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LISEZ LE RÉCIT DE VOYAGE AU PORTUGAL : 2000-2001 [SUR LES TRACES D'ALVARO SIZA]
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> ALLER / VENIR
L’aéroport de Lisbonne Portela de Sacavem ne se trouve qu’à 4km du centre ville. Une partie de l’aérogare est récente, elle a été construite lors de l’expo 98, l’autre assez vétuste. Un certain nombre de boutiques (notamment les kiosques à journaux) de l’aéroport sont fermées les jours fériés. Il est possible de rallier le centre en taxi ou par le bus 91 jusqu’au terminus de Cais do Sodré.
Lisbonne possède plusieurs gares. La plus belle est celle de Rossio, avec sa célèbre façade de style néo manuélin. Vous l’emprunterez pour vous rendre à Queluz et Sintra. Un certain nombre de trains internationaux et grandes lignes partent depuis la station Oriente construite par Santiago Calatrava au Parc des Nations. Enfin, la majorité des Alfa Pendular pour Porto partent depuis Santa Apolonia.
Inutile de vous dire qu’à Lisbonne, vous n’allez pas oublier vos jambes! C’est une ville que l’on découvre principalement à pied, et avec ses dénivellations légendaires, ce ne sera pas de tout repos! Ceci dit, la ville possède un excellent éventail de transports en commun. Commençons par le métro ultra moderne et très agréable. Les stations ont chacune une décoration qui lui est propre et certaines sont très belles. C’est d’ailleurs le meilleur moyen pour se rendre au Parc des Nations (station Oriente). Le métro fonctionne de 06h30 à 01h00, le billet est à 0.60 €, forfait 1 jour 1.40 €. Les tramways de Lisbonne sont souvent nommés désir. Ils offrent de très belles promenades dans les quartiers escarpés et jusqu’à Belém. Enfin, dans les moyens de transports typiques, citons les funiculaires, souvent antédiluviens et les ascenseurs dont le célèbre Elevador de Santa Justa construit en 1902 par Raoul Mesnier, disciple de Gustave Eiffel.  Nous conseillons de prendre un Pass de 4 ou 7 jours (respectivement  9,55 € et 13,55 €) valides sur tous les services. 
La Lisboa Card offre, outre les transports, un accès gratuit ou un rabais pour nombre de monuments et activités. Disponible 24h (12.75 €), 48h (21.50 €) et 72h (26.55 €). Ceci dit, il est important de vérifier si ce qui est proposé vous intéresse avant de la prendre. Site internet de la Lisboa Card
Dernier conseil : circuler à Lisbonne en voiture est purement suicidaire. Si vous y arrivez avec votre véhicule (ou une voiture de location) essayez de vous en débarrasser le plus vite possible dans un parking ou dans un endroit (rare) ou le stationnement est libre!
> DORMIR
Baron & Baron ont séjourné à la Pensao Residencia Roma (Travessa da Gloria, 22 A - 1. Tel. (01) 3460557/8 Fax(01) 3460557), une pension sur une petite ruelle perpendicualire à l’av. de Libertade. Donc emplacement idéal, prix modérés, accueil sympa et chambres proprettes même si un peu sombres et étriquées. Conviendra à tous ceux qui cherchent à loger au centre pour pas cher.
En revanche, les amateurs de luxe ont l’embarras du choix. A deux pas de notre modeste residencial, le somptueux Avenida Palace trône depuis 1892 sur Restauradores. Fastes, lustres et ors au rendez-vous. Plus récent le Lapa Palace se veut encore plus exclusif. Situé sur la colline du quartier chic éponyme surplombant le Tage, le Lapa est entouré de jardins, possède un décor unique et compte parmi ses équipements une piscine. Dans le même quartier se trouve As Janelas Verdes (aux fenêtres vertes) un palais du XVIIIe siècle dédié à l’écrivain portugais Eça de Queirós qui y séjourna. L’endroit est très romantique, tout comme son voisin, le magnifique York House Hotel. Un couvent du XVIIe siècle enfoui dans la végétation, des azulejos sur les murs de la salle à manger avec couverts en argent et lustres anciens, chambres personnalisées avec lits à baldaquins, c’est une véritable adresse de charme. Finissons enfin sur le sublime  Solar Do Castelo, un hôtel installé dans la forteresse du Castelo Sao Jorge, perché au sommet de l’Alfama. 
