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Sri Lanka, juillet-aout 2004. Ce récit est un croisement des carnets de route de rédigés par Yasmina Baz [y] et Baron alias Gregory Buchakjian [b].  
Les photos publiées sur cette page ne correspondent pas forcément à la chronologie des faits. Elles constituent une suite sur le thème du voyage en train au Sri Lanka.

 

28'07'04 - Colombo - Kandy
[b] 4h00 du matin...
[y] Allo Colombo...
[b] c'est devenu une manie d'arriver dans ces pays à des heures impossibles.
[y] mais qu’est ce que je fais là?
[b] Sortie de l'aéroport. Y a pas l'ambiance de chaos qui règne à Delhi. Non?
[y] Partout se déchaînent des véhicules dans le chaos le plus total: vans, tuk-tuks, bus et quelques voitures foncent à l’aveuglette dans le désordre et l’obscurité de la nuit, éclairés seulement par les néons criards des gigantesques statues de Bouddha qui ornent les rues;
[b] Il y a aussi ces snacks-épiceries-restaurants pas chers nommés "hotels" et, en effet des lieux de culte qui ne chôment pas alors que le soleil n'est pas levé. Des puja (1) bruyantes animent des temples bouddhistes tandis que l'on festoie dans des églises ornées d'effigies gigantesques de Jesus Christ superstar.
[y] la religion omniprésente… mais ici les mosquées et les églises cotoient les temples, Jésus est aussi superstar que Bouddha. On peut être à Colombo et dans la jungle en meme temps. Ici, on roule à gauche (héritage des Anglais) mais droite, gauche, milieu, cela importe peu, le tout est d’éviter l’obstacle, bolide ou humain qui se trouve sur ton chemin. Voilà le décor est planté, je suis bien à Colombo. Je ne pensais pas revenir en Asie de sitôt, mais j’ai quand meme un certain plaisir à retrouver la moiteur, les cyclistes suicidaires, les chauffeurs de bus qui semblent vouloir la peau de ces tuk-tuks téméraires, la végétation luxuriante qu’on devine dans l’obscurité, cette femme en sari que son ombrelle protège du soir qui fait les cent pas sur le trottoir ou le trottoir tout court, la religion omniprésente… et je ne sais pas où je vais.
[b] à Mount Lavinia, un adorable lacis de ruelles bordées de petites maisons noyées dans la végétation...
[y] Mount Lavinia est connue pour ses plages. Autant dire qu’on n’a pas vu l’ombre d’une mer avec toutes les constructions, mais on n’a pas perdu grand chose vu qu’elles ont la reputation d’être particulièrement sales et bondées, et que “la prostitution masculine est devenue une spécialité locale”.
[b] ... au Blue Seas Guest House, au bout d'une impasse. Petite maison dans la verdure, salon très sympa,
[y] question palace, on a été servis. La route est semée de mines patibulaires et la guesthouse n’est rien de plus qu’une baraque paumée au fond d’un jardin un peu pourri. A l’acceuil, une paire de vieux monsieurs en sarong, charmants, mais qui avaient oublié à quoi pouvait bien ressembler un touriste… Tout comme leur baraque, ils semblent figés dans le temps, l’air paumé, hagard. Je dois avouer qu’à l’heure qu’il était je ne devais guère valoir mieux. On file vers notre squat, on s’étale, indifférents à la craditude, sur notre lit de fer et c’est à ce moment que retentit le premier cri, d’origine encore non-identifiée, qu’on aimerait bien croire de provenance animale et qui nous donne la chair de poule. Mais rien n’aurait pu me garder éveillée ce matin-là, ni homme, ni singe, ni loup-garou et c’est avec l’impression d’être en pleine jungle, au milieu de cris stridents et dans une odeur de fiente animale que je m’écroule dans un sommeil sans rêves; il est 6h30 du matin.


[b] le portable sonne à 9h, en vain...
