BARON & BARON > TOUT BARON & BARON > CITY GUIDES > SYRIE > DAMAS 
LISEZ LES RECITS DE VOYAGE A DAMAS: 2004 [DAMAS EN SES PALAIS] & 2005 [HAMMAM AL MALEK EL ZAHER]
> ALLER / VENIR
L’Aéroport International de Damas se trouve à 30km au sud de la ville. Il est composé de deux aérogares. Le terminal principal accueille les vols internationaux de la Syrian Arab Airlines et des compagnies étrangères. Le bâtiment est moderne et confortable. Dans le hall se trouve un café très agréable avec un décor oriental. Non loin de là se trouve l’ancienne aérogare, aujourd’hui réservée aux vols intérieurs. C’est un endroit surréaliste, totalement démesuré par rapport à son activité (3 vols par jour maximum), ou le personnel asticote le sol en permanence alors que les préposés à l’accueil sont actifs à tous les postes, de l’entrée à l’embarquement. Pour se rendre de l’aéroport à la ville, on peut prendre un taxi de l‘aéroport uniquement (tarif 20 USD) ou la navette qui relie la rue Al Ittihad toutes les 30 minutes (tarif modique en livres syriennes). En revanche, pour aller de la ville à l’aéroport, on peut prendre n’importe quel taxi et le forfait sera très raisonnable.
De et vers le Liban, le route Damas-Beyrouth particulièrement fréquentée via la plaine de la Bekaa. 3h depuis Beyrouth (passage de frontières inclu), en voiture, taxi collectif ou bus. Idem pour se rendre à Amman. La liaison ferrée avec la capitale jordanienne a été inaugurée depuis un an. Pas très rapide, mais pour ceux qui veulent changer de cadre! Depuis Damas, les bus permettent d’aller à peu près partout en Syrie, à tout moment, et dans des conditions plus ou moins confortables, au choix.
En ville, les taxis sont très bon marché. Compter environ 50LS (1 USD) pour une course moyenne. On peut également, dans les souks, affréter un pick-up et s’installer à l’arrière, en plein air. Très pittoresque et aucune règle de sécurité. 
Orientation: Damascus E-Map sur Syria.com
 > DORMIR
La meilleure adresse de Damas est indéniablement Beit Al Mamlouka. Un vrai palais niché au cœur de la vieille ville pour seulement quatre chambres et quatre suites, chacune individuellement décorée et dotée d’un nom au lieu d’un numéro. Pour des prix s’étalant de 130 USD (chambre simple) à 300 USD (suite), le voyageur aura droit aux fastes de l’orient, avec la fraîcheur du patio, la beauté des espaces voûtés et l’élégance du mobilier patiné. Le rêve.
Le Damascus Sheraton est un des plus beaux hotels de chaine de Syrie. Enserré dans des jardins bordant la place des omeyyades, il est doté d’une architecture orientalisante de bon goût qui en font un  cadre fort agréable. La piscine est magnifique, essayez d’aller vous rafraichir, même si vous n’y sejournez pas (moyennant un droit d’entrée). Excellents restaurants. 
Le Cham Palace (à ne pas confondre avec le Ebla Cham Palace, à l'extérieur de la ville) bénéficie d'un emplacement idéal en plein centre ville. Atrium impressionnant et très agréable pour faire une petite halte (salon de thé pâtisserie). Ces trois palaces, les meilleures adresses de Damas, offrent une grande palette de prestations et sont évidement assez chers. 
Denier né des palaces damascènes, le Four Seasons Hotel Damascus (dans le même coin) introduit une nouvelle idée du luxe. Si l'architecture est un peu tarabiscotée, la qualité des services en fait un des établissements les plus confortables de la région.
Pour des budgets moins ruineux, essayez le Semiramis (Al Cham Sq. tel: 2213813, fax: 2216797), en plein centre ville, ou le Fardous Tower (Fardoss Str. tel: 2232100, fax: 2235602), un des meilleurs rapports qualité-prix, d’après notre collègue Gilbert. 
En dehors de la catégorie luxe, il y a une adresse assez incroyable qui ravira les routards en manque d’exotisme: l’Hôtel Rabih, à souk Sarouja. C’est l’adresse préférée de Tania, une vieille maison autour d’un patio peint en vert au centre duquel se trouve une fontaine dont le moteur fait plus de bruit que l’écoulement de l’eau. L’endroit, plus que vétuste (une chambre a quand même une salle de bain) appartient à un vieux originaire de Hama qui aime les femmes. On y croise une faune hétéroclite comme un japonais qui y passait un mois à la recherche de la paix au Proche Orient. Les chambres à l’étage ont un moucharabieh et le patio, très agréable pour méditer, a une qualité de lumière "c’est tout l’orient", qui contraste avec l’exiguïté des rues du quartier. Allez aussi voir, dans le même quartier, l’Hôtel Saada, avec ses superbes fenêtres à encadrements verts. Même catégorie, sur la même rue, le Haramen (tel : 2319489), est aussi sympa. Les chambres n’ont pas de salle de bain individuelle mais l’auberge comporte une salle de séjour (le Rabih n’ayant qu’un patio qui n’est pas à l’abri de la pluie).