Au coeur de la ville, le Bairro Alto Hotel est une adresse très prisée pour sa fusion entre une architecture XVIIIe s et un design très contemporain. Ambiance trendy et cosmopolite.
Dans le quartier du Chiado reconstruit par Alvaro Siza, descendez au Regency. Un superbe hôtel moderne avec un mobilier contemporain, colonial et chinois. Le bar du dernier étage est très agréable et jouit d’une vue magnifique sur la ville. Pour clôturer le chapitre, toujours dans la section luxe moderne, les inconditionnels des grandes chaînes descendront au Four Seasons Hotel The Ritz Lisbon qui domine le Parc Edouard VII.
> MANGER
Les habitants de Lisbonne sont surnommés affectueusement les “alfacinhas” (petites laitues), c’est dire leur attachement aux plaisirs de bouche. Les Lusitaniens ont même légué avec bonheur aux Nippons le mot “tempura” et le concept de beignets de légumes. Les Portos rouges et blancs méritent d’être davantage connus. Le blanc notamment, plus liquoreux et moelleux que le rouge, il devient vin de dessert à maturité ou compagnon d’un plat salé quand il est jeune. Le vinho verde à la saveur vive et fraîche est parfait avec du poisson. La tradition du “Pao coberto” (pain et couvert) permet de patienter avant le service. Là tout est permis : olives, pâté de sardine, fromages de brebis et de la montagne alentéjane, jambon... Les soupes telles que le “caldo verde” au chou constituent l’entrée la plus fréquente. Les “ cogumelos ” à l’ail (champignons) sont irrésistibles. 
Côté poissons et crustacés, le choix est difficile entre calamars grillés (“lulas” pour les plus gros servis en brochettes et “choquinhos” quand ils n’ont pas perdu leur tête) et morue. Même si le poisson-roi se décline en 365 recettes,  il est simplement parfait effeuillé avec des pommes de terre et de l’oignon ou sous forme de “pasteis” (gâteaux). Le surprenant mélange terre-mer du “porco alentejano” qui mêle porc caramélisé et palourdes relevées de coriandre fraîche est un souvenir de la présence maure. Les risottos locaux aux fruits de mer (mariscos), à la crevette (con camaroes), ou au poulpe marient le croquant du riz à une sauce parfumée et moelleuse. Le “bife à la portuguesa”, boeuf cuit dans force matière grasse, ravira les carnivores exigeants peu soucieux de leur ligne . Sans oublier, les pasteis de nata, évoquées plus haut qui atteignent des sommets de justesse à Belem.
Quartier du château Saint Georges:
Chapitô, Costa do Castelo, 1-7 (bar restaurant avec vue imprenable sur le Tage et spectacles de cirque, opter plutôt pour le bar et son porto blanc). C'est une de nos adreses préférées. L’accueil et l’ambiance sont sympas, la cuisine est originale et raffinée, c’est un des meilleurs endroits pour dîner à Lisbonne.
Praça da Figueira (dans la Baixa):
Pastelaria Suiça: nombreuses pâtisseries pour un petit déjeuner roboratif et la célèbre Confeitaria Nacional, Praça da Figueira, 18 B: une institution pour des petits déjeuners copieux aux alentours de 5 € (pasteis de nata, jus d’oranges frais...). Citons aussi laCasa de Alentejo, Rua Portas de Santo Antao, pour son intéressant patio mauresque et sa cuisine de l’Alentejo.
Dans le Bairro Alto:
Le Meson del Gordo, Rua Sao Boaventura, 16-18. Restaurant à tapas et nombreux plats méditerranéens dans un décor chaleureux (le risotto aux cèpes frais vaut le détour !). A noter, une petite librairie -bar avec de nombreux livres consacrés à l’architecture près du restaurant. Enothèque, escaliers Rua Mae de Agua, en allant de Avenida da Liberdade vers Dom Pedro V, pour se délecter des vins locaux et manger léger. La Paparrucha, Rua Dom Pedro V, 18-20: pour amateurs de viande argentine, vaut surtout pour sa vue imprenable sur la ville blanche. 
