| > ALLER / VENIR |
PAR AVION
L’Aéroport
de Venise Marco Polo reçoit des vols des principales
villes européennes avec Air France, Lufthansa, SN Brussels
Airways, British Airways, Iberia... Alitalia assure un grand nombre de
connexions via son hub de Milan Malpensa qui est à 40 minutes de
vol. Le terminal est assez archaïque, surtout pour les
arrivées. Une nouvelle aérogare serait en construction.
En revanche, si vous arrivez en avance sur le départ de votre
vol, allez vous prélasser sur le gazon en face du terminal
maritime (à 100 m de l’aérogare). Vous prendrez un bain
de soleil en regardant les vedettes qui naviguent et les avions qui
atterrissent! |
| Avant de prendre un bateau taxi pour
votre hôtel, sachez que cela vous coûtera 150€. Les clients
du Danieli bénéficient d’une navette privée
amarrée à un embarcadère spécial. Un
vaporetto relie l’aéroport à la Place Saint Marc (1h de
trajet, 10€). Le moyen le plus pratique et le plus raisonnable est le
bus qui part toutes les 30 minutes pour Piazzale Roma (25 min de
trajet, 0.70€). |
PAR LE TRAIN
On arrive en train à Venise: avez vous oublié
l’Orient Express? Les trains arrivent à la Stazione Ferrovia,
directement reliée au réseau de vaporetto. Trenitalia |
PAR LA ROUTE
En voiture, c’est magnifique de rouler sur cette longue
chaussée en pleine lagune. Les voitures peuvent se garer au
grand parking de Tronchetto, desservi par les vaporetto. |
PAR MER
On peut concevoir, à l'instar de Thomas
Mann, qu'"Arriver à Venise par le chemin de fer,
c’était entrer dans un palais par la porte de derrière;
il ne fallait pas approcher l’invraissemblable cité autrement
que comme lui, par bateau, par le large." Certaines
croisières en Adriatique donnent l’occasion d’arriver à
Venise par voie maritime. Si vous n’aimez pas ce genre de voyages, ne
vous inquiétez pas, prenez le vaporetto et vous aurez toutes les
sensations! |
CIRCULER
A pied. Prévoir de bonnes chaussures de marche et
éviter d’être encombré de bagages.
Inévitable d’être piéton à Venise,
inévitable de se perdre ou plutot de dériver dans ses
ruelles. Le vaporetto est le moyen de transport le plus
fréquenté de Venise. Ces bus flottants traversent la
ville dans tous les sens. Très commodes, c’est aussi la plus
belle manière de voir le Grand Canal. Il est possible de prendre
un forfait 24, 48 ou 72h. Attention! Au guichet de Piazzale Roma,
certains préposés ont maintenu, sur la liste des prix
affichés, le tarif en lire, y ont supprimé les
zéros, et vendent les titres
de transport aux touristes au double du prix. Nous avons ainsi
payé 35€ un forfait 72h qui valait 18! site internet de l'ACTV |
| Les bateaux taxis sont des
pièces de musées flottantes. Ils sont à Venise ce
que les voitures américaines sont à La Havane, la
décrépitude en moins. Magnifiques vedettes
en bois de style Riva avec chrome et cuir, ils sont bien plus beaux
à voir que les gondoles. Ah oui, c’est combien? Très
cher. Mais attention, contrairement aux taxis roulants, ils peuvent
contenir 10 personnes. Dans ce cas, le prix de la course (non monsieur,
ce n’est pas une course, c’est une promenade inoubliable) devient
très raisonnable! |
| Et les gondoles? Elles ne sont pas un
moyen de transport, mais plutôt une promenade touristique. En
revanche, il y a partout des
traghetti qui leurs ressemblent beaucoup, que les vénitiens
utilisent
pour traverser un canal entre deux rives non reliées par
un
pont. Vous direz que vous avez pris une gondole pour 0.20€. |
| > DORMIR |
| Pas facile de trouver l’hôtel de
ses rêves sans débourser une fortune. Venise est petite
(et inextensible) et très demandée. Résultat, les
prix flambent. Impossible de dormir en ville à moins de 100€
sauf dans une pension ou un petit 1 étoile. Les lieux sont
sommaires, simples, sans salle de bain privée ni
petit-déjeuner. |
| On peut trouver toutefois des adresses
sympathiques en plein centre comme la Pensione Al Gazzetino
(entre S. Marc et le Rialto, tel:
041 5286523, fax: 041 5223314). On vous offre pour 60€, une chambre
simple
(très simple) avec sdb et petit-déjeuner. Accueil sympa,
rue
calme, les chambres sous les toits ont la climatisation et une vue sur
le
Campanile de Saint Marc! C’est une des meilleures affaires pour cette
catégorie de budgets. Ensuite, ça grimpe. Entre 150 et
200€, on a un bon choix de 3 étoiles tout confort avec plus ou
moins de charme. Par exemple, l’Hôtel All Angelo (calle larga S. Marco, tel:
041 5209299, fax: 041 5231943) dont les chambres viennent d’être
rénovées. |
Une des meilleures adresses de la
ville est Ca’Pisani,
près de l’Accademia, acclamé par Condé Nast
Traveller comme un des ‘sexiest hotels in the world’. Un palace de
poche qui joue le chic d’une architecture discrète et tendance.