> MANGER
Damas est une étape gastronomique importante dans un voyage en orient. Comme à Alep, la mode des anciennes bâtisses transformées en restaurant fait fureur. Naranj (en face de l'archvêché orthodoxe) est une des tables les plus en vue. Un restau chic dans une ex. scierie, ça vaut le coup rien que pour le jeu de mots!
Kan Zaman-Jabri House (tel: 5416254,5443200) est un demeure classée du XVIIIe s dans la vieille ville, avec cour ombragée à bassin central. Cet endroit, devenu très célèbre après un passage sur Arte, est un incontournable des toursites européens. Toujours bondé mais agréable, les mezzés sont savoureux. On descend en sous sol pour atteindre l'ancien niveau de la ville, et découvrir le Umayyad Palace (tel: 2220826, à deux pas de la mosquée): Belles salles voutées avec plein de bibelots et de tapis. Formule buffet, avec d'excellents hors d'oeuvres: salades d'aubergines, falafel, hommos... Les plats chauds sont moins réussis, mais les desserts très variés, avec les inévitables barazek et l'excellente mhallabié aux abricots. Le soir, et parfois à midi, musique et chants orientaux, mais pas d'alcool. Beaucoup plus chic, Elissar (Bab Touma, tel: 5424300) est un endroit fabuleux, avec une excellente cuisine. Fréquenté par la crème de la société damascène. Encore plus beau est le cadre du Zeitouna (Bab Sharqi, tel: 5447624) ou l'on pourra aussi faire de bonnes agapes. Enfin on pourra aussi aller à l'Arabesque (Medhat Pacha, tel: 5433999), une ancienne maison ottomane, un endroit presque privé.
Alexi Piranian nous a recommandé Al-Farouk (rue Malky, tel: 963 11 3719072), un endroit minuscule qui prépare, parait-il, les meilleurs kebabs et chiche-taouk (brochettes de poulet marinées) de la ville.
Le Taj Mahal, rue Ahmad Moreiwed (derrière l'hôtel Four Seasons, tel : 2237700 est le meilleur restaurant indien de Syrie. Forcément, c'est le seul! Blague à part, Joanna a adoré cette adresse dont la qualité de la nourriture est comparable, à ses dires, à celle des meilleurs indiens de Londres. La soupe aux lentilles (dal) est particulièrement recommandable. Déco sympa, un peu kitsch comme il se doit.
Pour les paresseux et les nostalgiques de la cuisine internationale, les hôtels cités plus haut qui offrent un vaste choix de spécialités. Restaurant panoramique au sommet du Cham Palace, pizzeria très populaire au Sheraton. 
Coté desserts, c'est aussi la fête: Damas est célèbre pour ses pâtisseries, dont les barazek, petits biscuits croustillants au sésame. Parmi les autres petites douceurs savoureuses et raffinées, le laffet’ el qadi (le turban du dignitaire), est un minuscule gâteau de pistaches enrobées de vermicelle confit. Une merveille. A déguster chez Daoud ou chez Muhanna (route de Mazzé). Cette adresse est assez chère pour la Syrie, mais la qualité de ses produits vraiment exceptionnelle. Autre douceur damascène, les fruits confits, que l'on se précipite d'aller acheter chez Ghraoui, rue de Port Said (tel: 2212960) et au Sheraton, ou il a remplacé Daoud.
Toutes ces adresses vendent principalement à emporter. Ce n’est pas le cas des célèbres glaciers de Souk al Hamidiyé qui feront la joie du promeneur, surtout lors des grosses chaleurs. Beckdache est une institution fondée en 1889 qui ne désemplit pas d’amateurs du fameux cornet de glace au lait saupoudrée d’éclats de pistaches. Il y a aussi Bouzet Dimashq, moins réputé, mais pas mal et également propre. Nous tenons à signaler l’importance de ce critère dans ce genre de pays pour le choix d’un glacier. Dernière chose, justement, chez les autres marchands, le grand choix de parfums, dont les mures, particulièrement apprécié et la cannelle qui est vraiment géniale.
