Récit de voyage au Népal
et au Tibet en juillet / aout 2007, par Tamara Haddad.
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Quatrième
partie : Lhassa
25-07-07
Je ne voudrais pas croire que cette ville soit bien Lhassa. Lhassa
n’est pas la capitale tibétaine que j’imaginai, elle n’est pas
à l’image qu’on s’est faite d’elle, elle n’est pas
incrustée dans les montagnes… Le Potala est bien là,
perché sur une colline, et coincé entre tours de verre et
affiches publicitaires. Lhassa est une mégapole où
s’entrecroisent les larges autoroutes illuminées par les
réverbères comme à Los Angeles ! Elle est pleine
d’énormes salles d’exposition pour Buick, Volkswagen et Ford.
Les centres commerciaux y brillent par leurs enseignes géantes,
comme à Pékin et dans les autres villes chinoises. Sans
parler des ces immeubles sans âme dont les façades
ressemblent à nos carreaux de salle de bain.
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| Tibet, Lhassa,
pélérins au temple du Jokhang |
02-08-07
Un nouveau guide nous accompagne au Jokhang. Le Jokhang, temple le plus
ancien du Tibet, est aussi l’édifice le plus sacré du
pays. Edifié en
650, il abrite la fameuse statue du Bouddha, le Jowo, apportée
par la
princesse chinoise, épouse du roi Songtsen Gampo. On dit que
cette
représentation du Bouddha a été
exécutée en Inde. Alexandra David-Neel
rappela que certains tibétains croient que la statue s’est
formée
d’elle -même, sans le concours d’un artiste et qu’il lui arrive
de
parler ! En 1959, lors de la révolte de Lhassa, les chars
chinois
détruisirent la façade du Jokhang, qui fut
transformé en porcherie
durant la Révolution culturelle. Il a été
reconstruit depuis. Le temple
principal semble dater du XVeme siècle, tandis que les
énormes piliers
qui encadrent la chapelle du Jowo seraient d’origine. C’est la que le
jeune dalai – lama, alors âgé de 15 ans apprit l’invasion
chinoise. Le
grand temple abrite une imposante statue en pied de Guru Rinpoche et
celle de Maitreya, le Bouddha du futur, entourant Tchenrezig le
Compatissant à onze têtes. Tout autour, les petites
chapelles votives
sont dédiées à différentes
divinités. La chapelle principale du fond
abrite le Jowo, une statue du Bouddha dans sa forme de gloire. Pouvoir
contempler cette statue une fois dans sa vie est le souhait le plus
cher de tout tibétain, ainsi assuré d’une
réincarnation dans un état
supérieur. C’est pour lui rendre hommage que tous ces
pèlerins en
pelisse, ces femmes aux 108 tresses, ces nomades ou ces vieillards
chétifs ont entrepris le pèlerinage vers la capitale. Les
tibétains
grouillent ce jour là au Jokhang, certains avec leurs moulins
à prière,
d’autres, dans la cour du temple, en se mettant sur le ventre. |

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| Tibet, Lhassa, près du
marché du Barkhor |
Apres la
visite, nous déambulons dans le marché du Jokhang, sous
les parasols
colorés. Tout autour de nous défilent des dizaines de
pèlerins avec
leurs moulins. Un rituel de shopping s’impose ici ainsi qu’au
marché du
Barkhor, cercle intermédiaire autour du Jokhang. Le Barkhor
délimite
les lieux les plus animés de Lhassa. S’y pressent
pèlerins,
commerçants, militaires et tout le petit peuple qui guide les
voyageurs
dont le devoir est de venir ici s’égarer. Mais la misère
est toujours
la, régnante, sur les trottoirs et partout… Spectacle qui laisse
à
réfléchir sur l’inégale répartition des
richesses de ce monde, quand on
sait ou partent les milliards de dollars…
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A Lhassa, énorme est le
contraste entre la ville moderne et ces cercles concentriques de
pèlerinages, dont le Linkhor, le Jokhang, le Ramoche et le
Potala, qui
marquent encore la vie tibétaine et leur ancienne architecture.
Et le
Drepung, le plus ancien des monastères tibétains.