Près de l’Assemblée nationale:
XL, Calçada da Estrela, 57 (réserver impérativement au 21 395 61 18). Des soufflés sucrés ou salés qui font courir les Lisboètes.
Dans le centre sportif du parc Edouard VII: Sétimo: une cuisine traditionnelle et copieuse dans un décor de boiseries.
Près de la gare Santa Apollonia (au bord du Tage): Bica do Zapato, le resto à la mode au design zen et chic (sushi bar, bar, restaurant moderne et raffiné avec des millefeuilles de poissons et des desserts tout chocolat). Plus exotique, O Madeirense, restaurant de Madère, dans le centre commercial Amoreiras, près de Marques de Pombal. Le poisson grillé à la banane et à l’ananas et le fromage grillé servi en entrée réjouissent les papilles.
A Belém: L’Antiga Confeiteria de Belém, une institution célèbrissime à ne manquer sous aucun pretexte: Les salles en enfilade de cette fabrique de Pasteis se parent à l’infini de tables chargées de chocolats fumants et de pasteis de nata (gâteaux à la crème) que l’on grignote tièdes et saupoudrés de cannelle et de sucre. Idéal pour faire une pause dans ce quartier excentré.
> BOIRE / DANSER
La vie nocturne de Lisbonne ne peut se résumer en quelques lignes! La ville offre aux fêtards un éventail impressionnant de possibilités qui vont du petit café-bar au club le plus branché. Un nombre important de bars et pubs se trouvent dans le Barrio Alto. Nous n’avons pas d’adresse particulière, le mieux est de se promener dans les rues qui s’animent en soirée (l’équivalent du Triangle des Bermudes à Vienne ou de Monnot à Beyrouth) et d’essayer les endroits qui semblent les plus sympas. Autre quartier qui chauffe depuis quelques années, les bords du Tage du côté des docks de Alcantara. Ici les endroits sont plus grands, souvent  sur plusieurs niveaux, mais là aussi, les bonnes adresses changent très vite. Fiez-vous au bouche à Oreille ou suivez votre instinct. Troisième quartier, toujours sur les bords du Tage, autour de la gare de Santa Apolonia, ou se sont groupés des restaurants et bars très tendance, dont le très fameux LUX, un des endroits les plus intéressants de Lisbonne tant pour la déco, la musique ou la faune. Sachez que John Malkovitch est un des actionnaires dans l’affaire.
Et notre coup de coeur? retour au centre, au Pavilhao Cines (Pavillon Chinois): un décor hallucinant de vitrines dans lesquelles sont exposés des jouets, des meubles anciens, une carte de rêve et une ambiance vraiment non traditionnelle !
> ECOUTER / VOIR
Aller à Lisbonne sans écouter du Fado serait un crime de lèse-majesté, n’en déplaise à notre Jean-Paul national qui s’est littéralement évanoui au son de ces chants mélancoliques. Les adresses sont toutes du côté d’Alfama, chacun vous donnera son avis sur la meilleure. Nous avons essayé le Clube de Fado, et il semble que les chanteurs qui s’y produisent dans font la tournée des endroits. Ceci dit, ces établissements sont ouverts de 21h00 à 02h00 du matin, ils proposent un dîner, infect, cher et à éviter. Allez donc sans réservation uniquement prendre un verre. Le rituel est toujours immuable. Pendant la prestation des chanteurs, la salle est dans l’obscurité, personne ne bouge (à part Jean-Paul) et les arrivants doivent attendre dans le vestibule. Il faut attendre le break pour pouvoir entrer et sortir dans l’endroit qui redevient un restaurant bar presque ordinaire...
Le Centre Culturel de Belém accueille à longueur d’année des spectacles (musique, danse...) de qualité internationale.
