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> ALLER / VENIR
L’aéroport international de Muscat se trouve dans la région d’Al Seeb, à l’ouest de l’agglomération. Le trajet en taxi coûtera entre 5 et 15 rials selon la distance à parcourir. Les taxis sont assez chers à Muscat mais indispensables à moins de disposer d’un véhicule de location (ne pas oublier de payer les parcmètres). Sur des parcours fréquentés, des taxis collectifs permettent de circuler à moindre frais et de faire des rencontres insolites.
> DORMIR
Oman étant par définition une destination chère, y aller en cherchant à faire des économies est un peu prométhéen. On trouve quand même, du côté de la corniche de Mutrah des hôtels bon marché. Les trois adresses sélectionnés ici se situent dans le haut, voire le très haut de gamme et offrent un cadre et des prestation qui en font plus qu’un lieu pour passer la nuit. Les prix dépassent allègrement les 200 dollars US.
Le Shangri-La's Barr Al Jissah Resort & Spa est un immense resort balnéaire totalisant 680 chambres et suites. Tout pour ne pas plaire, a priori, aux lecteurs de Baron & Baron. L’endroit est pourtant assez exceptionnel à plus d’un égard. D’abord, l’emplacement: L’établissement est situé à l’extérieur de la ville ; on y arrive par une route serpentant entre montagne et mer dans des lacets spectaculaires. Les clients du Shangri-La se retrouvent au bout du monde, au flanc des montagnes grisâtres et sur les bords de l’océan indien. La magie du lieu est sauvée par l’étalement du resort qui permet à chacun, même quand c’est complet de garder son intimité et de bénéficier du calme. Les prestations sont innombrables et partent des activités pour enfants aux bars lounge en passant par une palette de restaurants et surtout par le Chi Spa, un de points forts de la maison (réserver). On vous emmène à travers un jardin dans une villa individuelle au décor exotique et soigné dans laquelle on vous procurera des soins de grande qualité. Tous les sens sont mis en éveil grâce à des senteurs envoûtantes et des massages extatiques. Le Shangri-La's Barr Al Jissah Resort & Spa est constitué de trois hôtels reliés par les parties communes. Al Waha, le plus familial et le plus accessible au niveau pécuniaire, Al Bandar, qui regroupe le plus d’activités et Al Husn, le plus exclusif, dont les espaces sont réservés aux résidents. Dernier point, et non des moindres, ne pas manquer la Turtle’s Beach, située en contrebas d’Al Husn, une crique rocheuse avec des pitons aux formes torturées émergeant des flots, un vrai endroit de rêve.
Le Al Bustan Palace est fameux pour son emplacement spectacylaire, sa plage et son architecture orientalisante centrée sur une gigantesque coupole que certains trouveront fastueuse, d’autres kitsch. Grand luxe de la chaine InterContinental, l'établissement a subi une rénovation de fond en comble.
En quelques années, The Chedi Muscat est un devenu un mythe voire un but de voyage à Oman. Membre des Design Hotels et des Leading Hotels of the World, The Chedi est un lieu ou tout a été fait pour combler le client. Une architecture minimaliste ou tout est dans le détail, un parcours à travers des jardins enchanteurs parsemés de pergolas, de plans d’eau, de pavillons, et de terrasses qui, la nuit, s’illuminent par les flammes de brasiers, un mobilier ou chaque pièce a été choisie avec soin, de l’immense lit à coussin trônant au centre de la « tente » du hall central sous la foret de lampes suspendues aux poignées de portes incrustées. On voyage entre les cours et les chambres dispersées entres ailes et pavillons, chambres qui ont la particularité de ne compter que des lits doubles et une absence de salle de bains puisque le lavabo, la douche et les w.c. sont des des espaces séparés. A cela s’ajoute un service impeccable, une cuisine généreuse et inventive, deux piscines – dont une interdite aux moins de seize ans – carrelées de pierre noire, une plage (décevante par rapport à celles du Shangri-La et du Al Bustan) et un Spa tellement couru qu’il faut réserver sa prestation un mois à l’avance.
> MANGER
Le mangeur a généralement le choix entre des cafés snacks – notamment sur la corniche à Muttrah – proposant des grillades à l’indienne (chicken tikka, kebab…) et des pizzas, et les restaurants d’hôtels qui varient du simple coffee shop au restaurant gastronomique. Deux grandes tables recommandées pour qui veut faire un repas fastueux : Bait Al Bahr, au Al Waha du Shangri-La's Barr Al Jissah Resort & Spa, un restaurant de poissons en bois construit sur la plage. Un excellent repas (les eaux de Oman offrent de magnifiques pêches) coûtera autour de 40 USD sans compter le vin. Encore plus chic, Le restaurant au Chedi offre dans une salle illuminée par des lustres ou dans l’intimité d’une cour blanche quatre cuisines : indienne, méditerranéenne, asiatique et arabe. La qualité des plats est à la hauteur du décor, les desserts sont fabuleux et les prix aussi (100 USD pour entrée / plat / dessert et un verre de vin).
> BOIRE / DANSER
La nonchalance est un art de vivre âprement cultivé par les omanais. Aller prendre une chicha (narguilé) dans un des cafés prévus à cet effet est une bonne introduction aux habitudes de la population locale. Autre lieu de spectacle, les terrasses de cafés près de l’entrée du marché de Muttarah, sur la corniche, en fin d’après midi.  
Prendre un verre dans un cadre plus glamour se fera dans les palaces, à travers les patios, les salons et la bibliothèque (réservée aux résidents) du Chedi ou au Piano Bar du Shangri-La, vautré dans les fauteuils blancs face à un mur lumineux tapissé de bouteilles, sans aucun doute l’endroit le plus branché de la ville question ambiance. On pourra s’aventurer dans les boites de nuits, celle du Shangri-La est assez nulle, celle de l’InterContinental plus vivante.  
> ÉCOUTER / VOIR
Le sultanat d’Oman dispose d’un orchestre symphonique qui se produit de temps en temps dans certains lieux de la capitale. Assister à un concert de musique classique peut être une curiosité dans ce pays ou l’on s’attendrait plus à des dans bédouines que nous avons eu du mal à trouver.
> ACHETER
Comme leurs voisins des autres pays du Golfe, les omanais apprécient de plus en plus le shopping dans les galeries marchandes climatisées. Le grand marché de Mutrah reste toutefois un must pour l’ambiance et pour acheter certains objets incontournables comme les calottes portées par les omanais en dessous de leur turban. Nombreux produits proviennent du sous continent indien et sont vendus bien plus cher d’à Delhi ou Peshawar. Dans la rubrique chic et glamour, la boutique du The Chedi propose une superbe collection d’objets de maison et de vêtements qui ne sont pas tous au prix astronomiques que l’on pourrait imaginer.
Vol de nuit.
L’aéroport ressemble à celui de New Delhi (vols intérieurs) en plus clean. L’annonce du départ d’un vol Indian Airlines à destination de Calicut, ancienne colonie arabe au sud de Goa et la signalétique trilingue Arabe / Anglais / Hindi n’y son pas pour rien. Mais il y a aussi cette foule qui attend patiemment le contrôle de police, une foule bigarrée de omanais portant leur calotte brodée, d’arabes du Golfe en keffieh, d’indonésiennes voilées et de touristes occidentaux qui attendent nonchalamment. Lorsque notre tour arrive, Baron engage la conversation avec le jeune officier en charge – y-a-t-il toujours autant de monde? conseillez vous la location de voiture ou les taxis? quel réseau de téléphonie mobile a la meilleure couverture? ou aller prendre un pot?  – première rencontre, fort sympathique avec ce pays. C’est aussi le cas pour le chauffeur de notre taxi – étudiant le jour, taxi la nuit – qui fonce sur la route vertigineuse de lacets et de précipices qui mène à notre hôtel, le Shangri La, encastré dans un décor de cartes postales entre mer et montagne. La chaussée est bordée d’un dispositif destiné à la protéger des éventuels glissements de terrains: des pierres enserrées dans des boites à grillage métallique, sur des kilomètres. Les architectes Herzog et De Meuron ont fait de cet usage vernaculaire les murs de leur Dominus Winery (1996) à Napa Valley, Californie. Après avoir pris possession de notre chambre, nous crevons la dalle et partons explorer le resort dont les restaurants ne servent plus. Il est une heure du matin, nous nous enfonçons dans les fauteuils blancs du piano bar et commandons deux Juleps. La serveuse, une belle asiatique, qui a compris que nos ventres criaient famine, nous offre des canapés au saumon fumé et autres delicatessen. Un client s’installe au piano et joue des improvisations de jazz au plus grand bonheur des noctambules.
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Oman, un cachemiri rencontré à l'aéroport international de Seeb
Tintin en Syldavie ou Alice au pays des merveilles?
Après avoir passé la matinée à traîner sur la plage, entre la lazy river et la superbe crique aux tortues, déserte, ou l’on se prend pour Sean Connery attendant la sortie des eaux, entre les concrétions rocheuses, de Ursula Andress, Baron et moi prenons un taxi pour la vieille ville. Il est quinze heures, Muscat dort. A Oman, les administrations travaillent jusqu’à quatorze heures – pour un total hebdomadaire bien inférieur aux fameuses 35 heures de la gauche française – ensuite, c’est l’heure de la sieste. Seuls des préposés au nettoyage et au jardinage urbains – tous originaires du sous continent indien – s’activent à tailler les arbustes, tondre les gazons et ôter de la surface du sol le moindre millimètre de déchet. A voir la propreté de la voierie – que nous craignons de souiller en marchant dessus – on imagine que ces travailleurs doivent se relayer 24 heures sur 24. Leur activité ne fait qu’accentuer le sentiment étrange qui nous interpelle. On se croirait dans un conte pour enfant ou tout est beau et tout le monde est gentil. La Muscat historique est la plus petite capitale du monde. Elle se trouve à l’est de l’agglomération actuelle composée de plusieurs municipalités et qui constitue la zone urbaine la plus importante du pays. Muscat est une des plus anciennes cités de la péninsule arabique. Elle commerçait déjà avec les grecs avant de s’ouvrir à l’Afrique orientale et aux Indes.


