BARON & BARON > CARNETS & RECITS DE VOYAGE > MONUMENTS & LIEUX > SUISSE > LE GOETHEANUM (DORNACH)
> LISEZ NOTRE CARNET DE VOYAGE EN SUISSE: 1993 / 2005 [GENEVE: LA BANQUE]
> AVANT PROPOS
Le voyage au Goetheanum de Dornach a eu lieu en mars ou avril 1992. L'auteur (Gregory Buchakjian) séjournait à Bâle à l'occasion pour la Foire annuelle d'Horlogerie et de Bijouterie. Ce récit à été rédigé en janvier 2005. Tout comme le dessin, par Sandra Ghosn, étudiante en 3e année d'illutration à l'Académie Libanaise des Beaux-Arts ALBA.
> ALLER VENIR
Depuis Bâle, prendre le tram, ligne 10, direction Dornach. Ligne très pratique qui passe par la gare, le théâtre, Bankverein, etc. Descendre à Dornach, terminus de la ligne. De là, prendre le bus 68. Le 68 est une ligne circulaire qui part toutes les demi-heures (ou toutes les heures?) de la gare de Dornach et qui passe par 5 arrêts. Descendre à "Goetheanum" puis, vérifier l'horaire des prochains bus pour ne pas poireauter des heures dans le froid. Sur myswitzerland.com, il est mentionné "A pied: 10 minutes depuis la gare de Dornach-Arlesheim". Il se peut donc que le temps qu'il faisait ce jour là nous ait donné l'impression que la distance était beaucoup plus grande.
Le Goetheanum est ouvert au public (en principe) du lundi au vendredi de 10h à 12h30 et de 14h00 à 17h00. Lors de notre passage, dans la tranche horaire du matin, c'était fermé.
> DORMIR
La promenade peut se faire en une matinée aller-retour depuis Bâle. Le site internet du Goetheanum propose des possiblités d'hébergement à proximité du site pour des prix assez abordables.
Nous avons essayé un hôtel de charme dans la commune voisine d'Arlesheim (sur la même ligne 10 de tram, à deux stations de Dornach). L'Eremitage est une maison tenue par la famille Kunz. Les chambres sont très confortables et celles qui sont sous les combles bénéficient d'une double hauteur de plafond. Petit Déjeuner splendide. Chambre à 120 CHF.
> MANGER
Même adresse pour les repas, le restaurant de l'Eremitage. Excellente cuisine. Aux beaux jours, les repas peuvent se prendre dans le jardin.
> ECOUTER / VOIR
Des conférences, concerts, projections ou autres activités peuvent être organisées au Gothenaum.
> LIRE
Dans L'Ascension du Haut Mal de David B, ed. L'Association, 2000, tome 5, le narrateur et sa famille se rendent en Suisse. But du voyage, le Goetheanum et l'anthroposophie qui sont une énième expérience ésotérique dans l'espoir de trouver un remède aux crises d'épilepsie dont souffre son frère. David B ne s'attarde pas sur l'architecture du Goetheanum qui ne lui a pas laissé une impression impérissable mais consacre trois planches d'une qualité remarquable à l'histoire de Rudolph Steiner et de l'anthroposophie.
La page "Goetheanum" sur myswitzerland.com est la seule ressource en français avec des infos pratiques. http://chfr.myswitzerland.com/
Le site internet du Goetheanum est entièrement en allemand. Il fournit des informations pratiques ainsi qu'une introduction à l'anthroposophie. http://www.goetheanum.org/
On consultera le Dictionnaire historique de la Suisse pour ses articles consacrés à Dornach et à l'anthroposophie. http://www.lexhist.ch
Le site internet de la ville de Dornach (allemand) est d'un interêt assez limité. http://www.dornach-online.ch/
de la Le site internet du Chilehaus Hambourg (allemand) permet de telecharger des images de cet impressionnant edifice. http://www.chilehaus-hamburg.de/

 