[y] Greg nous reveille vers midi. Ma tête pèse une tonne. Seule la curiosité me pousse à sortir du lit et à trainer mon sac vers le hall. Ambiance bizarre, meubles genre colonial mais carrément défraîchis, dessins d’enfants sur les murs fissurés, les deux vieux monsieurs sont plus charmants que jamais. Je sors dans le but de découvrir l’auteur des cris du petit matin mais ne tombe que sur quelques corbeaux et un jardin magnifique. Le proprio m’explique avec force gestes et moulinets du bras que ce sont les corbeaux qui font beaucoup de bruit, il ne parle pas deux mots d’anglais, ce qui complique un peu les choses.
[b] Un des villards insiste pour nous offrir un guide de voyage Footprint:
- "take this book, very important"
Déjà munis du GDR et du LP (2), nous déclinons poliment, mais il insiste, comme si c'était un prêtre ou un sorcier donnant un talisman dans une BD d'aventures. Ce guide a été utilisé par des voyageurs qui, après leur périple, l'ont laissé ici à l'attention du prochain voyageur, avec des notes et un "good luck". Très touchant, cet echange avec des inconnus que nous ne verrons jamais de notre vie.
[y] 13h30 C’est au milieu d’un embouteillage monstrueux, entre klaxons de Tuk-Tuks, poulets, bus, taxis, motos et vélos qu’on découvre Colombo dans toute sa splendeur Kitsch. Chaque personage rencontré sur la route pourrait être un héros de roman, chaque devanture de magasin pourrait faire la couverture d’un magazine de design. On se croirait dans une production Bollywoodienne mais Greg dit que ce n’est rien par rapport à l’Inde.
[b] Je ne vois pas cet aspect crade et apocalyptique qui hante chaque coin de rue en Inde. Colombo semble une ville plus "normale", encore faudrait-il définir la normalité.
[y] On essaie de se frayer un passage à travers Galle road, c’est épique. Un peu partout autour de nous de bus d’écoliers. Leurs costumes sont hérités des petits lord Fauntelroy aussi: tout en blanc, nattes, ruban et jupe plissée pour les filles, cravates et chaussettes montantes.
[b] Gare de Colombo Fort, nous achetons les billets de train pour Kandy. Je suis épaté par la facilité avec laquelle nous les avons obtenus. En Inde, ça avait été la croix et la bannière, ici, ça marche comme sur des roulettes alors que nous sommes en pleine Perahera (3) et que tout le monde se précipite à Kandy. Nous profitons du temps que nous avons pour aller déjeuner dans un de ces fameux "hotels" petits restaurants populaires.
[y] boui-boui
[b] Les filles se contentent de pain...
[y] je suis la seule à oser boire de mon jus de fruits, qu’on juge dangereux pour cause de présence de glacons toxiques.
[b] je m'aventure dans les plats locaux avec une base de riz blanc servi dans une assiette couverte d'un film en plastique (pratique, pas besoin de la laver!) sur lequel on ajoute les composantes en sauce (poulet, légumes, etc.) super pimentées
[y] on a l’air bien con avec nos fourchettes.
[b] Les srilankais mangent avec les mains, mélangeant tous ces ingrédients en une mixture qui attérira dans leur bouche sous forme de boulette!
[y] Greg use et abuse de son Purell et dédaigne le papier journal qu’on lui a file pour s’essuyer les mains.
Valérie semble très troublée par la misère. Il est certain qu’elle n’exagère pas, mais je ne veux pas passer pour une sans-coeur en disant que j’aurais pu m’attendre à pire. La mendicité est partout, beaucoup d’éclopés dans les rues. Peut-être que je viens tout simplement d’arriver et que la pauvreté n’est pas ce qui m’a sauté aux yeux en premier. C’est le revers de tous les pays du tiers-monde.
[b] Retour à la gare
[y] merveille antique, tout comme ce train
[b] L'"intercity". Ayant dépensé la somme folle de 200 roupies (2USD)...