Oman, route montagneuse et dispositif de protection à la Herzog et De Meuron
Incrustée comme un joyau dans un écrin, la ville est entourée de pitons rocheux surmontés de forteresses portugaises – non accessibles au public – et s’ouvre sur la mer. Après l’accession au pouvoir du Sultan Qabous et la modernisation du pays qui s’en est suivie, Muscat s’est quelque peu transformée. La ville, dans ce qu’elle comptait d’habitat et d’habitants, a été déplacée pour laisser place à un ensemble de palais et de ministères. Les quartiers résidentiels anciens ont presque tous été rasés pour être reconstruits ailleurs, dans une cuvette elle aussi enserrée au creux des montagnes. Quelques fragments de l’ancien tissu urbain ont été conservés dans ce qui est devenu une capitale de parade dont la pièce centrale est le Palais Al Alam, résidence officielle du Sultan et siège de son diwan. Le palais est constitué de deux ensembles bâtis séparés par une grande cour filant vers la mer, avec au bout de la perspective une étrange pâtisserie aux colonnes colorées. Aussi curieux que cela puisse paraître, ces constructions, qui sont loin d’être aussi des chefs d’œuvres, ne sont pas spécialement désagréables. Ce qui plaide en leur faveur est leur proportion relativement humaine et leur couleur blanche dans un paysage marqué par le gris de montagnes et le bleu de la mer.
Nous nous promenons dans ce décor sans être apostrophés par la moindre présence policière. Armé de son Nikon, Baron photographie les lieux du pouvoir en toute quiétude. Quand je pense encore à mon malheureux croquis alexandrin qui m’a valu les geôles égyptiennes… Rani, que nous retrouvons plus tard, confirme que dans ce pays les services de sécurité sont discrets, mais efficaces. Lui-même en a fait les frais, au retour d’une soirée ou il avait consommé un peu de vin. Interpellé à un contrôle d’alcootest, il fut transféré au poste de police où il passa la nuit. Les cellules étaient aménagées autour d’une petite cour. Le plus ancien pensionnaire, un irakien qui était là depuis si longtemps qu’on semblait avoir oublié la cause de son arrestation, régnait en maître sur ce petit monde où il s’était octroyé la meilleure cellule et maltraitait les prévenus indo pakistanais dont il faisait ses esclaves. Notre ami, supposé purger une peine de 48 heures, put finalement la réduire de moitié mais dut s’acquitter d’une assez forte amende pour conduite en état d’ébriété. Contrairement à de nombreux moyen orientaux, les agents de police étaient corrects, courtois et incorruptibles.