> BOIRE / DANSER
On trouve encore dans les rues de la ville des marchands ambulants de jus de fruit frais, de café, et de sirop de mures à l’eau, le fameux tout, reconnaissables à leur harnachement pittoresque et rutilant. Nous ne nous portons cependant pas garants de l’hygiène de ce genre de services...
Allez prendre une narguilé dans un des petits cafés sympathiques se trouvent près de la sortie de la grande mosquée, du côté de la rue An Natta. Il y en a un (sur la droite) qui est particulièrement pittoresque, Ambiance médiévale (femmes seules s'abstenir), et un autre, plus célèbre, Al Nofara, qui a une belle terrasse à l’ombre, ou se côtoient touristes occidentaux et habitués du quartier. En fin après midi, il est bon de profiter de la fraîcheur des jardins ottomans du Musée Militaire et de la Mosquée Suleymanié. Une cafète assure de quoi boire dans ce magnifique endroit apprécié des damascènes. On peut aussi faire une pause dans un des cafés installés dans les wagons désaffectés de l’ancienne gare du Hedjaz. C’est une invitation au voyage assez étonnante, surtout que les lieux sont très calmes et dégagés par rapport au brouhaha du centre ville.
La vie nocturne damascène se concentre dans le quartier chrétien, autour de la rue Bab Touma. Il y a Le Piano (rue Saint Ananie, près de Bab el Sharqui), un vétéran du genre, avec son karaoke si nul qu'il en devient indispensable, et, encore plus branché, Marmar, qui est, depuis 1998, le rendez-vous incontournable de la faune intello-artistique. "Plus qu'un bar de nuit, c'est devenu une marque déposée", dit une habituée. Pour Wassim, en revanche, c’est un endroit bizarre et glauque. Le D.J s’arrangerait pour dénicher des standards dépassés au bonheur des quelques personnes qui oseraient se déhancher sur la soi disant piste de danse. Mais le plus incroyable dans l’histoire, c’est qu’il n’y a pas de tarif fixe pour les consommations qui sont facturées selon l’humeur du barman!
> ÉCOUTER / VOIR
Le Centre Culturel Français de Damas (rue Makdessi, près de la place Azmé)  organise des activités culturelles régulières, intra et extra muros. Programmation riche et très intéressante. 
> ACHETER
Nombreux produits d'artisanat, mais surtout dans le domaine des textiles. Damas a une tradition dans la confection des tissus (elle a donné son nom à un motif!) qui perdure avec les magnifiques nappes 'aghabani', les caffetans et autres serviettes de bains. Dans un autre registre, Damas est la ville des bonnes affaires de la mode. Les fashion victims courent chez Benetton qui fabrique sous license et vend dans ses boutiques syriennes moins cher que n'importe ou sur la planète! 
La visite des souks permet de découvrir des choses extraordinairement kitsch. Allez voir les robes de soirées incroyables du Souk al Gumruk. Mais le meilleur, sans doute le plus chaud, est du coté de la lingerie, avec le fameux Abou Loutfi, string doté d'une lumière qui clignote!
Dans un registre plus sérieux, citons les antiquaires qui foisonnent dans ce pays et qui proposent dans leurs sombres boutiques les trésors venant de palais déchus. Nous avons découvert chez Mounir (rue Midhat Pacha, près de l’arc de triomphe romain, tel: 5442539, portable: 093426834) des objets de curiosité, comme des phonographes pliants du XIXes, une collection de livres manuscrits digne des grandes bibliothèques. Un recueil de hakawati, ces histoires populaires qui se véhiculaient de génération en génération, et des livres beaucoup plus anciens, comme des traités de grammaire, de mathématiques ou de sexologie. Ces ouvrages, tantôt en arabe, tantôt en persan, vous seront présentés sur demande par le marchand qui connaît très bien ses objets et leur valeur. N’espérez pas les avoir pour une bouchée de pain, mais allez quand même les admirer de près.
> LIRE
TV5 cultures du monde-cités du monde: Damas
SOCIÉTÉ & HISTOIRE
Damas: mirroir brisé d'un orient arabe, Autrement HS 65, 1993. Excellent portrait de la ville. Pour une approche plus documentaire, consulter les deux volumes de G. Degeorge: Damas des origines aux mamluks(1997) et Damas des ottomans à nos jours (1994), ed. l'Harmattan. 
Damas l'énigme, Franz Lenze (texte), Yves Gellie (photos), Geo, n. 316, juin 2005. Paru à un moment ou la Syrie était mise à l'index par la communauté internationale, ce reportage nous entraîne dans les secrets de la ville à travers des rencontres aussi disparates et inattendues que celles d'un ado de 16 ans qui sort au Mac Do à Beyrouth ou de Moustapha Tlass sur un green de golf.