On peut acheter des billets de spectacles à tarif réduit au kiosque près du métro Restauradores.
> LIRE
TV5 cités du monde: Lisbonne
GUIDES
Lonely Planet, destination Lisbonne: en français, le livre et le résumé sur internet. Time Out vend aussi un bon guide de la ville (en anglais) mais le site internet comporte des adresses et des évènements mis à jour chaque mois. C'est donc un incontournable. 
Turismo de Lisboa, l'office du tourisme avec des infos en français.
A class of Port, Edward Peacock, Wallpaper, juin 2004, un reportage avec guide pratique qui partage de nombreuses adresses branchées avec Baron & Baron.
Lisbonne en ses palais, Antoine de Tournemire (texte) Eric Sander (photos), Grands Reportages n.271, aout 2004, dans les fastes des demeures de Lapa et de Sintra, certains devenus hotels, d'autres musées.
CARNETS DE VOYAGES
La revue des ressources [Lisbonne], une selection de carnets de route dans la ville.
ART & ARCHITECTURE
Lisbonne, Guide de l'architecture contemporaine, ed Konemann ellipsis, 1998
ILLUSTRATION / BD
Lisbonne, voyage imaginaire, Raphaël Meltz (texte) et Nicolas de Crécy (illustrations), ed. Casterman 2002. Un récit de voyage fictif et hyper réel, bourré de références bibliographiques dialogue avec les dessins magnifiques, parfois fantastiques de Nicolas de Crécy. Un album à posséder. Il y a aussi les pantalonnades lisboetes de Monsieur Jean dans le 2e tome de la série de Dupuy & Berberian, Les Nuits les plus Blanches, ed. les Humanoïdes Associés.
LETTRES
Nombreux sont les écrivains qui furent inspirés par Lisbonne. Evidement, l'indissociable Fernando Pessoa et entre autres, son Lisbonne, Collection 10/18 Odyssées. Et puis, un autre classique, Joseph Kessel, Les Amants du Tage,  Ed. Presses Pocket, 78.
INTERNET CULTUREL
Le site du Musée Gulbenkian offre un panormama des collections. Celui de la Fondation Gulbenkian permet de connaitre les activités de son musée d'art contemporain. On peut également voyager sur celui du Museu de la Marinha.
> ACHETER
Nombreux centres commerciaux notamment Tivoli (Avenida da Liberdade pour les grandes marques de prêt à porter), Amoreiras (pour se fournir en porto et retrouver les marques Zara, Mango 30 % moins chères qu’ailleurs).
La plus occidentale des cités d’Europe a été – et demeure – un port d’échanges et de métissages. Si, de la Tour de Bélèm, qui dresse dans les eaux du Tage, on attend plus les galions des explorateurs, l’appel du large et le souvenir des grandes découvertes sont toujours vivaces.
lisbonne
- belém -
Lisbonne cultive ardamment ce culte des grandes découvertes. Le quartier de Bélem, à  l’extrêmité occidentale de la ville, là ou les eaux du Tage rejoignent les flots de l’Atlantique,  semble lui être tout dédié. Non loin de la Tour de Belém, superbe monument manuélin (1) construit au XVIe siècle et marquant l’entrée de la cité aux vaisseaux qui y arrivaient, le régime de Salazar a fait ériger, en 1960, un monumental monument de style (de style quoi, au juste?), dédié aux héros. Henri le navigateur, Vasco de Gama, Magellan et tous les autres se bousculant sur ce qui évoque lourdement la proue d’un navire. “Poussez pas derrière”, l’appellent les lisboètes, cette immense chose dont le seul mérite est d’y monter afin de ne plus la voir, d’admirer le panorama et le planisphère dessiné à ses pieds, avec l’ensemble des maillons de ce qui fut l’empire portugais. Plus léger et plus propice à l’évocation du voyage est l’hydravion qui, bien que posé sur un piedestal, semble prendre son envol. De l’autre coté de l’Avenida de India qui longe le Tage, l’immense Musée de la Marine. Dans les galeries sont rassemblées et soigneusement exposées thématiquement et chronologiquement des maquettes de navires des  marines militaire, marchande, de pêche, et de plaisance. On trouvera, outre les différents objets liés à la navigation, les inévitables références coloniales telles que le salon japonais ou les barques du Kerala. Point d’orgue de la visite, la salle des galiotes, avec, outre les somptueuses galères d’apparat, des yachts, des barques et des hydravions. Un autre musée lié aux transports se trouve également dans le coin. Il s’agit du Musée des Coches, dont les collections, même si les voyages auxquelles elles étaient destinées n’étaient pas très lointains, sont vraiment. Pas besoin d’être un amateur du genre pour s’extasier face à cet étalage de carrosseries aux fastueux décors baroques, objets d’apparat et instruments de mises en scènes délirantes d’un pouvoir en quête de gloire sans limites!