Oman, la vieille ville de Muscat
Une des maisons anciennes de la vieille / nouvelle ville de Muscat a avoir été conservée est Beit Zubair. On en a fait un musée ou sont exposés des objets divers – métaux, armes, costumes etc. – et des photographies historiques. Les photos sont toujours présentées par deux. Une photo avant, une photo après. Avant et après quoi? L’arrivée du Sultan Qabous. Les photos «avant» présentent un pays pauvre, désorganisé, dépouillé de tout éclat, tandis que celles «après» font l’inventaire des développements acquis depuis 1970. C’est ainsi que fonctionne la mémoire de ce pays et c’est en tout cas ce qui ressort de la visite de ce musée. Un muséologue français, avec qui nous discuterons le lendemain autour d’un excellent poisson cuisiné à la façon de Madras, nous expliquera les enjeux de son métier. A quoi sert un musée, à qui s’adresse-t-il, que veut-on raconter et à qui? Lui-même, actuellement en mission à Oman, a travaillé sur des projets aussi divers que le réaménagement du Museum d’Histoire Naturelle et du Conservatoire des Arts et Métiers à Paris que le film La forteresse assiégé (2006) de Gérard Mordillat, une fiction documentaire explorant la guerre franco prussienne de 1870.
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Oman, le port de Mutrah

