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LES VILLES AMERICAINES SUR BARON & BARON : SAVANNAH, LA BELLE DU SUD  | WASHINGTON, CAPITALE DE L'EMPIRE
> ALLER / VENIR
Moins important que New York et Washington entre lesquels il se trouve, l’aéroport de Philadelphie dispose néanmoins d’un trafic respectable notamment grâce la US Airways dont c’est le hub. Outre la majorité des villes importantes du continent, Philadelphie est reliée, en vols internationaux à : Amsterdam (US), Beijing-Pékin (United Airlines), Bruxelles (US), Cancun (US), Francfort (Lufthansa, US), Londres (British Airways, US), Madrid (US), Manchester (US), Milan (US), Paris (Air France/Delta, US) et Rome (US).
Le centre de Philadelphie est tout à fait praticable en pied. Pour circuler dans le reste de la ville les taxis et transports en commun sont à votre disposition. Site officiel de Philadelphie pour les visiteurs: www.gophila.com ; Site officiel de la ville de Philadelphie: /www.phila.gov
> DORMIR
Philadelphie compte de nombreux bed & breakfast et guesthouses. Ces hébergements permettent de séjourner, pour un coût relativement modique, dans une maison qui peut être pleine de charme. Nous avons essayé le Bella Vista Bed and Breakfast. Une maison du XVIIIe siècle avec une minuscule entrée pleine d’objets baroques, et, à l’étage, des chambres que l’on peut choisir depuis le site internet. Mis à part le petit déjeuner assez rikiki, c’est une adresse adorable, ou l’on se sent bien au chaud. Notre critique sur Tripadvisor.
> MANGER
Notre unique repas a été pris chez Kildare’s, un superbe pub irlandais avec des fauteuils, des boiseries, un accueil et un ambiance sympathiques et une excellente nourriture. Le hamburger est un des meilleurs qui soient.
MUSÉES & CULTURE
Philadelphia Museum of Art http://philamuseum.org

 

Je suis arrivé à Philadelphie «Philly» par une nuit d’hiver. La ville était couverte d’une épaisse couche de neige qui ne cessait de tomber, comme dans un conte de Noel. Descendu à la gare routière du pullman Peter Pan qui m’avait emmené depuis New York – mon ami Wassim ayant recommandé les transports routiers plutôt que le train, peu fiable par mauvais temps – j’ai pris un taxi qui m’a déposé à la guesthouse ou j’avais retenu une chambre. Un quartier tranquille de maisons anciennes au sud du centre-ville, ou le temps semble s’être arrêté depuis des lustres. J’ai eu la sensation de me retrouver dans une peinture de Vermeer (La Ruelle) ou d’un de ces maîtres hollandais (Peter de Hooch) qui transposaient dans leurs cadre une indolente quiétude bourgeoise. Penser à Vermeer et aux hollandais au Nouveau Monde…



On a souvent du mal à s’en rendre compte vu de l’extérieur, mais les Etats-Unis ne sont pas un pays aussi jeune que ça. Et Philadelphie en est l’évidence. La ville fondée par William Penn (à qui l’état de Pennsylvanie doit son nom) fut capitale de ce territoire dès 1682, c'est-à-dire à l’époque de Louis XIV. C’est ici, dans ce qui était la seconde ville de la couronne britannique (après Londres), que débuta la guerre anti-coloniale. C’est ici que fut signée la déclaration d’Indépendance, le 4 juillet 1776. Philadelphie est une ville d’histoire. Et c’est peu dire.



Sorti de la guesthouse, dans la nuit et sous la neige, je me suis dirigé vers Society Hill et pris South Street, attiré par les devantures extravagantes de magasins : Vitrine de lingerie sexy,
accessoires SM, t shirts éthiopiens et rasta à la Bob Marley, squat couvert de graffiti. On ne s’ennuie pas. Une promenade en taxi le lendemain me permettra de découvrir, à la lumière du jour, des maisons transformées en œuvres d’art avec des jardins à la Niki de Saint Phalle et des palais à la Facteur Cheval. Plusieurs dizaines de créations de ce genre d’art brut local, usant de tessons de céramiques, de vestiges de bicyclettes et autres verres brisés sont recensées dans la ville.



