| > ALLER / VENIR |
| L’aéroport international de
Muscat se trouve dans la région d’Al Seeb, à l’ouest de
l’agglomération. Le trajet en taxi coûtera entre 5 et 15
rials selon la distance à parcourir. Les taxis sont assez chers
à Muscat mais indispensables à moins de disposer d’un
véhicule de location (ne pas oublier de payer les
parcmètres). Sur des parcours fréquentés, des
taxis collectifs permettent de circuler à moindre frais et de
faire des rencontres insolites. |
| > DORMIR |
Oman étant par
définition une destination chère, y aller en cherchant
à faire des économies est un peu
prométhéen. On trouve quand même, du
côté de la corniche de Mutrah des hôtels bon
marché. Les trois adresses sélectionnés ici se
situent dans le haut, voire le très haut de gamme et offrent un
cadre et des prestation qui en font plus qu’un lieu pour passer la
nuit. Les prix dépassent allègrement les 200 dollars US.
|
Le Shangri-La's Barr Al Jissah Resort & Spa
est un immense resort balnéaire totalisant 680 chambres et
suites. Tout pour ne pas plaire, a priori, aux lecteurs de Baron &
Baron. L’endroit est pourtant assez exceptionnel à plus d’un
égard. D’abord, l’emplacement: L’établissement est
situé à l’extérieur de la ville ; on y arrive par
une route serpentant entre montagne et mer dans des lacets
spectaculaires. Les clients du Shangri-La se retrouvent au bout du
monde, au flanc des montagnes grisâtres et sur les bords de
l’océan indien. La magie du lieu est sauvée par
l’étalement du resort qui permet à chacun, même
quand c’est complet de garder son intimité et de
bénéficier du calme. Les prestations sont innombrables et
partent des activités pour enfants aux bars lounge en passant
par une palette de restaurants et surtout par le Chi Spa, un de points
forts de la maison (réserver). On vous emmène à
travers un jardin dans une villa individuelle au décor exotique
et soigné dans laquelle on vous procurera des soins de grande
qualité. Tous les sens sont mis en éveil grâce
à des senteurs envoûtantes et des massages extatiques. Le
Shangri-La's Barr Al Jissah Resort & Spa est constitué de
trois hôtels reliés par les parties communes. Al Waha, le
plus familial et le plus accessible au niveau pécuniaire, Al
Bandar, qui regroupe le plus d’activités et Al Husn, le plus
exclusif, dont les espaces sont réservés aux
résidents. Dernier point, et non des moindres, ne pas manquer la
Turtle’s Beach, située en contrebas d’Al Husn, une crique
rocheuse avec des pitons aux formes torturées émergeant
des flots, un vrai endroit de rêve.
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Le Al Bustan Palace est fameux pour
son emplacement spectacylaire, sa plage et son architecture
orientalisante
centrée sur une gigantesque coupole que certains trouveront
fastueuse, d’autres kitsch. Grand luxe de la chaine InterContinental,
l'établissement a subi une rénovation de fond en comble.
|
En quelques années, The Chedi Muscat est un devenu
un mythe voire un but de voyage à Oman. Membre des Design Hotels
et des Leading Hotels of the World, The Chedi est un lieu ou tout a
été fait pour combler le client. Une architecture
minimaliste ou tout est dans le détail, un parcours à
travers des jardins enchanteurs parsemés de pergolas, de plans
d’eau, de pavillons, et de terrasses qui, la nuit, s’illuminent par les
flammes de brasiers, un mobilier ou chaque pièce a
été choisie avec soin, de l’immense lit à coussin
trônant au centre de la « tente » du hall central
sous la foret de lampes suspendues aux poignées de portes
incrustées. On voyage entre les cours et les chambres
dispersées entres ailes et pavillons, chambres qui ont la
particularité de ne compter que des lits doubles et une absence
de salle de bains puisque le lavabo, la douche et les w.c. sont des des
espaces séparés. A cela s’ajoute un service impeccable,
une cuisine généreuse et inventive, deux piscines – dont
une interdite aux moins de seize ans – carrelées de pierre
noire, une plage (décevante par rapport à celles du
Shangri-La et du Al Bustan) et un Spa tellement couru qu’il faut
réserver sa prestation un mois à l’avance.