ART & ARCHITECTURE
Damas les trésors caches de la vieille ville, B. Keenan, 2001, pour les amtateurs de belles images et de décoration raffinée. Moins consensuel, the road to Damascus, Warren Singh Bartlett, Wallpaper, septembre 2001, se veut d'une approche différente à l'image de la revue. Enfin, pour les amateurs, Le Musée National de Damas, guide des collection en français. En vente au musée, prix dérisoire.
PHOTO
Des photographes à Damas: 1840-1918, Badr el Hage et Elias Sanbar, ed. Marval, 2000. Un recueil luxueux d'image rares, souvent émouvantes, parfois inattendues. site internet de l'exposition
URBANISME
Espaces et formes de l'Orient arabe, Les Cahiers de la recherche architecturale, Numéro 10-11, avril 1982, comprend nombre d’articles sur Damas, son patrimoine et les projets d’aménagement urbain. Damascus: galeries d'images, publications en anglais et en français sur Archnet Digital Library
INTERNET CULTUREL
Sites officiels du Musée National de Damas, en anglais et très richement documenté et de la Bibliothèque Nationale, en arabe et anglais, très kitsch.
 
La capitale syrienne, une des plus anciennes du monde, revendique, à l'opposé de Beyrouth ou de Amman, son identité de métropole arabe. Les larges avenues longeant d'interminables quartiers qui se cherchent entre cités HLM et bourgeoisie urbaine et les gigantesques banlieues sauvages de favelas qui débordent de plus en plus sur les collines encerclant la ville, tout cela est assez déroutant. Damas a subi au XXe siècle de violentes transformations dues aux changements démographiques et sociaux. La disparition du commerce caravanier a signé le déclin du cœur de la ville et de ses métiers traditionnels. Damas s’est développée vers l’extérieur, sur la base du plan urbain du français Michel Ecochard qui se voulait presque aussi radical que le Plan Voisin de Le Corbusier pour Paris. D’où la dialectique d'antagonisme qui oppose des quartiers modernes en manque d’identité avec une vieille ville décrépie, presque pétrifiée, jusqu'à ce que l'on décide, à l'occasion de la visite du Pape Jean Paul II (mai 2001), de lui refaire une toilette.
1. Damas, vue générale avec les bidonvilles sur les collines
- parcours urbains -
Place des Omeyyades. D'un côté, l'hôtel Sheraton, noyé dans la verdure de ses jardins, de l'autre, la Bibliothèque nationale, gardienne d'un patrimoine inestimable. Pas de monument symbole, ni même la marque du pouvoir, si l’on exclut les portraits d’Assad (père et fils) qui sont omniprésents dans tout le pays. Présents par leur image, en revanche, le  pouvoir s’en est allé loin du centre de la ville, dans un soit-disant ‘Palais du Peuple’, forteresse postmoderne perchée sur une colline, qui a du mal à porter son nom, du fait même de son inaccessibilité. Donc, de la place des Omeyyades, on s'enfonce vers le centre via l'avenue Choukry al Kouaitly. Sur la droite, le Musée National (décrit plus bas) et la Foire Internationale, sur la gauche, les hôtels Le Meridien et Four Seasons.  Aux heures de pointe, les artères principales de ville frisent l'asphyxie, la saturation. Comme dans toutes les métropoles du Tiers-Monde, la démographie galope. Les bidonvilles s'éntassent sur les collines dominant la ville comme les favellas de Rio de Janeiro et Damas étouffe. Face à l'urgence, des équipes d'architectes et d'urbanistes  planchent pour désengorger la capitale.
damas gare hejaz
2. Damas, gare du Hejaz, intérieur

Ces disparités ne parviennent pas, heureusement, à effacer les qualités urbaines de Damas. Damas est une ville vivante, avec ses places publiques, ses embouteillages, ses vestiges, son chaos. Damas est une ville qui se découvre petit à petit. De l'animation de la place Youssef Azmé à la gare ottomane (photo ci-dessus, intérieur), ancien terminus de la ligne du Hedjaz qui reliait la Mecque, on fait des rencontres avec des marchands, des militaires bavards qui passent leur temps dans les cabines téléphoniques, des autobus sur lesquels il est écrit ‘Poulman’ et des architectures du mandat, comme la façade art déco de l’Orient Palace reconverti en centre d’hébergement pour pèlerins iraniens. Et puis, on s'enfonce encore, retrouvant, près de la Citadelle de Damas et du monument de  Saladin, le cours du Barada, avec ses anciennes maisons fluviales dont les frêles façades de bois semblent émerger difficilement de l'abondante végétation qui les enserre. Nous sommes à Bab al Faraj, une des portes de la vieille ville. Enserré dans ses murs, le vieux Damas est un réseau complexe de ruelles avec des maisons à moucharabiehs, des vestiges romains, byzantins et omeyyades, et, évidement, les souks, avec leurs parfums d’épices et leurs artisans regroupés par quartiers.

