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> LISEZ NOTRE CARNET DE VOYAGE EN SUISSE: 1992 / 2005 [AU GOETHENAUM, DORNACH]
> AVANT PROPOS
Ce récit est entièrement authentique. L'auteur - Gregory Buchakjian - l'a rédigé en décembre 2004. Sandra Ghosn a réalisé les trois illustrations après lecture du texte. Sandra ne s'est jamais rendue sur place. Dans un souci de respecter la tradition suisse du secret bancaire, nous avons préféré ne pas mentionner le nom de l'établissement.
> LIRE
Le goût de Genève, textes choisis et présentés par Betrand Levy, ed. Mercure de France, 2006, n’est pas, comme pourraient l’indiquer le titre, le format ou la couverture, un guide gastronomique, malgré la fastueux inventaire de plats genevois. C’est une anthologie de textes offrant une palette de voyages dans l’espace et dans le temps, sur la ville lémanique. On y suivra Rainer Maria Rilke, Stefan Zweig ou John Ruskin, on fera une pause au buffet de la gare ou l’on se remémorera l’assassinat de l’impératrice Sissi. Un texte (Place René Payot, p. 97), de Michel Tournier y est fabuleux. Il s’agit d’un dialogue imaginaire entre la défense antiaérienne suisse et un pilote de la Royal Air Force. Pendant la seconde guerre mondiale, les pilotes Anglais violaient l’espace aérien suisse et sa neutralité pour aller bombarder l’Italie.
"Le Suisse : vous venez de pénétrer le territoire suisse.
L’Anglais : je sais.
Le Suisse : Si vous ne faites immédiatement pas demi-tour, j’ouvre le feu.
L’Anglais : je sais.
La DCA suisse se déchaîne.
L’Anglais : Vous tirez 50 mètres trop bas.
Le suisse : je sais."
Genève en ses béatitudes, Danielle Tramard (texte), Jean-Baptiste Rabouan (photos), Grands Reportages, n. 297, octobre 2006, parcours gastronomique, horloger et hédoniste.

 

Genève, hiver 1993.
J'ai rendez-vous avec Monsieur Untel. Monsieur Untel est cadre dans une banque suisse. Il s'occupe de la gestion de grosses fortunes, ou "private banking". Il va me recevoir dans son bureau, au siège genevois de la banque. Je vais pouvoir pénetrer ce lieu clos et privé, ce saint des saints de la finance internationale dans lequel se baladent des sommes d'argent inimaginables. La finance est, avec les montres et le chocolat, un des clichés de la Suisse. Entre secret bancaire et limousines aux vitres fumées derrières lesquelles se cachent de mystérieux investisseurs, ce secteur d'activité a une image assez sulfureuse qui a été entachée par nombre de scandales (1). En cette matinée glaciale et ensoleillée, je traverse le pittoresque pont de l'île en direction de la place Bel Air, coeur financier de la cité de Calvin, autour de laquelle se trouvent les sièges des grandes banques (Credit Suisse, Union de Banques Suisses, Banque Cantonnale), les succursales des banques étrangères ainsi que les banques privées aux enseignes discrètes qui nichent généralement dans de petites rues pas très passantes, histoire de ne pas trop attirer l'attention.