Mobilier de créateurs, marqueteries, atmosphère
tamisée. Une adresse très romantique. Autre adresse de
charme, Ca’ Bauta:
sept chambres dans un palais du XVe siècle, dont une suite avec
lit à baldaquin et jacuzzi. Ambiance patricienne avec tissus
baroques et chandeliers murano. Minimaliste pour ne pas dire futuriste
est l'ambiance au Palazzina Grassi, un design
hotel encastré dans deux immeubles datant des XVe et XIX e
siècles.
|
Restent les grands palaces, sans
restriction budgétaire aucune. Le Danieli
est un des hôtels les plus légendaires de la
planète. Ses navettes privées attendent les clients
illustres à l’aéroport à l’instar de Jean-Paul
Belmondo qui fit irruption dans le hall de l’hôtel. Les chambres
ne sont pas dans le palazzo mais dans deux immeubles reliés
à celui ci par des passerelles. Ancien fleuron de la Cigahotels,
il est actuellement géré par Starwood. Le Danieli
paraît toutefois terne et vieillot mais garde pourtant un charme
fou. Le service y est impeccable et le petit déjeuner sur la
terrasse est fabuleux. Son voisin, le Londra Palace est
aussi superbe. Les chambres ont des hauteurs de plafond à couper
le
souffle et (parfois) une vue somptueuse sur la Lagune. Très
beaux détails, service très soigné. Incroyablement
fastueux est aussi le Bauer Il Palazzo, avec ses
incroyables décors rococo derrière une façade
gothique donnant sur le Grand Canal.
|
Après avoir subi un lifting
assez radical, le Monaco
&
Grand Canal s'est ancré dans dans les tendances les plus
contemporaines de la création avec un mobilier lumineux et
léger qui s’insère superbement dans le vieux
bâtiment classique. Comment ne pas craquer face au comptoir de la
réception en carreaux de céramique, enserré
dans un bloc de verre?
|
| Ceux qui tiennent à profiter
d’une piscine en plein Venise n’auront d’autre choix que le Cipriani & Palazzo
Vendramini, sur
l’île de la Giudecca. Très grand luxe, navette
privée pour San
Marco (le vaporetto n’est pas pour les gens comme vous). |
| > MANGER |
| L’Italie est un perpétuel
plaisir du palais et Venise n’est pas en reste. On y déguste,
comme partout ailleurs dans le pays,
des sublimes pâtes fraîches, risotto, pizza et autres
délices. Mais Venise c’est aussi la mer. Les poissons y
sont frais et savoureux, il suffit d’aller au marché pour s’en
rendre compte. La spécialité de la
Sérénissime, c’est le poulpe, servie avec son
encre, aussi noire que les gondoles, mais quel régal. On
déguste le poulpe seul, en risotto, ou avec des spaghetti. |
| Le nombre de restaurants et trattoria
que compte Venise est incalculable. En règle
générale, on mange difficilement mal à Venise,
même dans les endroits les plus touristiques. Ce qui change, ce
sont les prix, qui varient selon l’éloignement
à la Place Saint Marc. Et puis il y a les endroits d’exception,
beaucoup plus chers. N’allez pas manger au Harry’s Bar ou au Florian,
mais,
si vous voulez prendre un repas inoubliable, choisissez plutôt le
Ristorante Do Leoni au Londra Palace. Ce Relais
&
Châteaux est situé sur la Riva degli Schiavoni, juste en
face
de la Lagune et de San Giorgio. La terrasse est superbe, la carte
aussi.
Plats de fruits de mer absolument extraordinaires, signalons quand
même
l’existence au menu de petits en cas à prix (relativement)
modérés,
mais autant ne pas venir ici. |
| A l’autre extrême
budgétaire (repas à 10€), nous avons
déniché la Trattoria Anzolo Raffael, avec sa
petite terrasse sur campo Angelo Raffaele (Dorsoduro, tel : 5327456,
fermé lundi et mardi). Restaurant familial, quelques plats
typiques,
de bons vins du pays, c’est vraiment une excellente adresse comme on
aimerait
en trouver plus. La Trattoria Ai Cugnai (Piscina del Forner 857,
tel: 5289238, fermé lundi, derrière l’Accademia) est
aussi
une maison familiale. Mme Leonida s’enquiert
particulièrement
de la satisfaction des clients, elle ne devrait pas se faire beaucoup
de
soucis, ses plats sont vraiment excellents. Essayez le risotto al
pesto.
Un peu plus cher que le plus cher que le précédent.
Dans
le quartier de San Marco il y a un endroit nommé Bora Bora
(Calle Stagneri, près de Campo S. Bartolomeo, tel: 5236583).
Décor
kitsch et exotique, ambiance sympa et bon plats classique. Les
serviettes
en papier sont ornées d’une tahitienne portant une pizza. |
| A propos de pizza, elle est
particulièrement fameuse au Jazz Club Novocento
(campiello dei Samsoni, San Polo, tel: 5226565, près de Ruga
Rialto, adresse introuvable, il faut demander son chemin), qui n’est
pas un club de jazz mais une pizzeria avec un fond musical de jazz.
Qu’importe, on y mange très bien. |
| Nous n’avons pas oublié les
desserts. Evidement, ça commence par les glaces italiennes que
l’on trouve à chaque coin
de rue. Choisissez quand même les endroits qui ont une glace
maison.
Immense choix de parfums, ne pas manquer le tiramisu, la
menthe,
le chocolat noir, le citron... Et puis, il y a les douceurs plus
typiques
que l’on trouve dans les pâtisseries, comme le pan del doge,
un biscuit croquant qui existe aussi au chocolat sous le nom de pan
del
moro (pain du maure). Et puis les zaletti veneziani,
succulents
gâteaux aux amandes, mmm!!! |
| > BOIRE / DANSER |
| Premier endroit à venir
à l’esprit du commun des mortels, Florian, place Saint
Marc, son décor rococo, ses
touristes japonais. A moins que vous ne préfériez Lavena
ou le Grand Café, juste en face. Bof. Venise est
un peu décevante dans ce rayon. Les cafés et bars ne sont
pas vraiment extraordinaires, aucun ne vaut le Pedrocchi de Padoue. Les
meilleures adresses que nous ayons trouvées sont les bars
d’hotels.
