| Ce récit écrit par
Kevork Baboyan est le fruit d'expériences, de rencontres et de
découvertes vécues
par l'auteur au cours de sa première année de
résidence à Port Moresby (hiver 2006 / hiver 2007). |
Toutes
les informations pratiques et bonnes adresses figurent sur notre page PORT MORESBY CITY GUIDE
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Port
Moresby vit aux rythme de festivités et de rituels dont les
usages
relèvent de la fusion culturelle entre deux mondes que tout
semblait
opposer, celui des îles du Pacifique et ses croyances animistes,
et
celui des colonisateurs blancs venus, l’évangile à la
main, d’Europe et
d’Australie et des Etats-Unis. Fusion que l’on retrouve lors de la
Saint Laurence, organisées par les gens de la province d’Oro
(qui veut
dire bienvenue), de confession anglicane, et ou la messe
célébrant
l’arrivée des missionnaires blancs en Papouasie Nouvelle
Guinée est
entrecoupée et suivie de chants et de danses (les poitrines
découvertes
ne sont pas rares chez les femmes participant aux danses, souvent
même
dans l’église) qu’on appelle ici « Sing Sing »…
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| Papouasie Nouvelle Guinée, Port Moresby,
cathédrale Saint Johnspeinture murale |
Charmante
construction en bois de facture coloniale, United
Church est la plus ancienne église de Port Moresby (1890). Plus
récente
et plus grande, la cathédrale anglicane Saint Johns est
ornée (à
l’intérieur) de reliefs en bois sculpté
représentant la passion du
Christ [>> voir la galerie
d'images]. Dans un format
carré, chacune de ces images – du
Christ
devant
Pilate à la Mise au tombeau – est une transposition du
thème
évangélique dans le contexte des mers du Sud. Les figures
– y compris
le Christ – on une physionomie mélanésienne, portent des
pagnes comme
dans les peintures de Gauguin, et évoluent dans un décor
tropical entre
huttes et palmiers. Parmi les autres images, on peut noter une sainte
famille en relief et une Vierge à l’enfant en ronde bosse, avec,
dans
les deux cas, une Marie à la poitrine
généreusement dénudée. Cette
appropriation de la religion chrétienne par l’imagerie locale
que l’on
aperçoit également dans des peintures, dont une
crucifixion haute en
couleurs sur un mur extérieur ne manque pas d’émouvoir.
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| Papouasie Nouvelle Guinée, Port Moresby, Sainte
Marie, détail de façade |
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Autre
quartier, autre église. Sainte Marie des Catholiques
présente une apparence singulière avec son clocher
pyramidal s’élançant
dans les airs. Un clocher creux dont les parois sont entièrement
couvertes de fresques. La construction et son décor
relèvent d’une
typologie autochtone, celle des Maisons aux Esprits. Ces grandes
constructions que l’on trouve dans les villages ont pour double
fonction de renfermer les effigies des ancêtres et les masques
magiques
et de servir de lieu de réunion pour les habitants de sexe
masculin. Il
peut paraître surprenant que l’église catholique, qui a
longtemps
combattu, dans la mère Europe et dans les colonies, les usages
«hérétiques» relevant de la
«sorcellerie» se soit adaptée à ce point
aux coutumes locales. L’intérieur de l’église comporte
même des objets
en bois provenant de maisons aux esprits. Ces
«dérives» relevant plus
de l’ouverture sur les autres cultures que de l’autoritarisme
dogmatique ont pu être admises après le concile de Vatican
II (1965).
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| Papouasie Nouvelle Guinée, Port Moresby, Parlement
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Le
modèle Maisons aux Esprits (du Sepik) est aussi celui du
Parlement de Papouasie Nouvelle Guinée. L’imagerie de la
façade est
pleine de symboles, comme le crocodile, qui évoque les rituels
de
passage au cours desquels les jeunes reçoivent une scarification
en
forme de crocodile, l’oiseau de paradis, au dessus de la porte, un
emblème de l’état, et les poignée de la porte en
forme de percussions
Kundu, une culture des hautes terres. Dans les jardins du parlement se
trouve un monument commémoratif dédié aux morts du
Kokoda Trail. Au
cours de la seconde guerre mondiale, les australiens employaient des
papous qu’ils surnommaient « Fuzzy Wuzzy Angels » comme
brancardiers.
Nombreux y laissèrent leur vie.
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| Cargo, peinture de
Mathias Kauage |
| Les lieux publics de Port Moresby sont la vitrine d’une art
pictural et architectural qui prend ses racines dans par la culture
traditionnelle papoue, ses coutumes, ses croyances, ses
légendes. Le
plus illustre représentant est sans doute Mathias Kauage. Sa
carrière
débuta sur les trottoirs de Port Moresby, ou il exposait ses
peintures
à même la rue. Des guerriers et des chefs tribaux, des
idoles, un avion
anthropomorphe. En quoi un avion est-il un symbole sacré Papou ?
Lorsque les peuples des hautes terres virent des avions dans le ciel,
ils crurent qu’il s’agissait de machines magiques transportant des
biens envoyés à leur intention par leurs ancêtres.