 
Me voilà face à la banque.
L'immeuble est d'apparence banale. Franchement décevant. Au XVe siècle, les Medicis, plus grands argentiers d'Europe, logeaient dans un énorme palais florentin dont les murs, couverts de pierres de taille en bossage, évoquent la puissance et l'invulnérabilité d'un coffre fort. A l'époque contemporaine, nombreux architectes ont réalisé pour des banques des ouvrages assez spectaculaires: Frank Gehry à Berlin, Norman Foster à Hong Kong. Les banques jouent aujourd'hui sur une esthétique transparente, à l'image de la Banque Audi dont le siège beyrouthin (Kevin Dash, arch.) est traversé par des atriums qui semblent prolonger naturellement la rue et dont le centre est marqué par une immense statue hourloupesque de Jean Dubuffet (2). Les banques genevoises ne se lancent pas dans ce genre d'excès. Ni agressivité, ni limpidité, mais neutralité. Seul l'âge du bâtiment le distingue de son voisin. Néoclassique pour ceux de la fin du XIXe siècle, style international pour ceux de la seconde moitié du XXe. Ce style international hérité du Bauhaus, lisse, rectiligne et anonyme, qui va tellement bien avec les enseignes presque toujours écrites en police de helvetica. Ce helvetica (3), simple et sans empattement, dont usent avec fierté les entreprises suisses, du transporteur aérien (Swiss) à la plus grande manufacture d'horlogerie (Patek Philippe), mais qui est aussi passe partout puisqu'on le retrouve sur les panneaux de signalétique! Bref, pas de quoi tomber en admiration devant une banque suisse. Il y a une seule chose qui soit drôle, c'est le nom qui est décliné, sans hierarchie, dans les trois langues nationales du pays, allemand, français, italien, auxquelles on ajoute parfois l'anglais. exemple: Union Bank of Switzerland, Union de Banques Suisses, Schweizerische Bankgesellschaft, Unione di Banche Svizzere.

 
Je pousse donc les portes d'un édifice d'une banalité aussi affligeante que son nom est porteur de fantasmes.
Peut-être que mes espérances seront assouvies une fois à l'intérieur. A Porto, Chicago ou Paris, nombreux sièges de banques conservent un décor début du XXe siècle avec lustres, boiseries, cuivres et marbes. Ici, on a l'impression d'être dans une agence ordinaire d'une banque ordinaire. C'est scandaleux! Les plus grandes fortunes de la planète franchissent des milliers de kilomètres à bord de leur jet privé pour se retrouver dans un hall qui ressemble à celui d'une succursale de quartier, ou pire, de province? Un décor monotone que ne viennent animer que les pancartes un peu colorées annonçant quelques offres promotionnelles à l'intention de clients aussi moyens qu'ordinaires? A ce propos, on peut être tenté d'oublier qu'en Suisse il y a AUSSI des suisses et que ces derniers doivent bien mettre leur argent quelque part. Et ce n'est pas parce que les français cachent leur argent à Genève que les suisses doivent déposer le leur à Annemasse (4)! Les banques suisses ont AUSSI de petits épargants, monsieur, madame et mademoiselle tout le monde...

Les comptoirs s'adressent aux clients de la banque
et sont réservés à des opérations routinières de gestion de comptes. N'étant pas concerné par ce type d'opérations routinières, je m'adresse à une personne préposée à un bureau placé de biais et dont le rôle semble spécifiquement de répondre aux besoins des gens qui ne sont pas des "usagers habituels". On retrouve d'ailleurs ce genre de bureau - toujours de biais - un peu partout dans le monde. L'agence centrale de la HSBC (5) de Colombo, en compte deux. Un à chaque extrêmité du hall. Leurs fonctions sont proches (pas identiques) mais indéfinissables. La personne préposée à ce poste vous reçoit toujours avec beaucoup de courtoisie. Tellement de courtoisie qu'une fois que vous l'avez quittée vous oubliez instantanément son existence.


J'informe cette personne,
allez savoir si elle était de sexe féminin ou masculin, que j'ai rendez-vous avec Monsieur Untel. Ayant décliné mon identité, je patiente quelques instants. Puis, la personne me dit miéleusement:
- C'est parfait, monsieur. On va vous conduire.
Un agent de sécurité en civil vient de se présenter. Il est vêtu d'un pantalon de flanelle grise et d'un blazer bleu marine aux boutons dorés sur lequel est accroché un badge. Je le suis jusqu'à un ascenseur dont les portes ne s'ouvrent pas automatiquement. Ayant largement critiqué le manque de peps des lieux dans les lignes qui précèdent, nous n'allons pas faire un plat sur ce détail. L'agent ouvre la porte de l'acenseur et me dit:
- veuillez prendre l'ascenseur, monsieur.
- à quel étage?
- veuillez prendre l'ascenseur, s'il vous plait.
L'expression de son visage commençant à passer de celle d'un accueil bienveillant à un début d'exaspération, je m'exécutais et entrais dans la cabine, me disant que je finirais bien par me débrouiller.