[y] on embarque, nous autres les snobs, en 1ere classe, dans le bien nommé “Observation saloon”, avec fenêtre panoramique pour mieux profiter de la vue.
[b] Après une heure sur plaine, on commence à grimper, et le paysage devient enchanteur, ouvrant des vues spectaculaires.
[y] C’est mirifique. La route traverse des champs à perte de vue, avec des lacs partout, quelques buffles sauvages placés là comme par miracle, si bien disposes qu’on dirait un tableau, les montagnes floues d’aquarelle dans le fond avec juste les couleurs qu’il faut, rien ne semble réel, pas même ce fascinant couloir entre rochers et puis l’enfer vert, la jungle, la jungle qui n’en finit plus de defiler que je n’aurais jamais cru qu’il y avait autant d’arbres sur terre. C’est avec un voile de fatigue devant les yeux que je me tords le cou à contempler ces décors d’Indiana Jones, que je lutte contre le sommeil par appétit d’en voir encore, mais je m’endors quand même avec des images plein la tête, et quand je me reveille, c’est à Kandy, et c’est le bordel à nouveau.
[b] Direction, la Sevana Guest House ou Yasmina a réservé sur internet depuis le Liban
[y] On est accueillis par une proprio frisée, un peu sèche mais tres amicale. La guesthouse, située en plein milieu du centre-ville de Kandy s’étale sur plusieurs niveaux avec une architecture invraisemblable, c’est lumineux et agréable..et puis il y a de l’eau chaude…
[b] QUE de l'eau chaude!
[y] Ok, Ok on a payé cette chambre triple pourrie aux draps sales 4 fois plus cher qu’il se doit mais bon, Perahera oblige…
[b] Promenade dans le centre ville quadrillé par les forces de l'ordre
[y] Explication que j’ai capté beaucoup plus tard mais elle est nécessaire à ce stade: en 1998, les Tigres Tamouls ont commis un attentat devant le temple de la Dent. Les cingalais en ont gardé un souvenir douloureux et une paranoia aigue, particulièrement en période de Perahera. D’ou les check-points ou tout passant est fouillé de fond en comble (les femmes étant pudiquement fouillées à l’écart dans une petite cabane par d’autres femmes mais avec des gestes qui n’ont rien de pudique)…et quand 10000 personnes se retrouvent sur 200m2, ça en fait du monde.
[b]  Les trottoirs sont envahis par des gens assis à même le sol et qui doivent attendre depuis des heures.
[y] c’est ainsi que nous autres candides fraichement débarqués nous retrouvons largués dans une foule en transe; pleins de bonne volonté et avec l’intention d’assister à la parade, mais devant l’entassement humain hallucinant de part et d’autre de la rue sur la moindre parcelle de trottoir, de devanture, d’entrée d’immeuble sans parler des balcons et autres fenêtres, l’envie nous est passée.
[b] Les flics, très rigoureux et nous expédient d'un endroit à l'autre, jusqu'à nous éjecter du périmètre à l'intérieur duquel se déplace la parade.
[y] On finit piteusement dans un resto chinois un peu glauque nommé “White House” et pas même bon, puis dans un pub à touristes assez design (avec les fauteuils de Corto Maltese en osier!) ou l’alcool est interdit en période de Perahera, d’ou on assiste a la fin de la fête et au retour des gens chez eux, toujours en transe et les yeux hagards.


29'07'04 - Kandy
[y] Pas fermé l’oeil de la nuit. Je laisse tomber mes tentatives de sommeil et grimpe sur le toit-terrasse de la guesthouse. Un écureuil égaré, quelques corbeaux, une femme qui étend le linge. La ville se reveille, un homme à son balcon, les gens qui passent, toutes les petites tranches de vie d’un Kandy à 8h du matin.
[b] 1er jour de pluie et occasion d'enfiler nos ponchos en plastique imperméables qui font de nous la risée des gens: "Look, mexicans!"
