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> ALLER / VENIR
PAR AVION
L’Aéroport de Venise Marco Polo reçoit des vols des principales villes européennes avec Air France, Lufthansa, SN Brussels Airways, British Airways, Iberia... Alitalia assure un grand nombre de connexions via son hub de Milan Malpensa qui est à 40 minutes de vol. Le terminal est assez archaïque, surtout pour les arrivées. Une nouvelle aérogare serait en construction. En revanche, si vous arrivez en avance sur le départ de votre vol, allez vous prélasser sur le gazon en face du terminal maritime (à 100 m de l’aérogare). Vous prendrez un bain de soleil en regardant les vedettes qui naviguent et les avions qui atterrissent!
Avant de prendre un bateau taxi pour votre hôtel, sachez que cela vous coûtera 150€. Les clients du Danieli bénéficient d’une navette privée amarrée à un embarcadère spécial. Un vaporetto relie l’aéroport à la Place Saint Marc (1h de trajet, 10€). Le moyen le plus pratique et le plus raisonnable est le bus qui part toutes les 30 minutes pour Piazzale Roma (25 min de trajet, 0.70€).
PAR LE TRAIN
On arrive en train à Venise: avez vous oublié l’Orient Express? Les trains arrivent à la Stazione Ferrovia, directement reliée au réseau de vaporetto. Trenitalia
PAR LA ROUTE
En voiture, c’est magnifique de rouler sur cette longue chaussée en pleine lagune. Les voitures peuvent se garer au grand parking de Tronchetto, desservi par les vaporetto.
PAR MER
On peut concevoir, à l'instar de Thomas Mann, qu'"Arriver à Venise par le chemin de fer, c’était entrer dans un palais par la porte de derrière; il ne fallait pas approcher l’invraissemblable cité autrement que comme lui, par bateau, par le large." Certaines croisières en Adriatique donnent l’occasion d’arriver à Venise par voie maritime. Si vous n’aimez pas ce genre de voyages, ne vous inquiétez pas, prenez le vaporetto et vous aurez toutes les sensations!
CIRCULER
A pied. Prévoir de bonnes chaussures de marche et éviter d’être encombré de bagages. Inévitable d’être piéton à Venise, inévitable de se perdre ou plutot de dériver dans ses ruelles. Le vaporetto est le moyen de transport le plus fréquenté de Venise. Ces bus flottants traversent la ville dans tous les sens. Très commodes, c’est aussi la plus belle manière de voir le Grand Canal. Il est possible de prendre un forfait 24, 48 ou 72h. Attention! Au guichet de Piazzale Roma, certains préposés ont maintenu, sur la liste des prix affichés, le tarif en lire, y ont supprimé les zéros, et vendent les titres de transport aux touristes au double du prix. Nous avons ainsi payé 35€ un forfait 72h qui valait 18!  site internet de l'ACTV
Les bateaux taxis sont des pièces de musées flottantes. Ils sont à Venise ce que les voitures américaines sont à La Havane, la décrépitude en moins. Magnifiques vedettes en bois de style Riva avec chrome et cuir, ils sont bien plus beaux à voir que les gondoles. Ah oui, c’est combien? Très cher. Mais attention, contrairement aux taxis roulants, ils peuvent contenir 10 personnes. Dans ce cas, le prix de la course (non monsieur, ce n’est pas une course, c’est une promenade inoubliable) devient très raisonnable!
Et les gondoles? Elles ne sont pas un moyen de transport, mais plutôt une promenade touristique. En revanche, il y a partout des traghetti qui leurs ressemblent beaucoup, que les vénitiens utilisent pour traverser un canal entre deux rives non  reliées par un pont. Vous direz que vous avez pris une gondole pour 0.20€.
> DORMIR
Pas facile de trouver l’hôtel de ses rêves sans débourser une fortune. Venise est petite (et inextensible) et très demandée. Résultat, les prix flambent. Impossible de dormir en ville à moins de 100€ sauf dans une  pension ou un petit 1 étoile. Les lieux sont sommaires, simples, sans salle de bain privée ni petit-déjeuner. 
On peut trouver toutefois des adresses sympathiques en plein centre comme la Pensione Al Gazzetino (entre S. Marc et le Rialto, tel: 041 5286523, fax: 041 5223314). On vous offre pour 60€, une chambre simple (très simple) avec sdb et petit-déjeuner. Accueil sympa, rue calme, les chambres sous les toits ont la climatisation et une vue sur le Campanile de Saint Marc! C’est une des meilleures affaires pour cette catégorie de budgets. Ensuite, ça grimpe. Entre 150 et 200€, on a un bon choix de 3 étoiles tout confort avec plus ou moins de charme. Par exemple, l’Hôtel All Angelo (calle larga S. Marco, tel: 041 5209299, fax: 041 5231943) dont les chambres viennent d’être rénovées. 
Une des meilleures adresses de la ville est Ca’Pisani, près de l’Accademia, acclamé par Condé Nast Traveller comme un des ‘sexiest hotels in the world’. Un palace de poche qui joue le chic d’une architecture discrète et tendance. Mobilier de créateurs, marqueteries, atmosphère tamisée. Une adresse très romantique. Autre adresse de charme, Ca’ Bauta: sept chambres dans un palais du XVe siècle, dont une suite avec lit à baldaquin et jacuzzi. Ambiance patricienne avec tissus baroques et chandeliers murano. Minimaliste pour ne pas dire futuriste est l'ambiance au Palazzina Grassi, un design hotel encastré dans deux immeubles datant des XVe et XIX e siècles.
