| > ALLER / VENIR |
| Padoue est à 35 km à
l’ouest de Venise (20 minutes
en train), 50 km de Vicence et 115 de Vérone. La gare est au
nord
du centre ville. Il est possible de parcourir cette dernière
à
pied, ou par les autobus de l’ACAP. On peut acheter les billets de ces
derniers
à un guichet à la gare. |
| > DORMIR |
Le
Methis Hotel Padova est un
hôtel au style contemporain et à l'ambiance qui se veut
jeune et branchée.
|
| >
MANGER / BOIRE |
| Sur chacune des nombreuses places de
Padoue, des terrasses de
cafés et de trattorie permettent de consommer, dans un cadre
agréable un repas soigné ou des rafraîchissements.
Allez prendre un verre
sous les arcades de la Piazza dei Signori. |
| En plein coeur de la ville se trouve
sans doute le plus beau café
du monde, le Caffè
Pedrocchi (tel: 8205007). Un édifice néoclassique
construit
au début du XIXe siècle par l’architecte Giuseppe
Jappelli.
Noter la façade arrière qui est gothique. Le décor
est
d’un raffinement sans pareil. Comment choisir entre les belles
terrasses et
les salons ornés de grandes cartes géographiques? On y
prendra
des savoureux tramezzini, une variété de
pâtisseries comme
le sacher viennois, un café ou un martini... Cet endroit est
vraiment
extraordinaire, l’ambiance, très agréable, n’est pas
celle
d’un attrappe touristes, les prix sont très raisonnables. Le
Florian
de Venise n’a qu’à aller se rhabiller! |
| > ACHETER |
| Shopping sur via Roma et ses
alentours. Des boutiques de créateurs
de mode et de design comme seuls les italiens savent en faire. Bonne
librairie au Museo Eremitani et Virgin Megastore (corso del Popolo)
près de la
gare.Ne pas manquer aussi la belle boutique papéterie de
l'Université (superbes bloc notes et accessoires). |
| > LIRE |
| Padova Architettura, ed.
Umberto Allemandi, collectif,
sous la direction de Lionello Puppi. Ce guide de l’architecture est un
bijou,
tant par sa belle mise en page, que par l’érudition de son
contenu.
Il est divisé en sections thématiques “le Municipium
Romain”,
“palais privés”, “portes et ponts de la cité
médiévale”,
etc. Certes, il est en italien, mais abondamment illustré et
très
didactique. |
| INTERNET |
| Padovanet, le portail de la ville de Padoue, et Padova Cultura,
le portail culturel. On peut aussi consulter le site de l'Università degli Studi
di
Padova. |
|
|
|
| “De
Padoue je connais la gare. J’y suis arrivé par hasard alors que
je me rendais à Venise-Mestre. Je suis descendu du train,
croyant que j’étais arrivé à destination. J’ai du
alors attendre le prochain” |
| Padoue
est une
étape sur la ligne de chemin de fer, la dernière, avant
Venise.
Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire en lisant le
récit
de Pierre Hage Boutros, Padoue est loin d’être une erreur de
parcours.
Bien au contraire! Padoue est une chance, un bonheur. C’est la ville de
l’intelligence
et de la tolérance, de la foi et du beau. La ville ou ont pu
s’épanouir les génies de Dante et de Copernic, de
Galilée et de Giotto, la ville qui a vu naître Mantegna
(photo ci-dessous) et mourir Saint Antoine. Padoue possède les
plus grandes oeuvres de Donatello, le premier
théâtre anatomique de la Renaissance et le plus beau
café
du monde! |
|
-
de la gare à l'arena -
Si
Pierre
avait fait un tour du coté de la gare, il aurait eu droit
à
quelques immeubles 1900, néoclassiques ou art déco, comme
l’Hôtel Grand Italia (ancienne casa Folchi), plongés dans
un vacarme assez assourdissant. Le quartier de la gare est rarement ce
qu’une ville a à offrir de mieux. Le beau idéal n’est
pourtant pas loin. Il suffit d’emprunter
Corso del Popolo, artère commerciale et animée pour
arriver,
quelques pas plus tard, dans le quartier verdoyant de l’Arena. L’Arena,
amphithéâtre
elliptique pour spectacles de gladiateurs est un des vestiges de la
Patavium
romaine. Il reste aussi de cette époque des ponts et autres murs
qui
ne sont pas spécialement captivants. Mais revenons à
l’Arena,
parc public au milieu duquel est plantée une petite chapelle
médiévale.
