| > ALLER / VENIR |
Il est possible de rejoindre Savannah
en avion en faisant une correspondance dans un des hubs du territoire
US. Le Savannah / Hilton Head
International Airport (SAV, http://www.savannahairport.com/)
est
relié à Atlanta (Delta, nombreux vols), Chicago (United
Airlines), Cincinnati (Delta), Dallas (American Airlines), Detroit
(Northwest), New York La Guardia (Delta), New York Newark (Continental)
et Washington (United Airlines). L’aéroport est à 15
minutes de route du centre de la ville (taxi uniquement).
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| Chatham Area Transit (http://www.catchacat.org/)
pour les transports publics locaux. |
> DORMIR
|
La ville dispose d’un très
intéressant parc de demeures historiques transformées en
hôtels / bed and breakfast de charme. Plutôt que de nicher
dans un établissement anonyme et insipide, autant tenter le
faste et la nostalgie que proposent ces adresses :
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| The
Marshall House,
http://www.marshallhouse.com |
| The
Gastonian, http://www.gastonian.com |
| Forsyth
Park Inn, http://www.forsythparkinn.com |
| Olde
Harbour Inn, http://www.oldeharbourinn.com |
| The
East Bay Inn,
http://www.eastbayinn.com |
| The
Eliza Thompson House,
http://www.elizathompsonhouse.com |
| Plus
d'adresses sur Association
of Savannah bed and breakfast,
http://www.historicinnsofsavannah.com |
| > LIRE |
| GUIDES
& INFORMATIONS GENERALES |
| City
of Savannah: Official Government Web Site, http://www.ci.savannah.ga.us |
| Savannah
Online, permet de connaitre l’actu de la ville: http://www.savannah-online.com
|
| La
page consacrée à Savannah dans la version anglaise de Wikipedia:
http://en.wikipedia.org/
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LE LIVRE CULTE
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| Midnight
in the Garden of Good and Evil de John Berendt est disponible
en version française, Minuit dans jardin du bien et mal,
ed. Belfond, 2006.
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par Karim el Dahdah
Septembre 2004 - “Bienvenue à Savannah, la Belle du Sud”
Aéroport
d’Amsterdam. Je me souviens d’une porte ouverte, blanche, que devaient
emprunter les passagers en transit pour les États-Unis
d’Amérique. Je crois bien que c’était la porte du ciel,
la porte de l’inconnu. Au-delà, rien ne serait plus jamais
familier.
Je
suis arrivé à l’aéroport de Savannah en fin
d’après-midi, avec l’impression d’avoir atterri sur une autre
planète. Une Noire toute ronde m’accueille en hurlant et
gesticulant. Le ciel est bas, il pleut et un vent chaud et humide
souffle sur les plaines. Les feux de signalisation dansent sur les
câbles d’acier. En chemin, je cherche la ville, espérant
à tout moment apercevoir les gratte-ciel. Mais me voilà
bel et bien à Savannah, petite, basse, perdue,
désolée. Moi aussi je suis perdu, désolé,
hébété par la traversée de l’Atlantique et
le décalage horaire, déçu par cette ville qui n’en
est pas une. Dans les dortoirs, je cherche un téléphone
pour appeler la maison. A l’autre bout de l’univers, la voix
familière et ensommeillée demande si tout va bien. Mais
oui, maman, tout va très bien.
Tôt
le lendemain, je quitte les dortoirs pour découvrir la ville. Le
beau temps est revenu, et mes premiers pas sur Oglethorpe Avenue sont
une révélation. Voilà enfin Savannah, avec ses
avenues élégantes bordées de vieilles demeures
néo-classiques, ses Noirs secs et ridés qui flânent
dans les squares ombragés et sa mousse espagnole qui pend des
arbres comme les larmes versées par ce Sud profond qui ne s’est
jamais remis d’avoir perdu la guerre. Savannah est coquette,
fière, bourgeoise, gothique, et sa réputation de ville
historique au charme sudiste la précède aux
États-Unis. Fondée en 1733 par James Oglethorpe sur la
côte est de la colonie de Géorgie, elle échappe par
miracle à la destruction par les troupes du Nord à la fin
de la guerre de Sécession, et a donc conservé intact son
centre-ville, le tout premier aux États-Unis à
bénéficier d’un plan urbain, et aujourd’hui le plus grand
site historique du pays. Les berlines y côtoient des
calèches tirées par des chevaux pie harnachés de
plumes et de grelots, transport touristique idéal pour admirer
les 24 squares bordés de vieilles demeures en brique rouge et
colonnes de marbre blanc.