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| > MANGER |
Le mangeur a
généralement le choix entre des cafés snacks –
notamment sur la corniche à Muttrah – proposant des grillades
à l’indienne (chicken tikka, kebab…) et des pizzas, et les
restaurants d’hôtels qui varient du simple coffee shop au
restaurant gastronomique. Deux grandes tables recommandées pour
qui veut faire un repas fastueux : Bait
Al Bahr, au Al Waha du Shangri-La's Barr Al Jissah Resort &
Spa, un restaurant de poissons en bois construit sur la plage. Un
excellent repas (les eaux de Oman offrent de magnifiques pêches)
coûtera autour de 40 USD sans compter le vin. Encore plus chic, Le restaurant au Chedi offre dans
une salle illuminée par des lustres ou dans l’intimité
d’une cour blanche quatre cuisines : indienne,
méditerranéenne, asiatique et arabe. La qualité
des plats est à la hauteur du décor, les desserts sont
fabuleux et les prix aussi (100 USD pour entrée / plat / dessert
et un verre de vin).
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| > BOIRE / DANSER |
| La nonchalance est un art de vivre
âprement cultivé par les omanais. Aller prendre une chicha
(narguilé) dans un des cafés prévus à cet
effet est une bonne introduction aux habitudes de la population locale.
Autre lieu de spectacle, les terrasses de cafés près de
l’entrée du marché de Muttarah, sur la corniche, en fin
d’après midi. |
| Prendre un verre dans un cadre plus
glamour se fera dans les palaces, à travers les patios, les
salons et la bibliothèque (réservée aux
résidents) du Chedi ou au Piano Bar du Shangri-La, vautré
dans les fauteuils blancs face à un mur lumineux tapissé
de bouteilles, sans aucun doute l’endroit le plus branché de la
ville question ambiance. On pourra s’aventurer dans les boites de
nuits, celle du Shangri-La est assez nulle, celle de l’InterContinental
plus vivante. |
| > ÉCOUTER / VOIR |
| Le sultanat d’Oman dispose d’un orchestre symphonique qui se produit
de temps en temps dans certains lieux de la capitale. Assister à
un concert de musique classique peut être une curiosité
dans ce pays ou l’on s’attendrait plus à des dans
bédouines que nous avons eu du mal à trouver. |
| > ACHETER |
| Comme leurs voisins des autres pays du
Golfe, les omanais apprécient de plus en plus le shopping dans
les galeries marchandes climatisées. Le grand marché de
Mutrah reste toutefois un must pour l’ambiance et pour acheter certains
objets incontournables comme les calottes portées par les
omanais en dessous de leur turban. Nombreux produits proviennent du
sous continent indien et sont vendus bien plus cher d’à Delhi ou
Peshawar. Dans la rubrique chic et glamour, la boutique du The Chedi
propose une superbe collection d’objets de maison et de vêtements
qui ne sont pas tous au prix astronomiques que l’on pourrait imaginer. |
|
Vol
de nuit.
L’aéroport ressemble à celui de New Delhi (vols
intérieurs) en plus clean. L’annonce du départ d’un vol
Indian Airlines à destination de Calicut, ancienne colonie arabe
au sud de Goa et la signalétique trilingue Arabe / Anglais /
Hindi n’y son pas pour rien. Mais il y a aussi cette foule qui attend
patiemment le contrôle de police, une foule bigarrée de
omanais portant leur calotte brodée, d’arabes du Golfe en
keffieh, d’indonésiennes voilées et de touristes
occidentaux qui attendent nonchalamment. Lorsque notre tour arrive,
Baron engage la conversation avec le jeune officier en charge – y-a-t-il toujours autant de monde?
