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> ALLER / VENIR
Alep est située au nord de la Syrie. Une longue autoroute la relie, au sud, à Hama (2h de trajet env.), et Homs (3h). De là, possiblité de continuer vers Damas, à 335km, ou de prendre la route vers la côte et rejoindre le Krak des Chevaliers, la frontière libanaise (compter 5h pour faire Alep-Beyrouth) et Tartous. Deux postes-frontière avec la Turquie sont à proxomité de la ville. L'un, au nord, permettant d'atteindre Gaziantep, l'autre à l'ouest, vers Antioche. Compter 3h pour rejoindre ces deux villes. Une route permet de relier Alep à Lattaquié à travers les montagnes (185km, 3h30). 
Alep est un excellent point de départ pour visiter le Massif Calacaire et ses nombreux sites archéologiques, dont Saint Siméon (40km, 1h de route). Il faudra toutefois être doté d'un véhicule, avec chauffeur de préférence.
Les amoureux du rail pourront se regaler par des trajets épiques et hors du temps. Trains pour Lattaquié, Damas et Istanbul (36 heures). Nous ne savons pas ce qu'est devenue la légendaire ligne Alep-Bagdad via Rakka qui fonctionnait avant la dernière guerre américaine du golfe.
Reste l’avion. Syrian Airlines assure des vols quotidiens avec Damas pour ceux qui ne veulent pas faire des heures de route, prix dérisoires. Quelques lignes internationales: Athènes (Syrian Airlines), Bakou (Azerbaidjan Hava Yollari), Beyrouth (Menajet), Erevan (Armavia, Syrian Airlines), Londres (British Airways), Paris-Orly (Syrian Airlines), Sharjah (Air Arabia) et Vienne (Austrian Airlines).
Alep est une ville assez grande mais les principales attractions sont relativement peu éloignées. La promenade à pied est agréable et les taxis nombreux et très bon marché (compter 45 £ la course, moins d'un euro). Orientation: Aleppo E-Map sur Syria.com
> DORMIR
La meilleure adresse d'Alep est sans doute Beit Wakil (tel: 02-212217169 et 2247083, fax: 224 7082). Au coeur d'une rue piétonne du quartier chrétien de Jdeidé, ce palais du XVIe siècle été aménagé en hôtel de charme. Salon orné de beaux objets anciens, chambres disposées autour de deux cours dont une sert de restaurant et l'autre, avec une fontaine, est un superbe havre de paix. Les chambres, impeccablement propres et bien tenues, sont inégales. Nous recommandons la 12, qui donne sur la cour, avec ses superbes murs incrustés de boiseries et la 30, de dimensions fastueuses. En revanche, certaines, dont les 21 et 28 sont des cellules monacales. L'accueil est plus que courtois et Beit Wakil est très sollicité, dont il vaut mieux réserver longtemps à l'avance. Prix entre 25 et 50 USD par personne, petit déjeuner inclus (moitié alépin, moitié européen, kaak, confiture de figues, de date, croissants, corn flakes, il y en a pour tous les goûts). Dans le même genre, on peut aussi essayer le Martini Dar Zamaria (tel. 632333), dans un palais du quartier de Jdeidé. Belle terrasse, très agréable. Moins cher que le précédent mais beaucoup moins raffiné.
La dernière adresse chic et branché d'Alep est Al Mansouria, un autre palais-hôtel beaucoup plus exclusif. 9 suites dont chacune a un thème: Hittite, Iznik, Greco Romaine, byzantine, du Vizir,  Bédouine,  des Chevaliers, de la Favorite et ottomane (on croirait presque lire la liste des hôtels de Las Vegas!).  L'endroit est somptueux (belles peintures murales, salles de bain fastueuses, hammam privé) mais la déco est un peu trop opressante (meubles des chambres assez lourds, salle à manger d'hiver un peu étriquée). Mis à la disposition de groupes pour 3 nuits minimum, nuitée à part de 200USD comprenant repas, transferts et divers services.