Restent les grands palaces, sans restriction budgétaire aucune. Le Danieli est un des hôtels les plus légendaires de la planète. Ses navettes privées attendent les clients illustres à l’aéroport à l’instar de Jean-Paul Belmondo qui fit irruption dans le hall de l’hôtel. Les chambres ne sont pas dans le palazzo mais dans deux immeubles reliés à celui ci par des passerelles. Ancien fleuron de la Cigahotels, il est actuellement géré par Starwood. Le Danieli paraît toutefois terne et vieillot mais garde pourtant un charme fou. Le service y est impeccable et le petit déjeuner sur la terrasse est fabuleux. Son voisin, le Londra Palace est aussi superbe. Les chambres ont des hauteurs de plafond à couper le souffle et (parfois) une vue somptueuse sur la Lagune. Très beaux détails, service très soigné. Incroyablement fastueux est aussi le Bauer Il Palazzo, avec ses incroyables décors rococo derrière une façade gothique donnant sur le Grand Canal.
Après avoir subi un lifting assez radical, le Monaco & Grand Canal s'est ancré dans dans les tendances les plus contemporaines de la création avec un mobilier lumineux et léger qui s’insère superbement dans le vieux bâtiment classique. Comment ne pas craquer face au comptoir de la réception en carreaux de céramique, enserré  dans un bloc de verre?
Ceux qui tiennent à profiter d’une piscine en  plein Venise n’auront d’autre choix que le Cipriani & Palazzo Vendramini, sur l’île de la Giudecca. Très grand luxe, navette privée pour San Marco (le vaporetto n’est pas pour les gens comme vous).
> MANGER
L’Italie est un perpétuel plaisir du palais et Venise n’est pas en reste. On y déguste, comme partout ailleurs dans le pays, des sublimes pâtes fraîches, risotto, pizza et autres délices. Mais  Venise c’est aussi la mer. Les poissons y sont frais et savoureux, il suffit d’aller au marché pour s’en rendre compte. La spécialité de la Sérénissime, c’est le poulpe, servie avec son encre,  aussi noire que les gondoles, mais quel régal. On déguste le poulpe seul, en risotto, ou avec des spaghetti.
Le nombre de restaurants et trattoria que compte Venise est incalculable. En règle générale, on mange difficilement mal à Venise, même dans les endroits les plus touristiques. Ce qui change, ce sont les prix, qui varient selon l’éloignement à la Place Saint Marc. Et puis il y a les endroits d’exception, beaucoup plus chers. N’allez pas manger au Harry’s Bar ou au Florian, mais, si vous voulez prendre un repas inoubliable, choisissez plutôt le Ristorante Do Leoni au Londra Palace. Ce Relais & Châteaux est situé sur la Riva degli Schiavoni, juste en face de la Lagune et de San Giorgio. La terrasse est superbe, la carte aussi. Plats de fruits de mer absolument extraordinaires, signalons quand même l’existence au menu de petits en cas à prix (relativement) modérés, mais autant ne pas venir ici.
A l’autre extrême budgétaire (repas à 10€), nous avons déniché la Trattoria Anzolo Raffael, avec sa petite terrasse sur campo Angelo Raffaele (Dorsoduro, tel : 5327456, fermé lundi et mardi). Restaurant familial, quelques plats typiques, de bons vins du pays, c’est vraiment une excellente adresse comme on aimerait en trouver plus. La Trattoria Ai Cugnai (Piscina del Forner 857, tel: 5289238, fermé lundi, derrière l’Accademia) est aussi une maison familiale. Mme  Leonida s’enquiert particulièrement de la satisfaction des clients, elle ne devrait pas se faire beaucoup de soucis, ses plats sont vraiment excellents. Essayez le risotto al pesto. Un peu plus cher que le plus cher que le précédent. Dans  le quartier de San Marco il y a un endroit nommé Bora Bora (Calle Stagneri, près de Campo S. Bartolomeo, tel: 5236583). Décor kitsch et exotique, ambiance sympa et bon plats classique. Les serviettes en papier sont ornées d’une tahitienne portant une pizza. 
A propos de pizza, elle est particulièrement fameuse au Jazz Club Novocento (campiello dei Samsoni, San Polo, tel: 5226565, près de Ruga Rialto, adresse introuvable, il faut demander son chemin), qui n’est pas un club de jazz mais une pizzeria avec un fond musical de jazz. Qu’importe, on y mange très bien.
Nous n’avons pas oublié les desserts. Evidement, ça commence par les glaces italiennes que l’on trouve à chaque coin de rue. Choisissez quand même les endroits qui ont une glace maison. Immense choix de parfums, ne pas manquer le tiramisu, la menthe, le chocolat noir, le citron... Et puis, il y a les douceurs plus typiques que l’on trouve dans les pâtisseries, comme le pan del doge, un biscuit croquant qui existe aussi au chocolat sous le nom de pan del moro (pain du maure). Et puis les zaletti veneziani, succulents gâteaux aux amandes, mmm!!!
> BOIRE / DANSER
Premier endroit à venir à l’esprit du commun des mortels, Florian, place Saint Marc, son décor rococo, ses touristes japonais. A moins que vous ne préfériez Lavena ou le Grand Café, juste en face. Bof. Venise est un peu décevante dans ce rayon. Les cafés et bars ne sont pas vraiment extraordinaires, aucun ne vaut le Pedrocchi de Padoue. Les meilleures adresses que nous ayons trouvées sont les bars d’hotels. Celui du Monaco et Grand Canal, au 1er étage, est très agréable. Sans doute le meilleur endroit pour prendre un martini ou un cocktail en ville après le dîner. 
