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LISEZ LE RÉCIT DE VOYAGE AU PORTUGAL : 2000-2001 [SUR LES TRACES D'ALVARO SIZA]
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> ALLER / VENIR
L’Aéroport Francisco Sá Carneiro, le second du pays après celui de Lisbonne, est relié aux principales villes européennes. Plusieurs vols quotidiens d’Air France (Bordeaux et Paris CDG), British Airways (Londres), Iberia (Barcelone et Madrid), Lufthansa (Francfort) et Swiss (Zurich). TAP Air Portugal assure de nombreuses rotations avec Lisbonne et des vols pour Paris (Orly). Portugalia dessert Lyon, Marseille et Nice. L’aéroport se trouve à 11 km du centre de Porto. La STCP propose un aérobus qui fait la liaison entre l’aérogare et les principaux hôtels de la ville, toutes les 30 min. Les bus 56 et 87 desservent également l’aéroport. Les principales agences locales et internationales de location de voiture ont un bureau dans le hall d’arrivée (cf. récit de voyage).
Porto possède plusieurs gares. Les trains de grandes lignes, dont les Alfa Pendular, arrivent à l’Estação de Campanhã, assez éloignée du centre et très mal desservie, surtout en fin de soirée (trouver un bus 35 ou un taxi peut être galère). La superbe et fameuse gare de Sao Bento, en plein centre, dont le hall est tapissé d’azulejos, dessert les destinations proches comme Braga.
Pour se déplacer à Porto, il faudra compter avant tout, comme dans toutes les villes du pays, sur une bonne paire de jambes équipées de bonnes chaussures de marche. Circuler dans le centre sera une alternance de montées et de descentes, mais on pourra, pour les distances relativement respectables, emprunter une des nombreuses lignes d’autobus ou le fameux tramway antédiluvien qui longe de Douro. Site internet de la STCP
Circuler en voiture dans les ruelles risque de ne pas être une excellente idée. En revanche, certains lieux éloignés du centre, et qui peuvent revêtir d’une importance architecturale, peuvent mériter l’investissement d’un taxi.
> DORMIR
Nous avons logé au Residencial Pao de Açucar. L’endroit est très bien placé, près de l’Avenida dos Aliados, la déco des chambres est intéressante, mais, en hiver, l’hôtel n’est pratiquement pas chauffé et la salle à manger ressemble à celle d’une gare du Transsibérien. Il semble que les residencial et autres pensions, avantageux pour leurs tarifs modiques, posent souvent ce problème du confort. 
Si vous voulez mieux, allez à l’Hôtel de Bolsa, un beau bâtiment classé. C’est un établissement qui semble très apprécié par les gens qui y séjournent. Dans le luxe, vous pourrez choisir le Carlton, qui jouit d’une superbe déco contemporaine. Une excellente adresse.
> MANGER
Porto est une étape gastronomique de grande importance dont nous n’avons pas pu profiter pleinement. Un des meilleurs repas que nous ayons fait est au restaurant Chez Lapin, un endroit assez typique avec des petites salles en enfilade, une décoration déglinguée et chic à la fois. Les crevettes y sont excellentes et l’ambiance très sympa.
Impossible de manquer le très fameux café Majestic (rua Santa Caterina, 112) qui est plus un restaurant chic qu’un bistrot, avec son opulente ambiance art nouveau. On ne vient pas spécialement pour ce qui se trouve dans l’assiette, le spectacle étant dans la salle. Le Majestic reste le rendez-vous du tout Porto et les amateurs de mondanités ne devront pas manquer de s’y présenter.
Confeitaria de Bolhao (rua Formosa, 339) est un endroit délicieusement désuet, un salon de thé comme on les aime et ou l’on déguste de savoureux petits déjeuners. Voir aussi le Café A Brasileira (rua Sà da Bandeira, 75).
> LIRE
GUIDES
Porto et au milieu coule une rivière, Pierre Léonforte (texte) Eric Sampers (photos), Grands Reportages, 229, feverier 2001. Un dossier remarquable avec un goût pour la création contemporaine et un carnet d’adresses à nous faire pâlir!
A la santé du Douro, Marc Dozier, Grands Reportages n. 275 (special fleuves), décembre 2004. Un voyage avec les vins de porto, des vignobles de la vallée du Douro aux chais de Vila Nova de Gaia, la rive gauche de Porto, face à la ville.
SUR INTERNET 
Porto Turismo, site de l'office du tourisme. Porto Digital, guide on line illustré, en portugais. 
Museo Carro Electrico, joli site, Musée des Transports, avec une visite virtuelle et Fondation Serralves, bilingue.
