt de chinoiseries.
Matisse
est un
autre artiste occidental influencé par l’orient, même si
son orient
était plus le Maroc que la Chine. Une série de sculptures
en bronze
figurant des nus féminins se trouvent en bordure d’un
musée de forme
circulaire, le Hirshhorn Museum and Sculpture Garden. Musée
d’art
moderne, le Hirshhorn n’entend pas rivaliser avec le MoMA (Musueum of
Modern Art) de New York
mais renferme quand même quelques œuvres qui valent le
détour. Eleven
A.M. (1926), l’ennui et l’isolement selon Edward Hopper, Study for
Portrait V (1953) de Francis Bacon, une des études de
papes
d’après le
Portrait du pape Innocent X de Vélasquez, avec un pape non pas
hurlant,
mais riant derrière une moustache à la Hitler. Moins
sinistres sont les
figures clownesques et burlesques de Jean Dubuffet et la Venus aux
chiffons (1967) de Michelangelo Pistoletto, une icône de
l’Arte
Povera.
C’est
en parlant de peinture qu’il nous faut aborder le temple de la peinture
à Washington, la National Gallery of Art. >> lire la
suite : la National Gallery of Art
|
NOTES
|
1) Claes Oldenburg, Proposed Colossal Monument to Replace the
Washington Obelisk, Washington D.C.: Scissors in motion, 1967,
crayon et aquarelle sur papier, 76,2 x 50,2 cm. Publié in High and Low, Modern Art & Popular
Culture, exp. The Museum of Modern Art, New York, 1991, cat. par
Kirk Varnedoe & Adam Gopnik, ed. MoMA, p. 354, ill. 195.
|
2) Ce n’est pas un hasard
que le projet lauréat du concours pour la construction du
Chicago Tribune Building en 1922 soit néo-gothique. Notons aussi
que Claes Oldenburg a dessiné une Proposition tardive (1967)
pour ce concours qui consiste en une pince à linge
géante.
|
Texte : Gregory Buchakjian.
Illustrations : Joelle Achkar. Ce récit est une accumulation
d'expériences et de visites vécues à Washington
entre 1987 et 2008.
|
| 1987, 1995, 2006, 2008, 2009, Baron
&
Baron,
tous droits réservés. >> CONTACTEZ
NOUS |
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