[y] Temple de la Dent, on se déchausse, recouvre nos bras, découvre la tête, et rentrons. Hallucinante atmosphere d’un culte Bouddhiste plein de pudeur et de retenue. On est arrives à l’heure de la cérémonie des offrandes (Puja). Une file interminable de fidèles portent des fleurs vers un minuscule autel, devant la chambre sacrée ou est conservee la dent. On les observe, je les admire, comme ça, de loin. Certains touristes sont là à prendre des photos sans se gêner, je trouve ca un peu bizarre.
[b] En sortant du temple, nous débouchons sur les jardins en terrasses du palais. Un pavillon a été occuppé par des danseurs de la parade. Ils ont accroché leurs affaires entre les pilliers, se délassent dans une ambiance très bohème. On nous propose du shit...
[y] on rencontre les elephants du defilé… et puis des fidèles bouddhistes à n’en plus finir qui prient dans les nombreux temples alentour, baignant dans des odeurs d’encens. On se recueille, je m’impreigne de leur sérénité. Enfin j’essaie. A la sortie, le bonze demande son bakhchich. A la sortie du temple, on se balade près du lac.
[b] Sur les rues du parcours de la Perahera, des gens se sont déjà installés malgré la pluie.
[y] Il n’est que midi et que le defilé ne commence pas avant 21h, c’est du délire.
[b] Devant les magasins, restaurants et hôtels, il ya des chaises en plastique. Nous allons aux nouvelles, espérant pouvoir assurer quelque chose de décent pour ce soir. Un homme nous attrape et nous propose ses "meilleures" places, à un carrefour "stratégique", pour 60USD!
[y] Bonjour l’arnaque.
[b] Alors que nous fuyons en courant, il nous informe qu'il a des places moins chères pour 40USD (c'est donné) et ne cesse de répéter "this is the situation", mais nous ne le laissons pas continuer sa phrase, préférant fermer les yeux face à la situation. Entretemps, un autre bonhomme à l'allure aussi peu recommandable que le premier,
[y] un dénommé Jagal (4),
[b] fait irruption dans la conversation.
[y] On se laisse croire qu’on s’est moins fait arnaquer que les autres en ne payant que 15USD la place sur le balcon d’un “fast fashion store” qui est aussi une imprimerie.
[b] 15USD, c'est cher pour voir un spectacle gratuit.
[y] Mais bon, ca fait partie du jeu; c’est ca ou se faire écraser dans la rue. On est des touristes après tout et notre voyage se veut etre d’agrément. We pay.
[b] et exigeons un reçu...
[y] Ceci fait, on déboule au Central market de Kandy et je m’achète sans transition 4 sarongs et batiks et un sari magnifique, rouge et or. Je craque complètement, je l'achete sans même marchander, et sans le moindre espoir de le porter un jour. C’est les arnaques à la chaine, dès qu’on nous entend parler, on nous accoste en français vantant tel ou tel magasin, nous collant tellement que ca en devient très vite lassant…
[b] L'alliance française a une antenne à Kandy qui fonctionne très bien. Attraper les touristes, voila un nouveau moyen pour répandre la francophonie!
[y] C’est ainsi qu’on se retrouve happés par un marchand d’épices dénommé Mohammed, qui s’excite quand je lui fais croire que je suis musulmane, dans le but d’avoir un bon prix, mais qui trouve le moyen de m’arnaquer quand même.
[b] Retour au guesthouse. Le dîner est royal, exquis. Yasmina jubile, c'est SON adresse!
[y] 19h45, On est à la bourre pour nos sieges. Valérie et moi sommes encombrées par nos saris qu’on a decidé d’inaugurer pour l’occasion. 6 mètres de tissu, pas evident à porter, surtout avec Tshirt, pantalon et baskets en dessous, sans compter le sac à dos.
