| Ce récit écrit par
Kevork Baboyan est le fruit d'expériences, de rencontres et de
découvertes vécues
par l'auteur au cours de sa première année de
résidence à Port Moresby (hiver 2006 / hiver 2007). |
Toutes
les informations pratiques et bonnes adresses figurent sur notre page PORT MORESBY CITY GUIDE
|
|
| Des
collines, la mer, une presque île. Port Moresby est une ville
récente qui s’est construite à partir du XIXe
siècle, autour de deux villages sur l’eau, Hanuabada et Koki.
Port Moresby ne ressemble pas à ces mégapoles du Tiers
monde avec leurs entassements de baraques et de gratte ciels poisseux.
C’est plutôt des immeubles et des maisons parsemées dans
la verdure, entre le port, sur le versant nord, près duquel
émergent quelques tours de bureaux et ministères, et la
plage de Ela, au sud, et les belles résidences avec vue. La
photo panoramique montre une ville bien tranquille. |
| A
y voir de plus prêt, la réalité est moins
bucolique. Tout n’est que
murs, fils barbelés, grilles électrifiées, agents
de sécurité… un
paysage de peur. Immeubles et villas des quartiers chic sont
fortifiés,
les gens ont des grilles métalliques à leur
fenêtre, à moins d’être
retranchés, comme les employés de l’ambassade
australienne, dans un
compound hautement surveillé ironiquement surnommé Fort
Shit Scared,
sorte de Legoland dans lequel ils ont recréé leur petite
vie avec clubs
de sport et superettes. Le soir, à la sortie de certains lieux,
on peut
assister à des ballets étranges, comme celui des gardes
de l’Aviat Club
souvent armés d’arcs et de flèches pour protéger
les membres qui s’en
vont. Toute la vie à Port Moresby est rythmé des on dit,
des histoires
abracadabrantes et des conseils de sécurité que l’on se
voit prodiguer
par les expatriés et les locaux. On vous dit, par exemple, qu’en
cas
d’accident, il ne faut surtout pas s’arrêter (à condition
que le
véhicule soit encore en état de marche) et rouler
jusqu’à une
ambassade, un hôtel ou un autre endroit sécurisé
afin d’y trouver
refuge. |

|
Papouasie Nouvelle Guinée, Port Moresby, maison
bien... protégée
|
Un
matin, après avoir retiré de l’argent d’un
distributeur, il me
fallait, pour reprendre mon chemin, faire un virage à 180
degrés entre
les deux chaussées de l’autoroute. C’est
précisément à ce moment là
qu’un taxi m’est rentré dedans. Et ma bagnole partie dans la
rambarde
avec une roue qui s’y est explosée. Appliquant la consigne de
sécurité
citée plus haut, me voilà roulant à trois roues,
avec les débris de la
jante qui s’envolent et qui font TAKHTAKHTAKHATAK, poursuivi par le
taxi qui me fait des signes de menaces. Je me dirige vers le garage
d’un pote qui pourrait m’aider, dans le quartier de Gordons (les
ambassades tant conseillées par les oiseaux de mauvais augure
sont trop
loin). Entre-temps, la police qui a été alertée
par le bruit, s’est
lancée dans la course poursuite. N’ayant pas les moyens de se
payer un
gyrophare, elle n’est pas reconnaissable… Au lieu de stopper mon
véhicule comme toute personne civilisée, je continue ma
course folle.
Ce n’est qu’au bout d’un bon moment que je me rends compte que je suis
en effraction. A vingt mètres du garage de mon pote, les flics
hurlent,
menacent (Police ! stop !). Je m’arrête et descend du
véhicule.
« Why were you escaping from us? (Pourquoi t’échappes-tu
?) You
thought we would chop off your head? (sous entendu tu nous avez pris
pour des cannibales ?)
- No sir, it’s my colleagues briefing of not stopping after un
accident (Non, je ne me suis pas arrêté après
l’accident sur conseil de
mes collègues).
- Are you Aussie? (Etes-vous australien ?)