Celui du Monaco et Grand Canal, au 1er étage,
est très agréable. Sans doute le meilleur endroit pour
prendre
un martini ou un cocktail en ville après le dîner. |
| Pour revenir aux nuits de Venise,
sachez que la majorité des lieux branchés sont dans
le quartier de Cannareggio, près de l’université, mais
nous n’y sommes pas allés, trop loin, trop fatigués! |
| > ECOUTER / VOIR |
| Venise, tout comme Vienne, offre aux
touristes en manque d’exotisme des concerts en costumes d’époque
(XVIIIe s) dans des lieux historiques avec, tous les soirs, le
même programme qui inclut évidement les 4 saisons
de Vivaldi (à Vienne vous aurez le Beau
Danube Bleu et la Petite Musique de Nuit). Non merci! Il y
a
mieux à faire. Consultez la presse ou Time Out, Venise
offre
des spectacles de danse et de théâtre dans le cadre de la Biennale, de
la
musique, etc. Et puis, si vous voulez du cliché, allez sur la
place
Saint Marc. Les cafés ont chacun un orchestre de chambre qui
joue,
à tour de rôle, des airs baroques et parfois jazzy, pour
le
plus grand bonheur des badauds qui profitent à l’oeil de
ces
prestations, destinées aux clients des terrasses. La
qualité de la musique est exécrable mais l’ambiance peut
être très sympathique! |
| En septembre, les stars du
cinéma débarquent sur la plage de Lido. C’est la
Mostra, un des plus beaux festivals du film, avec ceux de Cannes et
de Berlin. |
| > LIRE |
GUIDES
Tout le monde édite sur Venise. Encore faut-il savoir
si vous préférez avoir droit à un Venise et la
Vénétie ou un Venise tout court. Dans le
premier
cas, prenez le Guide Bleu, le Guide Voir, le Routard ou le Lonely Planet, dans le second, vous aurez le Guide
Bleu Evasion, le Rough
Guide, ou le Time Out. |
Géo a sorti un superbe
hors-série Passion Venise (2004). Des images magiques,
des articles de fond, des reportages sur la Giudecca, les villas de la
Brenta, le Ghetto... et un guide thématique.
|
| Les Ballades de Corto Maltese
(ed. Casterman), un guide inhabituel de Venise sur les pas du
légendaire héros d’Hugo Pratt. |
| Avec What's
On When in Venice, toute l'actualité culturelle et
branchée... Venezia Cultura, un panorama assez complet et mis
à jour. On peut aussi consulter le site Turismo Regione
Veneto mais les articlesles plus intéressants sont en
italien. Venice
Banana est un portail avec des itinéraires, plans,
adresses... |
HISTOIRE
La République du lion, Alvise Zorzi, ed. Payot
1996, un ouvrage dense écrit par un vénitien
passionné. Venise: Portrait historique d'une cité,
Philippe Braunstein et Robert Delort, ed. Seuil (Points Histoire) 1971. |
ARTS
La bibliographie est immense. Elle commence par des ouvrages
généraux comme l’Art Vénitien de Terisio
Pignatti (Flammarion) et la Peinture Vénitienne de John
Steer (Thames & Hudson, l’Univers de l’Art). Plus
spécialisés sont les catalogues d’exposition le Siècle
de Titien, l’Age d’Or de la Peinture à Venise (Paris, Grand
Palais 1993, ed. RMN), Leonardo e Venezia (Venise, Palazzo
Grassi, ed. Bompiani, existe en anglais), The Genius of Venice
et The Glory of Venice (Londres, Royal Academy of Arts). Encore
plus pointu et, par-dessus le marché introuvable, un ouvrage qui
avait créé la polémique: Da Tiziano a el
Greco, per la Storia del Manierismo a Venezia, (ed. Electa, 1983,
si vous le trouvez, sautez dessus à n’importe quel
prix). Enfin, citons l’excellent Peindre à Venise au
XVIe siècle de David Rosand (Flammarion) et le somptueux Tintoret,
la Scuola San Rocco, chez Electa. Autre monographie
intéressante, Canaletto, J.G. Links, ed. Phaidon, 1994,
est un véritable parcours dans la ville à travers l'oeil
du plus fameux des védusites. |
Sites
du Palazzo Grassi et de la Fondazione Querini Stampalia
|
LA BIENNALE
Le catalogue de la Biennale est édité par
Electa et se présente toujours en deux volumes. Versions
italienne et anglaise. Certaines bonnes librairies de Venise
possèdent en stock les catalogues des éditions
précédentes. Le site internet: www.labiennale.org |
LETTRES
Paul Morand est un classique de la lagune avec son Venises,
un regard autobiographiques sur les multiples facettes de la ville, et
le mélancolique Il est plus facile de commencer que de
finir qui le place en spectateur d'un monde en
déchéance. Dans le métaphysique, La Douane de
Mer de Jean D'Ormesson
(ed. Gallimard), à commencer à l'endroit du même
nom. |
IDÉES
Contre Venise, Régis Debray, 1997, Gallimard
(Folio). Un pamphlet fustigeant le tourisme de masse tel qu'il s'expose
dans la cité des doges. |
BD / ILLUSTRATION
Fable de Venise, Corto Maltese, Hugo Pratt, ed.
Casterman. Et autour de cet album: "Fable de Venise, l'envers du
décor", Pierre-Jean Rémy, Geo, Hors Série Le
Monde de Corto Maltese, 2001. |
|
|
|
| Peut-on
encore parler de Venise? L’exercice est difficile, surtout lorsque l’on
se place sous la bannière des “voyages non traditionnels”.
Venise relève du mythe, du fantasme, voire de la caricature, et
ce n’est pas nouveau. Venise est, depuis son existence, une exception.
Une cité état née de la mer, une plaque tournante
entre l’orient et l’occident, elle
a fait sa fortune du commerce maritime. Fille de l’Europe et de
Byzance, Venise
est aujourd’hui menacée de disparaître sous les flots, du
fait
du rechauffement de la planète. Venise est d’ailleurs une ruine.
