| Récit de voyage
rédigé par Claude Abou Chedid pour Baron & Baron. |
3e partie du voyage, le Ladakh
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LIRE
Le Ladakh du futur,
Jérôme Saglio (texte), Jean-Baptiste Rabouan (photos), Grands Reportages, 298, novembre
2006
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| Pour en savoir plus concernant les
lieux visites, consultez notre page consacree au Jammu & Cachemire |
| A suivre: Srinagar |
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Inde
août 2004, 3e partie:
le Ladakh
55 minutes d’un vol spectaculaire: survol de sommets de
montagnes enneigées; bouche bée devant tant de
beauté, nos rêves d’enfants semblent pouvoir se
réaliser, celui de toucher la pointe des montagnes. Une
forêt de cimes s’étend à l’infini. C’est alors
qu’apparaît au loin la piste de
l’aéroport de Leh, notre destination. Mais comment y atterrir
à
partir de ce couloir de montagnes? Nous contournons un autre massif
montagneux
en passant par un couloir rocheux, l’appareil devant rester
penché
au risque qu’une de ses ailes touchent les parois. C’est effrayant,
mais
la beauté des lieux et l’excitation du moment nous font oublier
le danger. Soudain nous entendons les gaz envoyés à fond
et
l’appareil vire à 180°. C’est hallucinant, la descente se
fait alors très rapidement. Il faudra du temps au pilote pour
immobiliser l’appareil. [pour voir les photos de ce vol et de son
atterrissage
sur Leh, cliquez ici]
Nous découvrons les alentours de Leh, poussiéreux et
très peu verdoyants, en route vers notre guesthouse le
«Diskit Villa». Diskit Villa est une charmante maison de
style Ladakhi. Les chambres aux plafonds en bambous donnent sur les
montagnes.
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L’air
est pur, le silence perturbé par le gazouillement des oiseaux.
Un carré de gazon fait face à la maison et à
l’arrière un potager pourvoit la cuisine en légumes.
Thinless la propriétaire, nous accueille chaleureusement, nous
entourant le cou du foulard tibétain de bienvenue et nous
proposant du thé. Il faut nous hydrater afin de nous acclimater
aux 3500 mètres d’altitude. Notre rythme cardiaque
s’accélère et nous sentons nos jambes en coton.
L’après-midi, nous tentons une promenade vers le centre de Leh.
Des marchés tibétains jouxtent des magasins de toutes
sortes. On reconnaît facilement
les tibétains à leur visage aplati et buriné par
le grand air. Les autres marchands sont pour la plupart de confession
musulmane et viennent de Srinagar ou de Kargil. La vie se fait au
ralenti
ici. Les trottoirs sont jonchés de tibétaines venues des
hauteurs pour vendre leurs produits, particulièrement des
abricots
biologiques. Elles sont en costumes traditionnels et pèsent leur
fruits et légumes sur une balance qu’elles tendent à bout
de bras. Elles sont si accueillantes et souriantes avec leurs visages
si
expressifs, ridés par la rudesse de leur vie, que l’on ne peut
se
retenir d’acheter quelques abricots.
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Jour
VI, 13’08’04 : Leh
Le mal de l’altitude nous gagne après une nuit blanche. Nos
estomacs sont noués et nos migraines nous permettent
difficilement d’articuler deux mots d’affilée. Nous tentons
après maints efforts de visiter le Gompa de Sankar, situé
non loin de notre logement. Un chemin sinueux à travers maisons
Ladakhis et champs de blé, nous mène à ce Gompa.
Un moine nous accueille dans ce temple aux fresques éclatantes.
Dans la pénombre, nous distinguons trois salles accolées
et séparées par des colonnes entièrement peintes
de couleurs vives. D’innombrables statues de Bouddhas sont
posées dans des vitrines de meubles anciens. Nous avons
l’impression d’être dans une grotte tant l’atmosphère y
est sombre et humide. L’odeur des vieux manuscrits de prières
embaume les lieux. Les couleurs prédominantes sont le bordeaux,
le vert
foncé et certains plafonds en bambous et roseaux sont peints en
bleu. Il y règne une atmosphère de méditation et
de sérénité qui nous pousse à chuchoter.