 
3. Damas, souk al Hamidiye
Souk al Hamidiyé, le plus grand et le plus célèbre des souks de Damas. Facilement reconnaissable par sa couverture en charpente métallique, c'est le mariage des fastes de l’orient et de la révolution industrielle. Interminables étalages de vêtements pour dames et de souvenirs, fameux marchands de glace, ambiance inimitable. Les magasins, qui sont insérés dans des travées rythmées par des colonnes doriques, sont en biais par rapport à l’axe de circulation, sans doute pour montrer aux passants le maximum de marchandises. A quelques pas là, le souk al goumrouk, dans l’ancien khan des douanes, offre au visiteur ébahi, sous des coupoles qui se succèdent, l’étalage de tissus et de robes de soirées dignes d’une superproduction égyptienne. Encore plus pittoresque, derrière le souk assagha (des bijoutiers), Souk al Bzouriya, dont la couverture rappelle celle de Souk al Hamidiyé mais en moins monumental (ne pas manquer les lustres), ou se concentrent les marchands d’épices, d’herbes et de fruits séchés. C’est dans ce lieu plein de parfums envoûtants que l’on découvre le portail monumental du Khan Assad Pacha et que l’on peut aller se détendre au Hammam Nour ed-Din, un des plus anciens du monde.

La promenade coïncide parfois avec les traces de la trame en damier que les romains avaient donné à la ville. On retrouve ainsi l’ancien decumanus, la via recta ou rue droite, aujourd’hui nommée Midhat Pacha, qu’emprunta Ananie pour aller retrouver Saul (Saint Paul) et lui redonner la vue. Cette rue, en fait pas si droite que ça, traverse la vieille ville dans sa longueur. En partie couverte par une voûte métallique, elle est fort animée et commerçante. Au niveau des vestiges de l’arc romain, elle devient plus calme et pénètre dans le quartier chrétien. Au passage des façades parfois penchées (photo ci-dessous), de maisons aux architectures arabes ou coloniales, les églises se font plus nombreuses dans la partie est de la ville. Citons la célèbre Chapelle Saint Ananie, construite au bout de la rue, à l’emplacement de la maison d ‘Ananie, et l’Eglise Arménienne Orthodoxe, à Bab Sharqi (Porte de l'Est). La visite des lieux de cultes permet de rencontrer les communautés chrétiennes de cette ville d’orient et, parfois, de découvrir de belles icônes de style byzantin.
damas
4. Damas, sur la via recta (rue Midhat Pacha)
Au sud de Bab al Faraj, on peut longer les murs de la vieille ville jusqu’à la mosquée de Sinan Pacha. Construite en 1562, elle ne doit pas son nom  au célèbre architecte Sinan (voir plus bas), mais à son commanditaire, Sinan bin Abdulhah, gouverneur ottoman. De petites dimensions, elle possède néanmoins une riche décoration à base de motifs géométriques et son minaret est reconnaissable car il est couvert de céramiques vertes. Un peu plus loin, derrière le Mausolée de Mardam Bek, s’étale le cimetière de Bab al Saghir, le plus grand de Damas, avec des tombes sunnites et chiites dont certaines abritent les restes de compagnons du prophète ou de califes. Au nord du cimetière, la promenade se poursuit dans le quartier de Salihiyé, autour du Midan, un des endroits les plus pittoresques mais aussi les plus mystiques de la ville. 