> ECOUTER / VOIR
Les concerts de musique classique programmés à la Casa de Musica.
> ACHETER
Belles boutiques design du coté de Cais de Ribeira, et endroits typiques autour du marché de Bolhao.
Pour les amateurs de livres d’art, la librairie poutique du Musée Serralves est très bien achalandée. Sinon, ne pas manquer la librairie Lello & Irmão (Rua das Carmelitas, 144), une des plus belles du monde.
"Ma ville de Porto a un sol diabolique. (...) Les rangées de maisons grimpent sur les collines y ouvrant des places là ou elles peuvent: D’étroites vallées ou des terrasses en pentes qu’aucun manuel ne pourrait logiquement gérer." Alvaro Siza, architecture writings, ed. Skira, 1997, p.136
- "Porto, on aime!" -
C’est un vrai cri du cœur que nous avait livré Maya Metni Kotait avant notre départ pour le Portugal. C’est vrai qu’elle a de quoi séduire, la ville du célèbre breuvage éponyme. Porto s’est délicieusement installée, au fil des siècles, sur des collines escarpées qui se jettent sur le Douro à quelque pas de son embouchure. Malgré la similitude des rapports ville / fleuve / estuaire que l’on peut retrouver avec Lisbonne et son Tage, Porto a une identité forte qui accroche tout de suite. Ses vertiges semblent d’ailleurs s’accrocher sur la présence tellement spectaculaire de ce pont métallique construit par Gustave Eiffel. Immense arche suspendue entre deux collines, le pont surplombe littéralement la ville, permettant aux véhicules de circuler au-dessus des immeubles. On l’appelle d’ailleurs parfois la Tour Eiffel horizontale, bien que ce soit plutôt une Tour Eiffel à un seul étage et un  seul côté, mais passons...
ci-dessus, Porto, le pont de Gustave Eiffel
Le pont est un des témoins de ce dynamisme qu’a connu Porto entre la fin du XIXe et le début du XXe s. Ne pas oublier le célèbre dicton qui dit que Braga prie, Coimbra étudie et Porto travaille. Grand centre économique, port actif et capitale du vin, elle se dote d’infrastructures urbaines modernes. Les banques s’installent dans des bâtiments ostentatoires sur la monumentale Avenida dos Aliados au bas de laquelle se trouve la Gare de Sao Bento. Si sa contemporaine, la gare du  Rossio à Lisbonne est intéressante pour sa façade, ici c’est l’intérieur qui est à couper le souffle. Le hall est en effet, littéralement tapissé d’azulejos, ces carreaux de céramique bleue typiquement portugaise, qui forment de grandes compositions narratives. 
- à propos d'azulejos -
Ces azulejos, il faut dire qu’on les voit vraiment partout. Ils couvrent même les façades de certaines églises baroques, qui se font ainsi tapageusement remarquer dans le paysage urbain. Un des exemples les plus spectaculaires est le mur latéral de l’église de Carmo. Une gigantesque composition relatant l’Ascension du Mont Carmel s’expose ainsi aux passants qui ne la remarquent même plus. Elle fut réalisée au début du XXe s (l’église est du XVIIIe), s’ajustant habilement aux fenêtres et autres accidents. C’est le genre d’œuvres qu’on ne peut jamais voir dans son intégralité à cause des voitures en stationnement, des poteaux électriques etc. Un peu comme un grand tapis à la verticale.