Mais la plus grande gloire historique du quartier de Belém est sans conteste le Monastère des Jéronimos, autre chef-d’œuvre de l’architecture manuéline et témoignage de la grandeur d’une nation très chrétienne. L’église, immense (100m de long), abrite les sépultures des grands hommes que sont le navigateur Vasco de Gama et le poète Luis de Camoes. Le cloître, avec ses deux galeries superposées, est non moins extraordinaire. On pourra admirer, dans les ouvertures, les colonnes et les superbes arcs finement ciselés. Aux antipodes de cette profusion pleine de promesses (serait-ce une représentation terrestre du paradis?), se dresse un mastaba gigantesque aux parois découpées: Le Centre Culturel de Belém a été construit pour l’expo de 1998 par l’architecte italien Vittorio Gregotti. On a beaucoup jasé sur ce projet, notamment sur son coup de construction pharaonique (évidement, pour un mastaba...). Gregotti est un maniaque du détail, il suffit d’admirer la finition des murs en pierre de taille et des joints, et sur 8000m2... Le centre regroupe un ensemble d’activités. On peut y assister à des spectacles et à des expos temporaires. On y trouve également le Musée du Design qui dresse un panorama du mobilier du XXe siècle. On y trouve des pièces célèbres comme le fauteuil Marilyn en forme de lèvres pulpeuses. Au sommet de l’escalier de l’entrée se dresse une fausse lampe gigantesque réalisée par Claes Oldenburg.
- lapa -
Quartier chic. Les belles demeures et le célèbre hôtel du même nom dominent le Tage. Sur une petite place, le Museu Nacional de Arte Antigua. Ancien Palais des Marquis de Pombal, il a été rénové en 1994. L’intérieur est spacieux mais sombre, l’ambiance feutrée, les détails architecturaux aussi lourds que cette phrase. A l’étage, des arts décoratifs. De beaux meubles en bois, des paravents japonais narrant les aventures des Jésuites portugais après leur débarquement à Cipango, de l’art islamique. D’importantes collections de peinture portugaise des XVe-XVIe siècles. Austère et grave. Les collections de peinture européenne comportent quelques chefs-d’œuvre. Le plus célèbre est sans doute le fameux retable de Jérôme Bosch, la Tentation de Saint Antoine ayant sûrement servi de modèle aux hallucinations picturales de Dali et une vision de l’enfer où les pénitents arborent pour la plupart une tonsure ne laissant aucun doute sur leurs origines ecclésiastiques. Un univers de créatures fantastiques surgies de l’imaginaire médiéval. Grandiose. En face, le Saint Jérôme d’Albrecht Dürer, une composition qui a connu un grand succès au XVIe siècle, vu le grand nombre de peintures qui s’en sont inspirées. Hans Holbein l’Ancien, dont on a rarement l’occasion de voir des oeuvres ailleurs qu’à Bâle, est représenté par une Vierge à l’Enfant à l’étonnante symétrie circulaire. On retiendra aussi, une minuscule Fuite en Barque de Giambattista Tiepolo, une des dernières oeuvres de l’artiste qui semble virer du rococo étincelant vers des humeurs et de rêveries romantiques.