Ses
façades sont décrépies et moisies. Elles semblent
sur
le point de s’écrouler. Il faut circuler la nuit, à
travers
les canaux obscurs. C’est glauque et angoissant, c’est cette ambiance
de
mystère et de mort qui plane dans les albums de Corto Maltese.
Mais
Venise c’est aussi la vitalité, les couleurs, le linge qui pend
entre
les maisons, et la lumière. |
|
| Venise
est
devenue une image, un produit, un concept. C’est presque
agaçant,
à chaque fois, d’associer les quatre saisons de Vivaldi aux vues
de Venise par les peintres du XVIIIe siècle. Et les touristes
viennent
du monde entier pour voir grandeur nature ce qu’on leur a montré
depuis qu’ils sont tout petits. Et nous y arrivons. Piazzale Roma,
embarcadère
du vaporetto. Ça grouille de monde, tout le monde s’entasse sur
cette embarcation, le bus flottant de Venise. Et que le spectacle
commence. Aussi cliché que cela puisse paraître, le grand
canal est un spectacle, une fête. Le matin, c’est l’animation et
l’encombrement des embarcations les plus hétéroclites –
barque postale “DHL”, grue et bétonneuse flottantes, les
traghetti, gondoles qui traversent d’une rive à
l’autre. L’après midi, ce sont les couleurs chatoyantes qui se
reflètent sur les façades. Alors que le jour
s’achève, les bateaux
taxi, somptueuses embarcations en bois, commencent à
déposer
leurs fortunés clients au Casino di Venezia, dont la
lumière
des lustres se reflète dans l’eau. La nuit, ce grand canal ne
disparaît jamais, avec ses lumière diaphanes, ses
gondoliers qui racontent
l’histoire de la ville aux touristes transis. |
|
- venise,
l’orient et la mer -
Venise
n’a pas de fondation mythique, comme Rome, ni politique, comme
Constantinople. Elle apparaît petit à petit dans l’Europe
médiévale, se taillant une place de choix. Celle de plate
forme commerciale des routes maritimes avec l’orient. Au bout de la mer
Adriatique, Venise est, avec Ravenne et Torcello, un des noyaux de la
culture byzantine en Italie. Et son
grand chef d’œuvre, c’est la Basilique Saint Marc. Sur la
fameuse place
du même nom, elle déploie une opulente façade de
portails
sur murs couverts d’or et surmontés de coupoles. On est loin de
l’extérieur
massif et austère de Hajia Sophia à Constantinople (cf.
notre
page sur Istanbul). En revanche, l’intérieur n’est pas sans
rappeler
celui de son illustre modèle. On y retrouve toute cette
grandeur,
cette élévation, ces voûtes couvertes d’or et de
mosaïques.
Et puis, au fond, la Pala d’Oro, chef-d’oeuvre de l’orfèvrerie
médiévale.
Personne ne vous rappellera de visiter le célebrissime
trésor
de Saint Marc, ni de monter au 1er étage, visiter le
musée,
avec les fameux chevaux, grandes sculptures qui rappellent à
elles
seules la puissance de Rome. Venise est la porte par laquelle sont
parvenus
les héritages grec et byzantin. L’église San Giorgio
dei
Greci, construite au XVIIe siècle par Baldassare Longhena
(voir
plus bas), est dédiée au rite grec orthodoxe, une des
plus
grandes communautés des la ville. Le musée adjacent de l’Instituto
Ellenico di Studi Bizantini et Postbizantini possède quant
à
lui une intéressante collection d’icônes. Autre
communauté
présente à Venise, les arméniens, qui ont quelques
églises
dans la ville, mais dont le centre le plus important est l’île de
San
Lazzaro (cf. notre page sur la Lagune de Venise). Qui parle de
communautés
et d’orient ne peut évidement passer sous silence le trop
célèbre ghetto, le quartier juif de Cannaregio,
avec ses ruelles
pleines de mélancolie et ses immeubles gris donnant sur de
petites
places désertes... |
| La
chute de Byzance n’a pas fermé les routes commerciales avec
l’orient, bien au contraire. 4 siècles durant, Venise et
l’Empire Ottoman vont entretenir
des relations toujours ambiguës, entre admiration mutuelle et
menaces
réciproques. On se souvient aussi bien du voyage du peintre
Gentile
Bellini à la cour du sultan que de la bataille de
Lépante. On peut toujours voir, sur le grand canal, la
façade à portiques du Fondaco dei Turchi, qui
servait d’entrepôt aux marchands turcs. Cette puissance maritime
a gardé des traces bien palpables : Celle, modeste, mais
émouvante, de la Dogana di Mar (douane de mer),
chère à Jean d’Ormesson, sur la pointe du même nom,
au bout de Dorsoduro. Plus spectaculaire est l’Arsenal, (photo
ci-desssous) immense ensemble qui forme une ville dans la ville, et qui
est toujours la propriété de la marine nationale
italienne. On peut
apercevoir des bâtiments monumentaux, dont la Porta Magna,
gardés par des soldats en uniforme, et, si on tombe sur une
exposition de la Biennale, arpenter les corderies de l’arsenal,
qui servent pour les expositions d’art contemporain. Deux galeries
perpendiculaires de 200m de long et 10m de large, couvertes par une
toiture en charpente soutenue par des colonnes. Cet espace immense,
interminable et sombre évoque le grand temple de
Karnak en Egypte. Un lieu fascinant! |
| L’attachement
de Venise à la mer se ressent partout. Sur les canaux, on est
frappé par les palazzi dont les façades donnent
directement sur l’eau. On ne peut s’empêcher de penser à
la personne pressée qui sortirait de chez elle en courant et
plongerait directement à l’eau! Plus sérieusement, les
palais vénitiens possèdent un embarcadère sur
lequel on déchargeait directement les marchandises venues de
loin. Le rez de chaussée servait d’entrepôt, les
étages supérieurs étant réservés
à
l’habitat. Et puis, en se promenant sur les zattere, en face de
la
Giudecca, accompagnés par le passage incessant des embarcations
en
tous genres, on découvre, au hasard d’une ruelle ou à
travers
une porte, un atelier de fabrication de bateaux - il reste encore
quelques
maîtres charpentiers qui construisent les gondoles dans les
règles
de l’art, une école ou un club dans lequel des enfants
apprennent
à naviguer... |
|
- venise
gothique-
Venise
est une des cités les plus riches et les plus prospères
du monde médiéval. Alors que Florence, capitale de la
finance, couvre de palais aux façades austères,
agressives et militaires, Venise ville de commerce et d’ouverture se
pare d’édifices aux allures somptueuses et sophistiquées.