Un jour de mars ou d'avril 1992, je ne sais plus
Je suis planté au beau milieu d'une route de campagne sur les hauteurs de Dornach, aux environs de Bâle. La température n'excède pas les 3 degrès mais le temps est tellement pourri qu'il n'a même pas l'élégance de neiger. Il pleut et je suis trempé jusqu'aux os, confronté au choix suivant: poireauter encore 50 minutes dans cette situation en attendant le prochain passage de bus (je peux toujours espérer faire du stop mais il n'y a pas âme qui vive), ou rejoindre la gare en dévalant la route à pied, ce qui devrait prendre au minimum une demi-heure de marche. Prenant mon courage à deux mains et me disant que j'ai la chance d'avoir à descendre de la montagne plutôt que d'y monter, je me mets en route.

goethenaum dornach
Comment ai-je fait pour me retrouver dans pareille situation?
Le but de ma visite à ce lieu perdu était le Goetheanum. C'est quoi, ce Goetheanum? La maison de Goethe? Son cénotaphe? Non, le Goetheanum est le siège de la Société anthroposophique universelle. Et c'est quoi, l'Anthroposophie? Selon la notice qui lui est consacrée dans le Dictionnaire historique de la Suisse, "La notion d'anthroposophie ("sagesse de l'homme et au sujet de l'homme") se trouve, entre autres, chez Ignaz Paul Vital Troxler (1780-1866), chez Immanuel Hartmann Fichte (1796-1879) et chez Robert Zimmermann (1824-1898), adepte de Herbart. Rudolf Steiner (1861-1925) l'a reprise et définie ainsi: "L'anthroposophie est une voie de connaissance qui tente de conduire du spirituel dans l'homme au spirituel dans l'univers" (Anthroposophische Leitsätze, 1924-1925). Partant des théories scientifiques de Goethe, Steiner postule une méthode exacte, conforme à la pensée occidentale, pour accéder à la transcendance. Oeuvrant initialement dans les milieux théosophiques allemands, il commença ses conférences publiques en Suisse en 1905. Il fonda la Société anthroposophique en 1912, devenue au tournant de 1923/1924 la Société anthroposophique universelle."(1).  Ses idées ont eu une influence importante sur des penseurs et artistes du XXe siècle, comme Joseph Beuys.

goethenaum, dornach
Il y a une dose de mystère dans tout ça.
On ne sait pas si on baigne dans le philosphique, le religieux, le social ou bien les trois à la fois. La veille, une personne rencontrée à dîner autour d'un succulent emincé de veau à la zurichoise m'avait dit:
"Vous devriez aller au Goetheanum. C'est très spécial. A l'intérieur, il y a plein de gens qui sont en train de prier - ou de méditer. C'est comme les monastères bouddhistes tibétains".
Le Tibet à une demi-heure de Bâle, une proposition qui ne se refuse pas! D'autant plus que je logeais alors à Arlesheim qui ne se trouve qu'à deux stations de tram de Dornach.

goethenaum, dornach
Le Goetheanum ne m'était pas totalement étranger. Je venais d'en découvrir l'existence quelques semaines auparavant lors d'un cours d'histoire de l'art dispensé à Université Paris IV Sorbonne par M. Serge Lemoine (2). Ce cours était consacré à l'architecture expressioniste allemande. M. Lemoine y parlait de la "chaine de verre" et de "l'architecture alpine", des courants visionnaires animés par des concepteurs hors pair. La plupart des réalisations étaient totalement utopiques et son restées, à travers de superbes dessins, sur papier. Une des plus célèbres est "And die Freude" (à la joie) de Wassili Luckhardt, une sorte d'immense tour aux facettes aigues comme du cristal. Plusieurs projets furent construits, mais ont depuis disparu. Le Pavillon de Verre réalisé par Bruno Taut pour l'exposition de la Werkbund de Cologne (1914), constitue en quelque sorte le manifeste de l'architecture expressionniste. Il fut démonté car il était initialement provisoire (3). D’autres ouvrages, à l’instar du Grand Théâtre de Berlin (1919) par Hans Poelzig furent reduits en cendres sous les bombes de la seconde guerre mondiale. Des constructions expresionnistes d'avant 1939 (4), il ne reste pratiquement que l'observatoire astronomique Albert Einstein à Potsdam (1917-21), chef d'oeuvre d' Erich Mendelsohn, l’immense paquebot de brique qu’est le Chilehaus (Maison du Chili) amarré à Hambourg (1923) par Fritz Hoger et le et... le Geothenaum de Dornach.
goethenaum, dornach
L'envie d'y aller devenait de plus en plus pressante.
L'intérêt de la visite résidant aussi bien dans l'inhabituelle fonction du lieu que dans son architecture. Après avoir vérifié les horaires d'ouverture, je me mis en route. A la gare de Dornach, terminus de la ligne 10 du tram, m'attendait le bus 68. Tout marchait comme sur des roulettes. Malgré le temps morose, la promenade est vraiment chamante. La verdure des collines suisses parsemées de maisons traditionnelles aux toits en encorbellements, un paysage tout droit sorti d'une carte postale. Je jubilais d'avoir chosi la promenade architecturale la plus "non traditionnelle" au départ de Bâle. Le gens civilisés, eux, franchissent la frontière de l'Allemagne ou de la France, toutes proches. L'Allemagne pour visiter le complexe de Vitra à Weil am Rhein, avec le Musée du siège construit par Frank Gehry, la caserne de pompiers de Zaha Hadid et le bâtiment de Tadao Ando. Trois grandes figures de l'architecture d'aujourd'hui. Et la France pour aller prier dans la chapelle Notre Dame du Haut à Ronchamp, une des réalisations les plus audacieuses et les plus appréciées de Le Corbusier. Mais le chauffeur du bus devait sortir l'unique passager que j'étais de sa rêverie:
"Goetheanum! Goetheanum!"