- chiado
Le Chiado. Il reste peu de traces de l’incendie qui ravagea, en 1988, cet élégant quartier adossé au Barrio Alto. Le projet de rénovation entrepris par Alvaro Siza n’a pas cherché à reconstruire ou plutôt reproduire à l’identique, ni à faire table rase sur la mémoire. Siza respecte les rythmes, les proportions et la densité du bâti. Mais ce dernier est souvent traité de manière actuelle, y compris dans les détails de finition de la façade. Le résultat semble très convaincant. La promenade dans ce quartier est très agréable, elle se trouve ponctuée par des pauses dans de belles boutiques d’art et de design, un thé au bar de l’hôtel Regency (photo ci-dessous), des achats à la Fnac et la visite du Museu du Chiado. L’architecte Jean Michel Wilmotte, qui a décidément la cote pour aménager les musées, a réalisé le Museu du Chiado destiné à l’art moderne. Les espaces sont magnifiques, des passerelles aux toilettes. En revanche, on peut se poser des questions sur le contenu des collections permanentes du musée, si collections il y a. 
lisbonne
- bairro alto -
Plus haut, le Bairro Alto déroule ses escaliers raides pour capturer dans ses filets les noctambules et les gourmands. Le Meson del Gordo, succulent restaurant méditerranéen au décor chaleureux, La Paparrucha, et sa vue surprenante sur le centre-ville, entre autres, ont leur lot de fidèles. Le pavillon chinois, véritable bric-à-brac né du rêve fou d’un collectionneur tend ses fauteuils art déco aux passionnés de cocktails. Le Miradouro Sao Pedro de Alcantara, face au Solar do Vinho Porto, mecque du porto sans âge, offre une vue globale sur la cité. L’ascétisme jésuite démenti par le délire visuel des chapelles chargées d’albâtre, de lapis lazuli et d’angelots roses et charnus de Sao Roque, répond à la simplicité bouleversante des ruines gothiques du Carmo (derrière l’ascenseur Santa Justa, petite merveille de technologie construite par Eiffel pour relier Baixa et Bairro Alto). Le romantique Jardim Botanico, un peu délabré mais si riche pour ceux qui prennent le temps de le traverser et d’y faire halte. Quelques places (Praça do Principe real, notamment) jalonnent le parcours: les hommes âgés s’y retrouvent pour des parties de belote virulentes. 
lisbonne
- baixa -
Installée dans une cuvette entre les collines de l’Alfama et du Barrio Alto, la Baixa, littéralement la ville basse, est un quartier davantage commerçant. Ses rues animées (Rua Augusta...) sont conçues sur un plan quadrillé. Elles descendent toutes de Rossio vers la Praça do Comercio (place du commerce), la plus fameuse place de la capitale, largement ouverte sur une mer infinie qui n’est pourtant que le Tage. Sur trois cotés de la place, de palatiales façades néoclassiques. Sur le quatrième, des marches descendent à l’eau. La place est le point le plus bas de la Baixa, et donc de Lisbonne. De l’arc de triomphe, des rues remontent vers la Place du Rossio. Dans une. Des élèves de Gustave Eiffel  ont construit l’elevator de Santa Justa afin de rallier ce dernier quartier. Ne pas manquer les salons de thé de la Praça da Figueira : la Pastelaria Suiça et la Confeitaria Nacional. La rue de Portas de Sao Antao a fini par ressembler à un quelconque endroit touristique où les rabatteurs à l’entrée des restaurants et les inévitables ementas turisticas (menu pour touristes) sont des fléaux en pleine propagation. Seul vestige d’un quartier qui fût populaire : la Casa de Alentejo, à la fois centre culturel et restaurant, offre aux regards son patio mauresque incongru. Ne pas manquer, pour finir, la gare du Rossio de style néo manuélin, qui a fière allure.