- No, Lebanese (non, libanais)
- Oh, very bad people ! You kill each other all the time (Vous passez
votre temps à vous entretuer!) »
Entre-temps, ils ont aussi arrêté le taxi qui n’a ni
permis, ni
assurance, ni « safety card ». Les flics se chargent de
changer ma roue
de secours pour aller au poste car on ne peut pas laisser une voiture
garée dans la rue… Ils embarquent avec moi, armés de
mitraillettes M16
« We are coming with you so that you don’t escape again (Nous
venons avec toi pour que tu ne t’échappes pas à
nouveau).» La roue de
rechange que le concessionnaire m’a refilé est tellement petite
qu’elle
touche à peine le sol. Les flics me disent donc de rouler
doucement sur
cette folle avenue qu’est Waigani Drive. Un ange passe…
|

|
| Papouasie Nouvelle
Guinée, Port Moresby, murs et barbelés |
Arrivés au poste, ou doit me rejoindre mon avocat et
ami M.H.:
« Would you like to wait inside or outside the police station?
(Préfères-tu attendre dedans ou dehors?)
- Outside (dehors)
- In this case you have to give us the key of the car (dans ce cas, tu
dois nous remettre les clés du véhicule)»
Je décide d’entrer….sinon basta pour récupérer le
char… Lorsque mon
avocat arrive, je l’entends demander de sa voix enjouée
«Where is the
white fellow? (Où est l’homme blanc ?)». Le taxi,
brandissant une King
James Bible (écrite en anglais ancien, elle a du lui être
refilée par
une de ces églises évangéliques
complètement gaga, je suis prêt à me
couper la main s’il en comprend une ligne), proclame «I am a
Christian
man! I am a very good man! (Je suis un chrétien ! Je suis un
homme bon
!)». Tout le monde discute dans tous les sens, qui en
créole, qui en
anglais, les flics ne cessent de demander si je suis un Aussie (on ne
saura jamais si c’est parce qu’un Aussie c’est plus juteux en matiere
de « caution » ou si c’est par peur de recevoir un coup de
fil de leur
puissante ambassade). Mon avocat accuse l’état de
négligence et invoque
l’absence de panneau interdisant de faire demi tour à cet
endroit, le
taxi sans papier ne sait plus qui attaquer pour réclamer
réparation…mais mon avocat lui dit : t’avais pas de permis, tu
n’es
même pas sensé te trouver sur la route, d’un point de vue
légal, t’as
aucune chance, mon pote ! (C’est beau le droit, n’est ce pas ?)
Au bout d’interminables palabres, on finit par trouver une
solution à l’amiable. Le chauffeur de taxi comprend que les
flics ne
nous laisserons pas partir sinon à moins que…à moins que
quoi ? Ben à
moins que rien…Il décide donc de saisir l’offre de mon avocat de
trouver un compromis acceptable pour nous deux, puis de prévenir
la
Police une fois un accord trouvé pour qu’elle classe l’affaire.
A la clôture des débats, le flic glisse à l’avocat
de dire à son
client (moi) qu’il (je) avait de la chance de ne pas avoir de vitres
fumées… Ayant vu qu’il (je) était blanc, ils (les flics)
ne l’ont pas
flingué (à moi). Inutile de confier qu’a ce moment j’ai
remercié le bon
dieu d’être blanc (je sais, je sais, devrais avoir honte de dire
ça
mais c’est comme ça). |

|
| Papouasie Nouvelle Guinée, Port Moresby |
| Qu’on
ne s’y méprenne pas, j’adore la Papouasie Nouvelle
Guinée et ce n’est pas un fâcheux incident qui va me faire
changer
d’avis. Et Port Moresby n’est pas, malgré tout, ce lieu infernal
qu’on
nous assène. C’est une ville de vie, de rencontres et de petits
bonheurs. Ce désastre, c’est le résultat de la situation
socio
économique du pays que les analystes comme moi examinent sur les
écrans
de leurs ordinateurs du confort de leurs petits bureaux dans la
capitale tandis que d’autres, à l’instar de ces cinq
français partis
explorer le pays en canoë, voient sur le terrain.