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Savannah,
GA, le dôme néo-renaissance du City Hall (construit en
1906) s'élance
vers le ciel
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Mais
un jeune étudiant désorienté a de tout autres
soucis en tête, notamment se remplir l’estomac. Sur Broughton
Street encore déserte et mouillée (qui n’avait l’air de
rien mais devait se révéler la principale artère
commerçante de la ville), j’ai aperçu un Starbucks Coffee
et s’est avec un grand soulagement que j’ai poussé la porte de
ce lieu familier. C’est ici que j’ai observé pour la
première fois l’Amérique blanche de Savannah: une
Amérique cossue, confiante dans sa supériorité et
ses traditions, lisant silencieusement le journal avant de se rendre au
travail. Les hommes de cette Amérique-là ont des
tignasses rousses ou blondes sagement ramenées sur le
côté et portent des chemises Ralph Lauren aux tons
neutres, bien serrées dans le pantalon. Les femmes ont les yeux
clairs et bienveillants, le visage souriant et la coiffure
démodée. Hommes et femmes sont Irlandais depuis plusieurs
générations, votent Républicain et affectionnent
les intérieurs chargés de bibelots et de tableaux de
famille. Ils portent un léger embonpoint, dû à un
penchant prononcé pour les deep
fried chicken, fried pork,
pancakes, sweaten tea, gritz et autres spécialités
si
riches du Sud. Comme on ne plaisante pas avec les bonnes
mannières dans cette partie du pays, ils disent good morning en
hôchant la tête quand ils vous croisent dans la rue, et
indiquent cordialement le chemin avec cet accent typique du Sud qui
consiste à allonger les voyelles, et que je trouvais tellement
irritant.
Mais
Savannah est aussi une ville noire, où les descendants des
esclaves affranchis ont le visage pétri de misère et
d’humilité. La pauvreté, le chômage et la
criminalité sévissent dans certains faubourgs de la
ville, et Blancs et Noirs se croisent dans la rue avec une sorte de
méfiance qui ne dit pas son nom. Mais il est si facile de ne pas
y penser, de ne pas voir; car Savannah est si belle sous le soleil, ses
habitants si gentils et il y fait si bon vivre.
Dans cette ville de l’Amérique profonde, le temps semblait
s’être arrêté et la vie s’écouler au rythme
cadencé du pas des chevaux.
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Savannah,
GA, monument de General James Oglethorpe, fondateur de la ville, sur
Chippewa Square
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Août
2005 – “Songe d’un Jour d’Été”
C’est
l’été et les
cours sont finis. La ville est brûlante sous le soleil
d’août, et je
sors faire une balade à vélo sur Bull Street, le coeur de
Savannah, qui
coupe en son centre Forsyth Park. La pelouse géante du parc
grouille de
familles blanches qui se prélassent sur l’herbe, de jeunes qui
jouent
au ballon et de chiens de toutes les tailles qui gambadent à
leur côté.
Un peu plus loin, de petites Noires hurlent sur la balançoire.
Je
contourne le monument aux Confédérés, puis la
fontaine où tritons et
cygnes en marbre blanc s’aspergent mutuellement. Son eau est
teintée de
vert durant les célébrations de la Saint-Patrick, qui
rivalisent
uniquement en importance avec celles de New York. Forsyth Park donne
directement sur Monterey Square, l’un des squares les plus
distingués
de la ville, flanqué en son centre d’un monument en forme
d’obélisque
surmonté d’une mini- statue de la Liberté. Autour de ce
square se
trouvent d’élégantes maisons aux couleurs chatoyantes et
aux balcons
finement forgés. C’est ici aussi que se trouve Mercer House,
riche
demeure rendue célèbre par les excentricités de
son ancien locataire,
Jim Williams, dont les réceptions de Noël attiraient la
belle société
de Savannah. Mercer House fut le théâtre du crime qui est
la trame du
best-seller Midnight in the Garden
of Good and Evil de John Berendt, et
du film éponyme de Clint Eastwood. Toujours sur Bull Street, je
passe
devant Pœtter Hall, pittoresque bâtisse en brique, avec ses
tourelles
pointues et son imposante porte flanquée de canons, qui abrite
aujourd’hui le département de Graphic Design du Savannah College
of Art
and Design. Face à lui se trouve le Scottish Rite Masonic
Temple, très
haute et impostante bâtisse à frises dorées et
colonnes orangées à
chapiteaux corinthiens, que l’on peut apercevoir pendant le
générique
d’ouverture du film “Forrest Gump”.