- l’alfama -
De la Baixa, on peut partir à l’assaut de l’Alfama. Jadis quartier résidentiel, il a perdu de son éclat au XIXème siècle pour gagner en charme. Il y reste des ruelles ombrées, des veuves vêtues de noir, des chats aussi présents que leurs homologues romains. Puis, pêle-mêle, la , cathédrale romane de Lisbonne bâtie à l’emplacement d’une mosquée, sa station de tram où on peut prendre l’eléctrico 28 qui traverse l’Alfama pour plonger ensuite vers la Baixa et aboutir au cimetière des plaisirs, où repose la diva Amalia Rodriguez, la star locale du fado. Le Castelo Sao Jorge, ancienne forteresse maure, réhabilitée sous la dictature de Salazar, surplombe la ville. La vue y est inoubliable le soir quand le Tage, ocre et calme, mérite enfin son surnom de mer de paille. En descendant Costa de Castelo, une halte au Chapitô. Ancienne école de cirque transformée en bar-restaurant où s’organisent régulièrement des spectacles. A ne pas manquer, le porto blanc, mûri à souhait. A pied, on peut contourner Sé et descendre vers la “Casa de Bicos” aux briques taillées et affûtées comme des diamants. Face au récent “Musée du Fado et de la guitare portugaise” que je ne conseillerai qu’aux amateurs éclairés, des petits restaurants proposent pour 10 € des repas classiques “espetada de lulas” (brochette de calamars grillés), “bacalhau assado” (morue grillée)... La nuit, faible éclairage et pavés disjoints pour vivre à l’heure médiévale. 
- autour de marques pombal -
Avenida de Libertade remonte vers les quartiers bourgeois et la Praça Marques Pombal avec le joli parc Eduardo VII. En allant sur la gauche, on rejoint la Fondation Arpad Szenes-Vieira da Silva, un musée dédié à cette illustre pionnière de l’art abstrait décédée en 1992 et à son époux moins célèbre, le hongrois Arpad Szenes. Les collections léguées par l’artiste ont été installées dans une ancienne fabrique de soie. La promenade peut se prolonger vers le parc floral de Monsanto avec des étapes intéressantes, l’Aqueduc de Aguas Livres, long de 19km, qui fut construit au XVIe siècle, le jardin zoologique et le Palais Marqueses de Fronteira, aux somptueux décors d’azulejos. Le jardin du palais est célèbre pour sa galerie de portraits royaux qui auraient été sculptés par Pierre Mignard. En revenant sur Marques Pombal vers Duque de Saldanha, on se dirige vers les arènes de la ville, Praça de Touros, construites à la fin du XIXe siècle avec un plan circulaire, des façades en briques rouges chapeautées de dômes bulbeux. Un peu plus bas se trouve la Fondation Calouste Gulbenkian (voir plus bas), en face de laquelle il ne faut pas rater la nouvelle mosquée de Lisbonne construite en 1988 par Antonio Maria Braga et Joao Paulo Conceicao. C’est, avec l’église de Alvaro Siza à Marco de Canaveses, un des chefs-d’œuvre de l’architecture religieuse contemporaine. Ne pas manquer le minaret en pyramide à degrés.
- la fondation calouste gulbenkian -
Monsieur 5%. C’est ainsi que l’on surnommait cet arménien stambouliote (aurait-il une parenté avec un des Baron?) qui a fait sa fortune dans le pétrole irakien. Contrairement aux deux George Bush, qui partagent sa passion pour les hydrocarbures (mais qui ne se seraient pas contentés de 5%), Gulbenkian avait un oeil averti pour les belles choses. Il a amassé, à l’aide de sa fortune une fabuleuse collection d’oeuvres d’art et a créé une fondation qui, outre la gestion de son musée, subventionne des projets culturels et assure des bourses d’étudiants dans le monde entier. La Fondation Gulbenkian siège à Lisbonne dans un vaste campus de verdure ou sont plantés des bâtiments modernes dont le musée est la plus fameuse attraction. Le cinquantenaire de l’institution fut célébré en 2006 par une exposition intitulée "The Collector and His Taste" retraçant le parcours d’une collection élevée au rang d’œuvre d’art. Cet "art" s’est développé chez Gulbenkian, au fil des ans, les premières hésitations, les goûts incertains… Puis, à un moment, il y a un passage de sa correspondance qui est cité, ou il écrit a un ami anglais (conservateur de musée), qu'accumuler les pièces ne l'intéresse pas, d'ou le nombre relativement peu élevé des objets – près de 6500 – et que seules les pièces exceptionnelles l’attiraient. Les choix s’insèrent aussi avec cohérence dans des aires culturelles précises, relevant parfois des influences insolites, comme des œuvres d'Art Ottoman intégrant la symbolique chrétienne du poisson, de l'art chinois intégrant des éléments Ottomans ou alors dans sa bibliothèque ce livre hallucinant sur l'influence de l'art Arménien sur l'art chinois!