[b] Tout le monde se précipite vers le centre avant que l'accès de celui-ci ne soit fermé, à 20h, par la police. Nous passons le contrôle mais les ennuis sont à venir.
[y] On se fraie difficilement un chemin à travers la foule, Gregory en tête, trois anglais paumés derrière nous, des gens partout à perte de vue.
[b] Le trottoir est totalement bloqué. Impossible d'avancer. Les gens sont les uns sur les autres et nous sommes faits comme des rats.
[y] la masse humaine, impressionnante et surréaliste, à 95% constituée d’hommes aux mains baladeuses, nous sommes pris au piège, serrés dans un étau. On voudrait bien crier mais personne n’est là pour nous entendre, je frise la panique, ca risque de tourner à la baston,
[b] c'est suffoquant, insupportable. Nous parvenons, non sans mal, à revenir sur nos pas, et je demande à un gendarme l'autorisation de circuler sur la chaussée, fermée au public. C'est notre seul espoir de salut. Le flic exige une preuve de réservation, je montre le soi-disant reçu qui fait office de sauf conduit. Nous marchons au milieu de la rue vide, avec autour de nous des trottoirs bondés. Tout le monde nous regarde de travers. Au niveau de notre magasin, dernière epreuve de force. Nous devons enjamber, voire ecraser les gens pour passer. C'est affreux. Ça me rappelle notre arrivée à la gare d'Agra, en pleine nuit (5). Le hall était couvert de gens qui dormaient et il avait fallu passer dessus pour le traverser. Sensation très désagréable d'agresser les gens chez eux.
[y] Quand on retrouve le magasin, le dénommé Jagal n’est evidemment pas là. Personne ici ne semble même connaitre son existence, mais ils ne posent pas beaucoup de questions, et on se retrouve finalement plutot bien placés, entre deux indiens et une famille nord-europpéenne dotée de deux rejetons boutonneux et blasés.
[b] Ce balcon est l'endroit le plus supportable de la ville. En face, on a construit des tribunes à chaque étage, on dirait qu'elles vont s'ecrouler sous le poids des spectateurs, comme à Furiani, en Corse.
[y] Nos saris font sensation. A peine entrée, je suis portée aux nues par un jeune cinghalais fasciné. Lui aussi nous demande notre religion en premier. Ils en font tout un plat, dans ce sens ils sont pires que les libanais. Greg lui ressort alors un peu au hasard que je suis musulmane, on ne sait jamais quand ça peut être utile, c’est un peu le syndrome “Turquie”, quand on veut marchander dans les souks. Choc total. Ce qu’on n’avait pas encore capté, c’est qu’au Sri-Lanka, les musulmanes sont non seulement voilées jusqu’aux yeux, mais se terrent chez elles, denuées de tout droit, de toute liberté, talibanisme complet. Le fait que je sois là, au bout du monde avec des amis, en train de fumer et de faire des blagues dans mon sari a completement terrifié le pauvre garçon…promis juré, je resterai chrétienne maronite pour toujours.
Le défilé est spectaculaire. Plus de 200 danseurs se succèdent depuis une heure, acteurs, acrobates, cracheurs de feu et autres jongleurs au rythme délirant des tambours. Les élephants vont crouler sous leur harnachement multicolore décoré de petits lampions (ca on ne pouvait pas y echapper) Les costumes sont somptueux et les danses, même si parfois un peu hésitantes, produisent un effet boeuf. Partout en face, aux balcons, sur les trottoirs, aux fenêtres des marées humaines hypnotisées par le spectacle, étrangement calmes malgré le rythme plutot entrainant, comme en prière. Les chaises vont crouler, les positions sont souvent assez précaires, un veritable show en soi. Les percussions ont un rythme hypnotique, on doit se retenir d’applaudir ou d’avoir une réaction trop poussée, tout le monde est si calme…
[b] Le cortège s'achève à 23h
[y] tapantes, la foule se lève d’un bond comme piquée par une mouche juste à la fin du spectacle.A noter que le defilé est fermé par une mini-parade d’agents de police qui se tiennent la main. D’un seul mouvement, tout le monde s’en va sans demander son reste
[b] La rue qui est dans un état apocalyptique. Les gens ont laissé des tonnes d'ordures et les services municipaux auront fort à faire pour donner à la ville un aspect normal d'ici demain matin. Nous passons prendre un dernier verre au Pub,
[y] Toujours pas d’alcool, je me contente de jus de papaye. Aucune envie de dormir ce soir-là, on traine dans les rues de kandy la couche-tôt, achetons des gâteaux (des candy de kandy comme ont du dire toutes les générations de touristes) Greg se laisse tenter par un éclair au chocolat Sri-Lankais qui n’avait d’éclair que le nom...