Totalement anodine de l’extérieur, elle renferme un des
trésors
les plus inestimables de l’humanité, le cycle de fresques de Giotto.
Ce chef-d’oeuvre de la peinture aux couleurs intenses – le fameux bleu
de
Giotto - a été commandé au début du XIVe
siècle
par Enrico Scrovegni (cf. notre page Giotto, la Chapelle des
Scrovegni).
La peinture vient d’être réinventée, la grande
aventure
de la Renaissance peut commencer. Elle trouvera un écho au
siècle
suivant à quelques pas de là, avec les fresques de Mantegna
de l’église des Eremitani. Leur spectacle est aujourd’hui,
hélas,
moins éloquent. L’église des Eremitani a
été
abondamment bombardée par l’US Air Force en 1944. Elle fut
habilement
reconstruite à l’identique. On ne put malheureusement sauver que
quelques
fragments des fresques de Andrea Mantegna dans la Chapelle des Ovetari
(à
droite de l’autel, photo ci-dessus). Des ruines, mais quelles ruines!
Le
premier grand projet de l’artiste, réalisé alors qu’il
avait
23 ans. Mantegna y a exacerbé toute sa passion pour les
perspectives
vertigineuses (Martyre de Saint Christophe), son amour pour les
architectures minérales agrémentées de
détails archéologiques et de guirlandes de fruits (Martyre
de Saint Jacques). Quelle exaltation de pour admirer, presque
côte à côte, le grand précurseur de la
Renaissance [Giotto] et celui par qui elle triompha en
Vénétie [Mantegna]. Et ensuite, d’aller se reposer dans
le parc de l’Arena! Les amateurs
de peinture ne manqueront pas de visiter le Museo Civico Eremitani,
dont
les collections recèlent des oeuvres d’artistes rares comme
Lorenzo Costa ou prolifiques comme Tintoret (fameuse Cène
chez Simon) et Véronèse (fabuleux Martyre de
Sainte Catherine). |
| Le
Musée Eremitani est ouvert du mardi au dimanche 9h-18h, sf.
fêtes, guichet commun avec la Chapelle des Scrovegni. |
|
-
les places, les palais, les églises et le café -
Au sud
du
quartier de l’Arena / Eremitani, on est en plein centre de la ville. On
se
promène à pied, à travers des places publiques les
unes
plus belles que les autres. De Piazza Cavour, on découvre la
façade
Néoclassique de l’extraordinaire Caffè Predrocchi.
C’est
monumental – colonnes doriques, frises – mais jamais oppressant.
L’endroit
a été conçu pour être un café, pas un
mausolée,
et tous les coins sont très agréables. Certains
détails décoratifs comme les immenses cartes
géographiques ou les luminaires
(photo ci-dessus) sont vraiment fabuleux. Allez prendre un verre au bar
agrémenté
d’un traditionnel miroir et d’une magnifique horloge dorée. Le
‘caffetiere’
Antonio Predrocchi a réussi à créer un lieu de
rencontre
et de savoir-vivre, qui près de deux cent ans après son
ouverture,
ne s’est pas momifié.
On
peut
en dire de même d’un autre landmark de Padoue, le Palazzo de
la
Ragione qui trône entre Piazza delle Erbe et Piazza della
Frutta,
autrement dit entre fruits et légumes! Les galeries de rez de
chaussée de ce grandiose palais civil sont occupées par
les marchands d’alimentation, implantés dans le quartier depuis
l’époque romaine. Edifié au début du XIIIe
siècle, le Palazzo de la Ragione conserve cet esprit propre aux
villes médiévales de faire cohabiter les
commerces et leur ambiance grouillante avec le pouvoir et la raison.