conseillez vous la location de voiture ou les taxis? quel réseau
de téléphonie mobile a la meilleure couverture? ou aller
prendre un pot? – première rencontre, fort
sympathique avec ce pays. C’est aussi le cas pour le chauffeur de notre
taxi – étudiant le jour, taxi la nuit – qui fonce sur la route
vertigineuse de lacets et de précipices qui mène à
notre hôtel, le Shangri La, encastré dans un décor
de cartes postales entre mer et montagne. La chaussée est
bordée d’un dispositif destiné à la
protéger des éventuels glissements de terrains: des
pierres enserrées dans des boites à grillage
métallique, sur des kilomètres. Les architectes Herzog et
De Meuron ont fait de cet usage vernaculaire les murs de leur Dominus
Winery (1996) à Napa Valley, Californie. Après avoir pris
possession de notre chambre, nous crevons la dalle et partons explorer
le resort dont les restaurants ne servent plus. Il est une heure du
matin, nous nous enfonçons dans les fauteuils blancs du piano
bar et commandons deux Juleps. La serveuse, une belle asiatique, qui a
compris que nos ventres criaient famine, nous offre des canapés
au saumon fumé et autres delicatessen. Un client s’installe au
piano et joue des improvisations de jazz au plus grand bonheur des
noctambules.
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Oman, un cachemiri rencontré à
l'aéroport international de Seeb
|
Tintin
en Syldavie ou Alice au pays des merveilles?
Après avoir passé la matinée à
traîner sur la plage, entre la lazy
river et la superbe crique aux tortues, déserte, ou l’on
se prend pour Sean Connery attendant la sortie des eaux, entre les
concrétions rocheuses, de Ursula Andress, Baron et moi prenons
un taxi pour la vieille ville. Il est quinze heures, Muscat dort. A
Oman, les administrations travaillent jusqu’à quatorze heures –
pour un total hebdomadaire bien inférieur aux fameuses 35 heures
de la gauche française – ensuite, c’est l’heure de la sieste.
Seuls des préposés au nettoyage et au jardinage urbains –
tous originaires du sous continent indien – s’activent à tailler
les arbustes, tondre les gazons et ôter de la surface du sol le
moindre millimètre de déchet. A voir la propreté
de la voierie – que nous craignons de souiller en marchant dessus – on
imagine que ces travailleurs doivent se relayer 24 heures sur 24. Leur
activité ne fait qu’accentuer le sentiment étrange qui
nous interpelle. On se croirait dans un conte pour enfant ou tout est
beau et tout le monde est gentil. La Muscat historique est la plus
petite capitale du monde. Elle se trouve à l’est de
l’agglomération actuelle composée de plusieurs
municipalités et qui constitue la zone urbaine la plus
importante du pays. Muscat est une des plus anciennes cités de
la péninsule arabique. Elle commerçait déjà
avec les grecs avant de s’ouvrir à l’Afrique orientale et aux
Indes.
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| Oman, route montagneuse et
dispositif de protection à la
Herzog et De Meuron |
| Incrustée comme un joyau dans un écrin, la
ville est entourée de pitons rocheux surmontés de
forteresses portugaises – non accessibles au public – et s’ouvre sur la
mer. Après l’accession au pouvoir du Sultan Qabous et la
modernisation du pays qui s’en est suivie, Muscat s’est quelque peu
transformée. La ville, dans ce qu’elle comptait d’habitat et
d’habitants, a été déplacée pour laisser
place à un ensemble de palais et de ministères. Les
quartiers résidentiels anciens ont presque tous
été rasés pour être reconstruits ailleurs,
dans une cuvette elle aussi enserrée au creux des montagnes.
