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> ALLER / VENIR
Sigiriya fait partie du "Triangle Culturel", l'entrée au site est facturée au prix royal de 15USD (pour les étrangers) ou inscrite dans le forfait de 32USD englobant les sites de la région (Polonnaruwa, Anuradhapura...). Les deux types de billets sont disponibles à l'entrée du site.
La visite du rocher de Sigiriya est une épreuve éprouvante, vertigineuse et fatiguante. Mieux vaut être en bonne condition physique et n'emporter sur soi que le strict nécessaire pour ne pas être trop encombré.
> DORMIR
The Lodge, à Harabane, style village de cottages autour d'un parc avec piscine. Chambres confortables et très agréables. L'endroit reçoit les groupes des grands voyagistes et le service est particulièrement déplorable. Le même groupe gère The Village, un établissement plus grand, moins luxueux mais quand même décent.
Des guesthouses bon marché se trouvent sur la route du site de Sigiriya. Pour les hôtels d'exception, il y en a deux du côté de Dambulla, cf. notre page sur Nalanda.
> MANGER
On peut prendre un en cas dans la resthouse attenante au guichet qui vend les billets d'entrée. Terrasse agréable.
> BOIRE
Ne pas oublier d'acheter une bouteille d'eau minérale avant d'entrer sur le site. Veiller toutefois à ne pas être trop chargé pour l'ascension.
> LIRE
La voie royale, Patrick Fiori (texte), Jean-Baptiste Rabouan (photos), Grands Reportages, n. 273, octobre 2004. Cet article couvre le "triangle culturel" et Dambulla. Photo aérienne de Sigiriya à couper le souffle.

 

Imposant rocher de 370m de haut au milieu d'une plaine verdoyante, Sigiriya a servi de cadre à une histoire shakespearienne forgée dans le sang et les complots. Pour s'approprier un endroit pareil et le transformer en palais royal, il fallait être fou ou parano. Le roi Kasyapa I avait ces deux qualités. Il était tellement pressé d'accéder au trône, qu'en 477 il fit emmurer vivant son père Dhatusena, roi d'Anuradhapura et expédia son frère Moggalana en Inde. Pendant les 18 années qui suivirent ces louables forfaits, Kasyapa se réfugia dans le rocher de Sigiriya, craignant le retour et la vengeance du frangin. En 495, ce fut chose faite et le sanguinaire Kasyapa, vaincu, se trancha la gorge. Pendant ces 18 ans d'attente et d'angoisse, Kasyapa transforma cet endroit imprenable en lieu de vie et de plaisirs agrémenté de jardins et d'oeuvres d'art dont les célèbres Demoiselles.
sigiriya gardens
Sigiriya, les jardins d'eau vus depuis le sommet
- les jardins -
Le rocher - palais royal de Sigiriya est précédé d'un ensemble de jardins savamment organisés de part et d'autre d'une allée centrale. Il y a en fait deux jardins qui se succèdent et qui répondent à des logiques tout à fait différentes. Le premier jardin que traverse le visiteur est un plan presque horizontal, aligné dans l'axe du rocher, avec une trame jouant sur la symétrie dans laquelle sont disposés des plans d'eaux. On retrouve, avant l'heure, cet esprit d'ordonnance qui régira les jardins arabo-muslmans (jardins de Shalimar à Lahore au Pakistan, avec leurs bassins symétriques) et les jardins à la française de André Le Nôtre (Vaux le Vicomte et Versailles). C'est franchement étonnant de voir ce type d'organisation, très policée, au pied d'un palais à l'architecture aussi sauvage et naturelle. C'est là que le parcours nous mène justement aux seconds jardins, sur les contreforts du massif. Outre le fait que le terrain soit en pente, la disposition des lieux parait bien plus chaotique. Les plans d'eau ont fait place à des blocs de pierre cyclopéens dont certains sont disposés en porte à faux, laissant au visiteur un passage ardu comme si la spéléologie avait été inscrite au programme des réjouissances. Certaines pierres représentent des animaux liés au pouvoir. On devine ainsi la silhouette d'un cobra. Une autre pierre qui semble flotter en l'air a été taillée dans sa partie supérieure. Cette table minérale faisait office de pavillon d'audience du roi lorsque celui-ci daignait descendre de ses hauteurs. En contrebas de cette dernière, on avait creusé des petites piscines pour le bain royal. Le rapport de complémentarité et d'opposition [ordre / chaos] entre ces deux jardins est fascinant. Leur conception répondait certainement à un programme précis lié au pouvoir royal (comme l'atteste la présence des animaux cités plus haut), comme ce sera d'ailleurs le cas dans le Versailles de Louis XIV.