L’avion est ainsi
devenu un objet de culte et les membres des cultes du cargo
allèrent
jusqu’à construire des aéroports de pacotille –
inspirés des vrais
aéroports – dans l’espoir de les accueillir. L’avion peint par
Kauage
contient des figures, un pilote coiffé de plumes comme dans les
cérémonies religieuses et des effigies peintes sur deux
niveaux
superposés de manière frontale, comme des masques. Noter
la queue ornée
d’étoiles sur fond blanc, un rappel du drapeau australien,
l’éternel
colonisateur dans ces pays du Pacifique. Kauage a aussi peint Misis
Kwin, un portrait de S.M. la reine Elisabeth en costume tribal qui
trône aujourd’hui au Palais de Buckingham. Sa Majesté le
décora de
l’Ordre De l’Empire Britannique. Et sur le trottoir qu’il occupait
naguère, en face de l’Hôtel Holiday Inn, certains de ses
wantoks
peignent et exposent, espérant accéder à la
même reconnaissance et
renommée. |

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| Papouasie Nouvelle Guinée, Port Moresby, les wantoks
de Mathias Kauage dans l'attende de la gloire |
| Le développement de l’art en Papouasie Nouvelle
Guinee a
longtemps été confiné dans une mouvance
traditionnelle, voire, parfois,
folklorique. Il fonctionne souvent pour sa valeur exotique et c’est
pour cela que les Occidentaux du Pacifique sont prêts à
l’acheter. Les
notions d’art pour l’art et d’expression libre sont encore à
leur
balbutiements. Sur le constat que malgré un potentiel certain,
aucun
artiste en Papouasie Nouvelle Guinée ne pourrait être
actuellement
qualifié d’artiste contemporain, Nicolas Garnier,
médiéviste, historien
de l’art et anthropologue a fondé la Koki Art School, une
école d’art
ouverte à tous avec l’objectif courageux de faire sortir l’art
de son
décorum tropical misérabiliste et d’aider de jeunes
artistes à prendre
conscience de leur envies propres, à développer leur
talents et a
réaliser leur potentiel. Avec un rêve à la
clé, mettre fin à
l’exclusion de la Papouasie Nouvelle Guinée du monde de l’art
contemporain. La première exposition de la Koki Art School,
organisée
sous le patronage de la Ministre aux Communautés et aux Affaires
Sociales a brisé un tabou mais aussi le monopole
qu’exerçait à ce jour
le Royal Papua Yacht Club sur le marché de l’art. Une
proposition
alternative pas vraiment au goût de tout le monde mais
très bien
accueillie chez de nombreux expatriés européens.
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| Papouasie Nouvelle Guinée, Port Moresby, 1ere
exposition à la Koki Art School |
| La Koki Art School se trouve presque en bordure de mer,
au-delà
de la
plage de Ela, lieu de promenade et de farniente
préféré des Port
Moresbiens sur lequel se déroulent, chaque année, les
spectaculaires
festivités du Hiri Moale. Koki est un marché et un
village posé sur
l’eau, entre la terre et le ciel, avec ses maisons sur pilotis. Un joli
coin de paradis, surtout vu depuis les collines ou sont nichées
de
belles demeures. En y allant pour prendre des photos, j’y ai
rencontré
deux jeunes adolescentes, filles d’un homme d’état originaire
d’une
province des hautes terres. Une rencontre avec la jeunesse
dorée…
encore que... les deux jeunes filles se sont mises à se plaindre
qu’il
n’y avait pratiquement que des blancs à habiter le quartier et
que
certains Papous des cotes, et plus particulièrement certains
Motus,
voudraient renvoyer les habitants de certains squats (souvent
originaires des Haute Terres) et que le discours de certains des hommes
politiques les représentant se radicalisait de plus en plus…
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| Papouasie Nouvelle Guinée, Port Moresby, le village
de Koki, posé sur la mer |
Le clash entre les habitants des cotes (qui se
désignent comme
Papuans cad Papous) et ceux des Haute Terres (qui se désignent
comme
New Guineans ou Highlanders) me rappelle de façon anecdotique
les
frictions entre les sunnites et les grecs orthodoxes des villes
côtières libanaises et les chiites et maronites des
montagnes (1). Mais
ici l’opposition commence par le physique: les Papuans sont souvent de
teint plus clair, ont des traits plus asiatiques (car ils comptent
souvent des austronésiens parmi leurs ancêtres) et les
cheveux plus
lisses (car leurs ancêtres se mélangèrent avec des
polynésiens). Les
Highlanders sont de teint sombre, avec des cheveux plus crépus,
et
n’ont pas de trait « asiatique ». De nombreux Papuans les
considèrent
aussi comme plus agressifs et se plaignent qu’ils envahissent leurs
régions...Ils les considèrent aussi comme «
primitifs », car leur
contact avec les Occidentaux est bien plus récent que le leur
qui
remonte au XIXeme siècle. Dans un juste retour des choses de
nombreux
highlanders méprisent les Papuans comme étant «
paresseux » (la rumeur
dit que les Highlanders sont très entrepreneurs), ne savent pas
cultiver la terre (sous entendu qu’il s’agit de vulgaires
pêcheurs
alors que les highlanders sont des agriculteurs et des jardiniers
accomplis) et vendent leurs filles aux blancs (alors que l’honneur
d’une femme highlander est sacro-saint!).
Inutile de préciser qu’aucune étude sérieuse
n’étaye ces
propos. Mais l’impression générale est que les hommes
blancs préfèrent
choisir leurs compagnes chez les populations des cotes et que les
employés des organisations internationales et des chancelleries
sont
rarement des enfants des Hautes Terres. Pour beaucoup, il ne s’agit pas
d’une coïncidence et qu’on le veuille ou pas cette discrimination
qui
ne dit pas son nom crée de nombreuses frustrations.
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| (1) Ceci est
une simplification et un pays ou l’on parle au moins 867 langues ne
saurait être réduit à cette opposition
manichéenne mais les perceptions de cette division sont
fortement ancrées et font partie de la vie quotidienne. |
>>
LIRE LA 1ere PARTIE DU
RECIT DE VOYAGE : LES RENCONTRES DU BONHEUR
|
| 2006 - 2007, Kevork Baboyan (texte et
photos) pour Baron & Baron,
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