Quelques fragments de l’ancien tissu urbain ont été
conservés dans ce qui est devenu une capitale de parade dont la
pièce centrale est le Palais Al Alam, résidence
officielle du Sultan et siège de son diwan. Le palais est
constitué de deux ensembles bâtis séparés
par une grande cour filant vers la mer, avec au bout de la perspective
une étrange pâtisserie aux colonnes colorées. Aussi
curieux que cela puisse paraître, ces constructions, qui sont
loin d’être aussi des chefs d’œuvres, ne sont pas
spécialement désagréables. Ce qui plaide en leur
faveur est leur proportion relativement humaine et leur couleur blanche
dans un paysage marqué par le gris de montagnes et le bleu de la
mer. |
Nous nous promenons dans ce décor sans être
apostrophés par la moindre présence policière.
Armé de son Nikon, Baron photographie les lieux du pouvoir en
toute quiétude. Quand je pense encore à mon malheureux
croquis alexandrin qui m’a valu les geôles égyptiennes…
Rani, que nous retrouvons plus tard, confirme que dans ce pays les
services de sécurité sont discrets, mais efficaces.
Lui-même en a fait les frais, au retour d’une soirée ou il
avait consommé un peu de vin. Interpellé à un
contrôle d’alcootest, il fut transféré au poste de
police où il passa la nuit. Les cellules étaient
aménagées autour d’une petite cour. Le plus ancien
pensionnaire, un irakien qui était là depuis si longtemps
qu’on semblait avoir oublié la cause de son arrestation,
régnait en maître sur ce petit monde où il
s’était octroyé la meilleure cellule et maltraitait les
prévenus indo pakistanais dont il faisait ses esclaves. Notre
ami, supposé purger une peine de 48 heures, put finalement la
réduire de moitié mais dut s’acquitter d’une assez forte
amende pour conduite en état d’ébriété.
Contrairement à de nombreux moyen orientaux, les agents de
police étaient corrects, courtois et incorruptibles.
|

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| Oman, la vieille ville de Muscat |
Une
des maisons anciennes de la vieille / nouvelle ville de Muscat a avoir
été conservée est Beit Zubair. On en a fait un
musée ou sont exposés des objets divers – métaux,
armes, costumes etc. – et des photographies historiques. Les photos
sont toujours présentées par deux. Une photo avant, une
photo après. Avant et après quoi? L’arrivée du
Sultan Qabous. Les photos «avant» présentent un pays
pauvre, désorganisé, dépouillé de tout
éclat, tandis que celles «après» font
l’inventaire des développements acquis depuis 1970. C’est ainsi
que fonctionne la mémoire de ce pays et c’est en tout cas ce qui
ressort de la visite de ce musée. Un muséologue
français, avec qui nous discuterons le lendemain autour d’un
excellent poisson cuisiné à la façon de Madras,
nous expliquera les enjeux de son métier. A quoi sert un
musée, à qui s’adresse-t-il, que veut-on raconter et
à qui? Lui-même, actuellement en mission à Oman, a
travaillé sur des projets aussi divers que le
réaménagement du Museum d’Histoire Naturelle et du
Conservatoire des Arts et Métiers à Paris que le film La forteresse assiégé
(2006) de Gérard Mordillat, une fiction documentaire explorant
la guerre franco prussienne de 1870.
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Oman, le port de Mutrah
|
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A
quelques petits
kilomètres de la nouvelle / vieille Muscat, un taxi collectif
nous
emmène, le long d’une route longeant la mer, à Mutrah.