Pour revenir aux nuits de Venise, sachez que la majorité des lieux branchés sont  dans le quartier de Cannareggio, près de l’université, mais nous n’y sommes pas allés, trop loin, trop fatigués!
> ECOUTER / VOIR
Venise, tout comme Vienne, offre aux touristes en manque d’exotisme des concerts en costumes d’époque (XVIIIe s) dans des lieux historiques avec, tous les soirs, le même programme qui inclut évidement les 4 saisons de Vivaldi (à Vienne vous aurez le Beau Danube Bleu et la Petite Musique de Nuit). Non merci! Il y a mieux à faire. Consultez la presse ou Time Out, Venise offre des spectacles de danse et de théâtre dans le cadre de la Biennale, de la musique, etc. Et puis, si vous voulez du cliché, allez sur la place Saint Marc. Les cafés ont chacun un orchestre de chambre qui joue, à tour de rôle, des airs baroques et parfois jazzy, pour le plus grand  bonheur des badauds qui profitent à l’oeil de ces prestations, destinées aux clients des terrasses. La qualité de la musique est exécrable mais l’ambiance peut être très sympathique!
En septembre, les stars du cinéma débarquent sur la plage de Lido. C’est la Mostra, un des plus beaux festivals du film, avec ceux de Cannes et de Berlin.
> LIRE
GUIDES
Tout le monde édite sur Venise. Encore faut-il savoir si vous préférez avoir droit à un Venise et la Vénétie ou un Venise tout court. Dans le premier cas, prenez le Guide Bleu, le Guide Voir, le Routard ou le Lonely Planet, dans le second, vous aurez le Guide Bleu Evasion, le Rough Guide, ou le Time Out.
Géo a sorti un superbe hors-série Passion Venise (2004). Des images magiques, des articles de fond, des reportages sur la Giudecca, les villas de la Brenta, le Ghetto... et un guide thématique.
Les Ballades de Corto Maltese (ed. Casterman), un guide inhabituel de Venise sur les pas du légendaire héros d’Hugo Pratt.
Avec What's On When in Venice, toute l'actualité culturelle et branchée... Venezia Cultura, un panorama assez complet et mis à jour. On peut aussi consulter le site Turismo Regione Veneto mais les articlesles plus intéressants sont en italien. Venice Banana est un portail avec des itinéraires, plans, adresses...
HISTOIRE
La République du lion, Alvise Zorzi, ed. Payot 1996, un ouvrage dense écrit par un vénitien passionné. Venise: Portrait historique d'une cité, Philippe Braunstein et Robert Delort, ed. Seuil (Points Histoire) 1971.
ARTS
La bibliographie est immense. Elle commence par des ouvrages généraux comme l’Art Vénitien de Terisio Pignatti (Flammarion) et la Peinture Vénitienne de John Steer (Thames & Hudson, l’Univers de l’Art). Plus spécialisés sont les catalogues d’exposition le Siècle de Titien, l’Age d’Or de la Peinture à Venise (Paris, Grand Palais 1993, ed. RMN), Leonardo e Venezia (Venise, Palazzo Grassi, ed. Bompiani, existe en anglais), The Genius of Venice et The Glory of Venice (Londres, Royal Academy of Arts). Encore plus pointu et, par-dessus le marché introuvable, un ouvrage qui avait créé la polémique: Da Tiziano a el Greco, per la Storia del Manierismo a Venezia, (ed. Electa, 1983, si vous le trouvez, sautez dessus à n’importe quel prix). Enfin, citons l’excellent Peindre à Venise au XVIe siècle de David Rosand (Flammarion) et le somptueux Tintoret, la Scuola San Rocco, chez Electa. Autre monographie intéressante, Canaletto, J.G. Links, ed. Phaidon, 1994, est un véritable parcours dans la ville à travers l'oeil du plus fameux des védusites.
Sites du Palazzo Grassi et de la Fondazione Querini Stampalia
LA BIENNALE
Le catalogue de la Biennale est édité par Electa et se présente toujours en deux volumes. Versions italienne et anglaise. Certaines bonnes librairies de Venise possèdent en stock les catalogues des éditions précédentes. Le site internet: www.labiennale.org
LETTRES
Paul Morand est un classique  de la lagune avec son Venises, un regard autobiographiques sur les multiples facettes de la ville, et le  mélancolique Il est plus facile de commencer que de finir qui le place en spectateur d'un monde en déchéance. Dans le métaphysique, La Douane de Mer de Jean D'Ormesson (ed. Gallimard), à commencer à l'endroit du même nom.
IDÉES
Contre Venise, Régis Debray, 1997, Gallimard (Folio). Un pamphlet fustigeant le tourisme de masse tel qu'il s'expose dans la cité des doges.
BD / ILLUSTRATION
Fable de Venise, Corto Maltese, Hugo Pratt, ed. Casterman. Et autour de cet album: "Fable de Venise, l'envers du décor", Pierre-Jean Rémy, Geo, Hors Série Le Monde de Corto Maltese, 2001.