Je suis seul dans l'ascenseur.
La porte s'est refermée sur moi et la cabine s'est mise en action. Je monte, sans avoir eu à appuyer sur le moindre bouton. L'ascenseur a été actionné de l'extérieur, mais je ne sais pas si c'est depuis le rez-de-chaussée (point de départ) ou depuis l'étage (point d'arrivée). Il eut été impossible qu'il soit autrement puisqu'il n'y a AUCUN bouton dans cette cabine d'ascenseur. Le passager ne peut donc pas choisir sa destination. Il ne sait d'ailleurs pas ou il va, puisque les étages ne sont pas indiqués. L'ascenseur finit par s'arrêter quelque part entre le rez de chaussée et le dernier étage. Je pousse la porte.

Me voila dans un salon
au décor simple mais soigné, dans tes tons de beige et de marron. Deux canapés moelleux, une table basse sur laquelle trainent des magazines. Un peu comme dans un cabinet de médecin. Sauf qu'il n'y a personne. Pas de secrétaire et surtout, pas d'autres clients. La sélection de magazines est aussi bien plus soignée que celle des cabinets de médecins. Les revues sont toutes du numéro courant et leur choix va plus loin que les publications, soit trop pointues (qui traitent de la spécialisation du praticien en question et que l'on ne consulte que dans l'espoir d'avoir la solution au mal dont on souffre), soit totalement débiles du genre Gala, Mondanité et autres Prestige. Le salon n'a pas de fenêtres. Le seul moyen de communication avec l'extérieur (le télephone portable n'existait pas à l'époque) est une baie vitrée derrière laquelle se trouve un couloir de circulation aux murs sombres et au sol recouvert de moquette marron. Cette baie vitrée ne s'ouvre pas depuis le salon. Ça veut dire qu'on y est prisonnier et qu'on ne peut en sortir que si quelqu'un vient vous chercher (il y a toujours l'ascenseur, mais est-il besoin de mentionner qu'il n'y a pas plus de bouton d'appel ici que dans la cabine!). Le fait que la porte soit vitrée donne le sentiment d'être dans une boite en verre dans laquelle on est observé. Ah, à propos d'observation, il y a aussi une caméra de surveillance, mais ça c'est la moindre des choses.

 
Mon temps d'attente dans ce bocal est assez bref,
puisqu'un monsieur vient m'en sortir. C'est justement Monsieur Untel avec qui j'ai rendez-vous. Je l'avais presque oublié celui-là. Monsieur Untel porte un costume cravate bleu-gris. Il est plus élégant que les brokers new-yorkais qui sont tout le temps en bras de chemise (souvent à manches courtes), mais bien moins fringant que les golden boys que l'on voit déjeuner dans les restaus chics du Beirut Central District (6). Monsieur Untel me reçoit avec les plus grands égards, ceux qu'on réserve habituellement aux grands de ce monde, et me conduit à son bureau que nous atteignons en traversant le couloir. Après ce parcours digne du Prisonnier (7), tout semble revenir à la normalité. Le bureau ressemble à n'importe quel bureau de cadre supérieur dans un immeuble de bureaux. Cet espace aux couleurs neutres (gris-beige), démuni de toute fantaisie (n'espérez pas voir des photos de sa femme ou de ses enfants en train de barboter dans la piscine d'un Club Med!) n'est en rien plus luxueux que celui de l'expert de la compagnie d'assurances chez qui je me suis rendu pour faire ma déclaration d'accident de voiture. Sauf que ce dernier m'avait reçu en mangeant une mankouché (8), ce qui n'est pas la plus grande marque d'élégance. Outre l'absence d'ornements surperflus, l'équipement informatique est des plus sommaires. Un vulgaire PC, comme celui de tout le monde, même pas un labtop (9). Pas besoin de machines ultra sophistiquées pour recycler les petrodollars. On est loin de la frénésie des bureaux de brokers new-yorkais cités plus haut dont les murs sont tapissés d'écrans d'ordinateurs (une demi-douzaine par opérateur) mais dont le sol est généralement jonché... de boites de pizza (10).