La Ca’ d’Oro, construit au XVe siècle, est un des palais
les plus somptueux du grand canal. Sa façade, autrefois couverte
à la feuille d’or, est composée de trois étages de
loggias avec des arcs polylobés ressemble à une dentelle
qui flotte miraculeusement sur l’eau. Le gothique vénitien tien
toujours du miracle, de la vision sortie d’un rêve. Que dire du
plus célèbre édifice de la ville, le Palais
des Doges? Mémorable façade sur la piazzetta, en face
de la Libreria Marciana et de la Lagune. Quelle audace de poser ce gros
appareillage de pierres rouges et blanches sur deux galeries à
portiques. Le lourd sur le léger. Défier les lois de la
pesanteur. |
- la
renaissance -
Le
promeneur à Venise est habitué à ce style
gothique, ces arcs
polylobés déployant de grandes ouvertures, qui colle si
bien
à la ville. Et puis, il tombe sur quelque chose d’unique, qui
ressemble
plus à un coffret qu’à une bâtisse. Un coffret
à
bijoux peut être tant il est beau, raffiné et
élégant.
C’est pourtant une église, Santa Maria dei Miracoli.
Construite à la fin du XVe siècle par Pietro Lombardo,
c’est la 1ere grande intervention de l’architecture de la Renaissance
à Venise. Forme
simple et régulière, proportions modestes, inspiration de
l’antique, cette église est la réponse aux
créations de Brunelleschi et aux théories de Alberti. Le
plafond a caissons n’est pas sans rappeler celui que ce dernier a
crée à Sant Andrea de Mantoue. Mais, toute
imprégnée des idéaux venus de la Toscane, Santa
Maria dei Miracoli est vénitienne. Tout comme les oeuvres de
Giovanni Bellini et de Vittore Carpaccio qui inventent, au même
moment la peinture de la renaissance à Venise. On peut
en admirer certaines oeuvres, dont les fameuses Courtisanes de
Carpaccio
au Museo Correr, sur la Place Saint Marc. Il y a aussi dans ce
musée
un étrange Christ soutenu par les anges de Antonello
da Messina, qui a perdu son visage... Mais le génie de Carpaccio
se découvre pleinement au cours d’une promenade dans le quartier
de Castello. On pousse la porte de la Scuola di San Giorgio degli
Schiavoni,
et on entre directement dans une salle sombre tapissée peintures
retraçant
le cycle de Saint Georges. Parmi elles, sur le mur de droite,
l’extraordinaire Vision de Saint Augustin de la mort de
Saint-Jérôme, un des tableaux les plus lumineux qui
aient jamais été peints. On notera, en parlant de
lumière, que celle-ci entre dans le tableau du coté
droit, celui ou se trouve la fenêtre qui éclaire la salle
principale de la scuola! On est pas en reste pour Giovanni Bellini dont
peut déguster un certain nombre de retables dans leurs
églises d’origine. A San Zaccaria se trouve une sublime Sainte
Conversation dotée d’une gamme de couleurs aérienne.
Regardez l’ange musicien (en bas) dont le visage est d’une douceur
attendrissante. La promenade sur les traces de Bellini, se poursuit
dans le quartier à San Francesco della Vigna avec une Vierge
entourée de Saints puis à San Giovanni e Paolo
pour le Polyptyque de Saint Vincent Ferrier. Enfin, à
San Polo, Santa Maria Gloriosa dei Frari possède, dans
sa sacristie, un des plus beaux triptyques de l’artiste, la Vierge
en majesté avec de saints. Fabuleux cadre architectural
monumental tel un arc de triomphe romain et lumineux avec ses
mosaïques dorées. |
-
sur les pas de Titien -
Santa
Maria Gloriosa dei Frari. Glorieuse elle l’est, cette grande
église gothique ou gisent Titien, Canova et Monteverdi. Outre le
Saint Jean
Baptiste de Donatello, tourmenté et enchevêtré,
dans une chapelle à droite de l’autel, et le sublime polyptyque
de
Bellini, l’autel principal est orné de l’extraordinaire Assomption
de Titien. Les apôtres s’agitent autour du cercueil vide de la
vierge
qui s’est envolée, emportée par des anges et que Dieu le
père s’apprête à recueillir. Une composition
audacieuse et mouvementée sur un fond irradiant de
lumière. Le jeune Titien montre, avec une des ses
premières grandes oeuvres publiques (1518), qu’il faudra compter
avec lui. Il remet ça 8 ans plus tard avec le Retable de la
famille Pesaro, sur le mur de gauche, composition en diagonale ou
les personnages se tiennent sur un escalier alors que deux colonnes
colossales se prolongent vers le ciel. Les tensions dramatiques vont
s’amplifier dans l’oeuvre de
Titien, surtout après son séjour romain et
l’arrivée en Italie du Nord du courant maniériste (1).