Abandonnés par leur
guide dès le premier jour, liés au monde par le biais
d’un téléphone
satellite, ils ont vu de leurs propres yeux la déforestation
atroce,
l’exploitation de la main d’œuvre Papoue dans ces camps d’esclavage
moderne que sont les sites ou opèrent les compagnies de bois, la
pêche
illégale par les bateaux des voisins asiatiques, l’importation
illégale
de main d’œuvre chinoise illégale qui mine les Papous..Toutes
ces
vérités abstraites qui n’étaient pour moi que des
chiffres à « cruncher
», ils les ont retrouvées gambadant gaiement dans des
recoins de la
Papouasie que j’imaginais toujours vierge de l’économie moderne
et de
sa sale gueule. Rien à redire, rien d’étonnant que dans
un tel contexte
l’exode rural se poursuit, que de plus en plus de gens sont forces
d’abandonner la terre de leurs ancêtres, que plus en plus de
jeunes
naissent et se retrouvent dans les bidonvilles,
déracinés, ne parlant
bien ni leur langue maternelle, ni l’anglais, ne sachant ni cultiver la
terre, ni intégrer le secteur formel. Oui, oui et oui, le
désoeuvrement
est la cause de la haute criminalité et de la paranoïa qui
y est
conséquente dans cette ville et de sa violence tant
décriée par les
medias bien pensants de l’Australie. Intégration /
désintégration,
fléau qui touche tout le monde. Comme les Tropos, ces anciens
expatriés, ceux qui sont là depuis trente, quarante ans
et qui ont
visiblement pété les plombs. Isolés de leur
structure sociale
occidentale sans être jamais assimilés à la
population locale – les
papous -, ils constituent un exemple intéressant (pour ne pas
dire
souvent infect) de type sociologique post colonial. Il y a pourtant des
exceptions, comme ces australiens qui ont changé de
nationalité, et de
mode de vie, qui, mariés à des papoues, sont devenu des
« papous
blancs» (1), touchant un salaire
de papou et ne possédant pas
de carte de
crédit (il n’y a que 5000 détenteurs de cartes de
crédit dans tout le
pays- expatriés exclus). |

|
| Papouasie Nouvelle Guinée, Port Moresby |
Les
rencontres du bonheur, c’est des gens comme Anis Hourani.
Le seul Papou Néo Guinéen d’origine arabe. Anis est
né à Bethlehem en
Palestine, au sein d’une famille ayant fait fortune au Mexique. Comme
de nombreux compatriotes, Anis quitta son pays dans les années
1960
pour travailler en Arabie Saoudite puis au Koweït. Lorsqu’en 1970,
son
patron Koweitien lui proposa un poste en Nouvelle Guinée ou il
comptait
établir un empire de pêche, il n’hésita pas une
seconde croyant partir
pour l’Afrique. La réalité fut bien différente et
l’éprouvante aventure
en bateau qui dura trois mois le marqua tellement qu’il jura que si
jamais il touchait terre, il ne repartirait plus. Le pays où il
toucha
effectivement terre fut la Papouasie Nouvelle Guinée et Anis ne
l’a
jamais plus quittée. Il a passé sa vie dans tout les
recoins de cette
contrée australe, travaillant pour les compagnies
minières lesquelles
faisaient appeller le «mécanicien arabe» par radio
pour qu’il aille
secourir leurs machines asphyxiées par l’humidité des
tropiques. Anis
et moi parlons en anglais (tu parles qu’on puisse se souvenir de
l’arabe quand on vit dans ce coin du monde), et puis, des fois il y a
des mots en arabe ou des expressions qui lui reviennent à
l’esprit
(mais le plus souvent c’est la traduction anglaise de ces expressions
qui lui vient a l’esprit…traductions qu’il avait du élaborer
lorsqu’il
était arrivé et qu’il ne parlait pas un traître mot
d’anglais). Mais
quand il me dit un jour alors qu’il venait de me témoigner une
fois de
plus de sa grande générosité et de sa gentillesse
« you can not steal
the camel without its rope » la je n’ai pas pu m’empêcher
de sourire…
C’est aussi Elsie Ipate que j’ai rencontrée dans une agence de
voyage alors que le Liban subissait la guerre de Juillet 2006. Elsie
fut hôtesse de l’air sur les vols historiques Suva- Beyrouth
(avec
escale à Port Moresby, Singapour et Manama) de Air Niugini qui
transportèrent les soldats Fidjiens de la Finul en 1982 à
bord des
Boeing 707 de la compagnie. Inutile de dire que les images de l’AIB
(Aéroport International de Beyrouth) en 1982 resteront à
jamais gravées
dans sa mémoire. |

|
| Papouasie Nouvelle Guinée, Port Moresby, Manu Market
|
|
Ces
rencontres,
on peut aussi les faire à Manu market. Peu
d’expatriés et encore moins de touristes y mettent les pieds.