 
Sobre, neutre, convivial.
Rien, ni dans les lieux, ni dans le comportement de Monsieur Untel, ne trahit quoi que ce soit de ses fascinantes activités et des montants astronomiques qu'il gère. Qui sont ses clients? Des stars? Des emirs du golfe? Des fils de chefs d'états africains? La mafia? Les russes? Ben Laden? Dick Chenney? Viennent-ils ici en personne ou envoient-ils un émissaire? Leurs gardes du corps (forcément armés jusqu'aux dents) ont-ils accès? Arrivent-ils avec des valises remplies de billets de banque, comme dans les films? Et si c'est le cas, que fait-on ensuite de la valise? Je passe la totalité de l'entretien à echaffauder ces scénarios des plus incroyables, n'ecoutant Monsieur Untel que d'une seule oreille.


Monsieur Untel et moi n'ayant pas tant de choses à nous dire,
l'entretien touche à sa fin, s'achevant sur le traditionnel échange de banalités: "votre suite au Richemond a-t-elle une belle vue sur le Lac?" "Vous savez que c'est la saison des asperges?" "Comment avez-vous trouvé la soirée privée (à laquelle je ne pouvais pas ne pas être invité!) organisée par le comité de la haute joaillerie au foyer du Grand Théâtre?", ainsi que des amabilités d'usage. Nous nous levons et sortons du bureau. Au bout du couloir à la moquette marron m'attend l'escenceur. Ce qui est curieux, c'est que le salon de toute à l'heure a disparu! J'éloigne de mon esprit l'hypothèse que le décor ait été refait de fond en combles en un quart d'heure. Non pas parce que c'est impossible (au point ou nous en sommes, on ne sait jamais!), mais parce que les lieux ont ce quelque chose d'un peu vieillot et désuet, comme si le comble de la richesse était de paraître pauvre. La seule hypothèse qui tienne la route, c'est que nous soyons sortis par une autre porte. Le bureau de Monsieur Untel a deux portes, une pour les entrées, une pour les sorties, comme les stations de métro! Pratique, au cas ou les gens font la queue! Monsieur Untel me dit au revoir une dernière fois avant que je ne m'engouffre dans l'ascenseur. Qui n'est pas plus pourvu en boutons que le précédent. Mais cette fois, je connais ma destination, ou du moins, je crois la connaitre: le hall par lequel je suis entré dans l'immeuble.

L'ascenseur s'immobilise,
j'en sors, débouchant dans un hall que je ne connais pas et qui n'est pas celui de toute à l'heure. Je commence à me dire que je deviens fou. Je sors dans la rue, mais elle n'a rien à voir avec la place Bel Air! Je me retourne, et m'aperçois que le bâtiment dont je viens de sortir a facilement cent ans de plus que celui dans lequel je suis entré. Je décide, pour en avoir le coeur net, de faire le tour du pâté de maisons et découvre que la banque occupe plusieurs immeubles collés les uns aux autres. A l'intérieur, tout à été relié, ce qui fait qu'on ne sait plus dans quel immeuble on se trouve. Déjà qu'on ne savait pas à quel étage... La sécurité est donc assurée par un système de circulation particulièrement savant. Mais la sécurité de quoi? Monsieur Untel et ses collègues n'ont certainement pas de liquidités et encore moins des coffres remplis d'or dans leurs bureaux. Ils n'intéressent ni les braqueurs, qui passeront à la caisse, par le hall, avec tous les clients, ni les cambrioleurs, qui tenteront de dévaliser la salle des coffres au Xe sous sol, comme dans Mission Impossible et qui mérite à elle seule un exposé à part (11). Mais alors pourquoi toute cette parano, Big Brother, etc? Ce parcours a été inventé et mis en place pour empêcher les mauvaises rencontres. Celui qui a ses milliards chez Monsieur Untel n'a pas très envie que toute la planète le sache. La réponse est à chercher dans la réputation de la Suisse et de sa politique bancaire. Discretion et secret.