- c'est baroque ! -
Ceci étant dit, ces églises qui furent construites entre les XVIIe et XVIIIe.s n’ont pas que les azulejos pour ébahir le visiteur en maque d’exotisme. Elles constituent la quintessence du baroque portugais avec ses ors, sa profusion décorative et sa théâtralité. Ce baroque qui s’est d’ailleurs diffusé avec les colonisations et dont nous avions découvert des spécimens assez éloquents à Goa, en Inde. Ce goût pour la splendeur est le mariage de deux contraires, la foi et l’argent. La foi, parce que c’est dans les lieux de cultes que ce style trouve, au Portugal et en Espagne, sa plus grande expression, se voulant être une manifestation de la grandeur de Dieu et, surtout de l’église catholique. Rappellons par ailleurs que l’art baroque est une conséquence directe du Concile de Trente dont un des buts était de contrer les oppositions à Rome, notamment la réforme protestante. Donc, à l’austérité luthérienne, la contre-réforme oppose l’opulence. Mais l’argent dans tout ça? Dire qu’il en faut pour réaliser ce genre de projets est primaire, mail il y a une réelle volonté d’exhiber une richesse. Synonyme de puissance ou mise en forme de l’or rapporté des Amériques?  Mais revenons à Porto. Nous n’allons pas faire l’inventaire des églises baroques de la ville. Allez voir São Francisco. Pourquoi São Francisco? D’abord parce que c’était une église gothique. C’était. Non qu’elle ait été démolie, mais sa nef a été entièrement habillée de bois, de moulures, de stucs, de colonnes torses, de retables et d’angelots... tous recouverts d’or. Tout est en or (ou en donne l’impression), ils appellent d’ailleurs ceci la talha dourada, ce qui veut dire taillée et dorée, deux en un! Sachez cependant que cette débauche de luxe n’était pas au gout de tout le monde, puisqu’il fut un moment ou l’église fut fermée sur ordre des autorités ecclésiastiques... Ça fait penser un peu à une autre histoire de rhabillage qui fit du bruit à Beyrouth il y a quelques années. La Maison des Artisans, une structure en béton composée de colonnes et d’arcs fut-elle aussi rhabillée par le décorateur français Jacques Garcia dans un style mauresquo-thailandais se voulant typiquement libanais. Il y avait eu des manifestations et on avait même mit le gouverneur de la ville en prison. Ceci dit, nous n’en avons pas encore fini avec São Francisco. Avant de s’éblouir dans la nef, il faut visiter la crypte, et là d’or vous n’en verrez pas. L’endroit est funèbre et tout est là pour le montrer, à commencer par les murs peints en noir. Sous le sol se trouve d’ailleurs un ossuaire... Bref, tout ça ressemble a une vision manichéenne du monde, la vie / la mort, le beau / le laid, le blanc / le noir...
- la Sé -
Clôturons ce cours d’architecture religieuse à la Cathédrale, la Sé, comme on dit ici. Son premier intérêt repose dans son emplacement au sommet d’une colline, d’où on jouit d’une vue absolument fabuleuse sur la ville. Le genre d’endroit idéal pour bâtir une citadelle. D’ailleurs, la Sé ne manque pas d’attributs militaires dans sa façade puissante et sérieuse, avec ses puissants contreforts et ses deux tours massives. La partie la plus intéressante est le cloître. Il y en a en fait deux, l’actuel, avec ses voûtes en ogive, et l’ancien dont il reste des vestiges. 
- de ribeira à l'alfandega -
Toutes ces églises, ça a quelque chose d’un peu oppressant. Allons nous promener au bas de la ville, sur les bords du Douro. En face, sur la rive opposée, c’est Villa Nova de Gaia, avec sur les quais, les caves à vins de Porto. Ici c’est Cais de Ribeira, un endroit très agréable, pittoresque et tendance à la fois. Les bobos y viennent pour les boutiques design qui vendent des vêtements de jeunes créateurs ou des livres sur l’histoire de l’aménagement intérieur des avions dans les années 1960. En parlant de transports, Porto est particulièrement bien dotée puisque deux musées leurs sont consacrés. Le Museo Carro Electrico, propriété des transports en commun, et le Musée des Transports de l’Alfandega. Ce dernier a été conçu par Edouardo Souto de Moura dans un ancien bâtiment industriel bordant le Douro. L’architecture de l’ancien bâtiment est très imposante et évocatrice, avec ses grandes galeries, ses rails et ses poutres métalliques. L’intervention de Souto de Moura s’est fait dans la discrétion.  Elle est plus proche de la sobriété de Herzog & De Meuron à la Tate Modern que des raccommodages postmodernes de Gae Aulenti à Orsay. Souto de Moura est un des chefs de file de la nouvelle architecture portugaise. Il a également a son actif, dans la ville de Porto, un élégant immeuble d’habitation dans la façade du quel on retrouve le goût des matériaux (poutre métallique, granit de la région) et ces tensions qu’Alvaro Siza, ainsi que la critique, définissent comme réminiscences de Mies van der Rohe. 
ci-dessus, Edouardo Souto de Moura, immeuble d'habitation, Porto
- sur les traces d'Alvaro Siza -
Alvaro Siza ne pouvait pas passer sous silence. Non seulement parce que c’est la plus illustre architecte portugais (et un des plus grands de notre époque), mais parce que Porto est sa ville. C’est ici que se trouve son agence, dans un immeuble discret de l’ouest de la ville, Rua do Aleixo, du côté de l’embouchure du Douro, immeuble blanc dont il est évidement l’auteur. Dans cette zone assez résidentielle se trouve aussi une autre réalisation du maître, l’école d’architecture de Porto. C’est un ensemble de bâtiments, eux aussi épurés et de couleur blanche, articulés les uns par rapports aux autres qui dominent joliment la rivière. C’est ce qu’on appelle un lieu d’inspiration.