Alep compte aussi son nombre d' hôtels modernes sans charme particulier. Le plus récent, le mieux placé et le plus confortable est le Sheraton Aleppo. L'hôtel dispose d'une piscine et d'un bain turc. L’Amir Palace, tour assez hideuse, chambres vastes et confortables, certaines jouissant d’une belle vue. Emplacement intéressant en face du musée et non loin des souks. Le Pulman est un établissement de la même catégorie. Moins central mais plus luxueux (en principe) le Chahba Cham Palace. Le hall d’entrée de cette tour est assez impressionnant, mais les chambres sont décevantes. Piscine et plusieurs restaurants. 
Mais ou est donc passé l'hôtel Baron (tel 2210880)? L'établissement la plus fameux de la ville qui a vu défiler depuis plus d'un siècle les têtes couronnées et les célébrités internationales? Et bien, la Baron n'a pas changé d'adresse, sa façade coloniale se dresse toujours sur la rue Baron. En revanche, derrière ses murs, les heures de gloires sont éteintes. La propriété des Mazloumian se meurt, elle est totalement décrépie, dans un état d'abandon dont même les routards les plus chevronnés ne veulent plus. Triste situation de noblesse déchue surtout pour une maison dont le nom n'est pas étranger à celui de ce site. Pour la mémoire et dans l'attente de jours meilleurs, nous reproduisons le menu du dîner du 27 juin 1937: "Consommé Celestin, Trancons de Berbel d’Euphrate Maitre d’Hôtel, Médaillon de Veau Bourguignonne, Petits Pois a la Parisienne, Pommes Marquis, Bombe Alaska, Café" (1).
> MANGER
La gastronomie alépine jouit d’une réputation entièrement justifiée. C’est là qu se rencontrent les grandes traditions arabes, arménienne et ottomane. Comme partout en Orient, le repas est composé d’un mezzé: Une multitude de plats et de hors d’œuvres déposés sur la table. Outre les préparations habituelles qu’on retrouve à Damas et Beyrouth, Alep offre une palette de spécialités originales comme le mhammara, pâte à base de noix, d’huile d’olive et de piments, le soujok, saucisses non moins pimentées marinées dans une sauce à la tomate et aux poivrons, les salades d’olives...
Sissi House (rue Sissi, tel (21) 2273362, 2249246, (93) 500 505) est une des adresses les plus incontournables de la planète: Au cœur du quartier chrétien de Jdeidé, une ancienne maison aux voûtes en pierre de taille avec une cour des plus agréables pour les beaux jours.  Cuisine fantastique comportant les spécialités citées plus haut. Ce repas impérial ne coûtera pas plus de 10 USD vin compris. L'endroit vient de changer de direction, espérons que la qualité se maintienne. Le restaurant ne doit pas son nom à la célèbre impératrice et la légende selon laquelle elle aurait séjourné dans les lieux, mais au nom arabe "hosh el-Sissi", étymologiquement lié au fait que le propriétaire historique de cette maison était un homme qui venait de la ville de Sis, capitale du royaume arménien de Cilicie, d’où le nom Sissi pour désigner les habitants de cette ville.
Ceux qui n’ont pas eu la chance de séjourner à Beit Wakil pourront toujours y prendre un repas dans le patio parfumé de jasmins. Le mezzé y est exquis et la créativité flirte dans cesse avec l’art de la grande gastronomie.
Beaucoup plus classique, Wannes (tel. 224353) est une adresse appréciée de la bourgeoisie alépine. Toujours bondé, c'est l'endroit pour voir et être vu! La cuisine est de grande qualité. Les kebabs y sont incroyables et les gourmands ne manqueront pas le kebab au yaourt et aux oeufs, le kebab aux truffes (en saison) ou le kebab aux cerises! Qui  aura encore de la place pour un dessert?
La jeunesse bobo d'Alep se retrouve généralement au Mosaique, un café-restaurant plus apprécié pour son ambiance détendue que sa cuisine internationale.
Alep est (justement) aussi célèbre pour ses pâtisseries. Des confitures assez extraordinaires que l’on n'étale pas sur des tartines. Les mini aubergines sont une expérience fascinante (si, c’est bien un dessert!). A acheter chez Azrak. On peut paradoxalement avoir du mal à trouver ces douceurs à Alep, leur production étant artisanale et le plus gros étant raflé par le marché libanais!