Adossé à la montagne, à huit kilomètres
à l’ouest de la ville, Drépung,
le plus grand complexe monastique du Tibet, fut le siège des
Guelugpas,
jusqu’au 5eme dalai-lama. Fonde en 1416 par Jamyang Choje, le
monastère
se développa très rapidement grâce à l’aide
des familles riches de
l’époque. Il devint le centre du pouvoir politique du Tibet au
XVIeme
siècle, quand l’abbé du monastère fut nommé
2eme dalai-lama et décida
d’y construire son palais, Ganden Potrang. Ce n’est qu’en 1655 que les
dalai lamas investiront le Potala. Concentrant pouvoir spirituel et
temporel, Drépung se trouva naturellement au cœur d’intrigues
politiques dont il subit parfois les conséquences. Ainsi, il ne
reste
pratiquement rien des bâtiments originels, qui en moins d’un
siècle
furent détruits et reconstruits trois fois.
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Le monastère est magnifique. Il est vrai que tous ces
monastères
commencent à se ressembler, architecturalement et dans le
contenu. Mais
c’est toujours un sentiment de grandeur, de respect et d’admiration qui
vous envahit lors des visites. Ce jour-là il y avait une
importante
réunion des moines dans l’immense jardin d’oliviers. De loin, on
dirait
qu’ils se battent. Une fois entré dans leur domaine, vous voyez
des
centaines de moines avec leur habit bordeaux s’ «engueuler
» et frapper
des mains. Toute cette comédie signifie qu’ils se
réunissent pour se
rendre des comptes et rappeler ce qu’ils ont appris ou retenu dans le
monastère! Et ça se traduit par différents
clappements de mains…
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| discussion de moines
tibétains |
Dans
l’après-midi, découverte d’un petit temple enfoui dans
les rues bondées
du Barkhor, le Temple Ramoché, un peu derrière le Yak
Hôtel. A notre
grande surprise, nous sommes accueillis très chaleureusement par
les
moines qui nous ont invité à entrer. C’est l’unique fois
ou nous avons
vraiment ressenti la foi et cette ferveur tibétaine qui est
censée être
présente dans tous les monastères. Personne ne nous
réclame de l’argent
ni quoi que ce soit. Nous déambulons en toute liberté,
prenons de
photos, et respirons l’ambiance du lieu. Depuis la terrasse, nous
voyons deux moines, à quelques mètres l’un de l’autre,
assis par terre,
adossés au mur et priant tous concentrés. Chair de poule…
Ils nous
regardent avec un petit sourire et continuent leur prière. Nous
longeons ensuite un long couloir de moulins a prière,
traçant une très
belle perspective. Sur le chemin du retour, nous traversons la cour du
temple de Jokhang, toujours rempli de monde, avec les enfants faisant
voler leurs cerfs-volants et quelques marchands sous leurs parasols… Le
soleil se couche, il y a une très belle lumière. Nous
achetons quelques
bananes et rentrons.
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| Dents en or à vendre,
sur un marché |
03-08-07
C’est le jour J. La visite du Potala. Nous avons appris que quelques
fois, à cause du nombre insupportable de touristes, en
majorités
chinois, (tous les jours 7000 bus entrent au Tibet !) il arrive que les
tickets d’entrée au Potala se vendent au marché noir, le
prix variant
entre 100 et 500 yuans! Le guide nous dit qu’en cette saison, environ
3000 touristes visitent le Potala chaque jour ! Ce monastère est
devenu
une vraie machine a sous. Heureusement que nous sommes avec un groupe
qui nous a procuré les billets quelques jours à l’avance,
sinon nous
aurions du faire la queue pendant sept heures. L’extérieur du
Potala
est sublime. Il reste sans doute le plus beau monastère du
Tibet. Nous
sommes guidés par un jeune homme aux cheveux spiky, parlant
très mal
anglais, avec lui un groupe de hollandais assez antipathiques, qui
s’arrêtent à chaque kiosque de souvenirs…
L’intérieur est un peu
décevant, il n’a rien de plus que les autres monastères
visités, à part
les interminables couloirs remplis de statues très
alignées. Ah, encore
une frustration, il est strictement interdit de prendre des photos,
même la loi des 20 yuans qu’on y réclame ailleurs est
bannie. Et vous
ne pouvez pas le faire en douce puisque des militaires chinois sont
plantés à chaque coin…
Citons quand même quelques points importants: Le Potala symbolise
la
puissance de ce peuple. Le Tse Potang (Peak Palace) est perche sur la
colline du Marpori (la montagne rouge), 300m au dessus de la
vallée. Il
s’élève sur 13 étages, soit 118m de façade
! Sa construction, de 1645 à
1694, nécessita la participation de 7000 ouvriers et de 1500
artistes
tibétains, maîtres d’œuvre népalais et chinois. En
tout, 300000 tonnes
de bronze furent coulées dans les fondations pour qu’elles
résistent
aux secousses sismiques. C’est au milieu du XVIIeme siècle ,
lorsque le
5eme dalai lama, résidant à Drepung, décida
d’ériger un siège plus
grand pour ses Guelugpas (bonnets jaunes), que fut entreprise la
construction du Potala.