Mutrah (ou
Mutarrah ou Matrah) est la plus importante ville portuaire du Sultanat
d’Oman. Une corniche, boulevard de front de mer a été
aménagée par le
Sultan Qabous, épousant la courbe de la baie, au pied des
collines,
comme un Rio de Janeiro miniature, avec à la place du Christ
Roi, une
curieuse construction blanche – genre maison pour extraterrestres dans
les séries Z des années 1960 – représentant un
encensoir géant. La
religion musulmane n’appréciant pas spécialement la
statuaire
figurative pour orner paysages urbains et places publiques, les pays
arabes ont développé un langage fascinant d’objets en
représentation
formant un hybride entre le monument et le mobilier urbain. On trouve
inévitablement, ici, comme à Djedda ou en Tunisie, ces
inévitables
récipients – carafes, poteries. Un autre rond point, près
de l’Hôtel Al
Bustan, est meublé par un vrai bateau, le Sohar. Ce dernier,
comme
l’encensoir surplombant la baie de Mutrah, rappelle la vocation du pays
vers les voyages et les routes commerciales.
|

|
| Oman, Muscat, sur la corniche, à Mutrah |
|
A
Mutrah, tout
parle de voyage. Au centre de la baie, le port, ou cohabitent boutres
traditionnels en bois, cargos porte conteneurs, vedettes de la marine
omanaise et le Fulk al Salamah, le yacht du sultan portant les armes du
pays sur sa cheminée. Le long de la corniche, outre les bancs,
des
petits pavillons couverts ont été aménagés
pour permettre aux gens de
glander en toute quiétude en regardant les allées et
venues des
navires. La nonchalance et le farniente sont un art de vivre qui se
pratique aussi sur les terrasses des cafés, de l’autre
côté du
trottoir, en sirotant un excellent jus de mangue ou en s’aventurant
dans un poulet tandoori. Face à la mer, une série de
belles maisons
blanches déploient des façades ouvragées et
élégantes. Elles ont été
construites par des commerçants (indiens?). Non loin de
là, une mosquée
à la façade couverte de céramiques vernies bleues
rappelle un peu les
couleurs iraniennes. Elle marque l’entrée d’un quartier
résidentiel,
celui des Lawatiya, une
communauté originaire de ce pays.
|

|
la quiétude des omanais
|
|
Le
quartier des Lawatiya est
une poche entourée de murs accessible par une unique porte
donnant sur la corniche sur laquelle il est écrit, en arabe:
«Les frères sont
priés de ne pas stationner au milieu de la grande porte afin de
faciliter l’opération d’entrée et de sortie de l’enclos
des Lawatiya» (plus les formules habituelles de
politesse). Les ruelles sont très étroites et forment un
dédale étonnamment structuré avec des passages
ouvrant sur des placettes, des impasses et des artères
principales. Les maisons appartiennent à différents
styles et différentes époques. Il est difficile de donner
un age à cet ensemble tant il est à la fois vieux et
renouvelé. A quelques exceptions près, les bâtisses
de deux trois étages sont habitées et bien entretenues.
Dans un îlot isolé, des pigeonniers ont été
installés sur les terrasses. Du moins on le suppose, vu la
quantité de volatiles et l’état du sol couvert de
fientes.
|

|
| Oman, Muscat, le quartier des Lawatiya, à Mutrah
|
|
Alors
que le quartier des Lawatiya est une membrane que l’on
pénètre presque par effraction, et ou l’on est un intrus,
le souk voisin, est, tout au contraire, le grand théâtre
de la vie urbaine. Aménagé autour d’une grande galerie
centrale récemment construite dans un style oriental à
l’ancienne, le souk est cet endroit magique où se
déversent les marchandises venues de tous les orients. Encens,
parfums, épices, tissus, métaux, cannes, bijoux et autres
merveilles sont vendus dans des échoppes tenues par des
marchands souvent issus du sous continent indien. Lieu de rencontres et
d’échanges, le souk s’est mué en attraction touristique
par excellence. Tandis que les hommes d’ici s’échangent
salutations - les visages, face à face, se touchent au niveau du
front et du nez – et autres civilités, le voyageur est
incessamment interpellé pour admirer un khanjar –
poignard tribal ciselé – ou des tee shirts kitsch. On pourra
faire l’essayage de la fameuse coiffure qu’arborent les hommes d’ici et
qui est composée d’une calotte ou bonnet recouverte d’un turban.