goethenaum, dornach
Me voila en face de la chose en question.
M. Lemoine avait projeté la photo en cours. C'était une bien curieuse chose qui avait la forme d'une carapace minérale. On aurait dit un rhinocéros sans sa corne. L'architecture expressionniste cultivait deux esthétiques complémentaires: D'une part celle du cristallin et du lumineux, portée à son apogée par le pavillon de verre de Taut et le projet de gratte ciel sur la Friedrichstrasse de Ludwig Mies van der Rohe, et d'une autre part celle du caverneux, inspiré des grottes et des montagnes, que l'on retrouve dans les incroyables stalactites qui pendent dans le théâtre de Berlin de Hans Poelzig et dans les décors du film Le Golem. Le Goetheanum apartient visiblement à cette deuxième typologie. Il faudrait juste préciser pour garder la précision du discours que le bâtiment en question est le second Goetheanum à avoir été construit à cet endroit. Le premier, conçu par Rudolf Steiner, fut détruit par un incendie criminel en 1922. Le bâtiment actuel fut achevé en 1928.

goethenaum, dornach
Le Goetheanum est aussi rhinocérosesque qu'en photo
Un rhinocéros qui se tient sur une colline et qui regarde le paysage sans broncher. La seule chose que ne disent pas les photos ou les livres d'histoire de l'art, c'est que sa forme bombée n'est pas sans ressembler à celle des toits en encorbellements des maisons environnantes (celles des cartes postales). Comme quoi les sources d'inspirations ne sont pas forcément aussi compliquées à trouver que ça. Je me dirige vers la porte, impatient de découvrir l'intérieur, imaginant cette architecture caverneuse et sombre dans laquelle méditent des moines tibétains version occidentale. Porte close, je sonne. Un concierge ouvre et me dit:
-Geschlossen!
-comment ça geschlossen? et les horaires?
-Geschlossen!
Et la porte se referme. Me voila planté là, en face du Goetheanum. A l'arrêt de bus, l'horaire affiché m'informe que le prochain passage est dans 50 minutes. Il fait 3 degrés et il pleut.

NOTES
(1) Christian Bärtschi, "Anthroposophie" in Dictionnaire historique de la Suisse, Berne http://www.lexhist.ch/externe/protect/textes/f/F11397.html
(2) M. Lemoine n'est pas n'importe qui. Il dirigeait alors le musée de Grenoble qui s'apprêtait à déménager dans de nouveau locaux, passant d'un poussiéreux musée de province à un "Beaubourg des Alpes". Lemoine prendra ensuite la tête du musée d'Orsay, mais c'est une autre histoire.
(3) Ce fut aussi le cas du Pavillon de Barcelone de Mies van der Rohe (1929), mais ce dernier fut récemment reconstruit à l'identique.
(4) Parmi les ouvrages postérieurs à la seconde guerre mondiale, on pourra citer des travaux de Erich Mendelsohn et Hans Sharoun à Berlin ainsi que le minaret de la mosquée de l'université de Tunis, oeuvre d'un disciple de Mendelsohn.
(5) fermé, en allemand
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