30'07'04 - Kandy - Nalanda - Dambulla - Sigiriya - Polonnaruwa
[y] Réveil tôt et plein d’initiative, aujourd’hui on commence la visite du “Triangle Culturel” (6).
[b] Avant d'affronter cette longue journée, nous engloutissons un petit déjeuner encore plus fameux que celui de la veille. Sur les omelettes, des visages souriants ont été dessinés avec des légumes. C'est adorable!
[y] Le chauffeur nous attend dans le hall, j’ai une impression angoissante de colonie de vacances.
[b] Petit arrêt dans la bourgade de Katugastota, ou nous traversons, sur un pont métallique, le plus grand fleuve du pays, avant de continuer en direction de Nalanda. Petit temple construit en pleine campagne, Nalanda fait partie des sites inscrits sur la liste du Triangle Culturel pour lesquels on doit s'acquiter d'un billet jumelé au prix royal de 32USD (pour les étrangers). Le guichet de Kandy, ou ces billets sont en vente était fermé pour cause de Perahera et, contrairement à ce qui était annoncé, pas de billets en vente ici. Nous devons payer 500 roupies / personne pour entrer, mais n'obtenons ni ticket, ni reçu, ce qui semble louche.
[y] On prend alors la route, poétiquement nommée la “route des jardins d’épices”, très decidés à brûler toutes les villes-étapes avant Sigirya pour mieux nous consacrer corps, âme et intellect à ce site merveilleux. Faute aux insistances du chauffeur avide de commissions d’une part, à l’obstination de Valérie de l’autre, on a quand meme fait deux stops un peu dérisoires: un jardin d’épices qui ne m’a laissé aucun souvenir à part celui d’un semblant de massage Ayurvédique pour nous mettre en condition d’achat (mais on ne s’est pas fait prendre au piège) et quelque chose qui s’appelle Dambulla.
[b] Dambulla est célèbre pour ses grottes ornées de peintures et de sculptures bouddhiques. Je n'ai aucune envie de faire cette excursion. Je déteste les visites de grottes (Elephanta m'avait laissé un souvenir épouvantable) et je préfère garder mes forces pour Sigiriya. A l'endroit ou se trouve le départ des 500 marches menant aux grottes, on a construit un Bouddha géant de 50m de haut.
[y] le plus Hypra Supra Kitsch que j’aie vu dans ma vie (un cadeau des Japonais parait-il) et qui surmonte
[b] un temple ayant la forme d'une gueule de dragon. L'entrée des escaliers est couverte de faux rochers.
[y] on aurait dit le Watergate de Dbayé (7). On zappe Dambulla au grand dam de Valérie qui nous en veut encore et reprenons la route pour de bon. Next stop: Sigirya.
[b] Le rocher de Sigiriya est un gros bloc qui se dresse au milieu d'une plaine, visible à des kilomètres à la ronde. Le long de la route qui y mène, guesthouses et magasins de souvenirs signalent que nous approchons d'un site touristique. Nous achetons le fameux ticket tant convoité du "triangle culturel" dans un endroit très acueillant (buvette agréable, toilettes propres). Le ticket en question est une grande feuille imprimée avec des coupons détachables. A chaque visite dans un des sites, le coupon correspondant est détaché. Nous continuons en voiture jusqu'à l'entrée du site. Nous traversons les jardins avant d'entamer l'ascension du rocher.