Après
avoir longé
quelques cafés trottoirs, je contourne Chippewa Square. En son
centre,
la statue en bronze de James Oglethorpe, premier gouverneur de
Géorgie,
est orientée vers le sud, comme pour défendre Savannah
des Espagnols
installés en Floride. Je passe devant le pittoresque Barber
Pole, où
l’on peut se faire offrir une coupe “maison” dans un décor au
charme
dépassé, ou se faire cirer les chaussures par un vieux
Noir tout sec et
ridé. Au niveau de Bay Street, la rue s’incline en pente douce,
et il
faut descendre à pied jusqu’à River Street. River Steet
est le centre
touristique de Savannah, une large rue pavée qui donne sur la
rivière
et qui fut le coeur économique de la ville. C’est ici que les
navires
importaient et exportaient leur marchandise, comme l’attestent les
larges bâtisses en brique aux façades
décrépies qui bordent la rue, et
qui étaient destinées au stockage du coton. Aujourd’hui
River Street
offre une multitude d’attractions: les touristes s’arrêtent dans
les
restaurants de poisson, s’offrent une glace ou déambulent dans
les
nombreuses boutiques qui offrent poupées en jupons et
crinolines,
drapeaux confédérés, bateaux pirates miniature et
autres souvenirs
issus tout droit d’”Autant en Emporte
le Vent”. |
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Savannah,
GA, Mercer House
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Mais
la fatigue
et la chaleur l’emportent, et je décide de retourner chez moi.
Je passe
devant Club One, le bar le plus excentrique de Savannah, où l’on
peut
parfois admirer les spectacles de Lady Chablis, un travesti devenu
célébrité locale après avoir figuré
dans Midnight in the Garden of Good
and Evil et joué son propre rôle dans l’adaptation
cinématographique.
Sur Braughton Street, je m’arrête chez Leopold Ice Cream, une
institution locale, paraît-il, pour une glace à la fraise
et à la
menthe avec pépites de chocolat, à consommer sur place.
Il fait si
chaud et cette glace interminable est un vrai bonheur. Sur le chemin du
retour, au niveau de Oglethorpe Avenue, se trouve Drayton Tower. Ce
bâtiment tout en verre et acier date des années cinquante
et fut le
premier en Géorgie à bénéficier de l’air
conditionné. La façade
décrépie, le lobby et ses meubles fanés, tout
suggère une gloire
défunte. Drayton Tower contraste fermement avec l’architecture
historique environnante, mais elle constitue aujourd’hui une
institution locale au même titre que Mercer House ou le
Bonaventure
Cemetery. C’est dans ce dernier, au milieu des tombes flanquées
de
statues de pleureuses, que se trouvait la sculpture dite de la Bird
Girl, rendue célèbre après avoir
figuré sur
la couverture de Midnight
in the Garden of Good and Evil. Tellement célèbre
qu’elle
fut
transférée dans un musée voisin.
Il
paraît que
la loi interdit de longer les squares, il faut les contourner; mais
vlan, un bon coup de pédale et tant pis pour la loi, il fait
trop chaud
pour l’appliquer… Les buissons de magnolias et d’azalées sont en
fleurs, de vieilles mamas noires en longues jupes fleuries et chapeaux
de paille vendent des livres sur un banc; une jeune femme propose des
limonades dans une roulotte, un vieil illuminé tout
courbé arpente les
rues en silence, brandissant des panneaux sur lesquels ont peut lire:
“Washington plans te murder you”
ou bien “Say yes to Jesus against the
army of darkness”. Devant Mercer House, je dépasse les
cars de
touristes, puis une calèche tirée par de lourds chevaux
noirs. “La vie
doit être bien triste pour vous, j’ai pensé; mais tant pis
car vous
sentez mauvais”, alors vlan, un autre coup de pédale à
travers Forsyth
Park, cette fois en sens inverse. Les écureuils, les pigeons et
les
fillettes noires sautillent allègrement, et Savannah n’a jamais
été
plus belle et ses arbres plus verts et plus riants. J’arrive chez moi
en nage; le jour tombe, il fait si lourd et si humide. Je ne voudrais
surtout pas me trouver en ville la nuit. Bientôt, de gros cafards
noirs
vont sortir et grimper sur les bancs, et dans la lueur blafarde des
réverbères, d’aucuns racontent avoir aperçu un
esprit. Car Savannah est
aussi la ville la plus hantée des États-Unis,
littéralement bâtie sur
ses cimetières, et abonde de récits d’outre-tombe. Les
fantômes de ses
soldats morts au combat, veuves éplorées, esclaves
lynchés et autres
amants maudits, peuplent squares et vieilles demeures.
Mais
mon aventure sudiste allait bientôt s’achever: à la fin de
l’été, je mettais les moteurs plein nord pour la grande
ville.
|
Texte : Karim el Dahdah.
Illustrations : Gregory Buchakjian
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