damas mosquee omeyyades
5. Damas, salle de prière de la mosquée des Omeyyades
- la mosquée des Omeyyades
Revenons à Souk al Hamidiyé, d'où on atteint le Propylée Romain, autour duquel règne une grande animation, et l'accès à la mosquée des Omeyyades et au Tombeau de Saladin. Ce dernier, qui chassa les croisés, loge dans une salle à coupole avec deux sépultures! Celle d'origine, en bois, et une autre, en marbre, offerte par Guillaume II de Prusse. Pour visiter le mausolée et la mosquée, les femmes doivent louer une tunique marron avec capuchon, à moins qu’elles n’aient prévu, à l’instar de Sahar, de quoi se voiler. La grande mosquée est un lieu fabuleux. Elle fut construite sur un emplacement ou une église avait déjà succédé au temple romain de Jupiter, d’où les remplois d’éléments d’architecture classique (chapiteaux corinthiens). C'est la première des grandes mosquées à cour intérieure dont le plan reprend, en l'amplifiant, celui de la maison du prophète à Médine. Les façades s'ouvrent non pas sur l'extérieur, mais sur la vaste cour qui prend, lorsqu’il fait frais et qu’il y a des pigeons, des allures de Place Saint Marc. Regardez les superbes mosaïques sur la façade sud et sur le trésor, petite construction octogonale reposant sur des colonnes. Réalisées par des artistes byzantins, elles représentent des jardins (ceux de Damas?), figuration du paradis dans la tradition islamique. A l'intérieur, l’immense salle de prière (photo ci-desssus) reprend le plan basilical (1) à trois nefs, mais celui-ci est orienté dans le sens de la largeur, vers le mur de la qibla (2) dont les mihrab (3) indiquent la direction de la Mecque. A l’heure de la prière, hommes et femmes doivent emprunter des entrées séparées. L’ambiance est quand même assez détendue pour un lieu de culte, avec les enfants en train de courir dans tous les sens et des gens assis sur les tapis.  Il faut dire que la mosquée est aussi un lieu de cohésion sociale, l’équivalent de l’agora des grecs. Un grand cénotaphe baroque aux fenêtres vertes attire les fidèles de toutes religions. Il est sensé abriter la tête de Saint Jean Baptiste. Les chiites viennent également ici se recueillir sur les reliques de Hussein (4). Cette mosquée prestigieuse a connu un évènement historique le 6 mai 2001, avec la première visite d'un souverain pontife dans un lieu de culte musulman. Un grand moment. A la sortie de la mosquée, vous irez vous rafraîchir avec Gilbert et ses amis au café An Nofara, avant de partir à la découverte des palais et autres résidences patriciennes.
damas palais sibai
6. Damas, palais Sibai
- l'art de vivre des palais -
L'habitat traditionnel arabe se cache discrètement dans les ruelles. Une fois le seuil franchi, la maison s'ouvre sur une cour avec un bassin des arbres fruitiers, véritable oasis de fraîcheur. Disséminées dans la vieille ville, les demeures magnifient ce mode de vie avec une richesse exquise tant dans la conception  du parcours qui part du salamlik, espace semi public, au haramlik, espace privé réservé aux femmes; que des éléments architecturaux, comme l’usage de l’iwan, grande niche voûtée dans une cour; ou décoratifs: motifs floraux, jeux de couleurs de pierres de blanches et noires... Certains palais sont toujours habités, d’autres appartiennent à l’état, à l’instar du Palais Azem, le plus célèbre de Damas. Construit au XVIIIe siècle pour le gouverneur de la ville, il abrite le Musée des Arts et Traditions Populaires. Dans les salons, des mannequins évoquent la vie quotidienne de l’époque. Didactique mais un peu trop kitsch. On préférera la déambulation dans les beaux jardins. Le Palais de Georges Dahdah, antiquaire de renom, est toujours habité par son propriétaire. Les visiteurs sont les bienvenus. Le palais appartenant à une famille chrétienne, il ne dispose pas de l’arrangement autour de deux cours (salamlik / haramlik) mais d’une seule. Au palais Sibai  (photo ci-dessus), il faut trouver le gardien pour découvrir un endroit unique qui vient d'être restauré. Dans la cour, un double escalier permet d'atteindre un grand salon à plafond vertigineux et éclairage zénithal. Les murs sont couverts de trophées, têtes d'animaux empaillés ou non: girafes, buffles, zèbres... Dans les collatéraux, c'est un défilé de fauves qui gisent sur le sol surélevé! Vision surréaliste de cette curieuse collection ramenée au début du XXe siècle par l'ancien propriétaire des lieux de ses exploits de chasse en Afrique! L’Etat a également restauré, avec beaucoup de soin, le Palais Maktab Anbar, de la période ottomane tardive. Sa première cour est très sobre, voire austère, alors que la seconde, le haramlik, dispose d’un décor exubérant et éclectique, ou se mélangent les motifs orientaux et européens néoclassiques. Les lieux sont le siège de la Direction des Monuments de la vieille ville de Damas. Autre étape de ce parcours, Darat Baroudi (rue Fakhry Baroudi, derrière la caserne des pompiers, hors des murs de la vieille ville), un autre palais au décor fastueux de la même période. On ne manquera pas le salon central avec une double hauteur couvert de fresques représentant, de manière naïve et assez fantaisiste, le dôme du rocher de Jérusalem, la Corne d’Or d’Istanbul et la Kaaba de la Mecque (registre supérieur), le pont des arts à Paris et les bords de l’Arno à Florence (registre inférieur). Ce palais dont la construction a fait part d’un emploi abondant de bois est dans un état de délabrement qui en fait presque une ruine. Certains murs sont plus penchés que ceux de la tour de Pise. C’est dans ce cadre que se déroulent des manifestations culturelles comme  les Journées de la Photographie organisées par le Centre Culturel Français. Le bâtiment devrait toutefois entrer dans une phase de rénovations pour abriter le Centre d’Etudes Supérieures de la Faculté d’Architecture.