Ses oeuvres tardives
sont franchement inquiétantes comme l’Annonciation de San
Salvatore (près de San Marco), avec une Vierge très
tendue
survolée par une flottille d’anges qui a l’air d’exploser, et
surtout
le lugubre Martyre de Saint Laurent à l’église
des Gesuiti
(dite aussi Santa Maria Assunta), Cannaregio. Une oeuvre sombre,
mouvementée,
ou le saint se fait griller vif dans un décor inspiré de
la
Rome Antique! |
- la
terriblità de Tintoret -
Cette
ampleur dramatique sera l’adage de Jacobo Robusti dit le Tintoret: A
deux pas des Frari se trouve une des plus importantes scuole (2) de
Venise:
la Scuola Granda di San Rocco. L’édifice est
franchement monumental, mais on le visite surtout pour le cycle
colossal
de peintures qui tapissent trois de ses salles. Tintoret y a
réalisé
une oeuvre cinématographique mettant en images la vie du Christ
avec un pathos jusque là inégalé. Au rez de
chaussée, on ne manquera pas l’Annonciation, avec ses
envolées d’anges qui traversent les murs, le terrible Massacre
des Innocents, ou
le peintre n’a pas manqué de marquer les taches de sang sur un
enfant, et la fabuleuse Fuite en Egypte. Au 1er étage,
la grande
salle est entièrement couverte de peintures, y compris au
plafond!
Etrange Nativité à deux niveaux dotée d’un
étonnant dispositif d’éclairage. Et puis, on s’approche
d’une porte à travers laquelle apparaît quelque chose qui
semble incroyable. On distingue le Christ sur sa croix, mais on
n’arrive
pas à percevoir l’étendue de la composition. Il faut
entrer
dans cette salle pour apprécier l’ampleur de cette chose
renversante,
une Crucifixion de 13m de large, composition d’une
complexité
incroyable, bourrée d’effets de perspectives et de figures en
mouvement.
C’est un moment de grande émotion, heureusement que des
sièges
ont été prévus à l’attention des visiteurs! |
- Veronese
et Palladio ou l'art de la mise en scène -
Le 3e
grand peintre du XVIe siècle cultive moins le sens de la
terriblita du vieux Titien et de Tintoret. Paolo Caliari, dit
Véronèse, est le maître de la peinture-spectacle.
Il développe avec brio l’art de la mise en scène qu’il
sert avec une palette de couleurs
d’une grande vivacité (un ton de vert porte d’ailleurs son nom).
L’église San Sebastiano, à Dorsoduro, est
dotée
d’un ensemble exceptionnel de toiles qu’il réalisa à 27
ans.
Le plafond est couvert du Triomphe de Mardochée
duquel des chevaux semblent s’apprêter à bondir dans les
airs!
Notons que la même église renferme des oeuvres d’Andrea
Schiavone,
peintre mal connu de la mouvance maniériste à Venise.
Véronèse a collaboré avec Andrea Palladio,
architecte avec lequel il a partagé ce goût de la
théâtralité. Palladio a réalisé deux
églises de Venise: Le Redentore, à la Giudecca,
célèbre pour sa façade dans laquelle il a
aligné le fronton avec la toiture triangulaire, donnant cette
vision inoubliable de deux triangles isocèles superposés.
Sur le même axe de circulation, le grand canal débouche
sur la Lagune et la Giudecca se prolonge avec l’île de San
Giorgio Maggiore, sur laquelle Palladio a édifié
église du même nom. Son campanile fait face à celui
de Saint Marc. Pour la petite histoire, nous avons voulu le visiter un
jour de juin 2002, alors que l’Italie se faisait terrasser dans la
coupe du monde de football, à l’autre bout de la planète.
Il fallut attendre la fin du match pour que le moine
préposé reprenne son poste de liftier! Au sommet, la vue
sur Venise est inoubliable... Mais revenons au vaste intérieur
de cette église dans laquelle se trouve la Cène,
le dernier tableau peint par Tintoret
en 1594. Une composition oblique et obscure peuplée d’ombres
fantomatiques avec des apôtres uniquement éclairés
par la lumière de leurs halos, par l’arrière... |
|
- venise
baroque -
C’est
la quintessence de l’esprit vénitien, celui de des fastes, des
fêtes, des couleurs. On ne peut pas rater l’église Santa
Maria della
Salute (ci-dessus), une des plus spectaculaires de Venise, à
l’extrémité du Grand Canal, avec sa coupole blanche qui
change
de couleur, un peu comme le Taj Mahal. Ce monument né du
génie
de l’architecte Baldassare Longhena est conçu selon le principe
du
plan centré octogonal, avec un déambulatoire faisant le
tour
d’une énorme rotonde octogonale. On découvre, au cours de
cette
déambulation, outre des jeux de perspectives scéniques,
des
tableaux de maîtres, dont des Luca Giordano avec une Présentation
de la Vierge au Temple (1674), composition en escaliers avec des
couleurs
sublimes, une chaotique et très dense Assomption (1667).
Il
y a aussi un curieux Titien. La sacristie (pas toujours ouverte)
renferme
aussi des Titien de la période maniériste et un
Tintoret. |
- les
fastes du XVIIIe siècle -
Mais
revenons aux fastes de la Venise baroque. Partout dans la ville on
trouve des marchands (parfois artisans) qui exposent leurs masques de
carnaval. Ces objets, à la fois satyriques et sinistres nous
plongent en plein XVIIIe siècle, au temps de Mozart et de
Casanova, deux grands fêtards dont l’esprit est indissociable de
Venise. Les fêtes de Venise sont alors partout: dans la rue, lors
du carnaval, sur le Grand Canal, sur lequel se déroulaient les
festivités de l’Ascension, les plus éblouissantes qui
soient: le Bucentaure, une somptueuse galère d’apparat emportait
le Doge et sa cour vers Lido ou il célébrait les
épousailles de Venise avec la Mer. Les peintres
védutistes (3) de l’époque, Canaletto et Guardi, ont
immortalisé ces fastes. Venise était aussi une fête
dans ses palais, dont certains ont conservé leurs décors,
leurs lustres, et parfois leurs fresques. Les plus inoubliables sont
sans doutes celles que Giambattista Tiepolo réalisa
dans les salons du Palais Labia. La vie de
Cléopâtre
et autres scènes antiques. Les sujets ne sont que
prétextes
à des mises en scènes fastueuses. [la visite du Palais
Labia
est assez compliquée, se renseigner à l’avance].