> BOIRE / DANSER
Des cafés-terrasses situés en contrebas de la citadelle permettent de faire une pause sympathique parmi la population locale et quasi exclusivement masculine. Un café se trouve également dans l'enceinte de la citadelle.
La société alépine se donne rendez-vous à Nadi Halab (le Club d’Alep). On peut prendre un verre ou dîner et y rencontrer du beau monde. L’accès au club est en principe réservé aux membres et à leurs invités, mais les étrangers peuvent toujours tenter leur chance.
Le patio ou le salon de Beit Wakil sont très agréables pour prendre un petit verre. L'hôtel a installé dans ses caves une petite boite de nuit qui s'animera sympathiquement si un groupe d'étrangers (jeunes de préférence!) y séjournent.
Ceux qui tiennent à faire la tournée des grands ducs jusqu’à l’aube auront le choix entre la boite du Cham Palace dans laquelle ils pourront se plonger dans les années 80 et le Casbah, cabaret qui n'a rien à voir avec son homonyme parisien. Glauquissime, vivement déconseillé sauf pour ceux qui thèse de doctorat sur les maisons closes au Proche-Orient.
> ECOUTER / VOIR
La culture arabe est bien ancrée dans cette cité. Le français (converti à l’islam) Julien Jalal el Dine Weiss l’a bien compris. Ce joueur de quanun, instrument à cordes traditionnel, s’est installé à Alep ou il a fondé l’ensemble Al Kindi. Avec ses musiciens et ses chanteurs syriens, irakiens et égyptiens, il fait revivre des répertoires anciens, sacrés et séculaires. Cette formation connaît actuellement un grand succès et se produit dans les festivals internationaux. Il est évidement possible d’assister à un des ses concerts dans son cadre naturel, la vieille ville d’Alep.
> ACHETER
Toutes sortes de produits dans les souks, notamment du savon d'Alep et des épices. Essayer le Zaatar Halabi, (thym alépin), parfumé et pas trop aigre. Pour des objets plus consistants, faire le tour des antiquaires et brocanteurs du quartier chrétien de Jdeidé. On peux y trouver des trésors, mais attention, les prix risquent d'être élevés et le marchandage rude!
> LIRE
Alep: Passage vers l'Orient, Jean-Claude David et Christine Delpal, ed. Aedelsa, 2003, coll. Cités images. Parcours dans les méandres de la ville. Ce livre est comme un carnet de bord, avec des thèmes et des rencontres.
Alep, Carlos Freire (photos),  Adonis (texte), ed. de l’Imprimerie Nationale, 2004. Freire aime photographier les villes. Il a fait Naples, Alexandrie... Nous l’avons rencontré à Beyrouth alors qu’il revenait, enchanté, d’Alep.
Alep, Gérard Degeorge, Flammarion. Un bel ouvrage de luxe abondamment illustre. 
Bains oubliés, Marie-Dominique Montavon, Qantara, 38, hiver 2000-2001, pour en savoir plus sur les hammams, dont le célèbre Yalbouga
Alep et la syrie du nord, V. Fuglestad-Aumeunier, Edisud 1992, axé histoire et société, tandis que Aleppo - Urban Repair of a Destroyed Historic District, Stefano Bianca, Urban Form in the Arab World, past and present, Thames & Hudson, 2000, est un essai d'architecture et d'urbanisme.
Aleppo (Halab) images et bibliographie (articles et recherches) sur Archnet Digital Library.
Tout comme son éternelle rivale Damas, Alep prétend au titre, o combien convoité, de plus ancienne cité constamment habitée du monde. Cette considération ne fera qu’accentuer le parfum de mythe qui enrobe ses murs mais n’aura aucune incidence pratique sur le parcours du visiteur. Si Damas est un centre important dans le monde romano byzantin, c’est à partir de l’an Mille qu’Alep connaîtra ses heures de gloire et prendra la forme qu’elle conserve à ce jour.