darat baroudy damas
7. Damas, Darat Baroudi
- le Musée National -
Le Musée National conserve les somptueuses collections archéologiques syriennes. Passé le guichet-librairie, on traverse un grand jardin plein de sculptures antiques ou il fait bon de flâner. L'entrée du musée est marquée par la façade du Qasr el Heyr el Gharbi (un des châteaux du désert), flanquée de deux tours. Impressionnant décor en stuc. A l'intérieur, deux directions possibles. A droite s'ouvrent les galeries d'antiquités orientales et islamiques (Mari, Ougarit, Ebla...), et à gauche, les antiquités classiques. On y reconnait les sculptures provenant du Hauran par leur pierre noire. Sur la droite, on entre dans la salle de Doura Europos aux murs couverts de rideaux noirs! Le gardien se charge alors, très théâtralement, de les ouvrir, faisant découvrir aux visiteurs ébahis d'admirables fresques sur lesquelles on a installé ce dispositif pour les protéger de la lumière. Les visiteurs ne sont toutefois pas au bout de leurs surprises. Au delà de la galerie de sculptures romaine, ils traversent une cour pour entrer dans une vaste salle obscure: la synagogue de Doura Europos. Peu à peu les regards se concentrent sur les immenses peintures qui couvrent cette Chapelle Sixtine judaïque du IIe s miraculeusement sauvée et reconstituée ici.

Rue Chukry Kuwaitli, près de la Foire Internationale. tlj sauf mardi 9h-16h (hiver) 9h-18h (été), fermé vendredi entre 12h30-14h. 

damas mosquee soliman
8. Damas, musée militaire et mosquée de Suleymaniye
- du coté de Sinan -
En face des jardins du Musée National se dressent la coupole et les minarets d'une mosquée ottomane. C'est la Tekkiyé Suleymaniyé, construite au XVIe s. par Sinan, le grand architecte de Suleiman le Magnifique (cf. notre page sur Istanbul). Aussi magnifique que le sultan dont elle porte le nom, la mosquée est une vaste salle à coupole actuellement fermée pour rénovation. Les fidèles effectuent la prière dans le beau portique, richement décoré. La mosquée est entourée de jardins avec un bassin autour duquel les damascènes viennent méditer ou prendre l'air en fin d'après midi. Dans  le jardin sont stationnés des avions militaires à hélices et à réaction (mig 21) ainsi qu'une capsule Soyouz. Ce sont les grandes pièces du Musée Militaire installé dans les anciennes cuisines du complexe de la mosquée (tlj sauf mardi, 8h-14h). Il paraît, d’après notre cher Raed, que les collections d’armes anciennes sont très intéressantes, mais le gardien vous avertira qu’il est interdit de manger des pistaches à l’intérieur des salles. Autre annexe de la mosquée, le magnifique khan, avec ses portiques disposés en symétrie autour d'une cour. Les cellules ont été transformées en centre d'artisanat. Face à l'entrée du khan, une petite mosquéee, l'ancienne madrassa.
damas mosquee soliman
9. Damas, musée militaire et mosquée de Suleymaniye
- (re) bonjour la France ! - 
Autre architecte étranger, autre époque. A la fin des années 1980, José Oubrerie a réalisé le nouveau  Centre Culturel Français de Damas. Installé dans une rue envahie par des magasins de matériel informatique, ce bâtiment blanc s'y insère habilement avec des espaces verticaux et des jeux d'ouvertures: vastes baies vitrées, portes métalliques ajourées [une interprétation du moucharabié] brique de verre. L'atrium du rdc est une salle d'exposition avec des fauteuils de Le Corbusier et une vue sur la rue qui paraît être mise en vitrine. De la porte, un axe traverse l'espace et invite le visiteur à s'engager vers les escaliers qui desservent les étages: médiathèque, auditorium [avec des structures triangulaires en relief qui rappellent l'intervention d'Alexander Calder à Caracas] salles de classe, cafette. Sans sombrer dans la nostalgie orientalisante, Oubrerie a su concilier une conception architecturale actuelle à des spécificités locales. Une nouvelle ouverture pour l'histoire architecturale de Damas? Ne manquez pas de monter sur la terrasse avec son petit amphithéâtre en plein air et sa vue spectaculaire. 