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| discussion de moines
tibétains |
A 14h30, nous allons visiter le monastère de Sera, a
5km au nord du
Jokhang. Sera est un des quatre grands monastères des bonnets
jaunes,
avec Drepung, Ganden et Tashilumpo. Construit à la même
époque que le
Drepung, en 1419, il a toujours été son rival.
«Sera » signifie grêle.
On disait alors que la grêle détruisait le tas de riz,
c’est à dire,
Drepung. Dans le grand temple d’Assemblée de Sera s’ouvre sur la
gauche
une des plus impressionnantes chapelles de Lhassa, celle de Tamdrin, le
protecteur, dont la figure grimaçante est surmontée d’une
tête de
cheval. Mais nous pouvons à peine le voir car il est enfoui
derrière
une toute petite fenêtre ou il faut se baisser pour regarder.
Nous
avons droit aussi au spectacle des moines qui se
«chamaillent»,
s’exerçant au débat philosophique pour tester leur
maîtrise des textes
et aiguiser leur esprit. C’est amusant.
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| Tibet, Lhassa, Menzikhang, tangkhas de
médecine |
| Le meilleur moment de la journée sera la visite du
Menzikhang. C’est un
hôpital tibétain situé au fond de la rue qui
mène à l’esplanade du
Jokhang. C’est au dernier étage que sont rassemblés les
tangkhas de
médecine et les textes canoniques impressionnants, ainsi que la
statue
du Bouddha de médecine et celle d’un ancien médecin
tibétain qui a vécu
125 ans, toutes enfermées dans des vitrines et bien
gardées sous la
surveillance d’un très gentil monsieur qui nous accueille avec
un
sourire. Apres avoir admiré tous ces magnifiques tangkhas
alignés sur
le mur, nous nous apprêtons a partir, lorsque dans le couloir
nous
voyons venir un médecin en blouse blanche, suivi d’une
équipe de
télévision allemande. Il nous invite à assister a
l’interview et à une
explication du fonctionnement de l’hôpital. Une demi heure plus
tard,
après avoir fait un court voyage a travers cette médecine
mystérieuse
basée entièrement sur les plantes et la philosophie
tibétaine, le
téléphone du médecin sonne : une urgence. Nous
quittons donc ce
bâtiment très significatif et reprenons la route du
Barkhor. Une
galerie de peinture m’attire l’attention, elle est située au
second
étage d’un immeuble encore très tibétain. La
galerie se nomme Karma Oil
Painting. Un jeune homme nous accueille. Il est très
enthousiaste de
nous montrer les toiles de ses artistes. Il y a là de l’abstrait
à la
Pollok et de beaux portraits tibétains et
tibétaines. |

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21h30. Dernière
nuit à Lhassa. Coup de blues pour la dernière promenade
avant de
rentrer nous coucher. Dernier regard sur les gens, et sur leur vie
apparemment si immuable. Adieux aussi avec nos compagnons de route, Ben
et Andersson. Ce dernier est alité. Sans doute l’excès de
yak…
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| Lhassa, l'aéroport |
04-08-07
Notre vol pour Katmandou étant à 10h40, nous quittons
Lhassa à 07h30
car il faut 1h30 pour gagner l’aéroport. Le spectacle est
inimaginable.