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1. Alep, vue depuis les toits
Alep est une étape sur la route des épices, entre le tout proche bassin méditerranéen et les lointaines contrées d’Orient. Elle reste aujourd’hui une des rares villes reliées à Bagdad la mythique – isolée du monde civilisé depuis onze ans – par voie ferrée. Les caravanes chargées d’encens, d’épices et de soies ont alimenté, des siècles durant, les légendaires souks d’Alep, caravansérails aux milles senteurs et couleurs. La visite des souks est un voyage initiatique à travers des labyrinthes de ruelles débouchant sur des cours inattendues rafraîchies par des fontaines, les interminables galeries couvertes et grouillantes ou s’amassent des produits hétéroclites, ou les khans spécialisés dans la production et la vente d’un seul produit, tels les fameux savons artisanaux.
2. Alep, les souks
Les souks sont un élément majeur d'une trame dense et complexe qui constitue la cité arabe. Le voyageur venu d’occident sera surpris de ne déambuler qu’à travers des voies étroites, parfois sombres. Les quartiers sont commerçants et résidentiels à la fois. Chaque pâté de maisons est un microcosme ou s'enchevetrent habitations modestes et demeures patriciennes. Toutes les couches de la société cohabitent et coéxistent selon le précepte de l'assistance mutuelle et de la solidarité mutuelle si cher à l'islam. La limite entre le public et le privé est souvent difficile à cerner, la rue, une impasse, devient le prolongement de la maison. Point d’avenues hausmaniennes ni de grandes places publiques. Peut-on trouver une alternative à l’agora athénienne ou à la ‘piazza’ florentine? Sans aucun doute. Pour cela, il faudra pénétrer dans l’enceinte de la Grande Mosquée. Les arabes ont adapté de plan de l'Alep romaine à leurs besoins. L'agora, vaste place, est devenue mosquée, sauf que le vide est au centre d'un monument, au lieu d'avoir un monument au coeur d'une place. La Mosquée est le lieu de culte, mais aussi de rassemblement. A Alep, comme à Damas, Tripoli, Ispahan ou Delhi, la cour de la Grande Mosquée est le plus grand espace ouvert de la vieille ville. Les gens y viennent pour prier (surtout le vendredi) mais aussi pour se délasser, discuter, ou, tout simplement méditer. L’islam est une religion, mais aussi un mode de vie, la mosquée est le lieu des pratiques urbaines du quotidien. 
Derrière la mosquée, on peut passser par le Khan al Gumruk (khan de la douane), pour se rendre au Bimaristan Argoun, un des plus anciens asiles psychiatriques du monde. Si les cellules ne sont plus occuppées, la cour flanquée d'iwans reste très agréable avec sa petite fontaine. Un merveilleux exemple d'architecture du XIVe siècle.
3. Alep, les souks
Se promener dans les souks est un but en soi. Il est pratiquement impossible de s’y repérer et donc de ne pas s’y égarer. Cette situation ne doit pas être vécue comme une angoisse, bien au contraire. Elle sera l’occasion d’aborder des passants (Les alépins sont d’une gentillesse et d’une hospitalité légendaires) qui se feront une joie de ramener le visiteur en perdition sur le bon chemin... Il est en revanche possible de quitter les souks à bord d'un moyen de transport très pittoresque mais dont la sécurité laisse à désirer (ne nous tenez pas responsables de vous inciter à vous mettre en danger, on vous aura prévenus!). Il s'agit de se hisser à bord des camionnettes de livraisons. Ca fait un peu cabriolet, ça change des taxis, et comme il se doit, le prix est à discuter au préalable. Ceux qui vont dans un endroit chic réussiront leur entrée: au restaurant Wannes, nous ne sommes pas passés inaperçus parmi les bourgeois qui déjeunaient!