damas centre culturel francais
10. Damas, centre culturel français, Jose Oubrerie arch.
"Construire à Damas, c’est faire en sorte que le bâtiment ajouté à la ville soit ressenti comme placé dans le destin, la continuité de celle-ci. Je ne veux pas parler d’une continuité formelle telle qu’on pourrait l’établir artificiellement : par évocation, en amalgamant un élément de langage traditionnel –l’arc brisé par exemple– à un langage actuel (...) mais plutôt d’une continuité « mentale » qui s’établit par la présence d’éléments constitutifs de l’identité de la ville, de la morphologie de ses espaces, et qui permettent de ressentir les correspondances nécessaires entre le vécu, passé et présent, même s’il n’est pas identifié, conscient pour l’habitant."José Oubrerie, l'Oeil, aout 1983.
Au coin de la rue qui mène au centre, il y a un marchand de valises particulièrement sympathique qui se fera une joie de se plier en quatre si vous avez égaré un de vos compagnons (encore faut-il que vous ayez envie de le retrouver). Mais trêve de blagues, allez plutôt découvrir Souk Sarouja, qui est à deux pas. Beaucoup moins chic que Souk al Hamidiyé, c’est un endroit populaire, coloré et hors du temps, avec ses réparateurs de TV, ses oiseleurs et son café soudanais. Dans ces ruelles étroites, sombres et encombrées, vous sentirez l’ambiance d’un orient qui n’a rien d’édulcoré avant de faire une pause dans le patio ombragé du légendaire hôtel al Rabih, l’adresse préférée de Tania. 
 
11. Damas, capitale mondiale de la lingerie sexy.
- sex & the city -
Aussi inattendu que cela puisse paraître, Damas est une ville particulièrement chaude. Nous vous épargnerons un inventaire de ses légendaires bordels, lieux sordides ici appelés istiraha, c’est à dire rest-house en anglais. Mais allez plutôt faire un tour du côté des étalages de Souk el Hamidiyé et alentours, chez les marchands de lingerie féminine. Vous y découvrirez des modèles à faire pâlir tous les sex shop d’occident, le plus célèbre étant le "Abou Loutfi": un string doté d’une lumière qui clignote. Marie José en a déniché un particulièrement spectaculaire, doté d’un oiseau en peluche (comment faire si elle porte un jean serré?) qui, au toucher, se met à chanter (avec la petite lumière rouge qui clignote). A la question relative au lavage, il parait que c’est article n’est utilisable qu’une seule fois. Pourvu que ce soit la bonne! Existe aussi en version téléphone portable, moins romantique. La meilleure, c’est que les marchands se défendent pudiquement en prétendant que ces produits s’adressent, non pas aux syriennes, mais aux iraniennes qui viennent à Damas en pèlerinage. Autre lieu capital dans le parcours érotique de Damas, le jardin public, digne, aux yeux de Tania, d’un film égyptien. Il parait que c’est l’endroit des amoureux: Soit on est en couple, soit avec quelqu’un du même sexe, mais toujours bras dessus bras dessous. Dans le deuxième cas, on vient ici à la recherche de l’âme soeur. Ce rituel est accompagné d’une musique tonitruante que dégagent des haut-parleurs, le matin, c’est Fayrouz, pour bien se réveiller, l’après midi c’est Oum Koulsoum pour pleurer. Parfois, ces litanies sont interrompues par des prêches enflammés à la gloire du parti Baas.
(1) Le plan basilical prend son origine des basiliques romaines qui étaient des bâtiments civils. Il fut développé dans l’architecture chrétienne avec une grande partie centrale (la nef) et les bas côtés ou collatéraux. Dans la mosquée de Damas, les trois nefs sont de même taille et sont traversées en leur centre par un transept que l’on devine dès la façade.
(2) Le mur de qibla est celui vers lequel prient les fidèles. Il est toujours orienté vers la Mecque.
(3) Le mihrab est une niche percée dans le mur de qibla. Plus discrète que l’abside des églises, elle constitue toutefois l’élément visuel de l’orientation vers la Mecque.
(4) Fils de Ali, tué à Karbala, en Irak.
photos : Patrick Kassardjian (1), Antoine Soued (5) et Gregory Buchakjian (2-4 et 6-10) pour Baron & Baron
1976, 1984, 1997, 2001, 2003-2009, Baron & Baron, avec l'aimable collaboration de Tanbak [Tania Bakalian Safieddine] et un grand merci à Catherine Ariss, Alexi Piranian, Abdelnour Abdelnour, Gilbert Hage, Josianne Torbey, Joanna Rebeiz, Wassim Maouad, Yara Nashawaty et aux étudiants de l'ALBA. tous droits réservés. >> CONTACTEZ NOUS