Peut-on encore parler de Venise? L’exercice est difficile, surtout lorsque l’on se place sous la bannière des “voyages non traditionnels”. Venise relève du mythe, du fantasme, voire de la caricature, et ce n’est pas nouveau. Venise est, depuis son existence, une exception. Une cité état née de la mer, une plaque tournante entre l’orient et l’occident, elle a fait sa fortune du commerce maritime. Fille de l’Europe et de Byzance, Venise est aujourd’hui menacée de disparaître sous les flots, du fait du rechauffement de la planète. Venise est d’ailleurs une ruine. Ses façades sont décrépies et moisies. Elles semblent sur le point de s’écrouler. Il faut circuler la nuit, à travers les canaux obscurs. C’est glauque et angoissant, c’est cette ambiance de mystère et de mort qui plane dans les albums de Corto Maltese. Mais Venise c’est aussi la vitalité, les couleurs, le linge qui pend entre les maisons, et la lumière. 
Venise est devenue une image, un produit, un concept. C’est presque agaçant, à chaque fois, d’associer les quatre saisons de Vivaldi aux vues de Venise par les peintres du XVIIIe siècle. Et les touristes viennent du monde entier pour voir grandeur nature ce qu’on leur a montré depuis qu’ils sont tout petits. Et nous y arrivons. Piazzale Roma, embarcadère du vaporetto. Ça grouille de monde, tout le monde s’entasse sur cette embarcation, le bus flottant de Venise. Et que le spectacle commence. Aussi cliché que cela puisse paraître, le grand canal est un spectacle, une fête. Le matin, c’est l’animation et l’encombrement des embarcations les plus hétéroclites – barque postale “DHL”, grue et bétonneuse flottantes, les traghetti, gondoles qui traversent d’une rive à l’autre. L’après midi, ce sont les couleurs chatoyantes qui se reflètent sur les façades. Alors que le jour s’achève, les bateaux taxi, somptueuses embarcations en bois, commencent à déposer leurs fortunés clients au Casino di Venezia, dont la lumière des lustres se reflète dans l’eau. La nuit, ce grand canal ne disparaît jamais, avec ses lumière diaphanes, ses gondoliers qui racontent l’histoire de la ville aux touristes transis.
- venise, l’orient et la mer -
Venise n’a pas de fondation mythique, comme Rome, ni politique, comme Constantinople. Elle apparaît petit à petit dans l’Europe médiévale, se taillant une place de choix. Celle de plate forme commerciale des routes maritimes avec l’orient. Au bout de la mer Adriatique, Venise est, avec Ravenne et Torcello, un des noyaux de la culture byzantine en Italie. Et son grand chef d’œuvre, c’est la Basilique Saint Marc. Sur la fameuse place du même nom, elle déploie une opulente façade de portails sur murs couverts d’or et surmontés de coupoles. On est loin de l’extérieur massif et austère de Hajia Sophia à Constantinople (cf. notre page sur Istanbul). En revanche, l’intérieur n’est pas sans rappeler celui de son illustre modèle. On y retrouve toute cette grandeur, cette élévation, ces voûtes couvertes d’or et de mosaïques. Et puis, au fond, la Pala d’Oro, chef-d’oeuvre de l’orfèvrerie médiévale. Personne ne vous rappellera de visiter le célebrissime trésor de Saint Marc, ni de monter au 1er étage, visiter le musée, avec les fameux chevaux, grandes sculptures qui rappellent à elles seules la puissance de Rome. Venise est la porte par laquelle sont parvenus les héritages grec et byzantin. L’église San Giorgio dei Greci, construite au XVIIe siècle par Baldassare Longhena (voir plus bas), est dédiée au rite grec orthodoxe, une des plus grandes communautés des la ville. Le musée adjacent de l’Instituto Ellenico di Studi Bizantini et Postbizantini possède quant à lui une intéressante collection d’icônes. Autre communauté présente à Venise, les arméniens, qui ont quelques églises dans la ville, mais dont le centre le plus important est l’île de San Lazzaro (cf. notre page sur la Lagune de Venise). Qui parle de communautés et d’orient ne peut évidement passer sous silence le trop célèbre ghetto, le quartier juif de Cannaregio, avec ses ruelles pleines de mélancolie et ses immeubles gris donnant sur de petites places désertes...
La chute de Byzance n’a pas fermé les routes commerciales avec l’orient, bien au contraire. 4 siècles durant, Venise et l’Empire Ottoman vont entretenir des relations toujours ambiguës, entre admiration mutuelle et menaces réciproques. On se souvient aussi bien du voyage du peintre Gentile Bellini à la cour du sultan que de la bataille de Lépante. On peut toujours voir, sur le grand canal, la façade à portiques du Fondaco dei Turchi, qui servait d’entrepôt aux marchands turcs. Cette puissance maritime a gardé des traces bien palpables : Celle, modeste, mais émouvante, de la Dogana di Mar (douane de mer), chère à Jean d’Ormesson, sur la pointe du même nom, au bout de Dorsoduro. Plus spectaculaire est l’Arsenal, (photo ci-desssous) immense ensemble qui forme une ville dans la ville, et qui est toujours la propriété de la marine nationale italienne. On peut apercevoir des bâtiments monumentaux, dont la Porta Magna, gardés par des soldats en uniforme, et, si on tombe sur une exposition de la Biennale, arpenter les corderies de l’arsenal, qui servent pour les expositions d’art contemporain. Deux galeries perpendiculaires de 200m de long et 10m de large, couvertes par une toiture en charpente soutenue par des colonnes. Cet espace immense, interminable et sombre évoque le grand temple de Karnak en Egypte. Un lieu fascinant!