Entièrement
dévolu à cette époque, Ca Rezzonico a
été
transformé en musée. Les amateurs y trouveront, outre le
mobilier d’époque, un éventail de l’art vénitien
du
XVIIIe avec un magnifique ensemble de fresques de Giandomenico Tiepolo
(fils
de Giambattista) relatant de la vie de Polichinelle, un thème
fort
prisé à l’époque. Ne pas manquer le Nouveau Monde,
vraiment génial. Le palais abrite aussi la Pinacoteca Egidio
Martini
qui compte une centaine de toiles qui intéresseront les
spécialistes.
La Fondation Querini Stampalia, à Castello, est un autre
palais dont le rez de chaussée a été
réaménagé
par Carlo Scarpa (voir plus bas). Les salons sont, en revanche,
toujours
aussi chargés de cette ambiance rococo et fleurie. Mais les
fastes
de la Venise du XVIIIe ne s’expriment pas que dans ses demeures
privées.
Nombreuses sont les églises dotées de décors
sublimes
tel le plafond que Giambattista Tiepolo réalisa dans
l’église
des Gesuati (à ne pas confondre avec les Gesuiti,
citée
plus haut), sur les Zattere. Vraiment renversant, d’autant plus que les
figures sont campées sur un escalier qui semble flotter dans les
airs. Le même Tiepolo a également sévi dans la Scuola
Grande dei Carmini, décorant le plafond du salon, au 1ere
étage.
Le plafond est découpé en plusieurs compositions dans
lesquelles
l’artiste a su jouer avec la lumière et donner à ses
figures
une sensualité étonnante. |
|
- venise
romantique et décadente -
Napoléon
Bonaparte a mit à mort la République
Sérénissime. Le Carnaval est aboli et le Bucentaure, la
plus fastueuse galère de parade, est transformé en prison
flottante. La gloire de Venise n’est plus qu’un souvenir et le plus
héroïque de ses artistes, le sculpteur Antonio Canova, ira
chercher fortune dans les capitales européennes, Vienne et
Paris. C’est paradoxalement à cette époque que Venise
devient une destination touristique. Ce concept de voyage
inventé par les anglais qui consistait à faire le Grand
Tour de l’Europe continentale. Parmi ces anglais voyageurs, des
peintres, dont le plus illustre des romantiques: Joseph Mallord William
Turner. Turner va effectuer plusieurs séjours dans la ville. Il
y réalise un nombre incalculable de dessins, aquarelles et
toiles, captant les lumières, les couleurs, les tonalités
de la ville. Tout se fond, disparaît. A se demander si c’est
l’image de la ville ou la ville elle-même qui est en train de
disparaître. Cette ruine en devenir qu’est Venise attire un autre
grand artiste de l’apocalypse, le compositeur Richard Wagner. Et puis
des personnes plus ordinaires, voyageurs fortunés à la
recherche d’une nostalgie, érudits passionnés d’histoire
ou ladies cherchant à se retrouver dans les lieux de Casanova...
On construit des palaces pour loger tout ce monde avec autant de faste
que possible, le Danieli près de la place Saint Marc, alors que
l’île de Lido prend une vocation balnéaire. Peggy
Guggenheim, richissime américaine s’offre le Palazzo Vernier dei
Leoni, un palais inachevé sur le Grand Canal. Elle y installera
sa collection d’art et se fera enterrer dans le jardin en compagnie de
ses chiens! (4) |
- venise
dans la modernité -
Rares
sont les promeneurs qui sur Campo Manin, à mi-chemin entre le
Rialto et l’Accademia, s’émeuvent face à la Cassa di
Risparmio (Caisse d’Epargne), un des seuls immeubles modernes de
Venise, construit par Luigi Nervi (auteur de la célèbre
tour Pirelli de Milan) et Angelo Scattolin à la fin des
années 1960. C’est pourtant rafraîchissant de se replonger
dans les joints de béton et
d’acier, après toutes ces vieilles pierres. En revanche, au Musée
Peggy Guggenheim, c’est la foule, preuve qu’en matière de
modernité les arts plastiques sont plus populaires que
l’architecture. Il faut dire que la collection amassée par cette
richissime américaine
a de quoi séduire: Des grands noms, des grandes oeuvres, avec un
extraordinaire noyau surréaliste. Peggy Guggenheim fut
l’épouse
de Max Ernst et autour de celui se regroupent René Magritte avec
son Empire des Lumières, sans doute la toile la plus
populaire
de la collection, Joan Miro avec son Intérieur Hollandais
inspiré de Jan Steen (5), Paul Klee, Victor Brauner, Giorgio de
Chirico.