Pour la calottes, sachez qu’il y a différentes qualité –
machine ou fait main – et que les omanais la commandent sur mesure avec
les motifs et les couleurs établis. Le turban quand a lui est
une étoffe qui vient s’enrouler autour de la calotte
déjà posée sur la tête du porteur. L’usage
du turban donne à la coiffure un aspect
cérémonieux tandis que la calotte seule est portée
dans un contexte plutôt «décontracté».
|

|
| Oman, Muscat, le quartier des Lawatiya, à Mutrah
|
Il
nous faut malheureusement partir, car l’heure de notre rendez vous au
Chi Spa du Shangri La approche. Après y être accueillis
comme des rois, nous quittons le salon et traversons un jardin
intérieur au bout duquel se trouvent des villas. Chaque villa
est, le temps de son traitement, l’espace privé et exclusif du
patient, un espace ou tout a été pensé…
lumière, couleurs, matériaux, sonorités, senteurs.
Etendu sur le lit de massage je me retrouve entre les mains de cette
femme forte et habile. Mon corps est enduit d’huiles parfumées
pour un traitement supposé révéler un
équilibre du Yin et du Yang selon la chiromancie chinoise. Je ne
comprends rien à tout ça mais je plonge dans un
état de bien être parfois euphorique et me laisse
totalement abandonner. Au bout d’une heure, la masseuse se penche sur
moi et me demande : «vous vous
sentez bien?». Aucune réaction. Je ne dis rien, je
ne bronche pas, je ne bouge pas. Je suis comme vidé de tout,
comme si mon esprit s’était détaché de mon
enveloppe corporelle.
|

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Oman, Muscat, mosquée sultan Qabous
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C’est
sur une note très positive que nous quittons le Shangri La pour
passer notre dernière nuit au Chedi. En chemin, nous demandons
au taxi de nous emmener à la mosquée du Sultan Qabous, le
plus grand lieu de culte du pays. Le sultanat d’Oman est un pays dont
la population est majoritairement musulmane ibadite, une branche issue
du kharjisme qui s’est développée une cinquantaine
d’années après la mort du prophète Mohamed.
Indépendant du chiisme et du sunnisme, l’ibadisme est
également présent en Afrique du Nord, notamment dans le
Mzab algérien et sur l’île de Djerba. Achevée au
début des années 2000, la mosquée du Sultan
constitue en quelque sorte un sanctuaire privilégié pour
cette doctrine. L’édifice s’étale sur un vaste terrain et
se fait remarquer par ses cinq minarets – symbolisant les cinq piliers
de l’islam – et sa coupole à caissons haute de cinquante
mètres. Certains critiqueront la lourdeur des proportions ou les
excès décoratifs comme le gigantesque lustre suspendu
à la coupole, la mosquée reste un ouvrage impressionnant
avec de belles prouesses de maçonnerie et d’intéressants
jeux d’ombre et de lumière. Arrivés en milieu de
journée, nous nous voyons interdire l’entrée, les heures
de visites ne s’étalant que de 8h à 11h00. Cela
n’empêche pas Baron de discuter avec les gardes et d’obtenir,
outre l’accès à une partie de l’immense cour centrale, un
relevé photographique par procuration. Il a en effet
confié sa caméra à un officier qui s’est
chargé de prendre des photos pour nous.
|

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| Oman, Muscat, mosquée sultan Qabous |
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Cette
visite virtuelle inédite préludait notre arrivé au
Chedi, ce fameux hôtel qui constitue un peu le but du voyage.
Construit dans un site beaucoup moins grandiose que celui du Shangri
La, le Chedi est, vu de l’extérieur, sobre et blanc. A
l’entrée, deux comptoirs de réception / concierge se font
face dans un espace très étroit aux très hauts
plafonds. Derrière chaque comptoir, s’étend tout en
hauteur un moucharabieh en bois. Le hall de l’hôtel est une cour
carrée couverte d’une tente, avec, en son centre, un immense lit
de près de dix mètres par dix surmonté d’un lustre
composé de câbles auxquels sont suspendus, à
différentes hauteurs, des lampions cylindriques colorés.