sigiriya, staircase
Sigiriya, cage d'escalier
- contrôle en altitude -
L'ascension, déjà entammée dans le jardin de pierres, se poursuit sur le flanc du rocher, par un escalier domine un panorama magnifique. Un seuil est marqué, par la présence, sur une galerie de passage, d'un poste de contrôle dont le but est sans doute de vérifier qu'aucun touriste étranger ne resquille en faisant acheter, par un comparse, un billet d'entrée au tarif (modique) réservé aux srilankais. On se croirait à un poste frontière en haute montagne, comme celui qui séparait la France et l'Italie au sommet de l'aiguille du Midi. Bien que l'altitude ne soit pas spécialement élevée, le vent et le dégagement de l'endroit lui donnent quelque chose d'épique. C'est ici d'ailleurs que les choses commencent à se corser. Deux cages d'escalier métalliques ont été construites, avec des rampes en spirale. L'une pour la montée, l'autre pour la descente. Les visiteurs sont donc invités à emprunter ces marches qui, bien qu'étant sécurisées, sont effrayantes. On a l'impression de tourner en rond dans le vide. Cette sensation de vertige, je l'avais éprouvée lorsque j'avais eu la bonne idée de grimper au sommet de la tour de la cathédrale de Strasbourg.

sigiriya demoiselles
Demoiselles de Sigiriya, détail
- les demoiselles -
Au bout de cet incroyable escalier se trouvent les fameuses Demoiselles de Sigiriya. les Jocondes du Sri Lanka, pourrions-nous dire. Ces figures féminines ont été peintes sur les parois d'une cavité du rocher qui est plutôt une renfoncement qu'une grotte. L'endroit a aujourd'hui été aménagé et accessible, mais il faut imaginer que dans son état d'origine, la surface au sol est très étroite et donne directement sur le vide. Qui sont ces peintres alpinistes qui ont du risquer leur vie pour exécuter ce travail dans un atelier aussi improbable? Quel fou autre que Kasyapa aurait pu avoir l'idée aussi saugrenue de les faire peindre ici et comment faisait-il pour les contempler sans tomber à la renverse? Difficile de trouver des réponses logiques, tant Sigiriya est un endroit hors normes. Les peintures sont de remarquable qualité. Les femmes sont de 3/4 face ou de profil. Représentées à mi-corps, ce qui donne à leurs buste l'air de flotter en l'air, elles ont la poitrine dénudée. Poitrine qui, par ses formes très généreuse, exprimait les canons de beauté de l'époque, canons qui sont toujours au gout du jour, vu la fortune de la chirurgie plastique! On remarque, sur certaines figures, des repentirs , comme une troisième main ou un second téton. La signification de cette grande oeuvre d'art qui, à l'origine, comptait plusieurs centaines de figures, est très mal connue.

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Sigiriya, l'escalier entre les pattes du lion
- les graffitis -
Les Demoiselles ont déchainé les passions de nombreux visiteurs du VIe au XIVe siècle qui ont laissé des traces sous forme de graffitis aux textes souvent éloquents, éloges de la beauté,de la féminité, de l'amour. Ces graffitis couvrent un mur en contrebas longeant la galerie au pied des deux escaliers en colimaçon. Ce mur qui porte le nom de Mirror Wall est aujourd'hui conservé comme faisant partie du site archéologique. Les premiers visiteurs d'Abou Simbel et du temple de Bacchus à Baalbeck (1) ont laissé des traces similaires, les grivoiseries en moins