Mon parcours nocturne se poursuit alors que la neige a cessé de tomber, ce qui n’arrange pas les choses car le sol est totalement verglacé et la marche relève du funambulisme. South Street aboutit vers le Waterfront de la Delaware River. Téméraire et frigorifié, je vais au bout des choses, sur une plate forme (walkway) d’observation totalement en proie aux hauts de hurlevent. En face, sur le fleuve, est amarré comme Musée flottant le cuirassé USS New Jersey, relique de la Guerre du Pacifique. En 1983, le New Jersey, qui avait été remis en service, faisait partie de la flotte des forces multinationales au Liban. Sa silhouette majestueuse s’offrait à moi depuis la fenêtre de ma chambre (1). Et puis, une après midi, le New Jersey a tiré des obus de 406 mm sur des cibles mystérieuses dans la montagne libanaise. Personne n’a jamais vu l’impact des bombes (un humoriste l’avait même qualifié d’ «Agneau-Jersey») mais le souffle était tel que la maison toute entière vibrait à chaque tir de canon.



Transi de froid, épuisé par la marche sur la glace, et fatigué de ressasser ces souvenirs guerriers, j’ai poussé la porte d’une taverne irlandaise pour me restaurer. Après une chope de bière, une soupe et un hamburger saignant, pouvait continuer l’exploration nocturne de Philadelphie. Me voici au cœur de l’histoire américaine: Independance National Park, ou sont regroupés les monuments clés dont Independance Hall, élégante demeure néoclassique en brique et Liberty Bell, le landmark le plus fameux de la ville que cette cloche exposée dans une boite de verre. Des maquettes (photo, ci-dessus), de ce centre historique se trouvent sur place. Elle permettent d’avoir une vue d’ensemble du lieu, mais sont surtout destinées aux aveugles qui peuvent les palper. Alors que j’errais entre ces prestigieuses colonnades et ces héroïques beffrois, je me suis retrouvé face à des gens qui regardaient vers en haut, en face. Ma première et stupide réaction fut de me dire que je n’étais pas le seul touriste à visiter la ville à minuit par moins dix degrés et que ces gens devaient être en admiration devant quelque fronton ou détail de frise. Mais non. Ces gens regardaient le ciel. Et ils étaient bouche bée. Mais pourquoi est-on bouche bée en regardant le ciel. J’ai dont regardé à mon tour et j’ai compris. Le ciel, totalement dégagé, offrait le spectacle fabuleux d’une éclipse lunaire.



Il fallait prendre un verre pour fêter ça.
Je ne sais pas comment le videur m’a laissé entrer – étant vraiment mal fringué ce soir là et n’ayant pas prévu de mondanités dans une ville ou je ne connais personne – mais je suis entré dans une boite tape à l’œil et me suis installé au bar. A mes cotés, des mecs étaient couverts de manteaux de fourrure (qu’ils n’ont pas retiré, pour que tout le monde les voie bien) et sur la piste, des filles blondes presque à poil de se trémousser au rythme de mélodies chantées par une star (?) locale qui ailleurs aurait été démodée n’importe ou ailleurs. Comme je prenais tout ce beau monde en photo, deux ou trois des blondes sexy sont venues me faire la conversation, espérant tomber sur le photographe de quelque magazine mondain ou mieux, le chasseur de têtes d’une agence de mannequins New-yorkaise. Elles ne s’attendaient pas à un touriste libanais.
- And you did all that way to see us ?
Je n’ai jamais compris si le «us» voulait dire elles personne ou la ville de Philadelphie en général. Mais elles avaient l’air si flattées de tomber sur un type qui venait de l’autre bout du monde que j’ai préféré ne pas rompre le charme et répondre par un « Of course, isnt’it worth ? »



Après une nuit de sommeil réparateur, l’essentiel de la journée suivante fut consacré au Philadelphia Museum of Art. Un de mobiles qui m’a fait venir ici est effectivement une femme, mais pas une bimbo. Une égérie, une star défunte: Frida Kahlo. Le musée de Philadelphie organisait en hiver 2008 une importante rétrospective consacrée à cette icône de la peinture surréaliste et de l’art mexicain du XXe siècle. L’exposition présentait ses fameux autoportraits ultra célèbres et de nombreuses photographies de l’artiste, mais une des pièces les plus émouvantes fut peut être le Suicide de Dorothy Hale conservé au Musée de Phoenix. Mariée à un peintre qui a perdu la vie lors d’un accident, cette femme se jeta, ruinée, par la fenêtre de sa suite du Hampshire Building. L’œuvre fut commandée à Kahlo par la rédactrice du magazine Vanity Fair qui était amie avec Dorothy Hale. On y voit la défunte, au premier plan, gisant au sol dans une magnifique robe du soir verte, et à l’arrière plan, la même, se jetant du gratte ciel dans les nuages.