Le musée Gulbenkian comporte les sections suivantes: Egypte, Mésopotamie, Grèce et Rome, Art Islamique, Art Arménien, Asie, Sculpture, Peinture, Arts Décoratifs, Arts du Livre et René Lalique. Une des peintures les plus remarquables est un portrait ténébreux attribué à Rembrandt et représentant Alexandre le Grand ou Pallas Athéna. On y voit un jeune visage immaculé coiffé d’un casque doré et baroque toiser le spectateur derrière son bouclier. Une peinture de Edgar Degas est non moins étonnante : Un homme (le peintre Henri Michel-Lévy) est debout dans un coin, mains dans les poches et mine morose. Derrière lui, deux peintures impressionnistes, à ses pieds, une marionnette représentant une femme. On admirera aussi un paysage maritime et tempétueux de J.M.W. Turner, un enfant soufflant des bulles de savon de Manet et autres Rubens et Watteau. Le campus de la fondation abrite un second musée, moins célèbre que le précédent, et qui est dédié à l’art moderne et contemporain. Les collections permanentes comportent des oeuvres d’artistes portugais, dont Vieira da Silva, et internationaux, comme une intéressante Renaissance Head de David Hockney et un magnifique jardin abstrait de Arshile Gorky.

alvaro siza
- le parc des nations -
Cadre de l’Exposition Universelle (ou plutôt internationale) de 1998, il a été reconverti en quartier ultra moderne avec un des plus grands ‘shopping malls’ du pays. Le parc est ponctué par deux tours, une à l’ouest, qui est une reconversion d’une ancienne structure industrielle, l’autre, à l’est, qui a été réalisée par l’agence américaine Skidmore Owings & Merril. Entre les deux, une noria des funiculaires déverse des cabines ovoïdes désespérément vides (surtout hors saison) au-dessus des jardins tropicaux. Si la plupart des pavillons ont laissé place à des restaurants sans âme, le parc conserve de très beaux restes. Le Pavillon portugais (photo ci-dessus), signé Alvaro Siza est une merveilleuse prouesse avec son immense tenture en béton suspendue avec des cables métalliques. Nous avons été tellement impressionnés par cette couverture que nous n'avions même pas remarqué que les murs, couverts de céramique bleue sont une gigantesque "toilette portugaise". Le théâtre dédié à Camoes, est un jeu de volumes rouges et bleus avec un jardin d’inspiration asiatique dans lequel le promeneur avec des successions d’écrans d'eau et de couleurs. La plus populaire des attractions du site est sans doute l’Océanorium, dont on dit qu’il est le plus spectaculaire, ou, au pire, le 2e océanorium le plus spectaculaire du monde. Cette libellule métallique déploie harmonieusement ses ailes-aquariums sur les eaux troublées du Tage. Hippocampes feuillus, raies tigrées, requins panthères, la jungle sous-marine est magnifiée par les écrins cristallins imaginés par un architecte inspiré, l’américain Peter Chermayeff qui s’était déjà illustré dans la conception de l’Océanorium d’Osaka (supposé être le 1er Océanorium le plus spectaculaire du monde). 
(1) Manuélin : le terme désigne un style architectural dérivé du gothique à l’époque du roi Manuel 1er (1469-1521). Ancrée au centre du Portugal, l’architecture manuéline possède un vocabulaire décoratif d’un très grande richesse.
2000-2007, Aline Betschart, Kevork Baboyan et Gregory Buchakjian avec la complicité de Nathalie Harb (texte), Patrick Kassardjian (photos) pour Baron & Baron.  >> CONTACTEZ NOUS