Après une promenade dans le centre ville à la
recherche de tisanes tibétaines, censées nous aider
à
faire passer le mal d’altitude, nous resterons avachi sur nos lits,
notre seule consolation étant d’admirer la vue des
fenêtres
de la chambre sur les montagnes de l’Himalaya: un vrai paradis sur
terre.
Le mal d’altitude nous donne sommeil, nous volons en rêve vers
les sommets enneigés.
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Jour
VII, 14’08’04 : Lamayuru
Départ pour Lamayuru à 176 km de Leh. Une route à
flanc de montagnes à travers un paysage rocheux et aride mais de
toute beauté. Nous longeons la rivière de l’Indus par une
route sinueuse qui serpente et domine une vallée vertigineuse. A
chaque tournant une pancarte donne des recommandations de conduite. La
rencontre d’un autre véhicule sur la même voie
entraîne des manœuvres à couper le souffle. Suivant la
lumière du jour, les montagnes prennent différentes
couleurs variant de l’ocre au jaune safran puis au gris. Un
désert de montagne, pas l’ombre d’un village ou d’une vie
humaine.
Plusieurs heures de paysages montagneux nous mènent au Gompa de
Lamayuru. Nous marchons autour de chortens (oratoires) et
murs de mani (murs de prières) dans le sens des aiguilles d’une
montre en faisant tourner les moulins à prières. Un vieil
homme, d’un autre temps, psalmodie ses prières et trottine
devant
faisant de temps en temps tourner d’une main les moulins à
prières et de l’autre main et de manière continue, il
fait tourner une
sorte de petit moulinet. La vue sur les montagnes incite à la
prière.
Courbant la tête et après nous être
déchaussés, nous soulevons un lourd rideau de velours
bordeaux et pénétrons dans le monastère où
se déroule un puja (prière). Le bruit des psaumes est
cadencé par le son des clarinettes
et les roulements de tambour. La lumière du jour
pénètre à peine mais l’on distingue les mandalas
pendant aux murs. L’atmosphère est chargée par les
tentures de toutes parts mais aussi par
les peintures foncées ornant les colonnes ainsi que les poutres
du temple. Une quarantaine de moines sont installés tout autour
sur des petits bancs, devant eux sur un autre banc se trouvent leur
livre
de prière et un gobelet en argent rempli d’eau pour se
désaltérer. Ils se balancent d’avant en arrière et
d’une voix nasillarde anone leurs prières tout en les ponctuant
de gracieux mouvements de mains. Plus loin au centre, deux petits
moines sont en charge de rythmer les
prières en tapant sur leur grand tambour. Nous sommes
transportés
dans un autre monde. Un moine, probablement un supérieur, en
tenue
plus orangée que les autres, donne le ton. Il y a un tel
recueillement que nous n‘osons plus bouger. Nous nous extirpons
très difficilement pour retrouver à l’extérieur un
tout jeune moine à la mine espiègle. Il a oublié
la solennité du moment, perturbé par la présence
d’étrangers. Il veut faire le malin et cela réussit. En
le suivant nous nous retrouvons à l’étage
supérieur. Là, une autre petite porte nous
attire. Un vieux moine prie seul en cadence. Sur les murs, des
représentations de bouddhas devant lesquels brûlent des
lampes de beurre. Le sol
est en bois. Nous nous sentons intrus. Je grimpe sur la terrasse et
tout
en écoutant le vent avec au loin le bruit des tambourins,
j’admire
les maisons Ladakhis, accrochées au flanc de la montagne et
dominant
la vallée. Nous devons quitter ce lieu magique pour nous diriger
vers Alchi.
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Alchi
est niché au
creux d’une vallée. Petit village perdu au fond de nulle part.