Après l’exposition Frida et l’acquisition d’objets ethniques à la boutique attenante, il fallait attaquer les collections permanentes. Encore que attaquer n’est pas une mince affaire. Le Philadelphia Museum of Art est un des plus grands, les mieux dotés et les plus complets du continent américain. Toute l’histoire de l’art et des civilisations y est représentée, toujours par des œuvres maîtresses. J’ai traversé d’innombrables salles d’art asiatique, franchissant les Himalaya entre Inde et Chine pour faire une pause dans d’un pavillon de thé japonais. Contemplé des œuvres d’art européen du Moyen Age et de la renaissance et des peintures impressionnistes célébrissimes dont une immense sortie de bain de Edgar Degas, œuvre tardive irradiant d’une lumière rouge.



Et j’ai parcouru collections d’art moderne, en quête de Marcel Duchamp. Car, chers amis, ce n’est ni à Paris, ni à Londres, ni à New York, qu’il faut voir Duchamp. C’est ici, et rien qu’ici. C’est ici que se trouvent les deux œuvres les plus complexes et les plus énigmatiques de l’artiste le plus influent du XXe siècle, la Mariée et Étant donnés. La Mariée mise à nu par ses célibataires, même dit aussi Le Grand Verre, vous avez tous vu ça en photo. Et bien, contrairement à Roue de bicyclette qui est une roue de bicyclette fixée sur un tabouret et contrairement à Fontaine qui est un urinoir, la Mariée est une œuvre monumentale, comme un retable italien de la renaissance. Elle est face à une fenêtre joue avec les scintillements de la lumière. Elle est faite pour être vue de face, de dos, de profil, donc dans tous les sens. Elle confirme que Marcel Duchamp est génial, car ce n’est pas qu’un concepteur d’idées, c’est un type capable de réaliser des grandes compositions au niveau plastique. Pièce attenante : Étant donnés: 1. La chute d’eau, 2. Le gaz d’éclairage. Il y a une porte. Et dans la porte il y a un trou. Et on regarde à travers le trou. Et à travers le trou on voit, dans un paysage aux couleurs criardes, un corps de femme nue, jambes écartées, posé sur des brindilles et tenant une lanterne. Le visage demeure invisible. Duchamp pousse ici les limites du voyeurisme à un niveau de perversité inouïe. Obscénité du corps cru mais aussi inquiétant car immobile comme un cadavre ou une poupée, s’offrant à nos yeux dans ce paysage impalpable et kitsch (noter la cascade en lumières fluorescentes).



Avant de partir, il reste encore quelque chose de renversant à voir : La guerre de Troie. Il s’agit d’une salle dans laquelle sont accrochées des peintures commandées à Cy Twombly : Fifty Days at Iliam: Des toiles immenses maculées de peinture aux tonalités rouges (pour les grecs) et bleus (pour les troyens). Chaque pièce du cycle est consacrée à un héros ou à un épisode de l’histoire. Grandiose et épique, Cy Twombly. On reviendra.



Fin de journée. Il fait un temps radieux. Je sors du musée, franchissant une porte qui ouvre sur un péristyle de temple grec au sommet d’un immense escalier et face à la ville qui se déploie sur une large avenue (Benjamin Franklin Parkway) bordée de drapeaux de tous les pays du monde. Cet escalier a servi de cadre au film Rocky qui lança la carrière de Sylvester Stallone. Une statue en bronze de l’acteur en champion de boxe se trouve d’ailleurs dans le jardin en contrebas. Encore un souvenir du début des années 80…

(1) Une photo de la vue avec le New Jersey figure sur mon site Internet, au milieu de la partie basse de la composition: http://www.buchakjian.net/photo/lebanese-wars/1984-01.html
Texte et photos: Gregory Buchakjian.
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