Un préposé stylé nous emmène à notre
chambre, superbe par sa son minimalisme et le soin des détails
et des matériaux. Comme le Chedi s’adresse à une
clientèle de couples aisés qui viennent s’adonner
à l’hédonisme, il n’y a pas de chambres à lits
séparés ! Promenade à travers les espaces de
l’hôtel, comme le jardin d’eau aménagé avec des
bassins parsemés d’arbustes et de pavillons, une
réinterprétation contemporaine des jardins Moghols de
Shalimar, à Lahore. Déjeuner au bord de la piscine, ou
nous rencontrons une faune glamour : ce couple venu d’Allemagne – elle
est arabe, il est black, elle se plaint de l’hôtel, il rigole -
ou cette femme asiatique sublime et terriblement sexy – plus jolie et
moins vulgaire que notre Haifa Wehbé nationale -
déambulant et distribuant des sourires ravageurs. Après
le repas, nous la revoyons affalée sur un des ces lits dans la
lecture d’un livre sur Venise, avant que ne vienne se vautrer dans ses
bras un beau blond. Un peu plus tard, le couple devait être
rejoint par une gouvernante emmenant une petite fille d’un an, adorable
eurasienne fruit de cette union cosmopolite. La piscine a la
particularité d’être en carreaux noirs, une couleur assez
inhabituelle mais ici du plus bel effet. Elle est surplombée par
des voiles blancs suspendus à des mats alignés qui
complètent l’élégance du dispositif. Alors que le
soleil se couche, je reste à traîner seul dans cet endroit
magique, avant de parcourir les labyrinthes de haies, les cours
intérieures qui s’illuminent de petites lanternes, la
bibliothèque ou des anglais sirotent un brandy en feuilletant
des livres de design édités par Phaidon. Au jardin de
feu, une terrasse où crépite une demi douzaine de
brasiers, je commande un thé au jasmin qui contribue, avec les
flammes, de me réchauffer d’un froid pourtant inexistant.
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| Oman, Muscat, The Chedi |
Le lendemain matin, à l’aéroport de Muscat,
nous apprenons que notre avion est surbooké à cause d’un
autre vol annulé. En conséquence, nous sommes
surclassés. Après une brève attente dans le
terminal avec de beaux cachemiris enturbannés et des
indonésiennes à qui le voile ne va
décidément pas, nous embarquons en classe affaire ou une
seule passagère est installée, une femme sans doute
originaire de la corne de l’Afrique, avec un visage extrêmement
typé, un peu à la Grace Jones, et des mains
peinturlurées au henné. Tout à coup, entre un
passager en qui semble particulièrement perdu. A bien y
regarder, il est aveugle. Une femme arrive à son tour, aussi
aveugle que lui, est s’assied à côté de Grace
Jones. Et ainsi de suite, toute la cabine de la classe affaires se
remplit d’aveugles voyageant en groupe et accompagnés de deux
guides. C’est d’autant plus troublant, que les jours
précédents, nous avions rencontré pas mal de
nains, mais en ordre séparé. A l’atterrissage, je suis le
premier passager à descendre de l’avion. Seul dans la passerelle
reliant l’appareil à l’aérogare, je me retourne et
reçois cette vision incroyable, tous ces aveugles titubant dans
ce boyau, en percutant presque les parois, à la recherche de
leur chemin. Et je revois cette peinture de Pierre Bruegel l’ancien, la Parabole des aveugles, dont
c’est le titre anglais qui me vient d’abord à l’esprit, The blind leading the blind.
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| 2006-2009, Gregory Buchakjian (texte
et illustrations), Patrick Kassardjian (photos) pour Baron & Baron,
tous droits réservés.
Merci à Rani Boustany pour nous avoir fait
découvrir la ville >> CONTACTEZ
NOUS |
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