L’attachement de Venise à la mer se ressent partout. Sur les canaux, on est frappé par les palazzi dont les façades donnent directement sur l’eau. On ne peut s’empêcher de penser à la personne pressée qui sortirait de chez elle en courant et plongerait directement à l’eau! Plus sérieusement, les palais vénitiens possèdent un embarcadère sur lequel on déchargeait directement les marchandises venues de loin. Le rez de chaussée servait d’entrepôt, les étages supérieurs étant réservés à l’habitat. Et puis, en se promenant sur les zattere, en face de la Giudecca, accompagnés par le passage incessant des embarcations en tous genres, on découvre, au hasard d’une ruelle ou à travers une porte, un atelier de fabrication de bateaux - il reste encore quelques maîtres charpentiers qui construisent les gondoles dans les règles de l’art, une école ou un club dans lequel des enfants apprennent à naviguer...
- venise gothique-
Venise est une des cités les plus riches et les plus prospères du monde médiéval. Alors que Florence, capitale de la finance, couvre de palais aux façades austères, agressives et militaires, Venise ville de commerce et d’ouverture se pare d’édifices aux allures somptueuses et sophistiquées. La Ca’ d’Oro, construit au XVe siècle, est un des palais les plus somptueux du grand canal. Sa façade, autrefois couverte à la feuille d’or, est composée de trois étages de loggias avec des arcs polylobés ressemble à une dentelle qui flotte miraculeusement sur l’eau. Le gothique vénitien tien toujours du miracle, de la vision sortie d’un rêve. Que dire du plus célèbre édifice de la ville, le Palais des Doges? Mémorable façade sur la piazzetta, en face de la Libreria Marciana et de la Lagune. Quelle audace de poser ce gros appareillage de pierres rouges et blanches sur deux galeries à portiques. Le lourd sur le léger. Défier les lois de la pesanteur.
- la renaissance -
Le promeneur à Venise est habitué à ce style gothique, ces arcs polylobés déployant de grandes ouvertures, qui colle si bien à la ville. Et puis, il tombe sur quelque chose d’unique, qui ressemble plus à un coffret qu’à une bâtisse. Un coffret à bijoux peut être tant il est beau, raffiné et élégant. C’est pourtant une église, Santa Maria dei Miracoli. Construite à la fin du XVe siècle par Pietro Lombardo, c’est la 1ere grande intervention de l’architecture de la Renaissance à Venise. Forme simple et régulière, proportions modestes, inspiration de l’antique, cette église est la réponse aux créations de Brunelleschi et aux théories de Alberti. Le plafond a caissons n’est pas sans rappeler celui que ce dernier a crée à Sant Andrea de Mantoue. Mais, toute imprégnée des idéaux venus de la Toscane, Santa Maria dei Miracoli est vénitienne. Tout comme les oeuvres de Giovanni Bellini et de Vittore Carpaccio qui inventent, au même moment la peinture de la renaissance à Venise. On peut en admirer certaines oeuvres, dont les fameuses Courtisanes de Carpaccio au Museo Correr, sur la Place Saint Marc. Il y a aussi dans ce musée un étrange Christ soutenu par les anges de Antonello da Messina, qui a perdu son visage... Mais le génie de Carpaccio se découvre pleinement au cours d’une promenade dans le quartier de Castello. On pousse la porte de la Scuola di San Giorgio degli Schiavoni, et on entre directement dans une salle sombre tapissée peintures retraçant le cycle de Saint Georges. Parmi elles, sur le mur de droite, l’extraordinaire Vision de Saint Augustin de la mort de Saint-Jérôme, un des tableaux les plus lumineux qui aient jamais été peints. On notera, en parlant de lumière, que celle-ci entre dans le tableau du coté droit, celui ou se trouve la fenêtre qui éclaire la salle principale de la scuola! On est pas en reste pour Giovanni Bellini dont peut déguster un certain nombre de retables dans leurs églises d’origine. A San Zaccaria se trouve une sublime Sainte Conversation dotée d’une gamme de couleurs aérienne. Regardez l’ange musicien (en bas) dont le visage est d’une douceur attendrissante. La promenade sur les traces de Bellini, se poursuit dans le quartier à San Francesco della Vigna avec une Vierge entourée de Saints puis à San Giovanni e Paolo pour le Polyptyque de Saint Vincent Ferrier. Enfin, à San Polo, Santa Maria Gloriosa dei Frari possède, dans sa sacristie, un des plus beaux triptyques de l’artiste, la Vierge en majesté avec de saints. Fabuleux cadre architectural monumental tel un arc de triomphe romain et lumineux avec ses mosaïques dorées.
sur les pas de Titien -
Santa Maria Gloriosa dei Frari. Glorieuse elle l’est, cette grande église gothique ou gisent Titien, Canova et Monteverdi. Outre le Saint Jean Baptiste de Donatello, tourmenté et enchevêtré, dans une chapelle à droite de l’autel, et le sublime polyptyque de Bellini, l’autel principal est orné de l’extraordinaire Assomption de Titien. Les apôtres s’agitent autour du cercueil vide de la vierge qui s’est envolée, emportée par des anges et que Dieu le père s’apprête à recueillir. Une composition audacieuse et mouvementée sur un fond irradiant de lumière. Le jeune Titien montre, avec une des ses premières grandes oeuvres publiques (1518), qu’il faudra compter avec lui. Il remet ça 8 ans plus tard avec le Retable de la famille Pesaro, sur le mur de gauche, composition en diagonale ou les personnages se tiennent sur un escalier alors que deux colonnes colossales se prolongent vers le ciel. Les tensions dramatiques vont s’amplifier dans l’oeuvre de Titien, surtout après son séjour romain et l’arrivée en Italie du Nord du courant maniériste (1). Ses oeuvres tardives sont franchement inquiétantes comme l’Annonciation de San Salvatore (près de San Marco), avec une Vierge très tendue survolée par une flottille d’anges qui a l’air d’exploser, et surtout le lugubre Martyre de Saint Laurent à l’église des Gesuiti (dite aussi Santa Maria Assunta), Cannaregio. Une oeuvre sombre, mouvementée, ou le saint se fait griller vif dans un décor inspiré de la Rome Antique!