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Sigiriya, escalier métallique
- l'ascension du sommet -
Les auteurs du Guide du Routard ont comparé l'ascension complète de Sigiriya à celle des trois étages de la Tour Eiffel. Sauf que, dans la tour Eiffel, les marches ont un format "normal"! La poursuite du parcours, déjà coriace, s'annonce sportive, et de nombreux voyageurs ont du y renoncer. Passé le Mirror Wall, il faut franchir une passerelle métallique reposant sur des echaffaudages et dont on se demande comment elle ne s'est pas encore effondrée pour atteindre une place carrée. Un escalier monumental y est taillé, avec une volée encastrée entre deux énormes pattes de lion. Encore une fois, on veut nous impressionner (et ça marche!). La volée que nous franchissons, taillée dans le roc, ne tarde pas à laisser place à un escalier métallique qui s'élance dans le ciel. Par moments, on se croirait plus sur une echelle que sur un escalier, assez précaire vu les bords abrupts de ce rocher brûlant, ponctuée de moments d’émerveillement, de sursauts, de panique. Chaque marche révèle un peu plus de ce fabuleux paysage d’enfer vert qu’on surplombe et remplit d’extase. Précaire aussi parce que les Sri-lankais ont une curieuse conception des marches, raides, glissantes et sur la fin si réduites qu’il faut s’accrocher à la rampe comme à une bouée de sauvetage.

sigiriya terrasse
Sigiriya, terrasse supérieure du Palais Royal
- le palais suspendu -
Enfin, la récompense. Nous voilà arrivés. Le sommet du rocher de Sigiriya est aménagé en terrasses. De la plus haute, on a une vue panoramique à 360 degrés. A nos pieds se déploient des plaines couvertes de végétation luxuriante qui forme un lit de verdure dans lequel on a envie de plonger, et, au loin, des montagnes qui ponctuent cette vista grandiose. On voit aussi les jardins traversés tout à l'heure qui, de haut, ressemblent à des tableaux. Un écriteau surréaliste signale "Royal Palace" pour cet endroit constamment balayé par le vent, ce qui donne l'impression de voler. C'est ici, plutôt que sur la proue du Titanic, que Leonardo di Caprio aurait du dire, "I'm the king of the world!". Sur la face Est, les terrasses suivent le dénivelé de la pente, un peu comme à Machu Pichu, et rappelent les pyramides à degrés comme on en voit dans l'Amérique Précolombienne. A l'extrêmité, un éperon qui se retrcit comme la proue d'un navire (d'ou le Titanic!) se dresse à pic.

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Sigiriya, terrasse
- y-a-t-il un bar dans la piscine ? -
A nos pieds, une tache bleue dans la verdure, la piscine d'un charmant hôtel noyé dans la brousse nous invite à la baignade. A propos de piscine (ou de bassin), il y en a justement une qui est encastrée dans les terrasses. Comme si on avait construit une piscine olympique sur le toit d'un gratte-ciel. Pour contempler les fastes qui devaient avoir lieu ici, sa majesté s'installait dans un trône taillé dans le roc, meuble immeuble, puisqu'il n'est pas meuble. Sur cette surface se posait l'auguste postérieur du monarque sanguinaire, éclairé et complèment fou pour imaginer cette inimaginable entreprise. Le roi Antiochios de Commagène avait fait construire son tombeau, au Sommet du Nemrut Dagi, à 2000m d'altitude (2), dominant un paysage biblique avec le Tigre et l'Euphrate. Mais le Nemrut Dagi est un tombeau. Ici, dans un palais, on imagine, outre la prouesse des constructeurs (on a déjà parlé de celle des peintres), le nombre d'ouvriers qui a du mourrir dans le chantier, la difficulté d'accomplir les taches les plus banales du quotidien. Aller, venir, acheminer des vivres. Cuisiner, habiter, comme dirait Michel de Certeau. Sur le trône, il y a deux écriteaux. Sur l'un, c'est écrit "SEAT", sur l'autre "DO NOT SIT". Un gardien en uniforme, le seul que nous ayons rencontré sur le site, veille scrupuleusement au respect de ce règlement. Sa présence et son rôle sont si étranges que l'on se demande si le motif de l'interdiction est la conservation du précieux monument (comment pourrait-il être abimé par les visiteurs alors qu'il est ouvert aux quatre vents?) ou le respect du terrible Kasyapa dont il est interdit, jusqu'à nos jours, de trangresser les attributs? Le pauvre Ramses II dont la momie est jetée en pature aux milliers de visiteurs du Musée du Caire aurait apprécié pareille attention

NOTES
1) cf. nos pages sur Abou Simbel et Baalbeck
2) voir notre page sur le Nemrut Dagi, Turquie
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