alep, citadelle
4. Alep, la citadelle, la nuit
la citadelle
Difficile de la perdre de vue, tant elle domine la ville et rappelle son rôle stratégique au fil du temps, notamment lors de la guerre contre les Croisés. Posée sur un tumulus elliptique, la citadelle d’Alep est une importante place fortifiée. Vue de l’extérieur, sa forme est très différente de celles des autres places fortes de la région, comme le Krak des Chevaliers. Elle est très linéaire, avec une silhouette qui  se découpe ou se déplie. Les seuls accidents de cette linéarité sont le minaret de la mosquée et le bastion avec la grande  passerelle d’accès. La citadelle de la ville voisine de Gaziantep, en Turquie (l’ancienne Aintab) est d’un parti similaire dans un moins bon état de conservation. A l’intérieur, un ensemble de salles en plus ou moins bon état de conservation. Tous ceux qui ont gouverné Alep ont séjourné ici, bénéficiant de la vue panoramique qui s’offre encore aux visiteurs étrangers, aux nombreux groupes scolaires et aux amoureux qui viennent y chercher dans un petit recoin l’espace d’intimité si difficile à trouver dans les villes arabes. Dans les années 1990, la citadelle s'enveloppait, de nuit, d'un éclairage multicolore et kitsch. Les autorités compétentes ont depuis remplacé ces projecteurs rouges, verts, roses par des lampes ordinaires. On peut donner à ce changement plusieurs explications sans savoir avec certitude laquelle est la bonne. 1) remise en question du gout postmoderne [baroque, kitsch] au profit d'une esthétique plus épurée 2) pénurie de lampres colorées 3) changement inconscient (les électriciens ont changé les lampes sans que personne ne se rende compte que la couleur a disparu). Des réseaux souterrains reliaient les quartiers d’Alep à la citadelle et permettaient aux habitants de s’y réfugier en cas d’urgence. Ces galeries sont aujourd’hui impraticables.

Plus à l'ouest, du nouveau... Notamment aux alentours de la Tour de l’horloge, et du quartier de Bab el Faraj. Maisons à 2 étages aux balcons en bois (sorte de bow-window de style ottoman), affiches de cinéma peintes à la main (par les mêmes qui réalisent les portraits de l’ancien président Hafez, du martyr-ex-futur-président Bassil, et du président actuel Bachar). Les enseignes des échoppes en langues arabe et russe témoignent de la complicité commerciale qui s’est établie entre ces deux puissances (chacune en son genre).

Alep la cosmopolite. Elle bénéficie d’une importante présence chrétienne. Les communautés catholiques, syriaque, orthodoxe et, depuis le génocide de 1915, arménienne se sont regroupées autour du quartier de Jdeidé. Au détour des ruelles, on découvrira l'église maronite consacrée en 1873, l'évêché grec-catholique voisin, et l'église arménienne des quarante martyrs et son émouvant Mémorial du génocide de 1915. Dans ces dédales de ruelles étroites riche en échoppes de mahabess et autres boutiques d’artisanat, bordées d’édifices de pierre grise et entrecoupées de voûtes et d’arcs, des en portes en bois cloutées s’ouvrent parfois sur un intérieur aux patio ombragé. Au fond, l’iwan est une halte d’ombre, pour écouter les cliquetis des selsebils, les fontaines murales qui versent leurs gouttelettes d’eau. A noter aussi les belles fenêtres ornées de pierre sculptée et qui diffèrent les unes des autres.

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5. Alep, salon du palais Ghazal
Une grande partie du patrimoine architectural est, en effet, privée. Ses magnifiques demeures patriciennes aux façades souvent discrètes sont souvent encore habitées. La maison syrienne est organisée autour d'un cour centrale dans laquelle se font face l'iwan, grande arcade encastrée dans un mur et servant souvent de salon de plein air, et le qa'a, vaste salle de plan carré couverte d'une coupole et prolongée par trois iwans. C'est l'espace de reception le plus important, celui qui bénéficie de la décoration la plus raffinée. La visite des maisons n'est pas toujours inscrite au programme des tours opérateurs. C’est avec de bons contacts noués sur place qu’il sera possible de pénétrer dans l’intimité des grandes familles alépines et de découvrir leurs intérieurs souvent fastueux et toujours élégants. Nous avons déniché Abou Ayman (tel 021/3336111), un guide assez cher mais qui possède danas ses poches des clés assez intéressantes, comme celles de Beit Ghazalé, maison du XVIIe s conçue autour d’une grande cour avec iwan, au beau décor polychrome. Elle dispose également d'un hammam privé, avis aux amateurs! Il est plus facile d'accéder à Beit Ajiqbash, puisqu'elle a été transformée en musée des Arts et Traditions populaires. Inutile de préciser que l’architecture intérieure reste de loin plus intéressante que les objets exposés. Du riche décor de cette maison batie en 1757 par la famille chrétienne Ajiqbash, on retiendra le splendide iwan sculpté, les retombées de voûtes sur stalactites et les frises à motifs floraux et niches ornementées.