Manu
signifie « bird », « oiseau », en langue Motu
(le Motu est la langue de
la population indigène de Port Moresby et de nombreux villages
alentours. Il s’agit donc du Marché de l’Oiseau. Ne pas me
demander
pourquoi. Je n’en ai aucune idée. J’ai longtemps cru que Manu
signifiait « bad » et me demandait pourquoi ce
marché aussi sympathique
avait un nom aussi lugubre. Je pense que la confusion est due au fait
que mes interlocuteurs remplaçaient le «r» de bird
par un coup de
glotte et prononçaient le mot bird « bi’d » ou
carrément « bid » que
j’avais cru entendre « bad » (ce qui n’est pas surprenant,
beaucoup de
mot anglais perdent leur « r » du milieu en se
créolisant ; se
pidgnisant serait peut être un terme plus approprié, ainsi
« north»
devient « not» et « market » devient «
maket » afin d’éviter ce qu’on
appelle les « consonant clusters ». Ma mésaventure
linguistique est un
bon exemple de ce qui peut arriver aux expatriés qui ne
communiquent
pas assez souvent avec les « grassroot papua new guinean »
et limitent
leur relations sociales aux élites anglophones (je plaide
coupable).
|
|
| Papouasie Nouvelle Guinée, Port Moresby, Manu Market
|
|
A
Manu Market on trouve tout ce qu’il faut pour
préparer un
festin. Les poissons viennent d’être pêchés -
regardez moi ce
magnifique thon, ce sont vraiment les meilleurs thons du monde – sont
ventilés et arrosés pour être gardés au
frais. Et ces patates douces,
ces concombres immenses mais délicieux, contrairement aux
horribles
concombres français, et ces tomates minuscules disposées
en pyramide.
Et moi, en bon arménien, je défaisais les pyramides pour
choisir mes
tomates une à une et me faisais engueuler par les marchands. Et
les
marchands avaient raison, car ils ne trompent jamais le client. Toutes
les tomates de la pyramide, y compris celles de la base, celles qui
sont bien cachées, son délicieuses. Il est vraiment
dommage que les
fruits délicieux que les Highlanders (habitants des Hautes
Terres)
cultivent et récoltent n’arrivent qu’exceptionnellement à
Port Moresby.
L’absence de routes entre la cote Sud et les Haute Terres et le
monopole d’une poignée de compagnies sur les voies maritimes
font qu’il
est soit impossible, soit trop onéreux, aux marchands d’en
commander.
Résultat, pour manger des oranges ou des fraises à Port
Moresby, il
faut acheter du congelé Australien ou Néo
Zélandais à prix d’or et
payer la « expat premium » (la taxe de l’expatrié,
considéré comme très
riche car surpayé à cause de la soi disant situation
sécuritaire)!
Mais, Manu Market reste l’endroit idéal pour s’approvisionner en
mangues, papayes (appelées ici « popo »), tapioc,
pastèques, melons,
ignames et bien sure, des betelnut (les Papous Néo
Guinéens l’appellent
buai et les francophones de la ville noix d’arec), Mais qu’est ce que
la noix d’arec ?
Comme vous pouvez l’apprendre sur la version française de
wikipedia, la noix d’arec est :
Le « fruit du palmier à bétel Areca catechu. Elle
est consommée
dans de nombreux pays d’Asie sous forme d'une préparation
à mâcher
appelée bétel. Les principes actifs contenus dans ce
fruit
appartiennent à la famille des alcaloïdes.» Chez
B&B, le bétel
evoque par contre ces vers du poète Papou Néo Guineen
Kumalau Tawali:
« Betelnut
(…)
When I chew you
You calm the waves of my
mind
You raffle the waves of
my stomach
They batter against the
reef of my belly (…) »(2)
|

|
| Papouasie Nouvelle Guinée, Port Moresby, Manu Market
|
Inutile
de vous le preciser, le buai est à la Papouasie Nouvelle
Guinée, ce que le qat est a notre Yémen, il se
mâche en famille après
le déjeuner du dimanche, avec les collègues à la
pause de 10H00, on le
mâche pour ses effets « stimulants », pour changer
d’haleine et aussi
(on s’en doutait) pour oublier sa faim. Le noyau de la noix verte est
mâché avec le « daka » (feuille de la vigne
à poivre à betel- une
espèce cousine de la vigne à poivre noir). La «
daka » est trempée dans
la « lime » qui est une substance poudreuse obtenue en
écrasant les
coraux brûlés et séchés. Et les deux sont
mastiqués simultanément.