- la terriblità de Tintoret -
Cette ampleur dramatique sera l’adage de Jacobo Robusti dit le Tintoret: A deux pas des Frari se trouve une des plus importantes scuole (2) de Venise: la Scuola Granda di San Rocco. L’édifice est franchement monumental, mais on le visite surtout pour le cycle colossal de peintures qui tapissent trois de ses salles. Tintoret y a réalisé une oeuvre cinématographique mettant en images la vie du Christ avec un pathos jusque là inégalé. Au rez de chaussée, on ne manquera pas l’Annonciation, avec ses envolées d’anges qui traversent les murs, le terrible Massacre des Innocents, ou le peintre n’a pas manqué de marquer les taches de sang sur un enfant, et la fabuleuse Fuite en Egypte. Au 1er étage, la grande salle est entièrement couverte de peintures, y compris au plafond! Etrange Nativité à deux niveaux dotée d’un étonnant dispositif d’éclairage. Et puis, on s’approche d’une porte à travers laquelle apparaît quelque chose qui semble incroyable. On distingue le Christ sur sa croix, mais on n’arrive pas à percevoir l’étendue de la composition. Il faut entrer dans cette salle pour apprécier l’ampleur de cette chose renversante, une Crucifixion de 13m de large, composition d’une complexité incroyable, bourrée d’effets de perspectives et de figures en mouvement. C’est un moment de grande émotion, heureusement que des sièges ont été prévus à l’attention des visiteurs!
- Veronese et Palladio ou l'art de la mise en scène
Le 3e grand peintre du XVIe siècle cultive moins le sens de la terriblita du vieux Titien et de Tintoret. Paolo Caliari, dit Véronèse, est le maître de la peinture-spectacle. Il développe avec brio l’art de la mise en scène qu’il sert avec une palette de couleurs d’une grande vivacité (un ton de vert porte d’ailleurs son nom). L’église San Sebastiano, à Dorsoduro, est dotée d’un ensemble exceptionnel de toiles qu’il réalisa à 27 ans. Le plafond est couvert du Triomphe de Mardochée duquel des chevaux semblent s’apprêter à bondir dans les airs! Notons que la même église renferme des oeuvres d’Andrea Schiavone, peintre mal connu de la mouvance maniériste à Venise. Véronèse a collaboré avec Andrea Palladio, architecte avec lequel il a partagé ce goût de la théâtralité. Palladio a réalisé deux églises de Venise: Le Redentore, à la Giudecca, célèbre pour sa façade dans laquelle il a aligné le fronton avec la toiture triangulaire, donnant cette vision inoubliable de deux triangles isocèles superposés. Sur le même axe de circulation, le grand canal débouche sur la Lagune et la Giudecca se prolonge avec l’île de San Giorgio Maggiore, sur laquelle Palladio a édifié église du même nom. Son campanile fait face à celui de Saint Marc. Pour la petite histoire, nous avons voulu le visiter un jour de juin 2002, alors que l’Italie se faisait terrasser dans la coupe du monde de football, à l’autre bout de la planète. Il fallut attendre la fin du match pour que le moine préposé reprenne son poste de liftier! Au sommet, la vue sur Venise est inoubliable... Mais revenons au vaste intérieur de cette église dans laquelle se trouve la Cène, le dernier tableau peint par Tintoret en 1594. Une composition oblique et obscure peuplée d’ombres fantomatiques avec des apôtres uniquement éclairés par la lumière de leurs halos, par l’arrière...
- venise baroque -
C’est la quintessence de l’esprit vénitien, celui de des fastes, des fêtes, des couleurs. On ne peut pas rater l’église Santa Maria della Salute (ci-dessus), une des plus spectaculaires de Venise, à l’extrémité du Grand Canal, avec sa coupole blanche qui change de couleur, un peu comme le Taj Mahal. Ce monument né du génie de l’architecte Baldassare Longhena est conçu selon le principe du plan centré octogonal, avec un déambulatoire faisant le tour d’une énorme rotonde octogonale. On découvre, au cours de cette déambulation, outre des jeux de perspectives scéniques, des tableaux de maîtres, dont des Luca Giordano avec une Présentation de la Vierge au Temple (1674), composition en escaliers avec des couleurs sublimes, une chaotique et très dense Assomption (1667). Il y a aussi un curieux Titien. La sacristie (pas toujours ouverte) renferme aussi des Titien de la période maniériste et un Tintoret. 