"In the totemic boxes of the Faculty of Architecture studio buildings (1986–1993), different "characters" are detectable, one with close-set eyes, one glancing west, and one, a Cyclops, looking ahead. The skylights of the eastern-most studio seem like a creature from John Hejduk's architectural bestiary. (...) The markings of path about the building and the anthropomorphisms play similar roles, leaving a trail of marks on the building, suggesting an order of movement and perception overlaid onto the more stable order of forms. The project is set on a steeply inclined bank of the Douro River; the split in section is in fact related to a mosaiclike pattern of platforms into which the embankment is cut." Robert Levit, Appendx, 1997.
Encore plus célèbre, et récente, est l’intervention de Siza à la Fondation Serralves. Un parc dans le quartier chic de Boa Vista au centre duquel est plantée une villa art-déco des années 1930. On y a inauguré en 1999 le Musée d’Art Contemporain qui est devenu un des pôles culturels les plus importants de la ville. L’architecture du bâtiment, magnifique, comme il se doit, permet aux collections permanentes et aux expositions temporaires de se déployer et de se renouveler de manière très modulable. Nous sommes incapables de donner une opinion sur les collections. De grands noms y figurent, mais nous n’avons pas eu l’occasion de les voir exposées. De plus, le site internet n’aide pas beaucoup. En revanche, la Fondation Serralves est très dynamique dans sa programmation. Expositions, spectacles et autres interventions de grandes qualités s’y succèdent à longueur d’année. Une des curiosités du musée Serralves est la couleur des extincteurs. Partout dans le monde, ces objets sont rouges. Ici, l’architecte a réussi à imposer le blanc, comme les murs. Une flèche rouge située juste au dessus assure leur visibilité.
museu serralves, alvaro siza
Portugal, Porto, Museu Serralves, Alvaro Siza arch.
Une coque polyédrique est venue se planter sur le carrefour de Boavista. Conçue par le désormais très célèbre architecte hollandais Rem Koolhaas et son agence Office for Metropolitan Architecture (OMA), la Casa da Musica est le dernier projet initié par le programme de Porto Capitale Culturelle de l’Europe en 2001. Koolhaas a imaginé une structure en porte à faux ayant très peu d’assise au sol et par conséquent, des fondations réduites. L’ingénieur Cecil Balmond (Ove Arup) s’est chargé de la faire tenir, d’une part en utilisant le toit en élément stabilisateur, comme pour une automobile, et, d’un autre part, en insérant des renforts là ou il fallait. Depuis avril 2005, les visiteurs s’y engouffrent par un escalier pour atteindre la salle de concerts, boite insérée a l’intérieur de la coque. Koolhaas a voulu avoir des surfaces vitrées, ce qui, au niveau de l’acoustique, posait des problèmes énormes. L’acoustique n’a en revanche rien à voir avec l’orgue accroché au mur peint en doré d’agrandissements de veines de bois. Faux orgue, en référence aux églises baroques de la ville ou fantaisie kitsch et pop? Les puristes y verront peut être une faute de goût dans un projet qui tient aussi bien de la prouesse technique que de la communication urbaine. Pas aussi tapageuse que le Guggenheim de Gehry à Bilbao, la Casa de Musica n’est pas moins une nouvelle icône de l’architecture contemporaine sur la péninsule ibérique. 
façade gothique de la Librairie Lello & Irmão
Revenons vers le centre. Si on aime Porto, c’est aussi pour ces petites ou grandes choses fort attachantes. Le marché de Bolhao, par exemple, à découvrir tôt le matin, avec ses étalages colorés et abondants. Et puis, tout autour, ces magasins à la décoration surannée, véritables cartes postales vivantes, comme la Confeteira do Bolhao. Ces établissements vénérables qui semblent n’avoir été affectés par aucun des bouleversements qui ont bousculé le monde au cours des 60 dernières années. Il y a peut être quelque chose de désuet dans ces endroits, qui collent cette image traditionnelle et catholique du Portugal (par opposition aux architectures contemporaines et aux boutiques design citées plus haut), mais on aime parce que ça a un charme fou. Dans cette catégorie des petits et grands bonheurs que nous livrent les promenades dans cette ville, la Librairie Lello & Irmão. Une architecture néogothique ou post piranésienne pour cette somptueuse caverne d’Ali Baba articulée autour d’un extravagant escalier rouge. Cet endroit ravira  tous ceux qui aiment les livres, les librairies et les endroits mystérieux, comme la Bibliothèque dans Le Nom de la Rose, et totalement hors du temps. 
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