Une
série de monastères partent en ruine, tout est
laissé à l’abandon malgré quelques
échafaudages et un semblant de réparation, aucune
restauration digne de ce nom n’a été mise en place. Les
peintures de toute beauté s’effacent peu à peu et les
statues géantes autour desquelles sont construits
les temples, semblent s’être endormies. Un petit moine bedonnant
s’active auprès des rares visiteurs afin de se faire
rémunérer du prix du billet d’entrée. Il essaye de
vendre quelques cartes
postales fanées et défraîchies. Le lieu est triste
et manque de vie. Aucune ferveur mystique malgré les bougies de
beurre allumées ça et là, un sentiment d’abandon
et de vide prône. La guesthouse est accueillante et l’indien qui
nous sert à un charmant cheveu sur la langue. Il nous fait
craquer par sa gentillesse et nous nous faisons un malin plaisir
à lui
faire répéter «potatoes and colly flower». Le
générateur qui fournit l’électricité
d’Alchi
est en panne. Nous nous retrouvons au lit à 20h à la
lueur
d’une bougie. Pas vraiment de divertissement à Alchi.
Néanmoins de la fenêtre de ma chambre, j’admire la
constellation en 3D, les étoiles filantes ne se comptent plus.
Je dore d’un sommeil lourd bien que le loquet de ma chambre ferme
difficilement.
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Jour
VIII, 15’08’04 : Alchi - Leh
Réveil assez matinal pour reprendre la route des montagnes. Le
paysage se colore de toutes sortes de couleurs, les sommets des
montagnes sont enneigés. Des pics de montagnes à perte de
vue et au fond de la vallée l’Indus bouillonne. Les berges sont
des champs de blé encore vert. Sur la route, nous rencontrons un
troupeau
de Yacks et de Zors (accouplement de Yack et de vache). Soudain, non
loin de la route principale un monastère domine: Phyang. Trop de
touristes et pas assez de moines, nous restons sur notre
curiosité. On nous ouvrira à peine deux portes où
quelques bouddhas nous fixent d’un regard désapprobateur. Pas
vraiment d’extase, décidément Lamayuru restera pour nous
un moment fort.
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Retour
sur Leh où je
vais me promener. Je tente de suivre un groupe de femmes en habits
Ladakhis. J’essaye de les imiter et trottinant derrière elles,
je fais tourner au passage les moulins à prières, tout en
essayant de
les photographier. Nous sommes le 15 août, jour de
l’indépendance de l’Inde, c’est donc jour de fête et de
prières. Je ne tiens plus en place. Une porte m’attire et me
voici dans un temple aux 150 moulins à prières. Le groupe
de femmes Ladakhis entame le cérémonial de
prières. N’arrivant pas à les photographier sous peine de
représailles, j’emmagasine un maximum d’images dans ma
mémoire et me contente d’une photo de dos. Leurs hauts chapeaux
cornus et leur
démarche allant de droite à gauche, dû à
leur
embonpoint et leur petite taille, leur donne un air de guignol. Elles
ont
systématiquement deux nattes qu’elles regroupent sur leurs
reins.
Leur robe, sorte de chasuble lourde de couleur marron est animée
de châles aux couleurs vives. De lourds colliers de turquoises
les
parent et rajeunissent leurs rides. Quel plaisir des yeux, je voyage
dans
le temps. Le temple lui même n’a guère
d’intérêt étant trop moderne à mon
goût. A les suivre, je me
perds dans les ruelles et me retrouve devant une multitude de fours
à
pain à l’ancienne. La plupart des commerces sont fermés.
Après un peu de repos pris dans notre charmante maison
d’hôte,
le Gompa face à ma chambre, perché sur une colline
m’appelle.
Je décide d’y grimper afin d’assister au coucher du soleil sur
les montagnes. Une bonne demi-heure de marche plus tard, j’atteins le
sommet du Gompa. La vue sur Leh y est surprenante. Je m’assieds et ne
peut
m’empêcher de méditer. Les montagnes parlent et, tout au
long de leur conversation, changent de couleurs, de nuances, seule leur
cime blanche restant égale à elle même. Un vieux
moine
m’accueille dans le Gompa. Il pose, pour moi, un tapis par terre, afin
que
je m’y installe. Je suis toute intimidée. Ses rides sont riantes
et son regard espiègle. Il appelle à la prière en
tapant avec un gros bâton sur un gigantesque bol tibétain.