Beyrouth, décembre 2004
Au guichet de ma banque, celle où je suis un client ordinaire, j'attends mon tour parmi des clients aussi ordinaires que moi. Les clients ne font pas la queue mais sont tous alignés au comptoir, comme si c'était un bar, examinant le bon déroulement des opérations. En regardant le visage de l'employée qui ressemble comme deux gouttes d'eaux à Bahia Hariri (12), je me demande ou sont passés discretion et secret bancaire. C'est alors que de l'autre bout du hall, un voix m'interpelle: "Greg, ça va? On ne t'a pas vu hier soir au concert des Scrambled Eggs!" (13).

NOTES
(1) nombre d'ouvrages ont été écrits à ce sujet.
(2) l'hourloupe est une série d'oeuvres réalisées par Jean Dubuffet entre 1974 et 1984. Pour en savoir plus, cf. Dubuffet, le monde de l'hourloupe, Jacinto Lageira, Découvertes Gallimard / Centre Pompidou, 2001.
(3) cf. le livre Helvetica - Hommage to a Typeface de Lars Muller, Baden 2004
(4) ville de France à deux pas de Genève.
(5) Hong Kong & Shanghai Banking Corp.
(6) Sultan Ibrahim ou Maison du Saumon de préférence. A ne pas confondre avec les café pour touristes de la place de l'étoile
(7) Série TV culte de et avec Patrick McGoohan (1967).
(8) La 'mankouché' (pluriel: 'manakish') est une pâte assaisonée de thym que l'on consomme au Liban. Elle peut être agrémentée de fromage et / ou de légumes. La 'mankouché' est un mets du matin  que nombre d'employés de bureau dégustent pour leur pause de 10-11h (entre le petit-dejeuner qu'ils ont pris vers 6h30 et le lunch qu'ils commanderont en "delivery vers 13h30). En France, on dit parfois (dans les snacks libanais) pizza au thym. Certains snobs diraient aussi "chausson au thym", selon le dessinateur BD Mazen Kerbaj.
(9) Ordinateur portable. Bien que les évènements se soient déroulé il y a plus d'une décennie, les ordinateurs portables étaient déjà très répandus dans le monde de l'entreprise.
(10) Contrairement aux banquiers suisses (et aux golden boys beyrouthins) qui déjeunent dans les grands restaurants, les brokers new-yorkais se nourrissent à la va vite de pizzas sur leur lieu de travail. La quantité impressionnante de boites de pizza amoncellées en ces lieux signifie, soit que chaque broker mange 5 à 6 pizzas familiales par jour (le stress, ça creuse), soit que le ménage n'est fait chez Merryl Lynch qu'une fois par semaine.
(11) Le plus grand casse de banque de l'histoire est celui de la British Bank of the Middle East à Beyrouth en 1976.
(12) députée de Saida (Liban Sud) et soeur de Rafik Hariri, ancien premier ministre libanais assassiné le 14'02'05.
(13) groupe de rock psychédélique
1993-2006, Baron & Baron, Gregory Buchakjian (texte), 2005, Sandra Ghosn (illustrations), tous droits réservés. >> CONTACTEZ NOUS