La collection regroupe les grands mouvements de l’avant guerre
(Cubisme,
Futurisme, Abstraction) et des grandes toiles de l’Ecole de New York
(Jackson
Pollock, Willem de Kooning et Mark Rothko aux couleurs sublimes). Le
Guggenheim
Venice est devenu, loin s’en faut une grande attraction touristique de
Venise |
|
| Il
n’est pourtant pas ce que la ville a de plus significatif en
matière de création contemporaine. D’abord parce que ses
collections s’arrêtent aux années 1960, et, surtout parce
que Venise est à l’origine d’une des manifestations artistiques
les plus importantes du monde: La Biennale (photo ci-dessus:
intérieur du pavillon du Brésil). Créée en
1895 dans le but de redonner à la ville une impulsion
culturelle, la Biennale est devenue, au fil des ans, une vitrine
mondiale de la création artistique internationale. Son concept a
initié une multitude d’autres biennales à travers le
monde, de Sao Paulo à Séoul
en passant par Dakar, Istanbul et La Havane. Mais la Biennale de Venise
a
gardé, malgré ses hauts et ses bas, sa suprématie
et
son prestige. Elle se déroule les années impaires pour
les
arts plastiques et les années paires pour l’architecture. |
| “A
une époque d’industrialisation de l’art où se multiplient
les shows internationaux, les biennales et les foires, on peut se
demander ce qui fait encore la crédibilité et la
spécificité de Venise. Tout d’abord, évidement, la
démesure de son décor, la splendeur décadente de
la ville, mais aussi son côté “show off”, les rumeurs et
les
fêtes, l’invasion soudaine de milliers de gens en noir
décidés
à ne rien manquer de ce parcours titanesque. La sensation
étrange
d’assister aux derniers moments d’un monde qui se partage entre les
vestiges
post-coloniaux et l’envie de modernité. Venise est l’endroit qui
spectacularise
cette tension entre l’ancien et le nouveau, et qui traverse, immobile,
les
crises et les failles historiques.” |
| Stéphanie
Moisdon-Tremblay, “Eloge de la Différence”, Beaux-Arts
magazine, 229, juin 2003. |
| Les
pays participants présentent leurs sélections dans des
pavillons nationaux construits dans les Giardini Publicci à
Castello. Quelle promenade, en fin d’après midi, dans ces lieux,
qui, en dehors des périodes d’expositions,
ces réceptacles vides sont laissés dans un état
d’abandon et sont envahis par la végétation comme les
temples de Tikal ou d’Angkor! Même en modernité on revient
à une idée de la ruine ou se côtoient les styles,
du néoclassicisme des plus anciens pavillons, comme celui
de la France, à des choses postmodernes très audacieuses,
comme le pavillon coréen conçu en 1994 par le cabinet
Seok Chul Kim & Associates. Et de revoir les
grands classiques de l’architecture du XXe siècle: Alvar Aalto
pour
un pavillon Finlandais en lignes horizontales, Gerrit Rietveld pour un
pavillon
hollandais en épure. Et puis, l’Autriche avec une superbe
façade
striée de Joseph Hoffmann (le bâtiment fut
rénové
par Hans Hollein). Et, évidement, l’architecte contemporain dont
le nom est le plus attaché à Venise: Carlo Scarpa. Scarpa
qui a signé l’étrange pavillon d’Electa (éditions
qui
publient le catalogue) en forme de bateau et le pavillon du
Venezuela. |
| Carlo
Scarpa qui est aussi présent dans un autre lieu de la ville, le Musée
Querini Stampalia (ci-desssus). Scarpa est intervenu dans le
réaménagement de ce palais dont les étages
abritent des collections d’art baroque. Il a redessiné les
salles du rez de chaussée, qui étaient l’ancienne
entrée principale coté canal. Scarpa, architecte et
décorateur, a su jouer avec le béton, le bois, les
métaux et les éclairages, de manière à
inventer des lieux qui se visitent pour eux-mêmes. Le jardin
(photo ci-dessous), à l’arrière, est aussi un petit
bijou. Scarpa l’a séparé du café par un mur
ajouré qui fait office de fontaine. Ses créations,
discrètes face aux grands monuments de la ville, attestent de la
persistance
du génie artistique de Venise. |
Un nouvel acte dans
cette histoire contemporaine de l'art à Venise s'est joué
avec la décision du milliardaire François Pinault
d'installer ici sa collection d'art contemporain après avoir
renoncé à son projet culturalo immobilier de
l'île Seguin, près de Paris. L'architecte japonais Tadao
Ando, lauréat du concours d'alors, a été
chargé de réaménager l'intérieur du Palazzo
Grassi, qui avait servi de cadre à de nombreuses expositions de
prestiges parrainées par la firme Fiat. Depuis avril 2006, la
collection est montrée par fragments, le temps d'expositions
temporaires qui ont fait grand bruit.
A suivre...
|
| (1)
Le maniérisme (de maniera) est un courant apparu en
Italie centrale sous l’impulsion de Michel-Ange. En réaction au
classicisme, le maniérisme défend une conception
personnelle de l’univers, avec d’importantes distorsions anatomiques et
spatiales, et traduit les angoisses et les malaises d’une
génération. Ce courant s’introduira à Venise au
milieu du XVIe siècle, les artistes de cette ville qui en seront
marqués (Titien, Tintoret, Véronèse)
développeront un style très personnel et conserveront
leur goût pour la couleur propre à l’art vénitien
par opposition à la primauté du disegno toscan. |
| (2)
scuola
(pluriel : scuole), institution typiquement vénitienne,
patronnée par un saint, à but caritatif et
éducatif. Aux XVe et XVIe siècles, les scuole ont
été des grands mécènes de la peinture
vénitienne. |
| (3)
védutiste, terme désignant les peintres italiens du
XVIIIe siècle qui se spécialisèrent dans les vues,
en italien vedute. Les vénitiens Canaletto, Bellotto et
Guardi sont les védustistes les plus illustres. |
| (4)
Sont gravés dans le marbre les noms de défunts:
Cappuccino (1949-1951), Pegeen (1951-1953), Peacok (1952-1953), Toro
(1954-1957, Madame Butterfly (1954-1958), Baby (1949-1959), Emily
(1945-1960), White Angel (1945-1960), Sir Herbert (1952-1965), Sable
(1958-1973), Gibsy (1961-1975), Hong Kong (1965-1978) et Cellinda
(1964-1978) avec l’inscription “Here lie my beloved babies”. |
| (5)
Jan Steen, peintre hollandais du XVIIe siècle, auteur de
scènes de la vie quotidienne. |
|