Au fur et a mesure que nous avançons, mes doutes augmentent
ainsi que
ma paranoïa : Je suis persuadée que ce chauffeur nous
emmène partout
sauf à l’aéroport ! La route ressemble à celle de
la frontière avec le
Népal ! Montagnes, distances infinies, lacs… Mais ou peut –il
bien être
cet aéroport? Jusqu'à notre arrivée devant la
bouche d’un tunnel, orné
de motifs chinois, ce tunnel ne finissant plus, puis de nouveau,
montagnes et collines… Enfin on aperçoit au loin le bout de la
tour de
contrôle, jaillissant entre deux sommets. L’aéroport est
carrément
enfoui dans les montagnes tibétaines, magnifiquement
placé. |

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| vol Lhassa-Katmandou. Vue sur
l'Himalaya |
| Après
l’enregistrement et le contrôle de police, nous voila libres de
rêver
face aux paysages que nous contemplerons depuis le hublot de l’Airbus
319 de la China Airlines. En attendant, nous pouvons voir,
derrière la
grande baie vitrée, les pics entourant le tarmac sur lequel, a
ce
moment là, il y a un mouvement assez considérable
d’atterrissages et de
décollages. Alors que nous nous envolons, un
quinquagénaire américain
raconte son expérience au Liban, en 1972. A l’extérieur,
les cimes
enneigées sont là. L’Everest aussi. Le spectacle,
au-dessus de toute
espérance, est à couper le souffle. La magie dure 2
heures… De retour à
Katmandou, on est un peu comme à la maison. |

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| vol Lhassa-Katmandou. Vue sur
l'Himalaya |
05-08-07
Par la route de Jyatha, au niveau de Chusya Bahal, nous visitons un
très ancien monastère bouddhique. Deux lions
trônent à l’entrée.
Aujourd’hui c’est une école, et la cloche du monastère ne
sonne plus
l’office mais l’heure de la récré. On continue
jusqu'à la place de
Thahity Tole, un carrefour extrêmement actif (marchands,
porteurs,
etc…) avec un gros stupa au milieu. Apres avoir longé la place,
on
s’engouffre à gauche pour découvrir la curieuse fontaine
aux Singes et
aux Serpents. Cette fontaine est placée au milieu d’un souk
très
chargé, ou ferrailleurs, étameurs, dinandiers et autres
travailleurs
des métaux se confondent avec légumiers et autres
marchands… En face de
la fontaine s’ouvre une cour dans laquelle se trouve le temple de
Sigal. Un petit bijou présentant des vestiges de peintures
murales,
portes et torana sculptées, clochette, moulins a prières,
petit
portique, deux lions en pierre, etc. C’est l’un des plus anciens
temples de la ville. On se perd dans toutes ces ruelles, grouillant de
monde et de senteurs, jusqu'à arriver devant un temple a partir
duquel
on entend les prières des moines, et juste à coté,
une école dont la
cour est remplie de jeunes écoliers en costumes roses et bleu,
ravis de
nous voir… On ressent une sérénité et une paix
dans cet endroit. |

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| Népal, Katmandu,
Anapurna Temple |
| Un jeune éducateur nous propose de l’accompagner
à
l’Anapurna Temple
puis à sa petite école de tangkhas. L’Anapurna Temple,
pas très loin de
l’école, se trouve lui aussi au milieu d’une rue dont
l’activité et la
circulation sont très denses. Ce temple est enveloppé
d’un superbe
rideau métallique aux motifs très fins derrière
lequel on peut circuler
et admirer les belles statues en cuivre représentant les
différentes
divinités… Nous avons droit à une leçon
particulière sur l’histoire de
chacune d’elles. Au retour, à pied, je suis atteinte d’un
malaise. Je
sens la route interminable. Les minutes ne passent plus. La fatigue
m’envahit d’un coup. Je suis prise d’un désir profond de rentrer
chez
moi. Une fois a l’hôtel, je réalise que c’est mon dernier
jour à
Katmandu. Je ne veux plus partir, je ne veux plus rester… |

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Népal, les enfants de Katmandu
|
06-08-07
Six heures. La ville est grouillante. Les visages souriants des
enfants, la ferveur dans les yeux ridés des tibétains et
toutes les couleurs me reviennent à l’esprit. La misère
aussi… On s’envole à bord d’un l’Airbus de Qatar Airways pour
atterrir encore une fois à Doha, pour une heure d’escale. Enfin,
Beyrouth. |
| FIN
DU RÉCIT DE VOYAGE : RETOUR AU DEBUT |
| 2007, Tamara Haddad (texte et
photos) pour Baron & Baron,
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