Ces
derniers jouissent du privilège de l’élévation au
1er
étage, le piano nobile, étage noble. On pourra en juger,
en
visitant l’immense espace dont la hauteur est renforcée par la
toiture
en charpente réalisée au XIVe siècle, et dont les
murs
sont intégralement couverts de peintures, 333 fresques au total.
Un
seul objet pour meubler cet espace incroyable. Un cheval de bois
grandeur
nature inspiré par la statue équestre du Gattamelata
de Donatello.
Et
on
peut ainsi continuer à se promener, de place en place, et de
découverte en découverte. Se diriger vers le Palazzo
Vescovile, siège de l’évêché de Padoue,
pour y admirer la grande salle, elle aussi couverte de fresques.
Fresques aussi au Baptistère, belle structure romane
dont le plan centré souligne l’harmonie, attenant
à l’austère Cathédrale dont on peine à
trouver
les traces de l’intervention de Michel-Ange. Nous n’allons pas
énumérer
les églises qui jalonnent Padoue, de la somptueuse Santa Maria
del
Carmine (près de la gare) à Santa Sofia, à l’est,
la
plus ancienne de la ville. Pas énumérer, non plus les
palais
de styles gothique ou renaissance. Allons dériver en suivant son
flair
ou son humeur, de regarder les vitrines de belles boutiques du centre,
de
faire une nième pause café au Pedrocchi ou sous les
arcades
de la Piazza dei Signori, de descendre vers l’ancien ghetto juif avec
ses
maisons dont certaines sont en train d’être
rénovées.
|
|
-
l'université du "bo" -
Mais
il
est des rendez-vous que l’on ne peut, sous aucun prétexte, se
permettre de manquer. L’Université de Padoue est un rendez-vous
avec l’intelligence humaine depuis 1221. Fondée par les
Bolonais, elle prit son essor alors
que Padoue était passée sous la domination de Venise,
bénéficiant
de l’extraordinaire climat de liberté et de tolérance
religieuse
qui régnait dans la république sérénissime.
Les
étudiants y affluèrent des confins de l’Europe, de la
Suède
à la Pologne. Les plus grands génies de leurs temps y
trouvèrent
un lieu propice à l’expérimentation et à la
pensée: Copernic, Dante, Galilée.
On peut
toujours voir la chaire en bois sur laquelle ce dernier a
enseigné, mais la chose la plus spectaculaire à voir ici
est sans doute le Théâtre Anatomique. Premier
auditorium de sciences médicales au monde, construit en 1594. Un
défi à l’obscurantisme et à l’inquisition.
Un espace composé de cercles concentriques, dépourvu de
lumière
naturelle, les séances se déroulant de nuit, pour plus de
sûreté.
Le corps était préparé dans une ‘cuisine’ puis
installé
sur une table de dissection munie d’un système d’ascenseur
actionné
par des poulies. La plate forme montait alors de la cuisine (niveau –1)
au
centre de l’auditorium. Au cas ou un vigile apercevait la
présence,
dans les parages, d’un homme d’église, le corps était
tout
de suite retiré et envoyé dans une trappe secrète
pour
être remplacé par celui d’un animal qui attendait toujours
en
cas de besoin. Cet extraordinaire dispositif a permis à la
médecine
d’avancer jusqu’en 1892! Cet élan pour la connaissance dans un
esprit
de liberté, on le trouve toujours, que ce soit dans le rituel
ancestral
qui suit les remises de diplômes, en juin, au cours duquel chaque
étudiant(e) a droit à une mise en scène, entre le
bizutage et le strip-tease – avec, toujours, une ambiance bonne enfant;
ou bien dans la cour, ou Jannis Kounellis* a créé une
installation (photo ci-dessus) avec des
planches de bois et un drapeau, oeuvre commandée pour le 50eme
anniversaire
de la libération et dédiée à l’idéal
de
culture que véhicule l’université pour "reconstruire
l’Italie de la liberté". |
|
-
il santo -
Intelligence
ne veut pas forcément dire absence de spiritualité. Et
padoue a su admirablement concilier l’esprit et la religion. Elle reste
intimement liée à Antoine de Padoue, le saint le
plus populaire d’Italie. Son saint. On l’appelle ici ‘Il Santo’.