- les fastes du XVIIIe siècle -
Mais revenons aux fastes de la Venise baroque. Partout dans la ville on trouve des marchands (parfois artisans) qui exposent leurs masques de carnaval. Ces objets, à la fois satyriques et sinistres nous plongent en plein XVIIIe siècle, au temps de Mozart et de Casanova, deux grands fêtards dont l’esprit est indissociable de Venise. Les fêtes de Venise sont alors partout: dans la rue, lors du carnaval, sur le Grand Canal, sur lequel se déroulaient les festivités de l’Ascension, les plus éblouissantes qui soient: le Bucentaure, une somptueuse galère d’apparat emportait le Doge et sa cour vers Lido ou il célébrait les épousailles de Venise avec la Mer. Les peintres védutistes (3) de l’époque, Canaletto et Guardi, ont immortalisé ces fastes. Venise était aussi une fête dans ses palais, dont certains ont conservé leurs décors, leurs lustres, et parfois leurs fresques. Les plus inoubliables sont sans doutes celles que Giambattista Tiepolo réalisa dans les salons du Palais Labia. La vie de Cléopâtre et autres scènes antiques. Les sujets ne sont que prétextes à des mises en scènes fastueuses. [la visite du Palais Labia est assez compliquée, se renseigner à l’avance]. Entièrement dévolu à cette époque, Ca Rezzonico a été transformé en musée. Les amateurs y trouveront, outre le mobilier d’époque, un éventail de l’art vénitien du XVIIIe avec un magnifique ensemble de fresques de Giandomenico Tiepolo (fils de Giambattista) relatant de la vie de Polichinelle, un thème fort prisé à l’époque. Ne pas manquer le Nouveau Monde, vraiment génial. Le palais abrite aussi la Pinacoteca Egidio Martini qui compte une centaine de toiles qui intéresseront les spécialistes. La Fondation Querini Stampalia, à Castello, est un autre palais dont le rez de chaussée a été réaménagé par Carlo Scarpa (voir plus bas). Les salons sont, en revanche, toujours aussi chargés de cette ambiance rococo et fleurie. Mais les fastes de la Venise du XVIIIe ne s’expriment pas que dans ses demeures privées. Nombreuses sont les églises dotées de décors sublimes tel le plafond que Giambattista Tiepolo réalisa dans l’église des Gesuati (à ne pas confondre avec les Gesuiti, citée plus haut), sur les Zattere. Vraiment renversant, d’autant plus que les figures sont campées sur un escalier qui semble flotter dans les airs. Le même Tiepolo a également sévi dans la Scuola Grande dei Carmini, décorant le plafond du salon, au 1ere étage. Le plafond est découpé en plusieurs compositions dans lesquelles l’artiste a su jouer avec la lumière et donner à ses figures une sensualité étonnante.
- venise romantique et décadente -
Napoléon Bonaparte a mit à mort la République Sérénissime. Le Carnaval est aboli et le Bucentaure, la plus fastueuse galère de parade, est transformé en prison flottante. La gloire de Venise n’est plus qu’un souvenir et le plus héroïque de ses artistes, le sculpteur Antonio Canova, ira chercher fortune dans les capitales européennes, Vienne et Paris. C’est paradoxalement à cette époque que Venise devient une destination touristique. Ce concept de voyage inventé par les anglais qui consistait à faire le Grand Tour de l’Europe continentale. Parmi ces anglais voyageurs, des peintres, dont le plus illustre des romantiques: Joseph Mallord William Turner. Turner va effectuer plusieurs séjours dans la ville. Il y réalise un nombre incalculable de dessins, aquarelles et toiles, captant les lumières, les couleurs, les tonalités de la ville. Tout se fond, disparaît. A se demander si c’est l’image de la ville ou la ville elle-même qui est en train de disparaître. Cette ruine en devenir qu’est Venise attire un autre grand artiste de l’apocalypse, le compositeur Richard Wagner. Et puis des personnes plus ordinaires, voyageurs fortunés à la recherche d’une nostalgie, érudits passionnés d’histoire ou ladies cherchant à se retrouver dans les lieux de Casanova... On construit des palaces pour loger tout ce monde avec autant de faste que possible, le Danieli près de la place Saint Marc, alors que l’île de Lido prend une vocation balnéaire. Peggy Guggenheim, richissime américaine s’offre le Palazzo Vernier dei Leoni, un palais inachevé sur le Grand Canal. Elle y installera sa collection d’art et se fera enterrer dans le jardin en compagnie de ses chiens! (4)
- venise dans la modernité -
Rares sont les promeneurs qui sur Campo Manin, à mi-chemin entre le Rialto et l’Accademia, s’émeuvent face à la Cassa di Risparmio (Caisse d’Epargne), un des seuls immeubles modernes de Venise, construit par Luigi Nervi (auteur de la célèbre tour Pirelli de Milan) et Angelo Scattolin à la fin des années 1960. C’est pourtant rafraîchissant de se replonger dans les joints de béton et d’acier, après toutes ces vieilles pierres. En revanche, au Musée Peggy Guggenheim, c’est la foule, preuve qu’en matière de modernité les arts plastiques sont plus populaires que l’architecture. Il faut dire que la collection amassée par cette richissime américaine a de quoi séduire: Des grands noms, des grandes oeuvres, avec un extraordinaire noyau surréaliste. Peggy Guggenheim fut l’épouse de Max Ernst et autour de celui se regroupent René Magritte avec son Empire des Lumières, sans doute la toile la plus populaire de la collection, Joan Miro avec son Intérieur Hollandais inspiré de Jan Steen (5), Paul Klee, Victor Brauner, Giorgio de Chirico. La collection regroupe les grands mouvements de l’avant guerre (Cubisme, Futurisme, Abstraction) et des grandes toiles de l’Ecole de New York (Jackson Pollock, Willem de Kooning et Mark Rothko aux couleurs sublimes). Le Guggenheim Venice est devenu, loin s’en faut une grande attraction touristique de Venise
Il n’est pourtant pas ce que la ville a de plus significatif en matière de création contemporaine. D’abord parce que ses collections s’arrêtent aux années 1960, et, surtout parce que Venise est à l’origine d’une des manifestations artistiques les plus importantes du monde: La Biennale (photo ci-dessus: intérieur du pavillon du Brésil). Créée en 1895 dans le but de redonner à la ville une impulsion culturelle, la Biennale est devenue, au fil des ans, une vitrine mondiale de la création artistique internationale. Son concept a initié une multitude d’autres biennales à travers le monde, de Sao Paulo à Séoul en passant par Dakar, Istanbul et La Havane. Mais la Biennale de Venise a gardé, malgré ses hauts et ses bas, sa suprématie et son prestige. Elle se déroule les années impaires pour les arts plastiques et les années paires pour l’architecture.