A quelques petits kilomètres de la nouvelle / vieille Muscat, un taxi collectif nous emmène, le long d’une route longeant la mer, à Mutrah. Mutrah (ou Mutarrah ou Matrah) est la plus importante ville portuaire du Sultanat d’Oman. Une corniche, boulevard de front de mer a été aménagée par le Sultan Qabous, épousant la courbe de la baie, au pied des collines, comme un Rio de Janeiro miniature, avec à la place du Christ Roi, une curieuse construction blanche – genre maison pour extraterrestres dans les séries Z des années 1960 – représentant un encensoir géant. La religion musulmane n’appréciant pas spécialement la statuaire figurative pour orner paysages urbains et places publiques, les pays arabes ont développé un langage fascinant d’objets en représentation formant un hybride entre le monument et le mobilier urbain. On trouve inévitablement, ici, comme à Djedda ou en Tunisie, ces inévitables récipients – carafes, poteries. Un autre rond point, près de l’Hôtel Al Bustan, est meublé par un vrai bateau, le Sohar. Ce dernier, comme l’encensoir surplombant la baie de Mutrah, rappelle la vocation du pays vers les voyages et les routes commerciales.

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Oman, Muscat, sur la corniche, à Mutrah

A Mutrah, tout parle de voyage. Au centre de la baie, le port, ou cohabitent boutres traditionnels en bois, cargos porte conteneurs, vedettes de la marine omanaise et le Fulk al Salamah, le yacht du sultan portant les armes du pays sur sa cheminée. Le long de la corniche, outre les bancs, des petits pavillons couverts ont été aménagés pour permettre aux gens de glander en toute quiétude en regardant les allées et venues des navires. La nonchalance et le farniente sont un art de vivre qui se pratique aussi sur les terrasses des cafés, de l’autre côté du trottoir, en sirotant un excellent jus de mangue ou en s’aventurant dans un poulet tandoori. Face à la mer, une série de belles maisons blanches déploient des façades ouvragées et élégantes. Elles ont été construites par des commerçants (indiens?). Non loin de là, une mosquée à la façade couverte de céramiques vernies bleues rappelle un peu les couleurs iraniennes. Elle marque l’entrée d’un quartier résidentiel, celui des Lawatiya, une communauté originaire de ce pays.


la quiétude des omanais

Le quartier des Lawatiya est une poche entourée de murs accessible par une unique porte donnant sur la corniche sur laquelle il est écrit, en arabe: «Les frères sont priés de ne pas stationner au milieu de la grande porte afin de faciliter l’opération d’entrée et de sortie de l’enclos des Lawatiya» (plus les formules habituelles de politesse). Les ruelles sont très étroites et forment un dédale étonnamment structuré avec des passages ouvrant sur des placettes, des impasses et des artères principales. Les maisons appartiennent à différents styles et différentes époques. Il est difficile de donner un age à cet ensemble tant il est à la fois vieux et renouvelé. A quelques exceptions près, les bâtisses de deux trois étages sont habitées et bien entretenues. Dans un îlot isolé, des pigeonniers ont été installés sur les terrasses. Du moins on le suppose, vu la quantité de volatiles et l’état du sol couvert de fientes.