La ballade continue vers Bab El Nasr (Porte de la Victoire) où nous attendait une merveilleuse découverte architecturale: Beit Jomblatt. Mentionné dans aucun guide, ce magnifique palais, résidence d’été d’une célèbre famille druze libanaise, est totalement laissé à l’abandon. Au charme fou, il possède dans sa cour intérieure un immense iwan recouvert entièrement de céramiques bleues aux motifs arabesques faisant face à un large bassin teinté en bleu roi. Traversant Bab el Nasr, en grande partie cachée par les boutiques d’articles religieux, nous arrivons à la Madrasa Othmaniyé (1730) signalée par son minaret, le plus haut minaret la ville. Tout autour, plusieurs dizaines de cellules à coupoles pour les étudiants en religion islamique. Dans un lieu aussi renfermé et religieux, l’entrée nous fut accordée grâce à Abou Ayman. Cependant, la présence de Yasha, non voilée, engendra un conflit entre 2 imams, un supérieur hiérarchique, tolérant, et un autre, plus obtu, qui menaçait de l’accuser auprès des autorités spirituelles et politiques! Le conflit allait se terminer par une bagarre à mains nues sans l’intervention héroïque et surtoue inattendue de notre guide qui dévoila alors sa vraie identité: ancien haut placé dans la police secrète. Tout le monde resta bouche-bée devant cette révélation qui fit disparaître les deux imams confrontés à des forces plus... terrestres!

Autre visite, moins originale, mais indispensable, celle du Musée Archéologique, aux riches collections provenant du nord de la Syrie, d'Ugarit à Mari, en passant par les ‘Villes Mortes’. L’extérieur est rebutant, avec des moulages pas très réussis de statues araméennes. L’intérieur aussi est assez vétuste, ce qui semble bizarre vu que le musée avait fermé pour travaux (on se demande ce qu’ils ont fait), et en hiver il fait vraiment glacial. Les stars du musée sont incontestablement les oeuvres provenant de Mari. Elles évoquent, bien mieux que le site, la richesse de cette cité. On notera la statue d’Ishtup Illum, en diorite noir, et surtout, celle de la Déesse au Vase Jaillissant, provenant du Palais Royal. Elle était équipée d’une canalisation permettant de faire jaillir l’eau du vase qu’elle tient entre les mains.

Le musée est ouvert tous les jours sauf mardi de 9h à 16h00.
Il était inconcevable de quitter Alep sans s’être livré à une activité qui fait partie des fastes de l'orient: le hammam. Alep est particulièrement bien pourvue dans ce genre d'établissements. Le plus fameux est, à juste titre, le Hammam Yobulga. Le bâtiment, vieux de 500 ans, est somptueux et vaut à lui seul la visite. Le cérémonial est pratiqué de manière ancestrale: bain de vapeur, massage vigoureux, le tout suivi d'un thé sous la magnifique coupole. Le Hammam Yobulga est, pour le moment, fermé. Rénovation ou fin d'une époque?
(1) in Voyages autour du monde, Marc Walter, Alain Rustenholz, Sabine Arqué, ed. Chêne, 2001, p. 163.
photos: Gregory Buchakjian (1, 5), Patrick Kassardjian (2, 3), Carlo Massoud (4) ; texte: Gregory Buchakjian. Merci à Gregoire Bali pour l'histoire de Sissi House.
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