Les ondes sonores se propagent à l’infini. Le voici ensuite
s’agenouillant devant un gros tambour posé en équilibre
sur des tréteaux et chantant des chants de sa voix nasillarde.
La force de ses bras m’étonne. Je reste un moment perdue dans
mes pensées avant l’arrivée des touristes. Le soleil
s’est couché, il est temps pour moi de reprendre le chemin quasi
désert vers Diskit Villa avant la pénombre
complète.
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Jour
IX, 16’08’04 : Leh
Le lever du soleil sur les montagnes est indescriptible, tellement
beau, à couper le souffle. N’ayant toujours pas retrouvé
un sommeil bien réglé étant donné les
méfaits de l’altitude, je me fais un plaisir d’admirer le
réveil des montagnes.
Je consacre ma matinée à aller visiter le SOS
village d’enfants Tibétains. Je me retrouve entourée
d’une ribambelle d’enfants et nous discutons par demi phrases. Ils
sont attendrissants, s’amusent d’un rien et après vous avoir
bien regardé et s’être sentis en confiance, ils sont
capables
de vous donner leurs plus inoubliables sourires. Ce village est
parsemé
d’une série de bungalows qui servent soit de classes de cours
soit de maisons dans lesquelles sont amassées des familles
entières
avec leurs mères adoptives. Je rends des sourires, je prends des
photos, mon cœur est serré, je les laisse derrière moi
pour rentrer dans le centre de Leh.
Le coucher du soleil depuis le « Tsemo » de Leh
(grand temple) enveloppe la ville d’une pénombre avant de
l’engloutir d’une nuit constellée d’étoiles.
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Jour
X, 17’08’04 : Hemis -
Thiksé
A l’est de Leh, bon nombre de monastères sont à visiter
surplombant de leur hauteur des petits villages de paysans.
Hemis nous émerveille par sa grande cour. Un puja
(prière) vient de débuter, nous nous laissons bercer par
la voix monocorde des deux moines tout en admirant les lieux. Les
peintures sur les murs sont d’une rare finesse et le bouddha nous couve
de son regard calme
et bienveillant. Nous sommes comme envoûtés par la magie
des lieux. Nous nous perdons dans les dédales des ruelles, trois
marches par ci et quelques autres plus loin, nous mènent sur
une terrasse qui nous offre une vue plongeante sur la vallée.
Thiksé
paraît plus vivant et plus riche. Perché sur une colline,
il domine un village construit à flanc de montagne. Un vieux
temple du 14ème siècle jouxte un tout nouveau, construit
il
y a quelques années mais dans le même esprit. Il y a une
telle solennité dans ces lieux que nous n’arrivons pas à
nous en défaire. Assis sur des marches, nos esprits vagabondent.
Un des temples offre à nos regards des statues
représentant
la compassion, la protection mais masquées de foulard. En effet,
elles ne se dévoileront que pour les grandes occasions
(fêtes
monastiques annuelles). Elles ne perdent néanmoins rien à
leur charme et malgré le peu de lumière, nous essayons de
détailler les fresques sur les murs. Dans la salle suivante, les
lampes à huile brûlent en quantité et donnent aux
regards des bouddhas un air rieur. Une allée majestueuse nous
conduit
vers un nombre important de statues et de part et d’autres s’alignent
des tapis bien posés face à des tablettes. Ils
accueillent
les moines lors des prières. Nous ressentons leur
présence
par bon nombre d’objets laissés ça et là. Une
tasse
vide, une clarinette, une clochette, un bol, …Nous laissons ces
boiseries
peintes pour retrouver la lumière du jour et cette superbe cour
intérieure avec ses colonnes peintes et ces murs recouvert de
fresques.
Jullay (bonjour, au revoir et merci en Ladakhi)
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