Oman, Muscat, le quartier des Lawatiya, à Mutrah

Alors que le quartier des Lawatiya est une membrane que l’on pénètre presque par effraction, et ou l’on est un intrus, le souk voisin, est, tout au contraire, le grand théâtre de la vie urbaine. Aménagé autour d’une grande galerie centrale récemment construite dans un style oriental à l’ancienne, le souk est cet endroit magique où se déversent les marchandises venues de tous les orients. Encens, parfums, épices, tissus, métaux, cannes, bijoux et autres merveilles sont vendus dans des échoppes tenues par des marchands souvent issus du sous continent indien. Lieu de rencontres et d’échanges, le souk s’est mué en attraction touristique par excellence. Tandis que les hommes d’ici s’échangent salutations - les visages, face à face, se touchent au niveau du front et du nez – et autres civilités, le voyageur est incessamment interpellé pour admirer un khanjar – poignard tribal ciselé – ou des tee shirts kitsch. On pourra faire l’essayage de la fameuse coiffure qu’arborent les hommes d’ici et qui est composée d’une calotte ou bonnet recouverte d’un turban. Pour la calottes, sachez qu’il y a différentes qualité – machine ou fait main – et que les omanais la commandent sur mesure avec les motifs et les couleurs établis. Le turban quand a lui est une étoffe qui vient s’enrouler autour de la calotte déjà posée sur la tête du porteur. L’usage du turban donne à la coiffure un aspect cérémonieux tandis que la calotte seule est portée dans un contexte plutôt «décontracté».

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Oman, Muscat, le quartier des Lawatiya, à Mutrah
Il nous faut malheureusement partir, car l’heure de notre rendez vous au Chi Spa du Shangri La approche. Après y être accueillis comme des rois, nous quittons le salon et traversons un jardin intérieur au bout duquel se trouvent des villas. Chaque villa est, le temps de son traitement, l’espace privé et exclusif du patient, un espace ou tout a été pensé… lumière, couleurs, matériaux, sonorités, senteurs. Etendu sur le lit de massage je me retrouve entre les mains de cette femme forte et habile. Mon corps est enduit d’huiles parfumées pour un traitement supposé révéler un équilibre du Yin et du Yang selon la chiromancie chinoise. Je ne comprends rien à tout ça mais je plonge dans un état de bien être parfois euphorique et me laisse totalement abandonner. Au bout d’une heure, la masseuse se penche sur moi et me demande : «vous vous sentez bien?». Aucune réaction. Je ne dis rien, je ne bronche pas, je ne bouge pas. Je suis comme vidé de tout, comme si mon esprit s’était détaché de mon enveloppe corporelle.
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Oman, Muscat, mosquée sultan Qabous

C’est sur une note très positive que nous quittons le Shangri La pour passer notre dernière nuit au Chedi. En chemin, nous demandons au taxi de nous emmener à la mosquée du Sultan Qabous, le plus grand lieu de culte du pays. Le sultanat d’Oman est un pays dont la population est majoritairement musulmane ibadite, une branche issue du kharjisme qui s’est développée une cinquantaine d’années après la mort du prophète Mohamed. Indépendant du chiisme et du sunnisme, l’ibadisme est également présent en Afrique du Nord, notamment dans le Mzab algérien et sur l’île de Djerba. Achevée au début des années 2000, la mosquée du Sultan constitue en quelque sorte un sanctuaire privilégié pour cette doctrine. L’édifice s’étale sur un vaste terrain et se fait remarquer par ses cinq minarets – symbolisant les cinq piliers de l’islam – et sa coupole à caissons haute de cinquante mètres. Certains critiqueront la lourdeur des proportions ou les excès décoratifs comme le gigantesque lustre suspendu à la coupole, la mosquée reste un ouvrage impressionnant avec de belles prouesses de maçonnerie et d’intéressants jeux d’ombre et de lumière. Arrivés en milieu de journée, nous nous voyons interdire l’entrée, les heures de visites ne s’étalant que de 8h à 11h00. Cela n’empêche pas Baron de discuter avec les gardes et d’obtenir, outre l’accès à une partie de l’immense cour centrale, un relevé photographique par procuration. Il a en effet confié sa caméra à un officier qui s’est chargé de prendre des photos pour nous.

