| > AVANT PROPOS |
j'étais alors au Pakistan, en
1991, sur la route entre la Chine et la Suisse. J'avais pas mal de
peine à accepter le retour aux femmes cachées dans ce
pays.J'attendais
un visa pour l'Iran, où je suis ensuite retourné.
Mais il y avait une forte ambiance indienne! Islamabad la nuit
dégageait un charme spécial. C'était avant la
"terreur" islamiste. Et juste au début du conflit en
Yougoslavie. J'avais vu des chars à la TV locale, avec
Yougoslavie écrit sous l'écran, et je
ne comprenais rien... Je croyais que c'était des images de la
Seconde guerre mondiale!
|
|
|
|
[par Stephane Herzog]
|
Le
Pakistan n’a pas bonne presse. Mais on ne juge pas un pays à
travers ce qu’il produit de plus laid. J’ai découvert ces
territoires à l’écart des grands axes touristiques durant
l’été 1991. Je suis arrivé par le Nord, descendant
dans le pays par la Karakoram Highway, cette route qui navigue entre la
Chine
et le Pakistan, et fait basculer le voyageur d’un monde à un
autre
en deux jours de bus, à travers des paysages bouleversants.
Derrière
le col du Khunjerab, j’ai vu et aimé la vallée de la
Hunza,
peuplée de musulmans ismaïliens, dont l’attitude
détendue
m’a rappelé celle des Kabyles.
|
|
ci-dessus: Rawalpindi, gare routière
|
Plus
bas, dans la plaine, j’ai eu un choc en arrivant à Rawalpindi.
Cette ville cousine de la moderne Islamabad n’était que chaleur
et poussière. Des nuées d’hommes habillés de coton
blanc occupaient les rues. Les femmes? Cachées ou
voilées.
|
|
ci-dessus:
Rawalpindi, marché
|
Quant
à la nourriture – des lentilles et des légumes
très cuits –, elle était déprimante ...
après quatre mois de plats chinois. Pour autant, le blues de
l’atterrissage à Rawalpindi n’a pas tué tout mon
élan. J’ai apprécié les marchés nocturnes
de cette ville, qui a la forme d’un grand bazar. J’ai humé leurs
odeurs des épices et admiré les dégradés
jaunes ou couleur safran des murs du souk.
|
|
ci-dessus:
Rawalpindi
|
Appareil
en main, j’ai divagué dans la station centrale des bus, dont
l’un des bâtiments, à l’entrée, fait songer
à une création du Corbusier. Là, j’ai
admiré la beauté exubérante de ces poids lourds
fous, dont les décorations annoncent l’orgie de kitsch indienne
à venir, au-delà de
la frontière du Penjab. J’ai bu, au risque d’aggraver mon mal,
des
jus de mangues très frais, dont l’odeur et la couleur me
ravissaient.
|
|
ci-dessus:
Rawalpindi
|
Un
enfant de 12 ans rencontré dans la rue m’a guidé en
silence dans une petite mosquée. J’ai profité cette nuit
de l’air brassé par des ventilateurs installés pour la
prière, avec le sentiment d’être admis dans un lieu secret.
|
|
ci-dessus: Bamburet
|
Durant
deux mois, dans l’attente d’un visa terrestre pour l’Iran, j’ai
sillonné les routes du pays, passant de Peshawar à
Chitral. Dans cette vallée, les paysages des montagnes de
l’Afghanistan étaient romantiques. Je me suis baigné dans
des sources chaudes, au lieu dit de Birmughlast. Je me suis
reposé dans le petit village kalash de Bumburet, où des
jeunes routards s’abrutissaient d’opium. J’ai rallié enfin la
vallée de Swat, pleine d’hommes graves et
armés, où je me suis senti oppressé par ce monde
tribal,
rétif à toute intervention de l’Etat.
|
|
ci-dessus: Rawalpindi
|
J’ai
quitté le pays un jour de fournaise, dans un train lent et
nostalgique, souvenir de la partition de l’Inde et du Pakistan. Il a
emporté ma jeune personne dans le désert, vers Quetta,
puis vers la ville frontière de Zahedan. Découvrant
l’Iran, j’eus l’impression d’arriver à la maison.
|
| 1991, Stephane
Herzog (photos), 2004,Stephane Herzog
(texte), tous droits réservés www.stephane-herzog.com.
>> CONTACTEZ NOUS |
|