Mélangés à la salive, le buai et la « daka
» trempé dans la lime
forment une substance pâteuse et rouge (qu’on n’avale pas sous
peine de
souffrir d’une belle diarrhée) que l’on finit par cracher. C’est
ce qui
colore les dents de certains de vos interlocuteurs et les trottoirs et
les rues de rouge sang. Si cette description ne vous tente pas, une
manière agréable de découvrir le buai est de
visionner le court-métrage
hilarant d’Emmanuel Nakarobi intitulé :
« Hands Up, Your Buai or your Life » qui raconte le
braquage d’un
vendeur de buai par deux petits truands. Le film a été
sélectionné
parmi les 20 finalistes de l’édition 2006 de « Tropfest
» le célèbre
festival du court métrage.
|

|
| Papouasie Nouvelle Guinée, Port Moresby, Manu Market
|
|
A
Manu market comme ailleurs dans la ville, les citadins sont mal
souvent mal fringués. Les gens portent presque tous des
vêtements
usagés car tout ici est importé et donc très cher
pour leur pouvoir
d’achat. C’est aussi entre autres à cause d’une loi
supposée protéger
l’industrie locale – en fait quelques industriels chinois – qui fait
que les produits textiles sont surtaxés. La Papouasie Nouvelle
Guinée
est un pays ou le protectionnisme économique sert souvent de
prétexte
pour justifier l’enrichissement de certains magnats bien
connectés au
dépens des plus pauvres. Pourtant la pauvreté absolue que
l’on retrouve
en Afrique et dans le Sous Continent Indien n’existe pas ici
heureusement et cela grâce au système wantok (de l’anglais
« one talk
», ceux qui parlent la même langue) qui agit souvent aussi
efficacement
qu’un système de filet social à l’occidentale (il y a
aussi le négatif
comme la corruption et le copinage qu’elle engendre, elle frustre aussi
ceux avides d’ascension sociale qui veulent s’enrichir mais qui
n’arrivent pas épargner car doivent « show some respect
» et soutienir
les cousins fauchés).
Le wantok system est partout vous diront ceux qui rêvent d’une
société
plus individualiste, au bas des ministères les jours de paye
gouvernementales lorsque tout les petits cousins débarquent pour
prélever leur part sur le salaire du cousin fonctionnaire. Dans
les
boites de nuit louches, lorsqu’un hurluberlu un peu
éméché touche une
frangine sans passer par les préliminaires de la
séduction, tout les
wantok se regroupent pour lui apprendre la politesse. C’est vrai, mais
le wantok c’est aussi et surtout un pays ou les orphelins n’existent
pas (bien que ça commence à changer), ou les filles
mères et leurs
enfants ne sont pas stigmatisées, ou personne n’est
laissé seul le soir
de Noël et ou surtout tout le monde mange à sa faim et
ça c’est
vraiment génial.
|

|
| Papouasie Nouvelle Guinée, Port Moresby, fête
de la Saint Laurence |
|
Wantok
devrait aussi se traduire a mon avis par « ceux avec
qui on fait la fête » (ce n’est pas la cas en ce moment) et
la fête en
Papouasie Nouvelle Guinée c’est une affaire de pro et on ne
rigole pas
comme au cours de cette soirée ou mes wantoks à moi
s’étaient
rassemblés pour assister aux chants de Noël - un mix entre
cantique
traditionnel et pop océanienne - organisés par le
Melanesian
Brotherhood, une congrégation religieuse. Lorsque les Melanesian
brothers montèrent sur l’estrade pour entonner les cantiques,
celle-ci
ne tarda pas à s’effondrer sous leur poids mais, qu’a cela ne
tienne,
droit de fête oblige, on continua à chanter sur les
décombres…
|
| (1) Qu’on ne
voit dans cette expression aucune référence a
Mikhouho-Maclay, l’homme-lune de Madang surnomme aussi le « papou
blanc ». |
| (2) Signs in the Sky, Poems
by Kumalau Tawali, Papua Pocket Poets, Port Moresby, 1970,
reedité par UPNG en 2006. |
>>
LIRE LA 2e PARTIE DU
RÉCIT DE VOYAGE : L'ENFANCE DE L'ART
|
| 2006 - 2007, Kevork Baboyan (texte et
photos) pour Baron & Baron,
tous droits réservés. >> CONTACTEZ
NOUS |
|