“A une époque d’industrialisation de l’art où se multiplient les shows internationaux, les biennales et les foires, on peut se demander ce qui fait encore la crédibilité et la spécificité de Venise. Tout d’abord, évidement, la démesure de son décor, la splendeur décadente de la ville, mais aussi son côté “show off”, les rumeurs et les fêtes, l’invasion soudaine de milliers de gens en noir décidés à ne rien manquer de ce parcours titanesque. La sensation étrange d’assister aux derniers moments d’un monde qui se partage entre les vestiges post-coloniaux et l’envie de modernité. Venise est l’endroit qui spectacularise cette tension entre l’ancien et le nouveau, et qui traverse, immobile, les crises et les failles historiques.”
Stéphanie Moisdon-Tremblay, “Eloge de la Différence”, Beaux-Arts magazine, 229, juin 2003.
Les pays participants présentent leurs sélections dans des pavillons nationaux construits dans les Giardini Publicci à Castello. Quelle promenade, en fin d’après midi, dans ces lieux, qui, en dehors des périodes d’expositions, ces réceptacles vides sont laissés dans un état d’abandon et sont envahis par la végétation comme les temples de Tikal ou d’Angkor! Même en modernité on revient à une idée de la ruine ou se côtoient les styles, du  néoclassicisme des plus anciens pavillons, comme celui de la France, à des choses postmodernes très audacieuses, comme le pavillon coréen conçu en 1994 par le cabinet Seok Chul Kim & Associates. Et de revoir les grands classiques de l’architecture du XXe siècle: Alvar Aalto pour un pavillon Finlandais en lignes horizontales, Gerrit Rietveld pour un pavillon hollandais en épure. Et puis, l’Autriche avec une superbe façade striée de Joseph Hoffmann (le bâtiment fut rénové par Hans Hollein). Et, évidement, l’architecte contemporain dont le nom est le plus attaché à Venise: Carlo Scarpa. Scarpa qui a signé l’étrange pavillon d’Electa (éditions qui publient le catalogue) en forme de bateau et le pavillon du Venezuela. 
Carlo Scarpa qui est aussi présent dans un autre lieu de la ville, le Musée Querini Stampalia (ci-desssus). Scarpa est intervenu dans le réaménagement de ce palais dont les étages abritent des collections d’art baroque. Il a redessiné les salles du rez de chaussée, qui étaient l’ancienne entrée principale coté canal. Scarpa, architecte et décorateur, a su jouer avec le béton, le bois, les métaux et les éclairages, de manière à inventer des lieux qui se visitent pour eux-mêmes. Le jardin (photo ci-dessous), à l’arrière, est aussi un petit bijou. Scarpa l’a séparé du café par un mur ajouré qui fait office de fontaine. Ses créations, discrètes face aux grands monuments de la ville, attestent de la persistance du génie artistique de Venise.
Un nouvel acte dans cette histoire contemporaine de l'art à Venise s'est joué avec la décision du milliardaire François Pinault d'installer ici sa collection d'art contemporain après avoir renoncé  à son projet  culturalo immobilier de l'île Seguin, près de Paris. L'architecte japonais Tadao Ando, lauréat du concours d'alors, a été chargé de réaménager l'intérieur du Palazzo Grassi, qui avait servi de cadre à de nombreuses expositions de prestiges parrainées par la firme Fiat. Depuis avril 2006, la collection est montrée par fragments, le temps d'expositions temporaires qui ont fait grand bruit.
A suivre...
(1) Le maniérisme (de maniera) est un courant apparu en Italie centrale sous l’impulsion de Michel-Ange. En réaction au classicisme, le maniérisme défend une conception personnelle de l’univers, avec d’importantes distorsions anatomiques et spatiales, et traduit les angoisses et les malaises d’une génération. Ce courant s’introduira à Venise au milieu du XVIe siècle, les artistes de cette ville qui en seront marqués (Titien, Tintoret, Véronèse) développeront un style très personnel et conserveront leur goût pour la couleur propre à l’art vénitien par opposition à la primauté du disegno toscan.
(2) scuola (pluriel : scuole), institution typiquement vénitienne, patronnée par un saint, à but caritatif et éducatif. Aux XVe et XVIe siècles, les scuole ont été des grands mécènes de la peinture vénitienne.
(3) védutiste, terme désignant les peintres italiens du XVIIIe siècle qui se spécialisèrent dans les vues, en italien vedute. Les vénitiens Canaletto, Bellotto et Guardi sont les védustistes les plus illustres. 
(4) Sont gravés dans le marbre les noms de défunts: Cappuccino (1949-1951), Pegeen (1951-1953), Peacok (1952-1953), Toro (1954-1957, Madame Butterfly (1954-1958), Baby (1949-1959), Emily (1945-1960), White Angel (1945-1960), Sir Herbert (1952-1965), Sable (1958-1973), Gibsy (1961-1975), Hong Kong (1965-1978) et Cellinda (1964-1978) avec l’inscription “Here lie my beloved babies”.
(5) Jan Steen, peintre hollandais du XVIIe siècle, auteur de scènes de la vie quotidienne.
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