[y] qui s’annonce longue et pénible.
[b] Au fur et à mesure que nous montons, la vue qui se dégage est époustouflante. C'est l'endroit idéal pour la photo de groupe. Installés sur la rampe, nous demandons à quelqu'un de nous prendre en photo. Au moment ou le petit oiseau devait sortir, le vent s'est levé, emportant avec lui un papier qui se trouvait dans le LP. Ce papier n'était autre que le précieux billet. Je vais vivre la scène d'ouverture des Cigares du Pharaon de Hergé. Après que la photo ait été prise (dans laquelle je fais une drôle de tête et Yasmina masque difficilement son rire), je devalais les marches que nous venions (avec peine) d'arpenter, pour inspecter les flancs de la montagne sous le regard hébété des touristes. C'était comme trouver une aiguille dans une botte de foin, mais, avec l'aide de Yas et Val qui me guidaient d'en haut, me signalant toute chose balanchâtre, j'ai réussi! Ce que je ne savais pas, c'est que quelques pas au delà du point ou nous étions, il y avait un contrôle des billets. Si je n'avais pas retrouvé le précieux parchemin (qui dors désormais dans les coffres d'une banque suisse), c'eut été la vraie catastrophe!
[y] Et pour une ascension, ca a été une ascension totale, corps et âme, dans tous les sens du terme. Encerclés de part et d’autre par des femmes suantes dans leur saris, des nuées de ces écoliers en blanc qui semblent nous poursuivre, une poignée de touristes et des moines brillant sous le soleil dans leurs robes oranges. Le ciel n’a jamais été si bleu, les demoiselles de Sigirya n’ont jamais été si belles. Les marches semblent encore rétrécir, je vide une bouteille d’eau. Plus aucun sens des proportions, tout semble tellement démesuré, la foule qui s’agite, la tension qui monte, le soleil qui pèse, j’imagine que je me laisse tomber sur la masse cotonneuse de cette jungle qui s’étend à perte de vue. C’est hallucinogène. C’est un vertige, c’est une claque, c’est démentiel. Le toit du monde, je suis tout en haut, et je décolle. Le chateau dans le ciel. A perte de vue et a 360 degres tout autour, rien que des plaines, la jungle, des paysages intouchés, qui font oublier la presence de l’homme et meme qu’il ait jamais existé. C’est paisible, c’est menaçant. C’est peut-etre ca le doigt de Dieu. 100% emotion. Fascination en pensant à ce despote qui trônait sur ce gigantesque siège de pierre. Fascination pour ses visions, ses rêves et son égo aussi démesurés que ce bassin où baignaient ses demoiselles. Je ne sais combien de temps on est restés là à méditer, à contempler. Il y avait de la transe, quelque chose dans l’air d’indéfinissable.
[b] Alors que le jour décline, nous reprenons la route vers Polonnaruwa. Nous passons à proximité d'une parc national dans lequel vivent des élephants sauvages et avons la chance d'assister au spectacle, sublime, d'un pachyderme traversant une plage de sable pour aller prendre son bain dans un lac, à la lumière dorée du soleil couchant. Nous arrivons au Gajaba Rest de Polonnaruwa, ou nous somme logés dans une chambre triple pas trop mauvaise sauf que les lits semblent avoir été taillés pour des enfants et qu'il me faudra dormir en diagonale et en porte à faux entre deux lits de hauteurs différentes pour loger mon mètre 82. Nous passons la soirée à la terrasse de l'hôtel à inspecter les autres clients.