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Oman, Muscat, mosquée sultan Qabous

Cette visite virtuelle inédite préludait notre arrivé au Chedi, ce fameux hôtel qui constitue un peu le but du voyage. Construit dans un site beaucoup moins grandiose que celui du Shangri La, le Chedi est, vu de l’extérieur, sobre et blanc. A l’entrée, deux comptoirs de réception / concierge se font face dans un espace très étroit aux très hauts plafonds. Derrière chaque comptoir, s’étend tout en hauteur un moucharabieh en bois. Le hall de l’hôtel est une cour carrée couverte d’une tente, avec, en son centre, un immense lit de près de dix mètres par dix surmonté d’un lustre composé de câbles auxquels sont suspendus, à différentes hauteurs, des lampions cylindriques colorés. Un préposé stylé nous emmène à notre chambre, superbe par sa son minimalisme et le soin des détails et des matériaux. Comme le Chedi s’adresse à une clientèle de couples aisés qui viennent s’adonner à l’hédonisme, il n’y a pas de chambres à lits séparés ! Promenade à travers les espaces de l’hôtel, comme le jardin d’eau aménagé avec des bassins parsemés d’arbustes et de pavillons, une réinterprétation contemporaine des jardins Moghols de Shalimar, à Lahore. Déjeuner au bord de la piscine, ou nous rencontrons une faune glamour : ce couple venu d’Allemagne – elle est arabe, il est black, elle se plaint de l’hôtel, il rigole - ou cette femme asiatique sublime et terriblement sexy – plus jolie et moins vulgaire que notre Haifa Wehbé nationale - déambulant et distribuant des sourires ravageurs. Après le repas, nous la revoyons affalée sur un des ces lits dans la lecture d’un livre sur Venise, avant que ne vienne se vautrer dans ses bras un beau blond. Un peu plus tard, le couple devait être rejoint par une gouvernante emmenant une petite fille d’un an, adorable eurasienne fruit de cette union cosmopolite. La piscine a la particularité d’être en carreaux noirs, une couleur assez inhabituelle mais ici du plus bel effet. Elle est surplombée par des voiles blancs suspendus à des mats alignés qui complètent l’élégance du dispositif. Alors que le soleil se couche, je reste à traîner seul dans cet endroit magique, avant de parcourir les labyrinthes de haies, les cours intérieures qui s’illuminent de petites lanternes, la bibliothèque ou des anglais sirotent un brandy en feuilletant des livres de design édités par Phaidon. Au jardin de feu, une terrasse où crépite une demi douzaine de brasiers, je commande un thé au jasmin qui contribue, avec les flammes, de me réchauffer d’un froid pourtant inexistant.


Oman, Muscat, The Chedi
Le lendemain matin, à l’aéroport de Muscat, nous apprenons que notre avion est surbooké à cause d’un autre vol annulé. En conséquence, nous sommes surclassés. Après une brève attente dans le terminal avec de beaux cachemiris enturbannés et des indonésiennes à qui le voile ne va décidément pas, nous embarquons en classe affaire ou une seule passagère est installée, une femme sans doute originaire de la corne de l’Afrique, avec un visage extrêmement typé, un peu à la Grace Jones, et des mains peinturlurées au henné. Tout à coup, entre un passager en qui semble particulièrement perdu. A bien y regarder, il est aveugle. Une femme arrive à son tour, aussi aveugle que lui, est s’assied à côté de Grace Jones. Et ainsi de suite, toute la cabine de la classe affaires se remplit d’aveugles voyageant en groupe et accompagnés de deux guides. C’est d’autant plus troublant, que les jours précédents, nous avions rencontré pas mal de nains, mais en ordre séparé. A l’atterrissage, je suis le premier passager à descendre de l’avion. Seul dans la passerelle reliant l’appareil à l’aérogare, je me retourne et reçois cette vision incroyable, tous ces aveugles titubant dans ce boyau, en percutant presque les parois, à la recherche de leur chemin. Et je revois cette peinture de Pierre Bruegel l’ancien, la Parabole des aveugles, dont c’est le titre anglais qui me vient d’abord à l’esprit, The blind leading the blind.
2006-2009, Gregory Buchakjian (texte et illustrations), Patrick Kassardjian (photos) pour Baron & Baron, tous droits réservés. Merci à Rani Boustany pour nous avoir fait découvrir la ville >> CONTACTEZ NOUS