L’immense basilique qui lui est dédiée est un important
lieu de pèlerinage. Le
déploiement de marchands de bondieuseries sur toutes les rues
aux
alentours est un bon témoignage de cette ferveur populaire.
Ferveur
qu’on retrouve à l’intérieur de la basilique, notamment
dans
la très baroque chapelle du trésor, ou les fidèles
se
recueillent face aux reliques du saint. Dans la nef, l’ambiance est
plus
à la dévotion qu’à la contemplation, et il faut
faire
un certain effort pour pouvoir admirer les magnifiques bronzes de Donatello
qui ornent le maître autel. Il sera difficile, par contre, de
rater le Gattamelata (photo ci-dessus), la plus grande
sculpture de
l’artiste, qui trône sur le parvis de la basilique. Ce monument
équestre,
qui reprend la grande tradition impériale romaine** est
dédié
au Gattamelata, condottiere*** des armées vénitiennes
entre
1437 et 1439. Posé sur un énorme piédestal, ce
cavalier
inspire la puissance, la grandeur et la volonté, grandes vertus
militaires,
alors que son visage disgracieux esquisse une mine d’ennui et de
dégoût.
Le genre d’attitude assez dérangeante que l’on retrouve chez les
personnages
de Donatello et qui leur confère ce degré
d’humanité
propre aux mortels. Le quartier du Santo possède plusieurs
choses
intéressantes à voir. Sur la place de la basilique,
à
droite de l’entrée, se trouve la Scuola del Santo, un
édifice
modeste dont la salle du 1er étage est couverte de fresques
relatant
la vie de Saint Antoine. Deux compositions sont deux oeuvres de
jeunesse
de Titien: le Miracle du nouveau-né et le Miracle
du mari jaloux. On y trouve la sensibilité de l’artiste aux
problèmes
de la couleur dans un média qu’il utilisera très peu, lui
préférant
la peinture à l’huile. Remarquez, dans le Miracle du
nouveau-né,
le découpage de la composition en deux parties, à gauche,
un
mur aveugle avec une statue d’inspiration romaine et à droite
une
ouverture sur un paysage. Titien reprendra ce parti un quart de
siècle
plus tard dans sa très fameuse Venus d’Urbino
conservée
aux Offices de Florence. Un peu plus au sud de la basilique se trouve
un
jardin très intéressant, l’Orto Botanico, qui peut
s’avérer un lieu de promenade très agréable en fin
d’après midi.
Idéal pour échapper à la foule. Comment ne pas
finir,
enfin, sur une curiosité, ou plutôt un lieu qui contribue
lui
aussi à la singularité de Padoue? Prato delle Valle,
une immense place elliptique avec un canal qui ceinture une île
et qui
est bordé de 78 statues de grands hommes! Cette mise en
scène baroque du XVIIIe siècle est venue assainir une
zone marécageuse et insalubre... |
| *
Jannis Kounellis (1936), artiste d’origine grecque qui se fit partie du
mouvement Arte Povera en Italie dans les années 1960. Une de ses
interventions les plus spectaculaires
était son installation de chevaux vivants dans une galerie d’art
romaine. |
| **
Le portrait
équestre est une invention de romaine, ce genre de monuments
(comme
les arcs de triomphe, colonnes commémoratives) qui servaient
à
glorifier l’empereur. Il revient à la mode au XVe siècle
avec
Donatello et Verrocchio et Paolo Uccello qui invente le faux portrait
équestre peint en trompe-l’oeil (John Hawkwood, Santa
Maria dei Fiori à Florence). Le genre persistera à
l’époque baroque (le Bernin, Bouchardon) et sa carrière
se poursuit dans certains pays (Irak, Ouzbékistan...) |
| ***
Les cités-états de l’Italie n’avaient pas d’armée
propre. Elles faisaient appel à
des condottiere, mercenaires qui offraient leurs services et
leurs
armées selon un contrat renouvelable. Un condottiere pouvait
passer
d’une cité à son ennemie. Ainsi, Carmagnola, condottiere
de Venise, flirtait avec Milan avant la fin de son contrat.
Convoqué au palais des Doges, il fut directement
transféré en prison et exécuté pour avoir
trahi ses clients. |
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