[y] Une petite française à lunettes fait des exercices de math sous l’oeil acéré d’une mère qui semble n’y comprendre que dalle. Trois japonaises sont prises d’assault par trois locaux aux intentions douteuses. Deux clones de Michel Houellebecq en vacances matent les gens dans leur coin. On boit de la bière sri lankaise, l’ambiance est à l’apathie la plus totale après les emotions de la journee. Tout le monde emet de vagues plaintes sur le mauvais accueil du personnel de l’hôtel. On sent vraiment qu’ils nous détestent, je ne sais pas si c’est une paranoia de touriste.


31'07'04 Polonnaruwa - Nilaveli
[y] tête en salade. L’hôtel est poussiéreux. La nuit a éte glauque.
[b] Après une tentative avortée de louer des vélos, nous décidons de prendre les services d'un tuk-tuk pour visiter Polonnaruwa et je crois que nous faisons le bon choix. Le site est énorme, il fait très chaud, et il vaut mieux ménager nos forces pour arpenter les monuments qui s'y trouvent plutôt qu'à se fatiguer à les trouver.
[y] De temples en palais, de stupas en statues, je suis moins touchée par les vieilles pierres que par les histoires qu’elles racontent, les emotions encore vives qu’elles transmettent toujours après pres de dix siecles d’existence. Ces files interminables de nains difformes mais pas risibles qui soutiennent péniblement les edifices; forte nostalgie d’Angkor en contemplant la jungle insoumise. Sous un arbre, je retrouve nul autre que Luckner, le spectre aux balles d’or de la série de Blueberry. Il a tout pour ca, la barbe blanche en broussaille, le pagne et rien d’autre pour cacher sa maigreur d’ascète. Il pose pour moi moyennant la modique somme de 20 Rps et avec un manque de naturel desespérant.
[b] Nous poursuivons notre parcours au Gal Vihara, célèbre pour ses figures taillées dans une falaise de granit.
[y] On est en plein pèlerinage, on se déchausse ponctuellement pour penetrer le sol brulant des temples ou prient encore des fervents bouddhistes venus du monde entier. En cette journée de Perahera, l’excitation religieuse est à son pic. A perte de vue, la foule massée à l’ombre des grands arbres, tout habillée de blanc et de laquelle monte une rumeur meditative et hypnotique comme un chant de sirene. Tout appelle au receuillement devant ce Bouddha couché, endormi et comme mort sculpté dans le roc de Gal Vihara (“sanctuaire du roc”). Il repose dans un calme divin, les yeux clos sur un visage strié de rocher. Il est parfait.

FIN DE LA PREMIERE PARTIE DU RÉCIT DE VOYAGE >> LA SUITE
NOTES
1) prières
2) Guide du Routard et Lonely Planet
3) Fête annuelle en l'honneur de la dent de Bouddha se déroulant à Kandy. Pour cette raison, se tient tous les ans à la pleine lune de fin juillet une des processions religieuses les plus spectaculaires d’Asie: l’Esala Perahera. Les festivites, spectacles, parades et danses durent 10 jours ou plutot 10 soirs de folie totale, et atteignent leur point culminant le soir de la pleine lune…defile particulièrement ces soirs-la le Raja Senior, vieil elephant sacré aux defenses superbes portant la relique.
4) Jagal est la transposition arabe du mot Gigolo. A croire que notre homme portait très bien son nom!
5) cf. notre récit de voyage en Inde'03-04
6) Ce triangle culturel est à la fois le centre historique et géographique de l’île. Son “Coeur” pour citer le guide du routard. Le triangle est formé par les 3 villes Anuradhapura, Polonnaruwa et Kandy et sur toute la superficie s’étalent nombreux sites historiques et archéologiques, villes enfouies dans la jungle, palais en ruine, monasteres et ermitages, bouddhas sous toutes leurs formes assis, couchés, taillés à meme le roc, fresques, dagobas et j’en passe, en bref l’héritage de 25 siècles d’histoire.
7) parc "aquatique" en banlieue de Beyrouth
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