| Récit de voyage
rédigé par Claude Abou Chedid avec la collaboration de
Gregory Buchakjian
pour Baron & Baron. |
1ere partie du voyage, de Delhi
à Agra
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| Le déclenchement de l'immersion
dans New Delhi à travers ses marchés, son musée
national et au tombeau de Nizam Uddin. La plongée au coeur du
sujet dans les bazars de Old Delhi. La conscience du parfait touriste
à Agra et Fatehpur Sikri. Les premiers aléas du voyage,
avec l'annulation du vol Agra-Varanasi pour cause de brouillard et le
réveillon de Noël à l'hôtel Centaur de
l'aéroport de New Delhi. |
| A suivre: Bénarès,
Calcutta, et le Golfe du Bengale. |
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Samedi 20 décembre 2003 -
New Delhi mes premières amours ….
04h30. Arrivée à l’aéroport, qui a
été enjolivé de sympathiques décorations de
Noel. Ce même brouhaha, ces odeurs, cet incessant bourdonnement,
ce froid piquant et le croassement des corbeaux nous accueillent. Des
visages hagards nous fixent. Des formes humaines enrobées dans
des couvertures de toutes les couleurs nous happent au passage. Taxi,
taxi…
Nous nous engouffrons à 6 dans un 4x4 Toyota. Une brume nous
englouti.
Je retrouve cette même luminosité qui m’avait accueillie 7
ans plus tôt. Même hôtel d’ailleurs, La Sagrita, avec
son charme désuet.
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New Delhi, du
côté de Hauz Khas
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Dimanche 21 décembre 2003 -
Il me faut toujours deux bonnes journées avant de
m’imprégner d’un pays. Là il ne m’aura suffit d’à
peine 24 heures pour tout de suite me sentir bien. New Delhi.
New Delhi et son urbanisme rectiligne et aéré, ses
rickshaws qui zigzaguent transportant des indiens qui s’affairent. Mais
pourquoi tant d’agitation? Nous sommes dimanche. Un peu de calme. Rien
n’aurait pu nous faire deviner que nous étions ce jour
de la semaine mis à part la tenue des enfants dans les parcs.
Je me fais des amis, "What’s your name?" fuse de partout. Visite du
Musée National; qui montre bien la richesse de ce pays. Quel
paradoxe! Je
me sens mieux dans la rue. Je suis si sensible à certaines
images
que je préfère les garder au fond de moi, ma
caméra
ne veut pas fonctionner ou plutôt je n’ai pas la force, ou disons
plutôt le courage d’appuyer sur le déclencheur. Un
léger
passage à la périphérie de Old Delhi me rappelle
combien cette ville grouille de monde.
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Old Delhi, rickshaw de ramassage
scolaire
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| Beaucoup
de ferveur pour
finir la journée. Le tombeau de Nizam-ud-Din recueille beaucoup
plus
de mendiants que de personnes venant prier sauf peut-être
à
l’intérieur même du tombeau ou une ferveur se lit sur les
visages
des hommes; les femmes n’ayant pas le droit d’entrer dans le saint des
saints.
Le muezzin chante, les fumées d’encens me caressent les narines,
les
lueurs des bougies éclairent ces visages pieux, les mille
couleurs
des saris et les tentures attirent mon regard, l’espace d’un instant je
ne
suis plus moi. Il faudra qu’un enfant me lance son "hello" et me serre
la
main, pour me réveiller. La nuit tombe, les lumières
s’allument,
les bougies et les bâtons d’encens éclairent ces visages
venus
chercher le salut, les réponses. Il faut retraverser ces
dédales
de ruelles à travers les échoppes pour retrouver la
sortie.
Et là, gisant sur les cotés du couloir, des formes
humaines
blotties sous des couvertures attendent la pièce qui leur fera
voir
venir le jour plus rapidement. Je lis plus de souffrance dans nos yeux
que
dans les leurs. Il y a, chez certains, une dignité à
demander
l’aumône. Je me sermonne, me durcit, ce n’est qu’une introduction
pour
Varanasi et Calcutta. J’aurais aimé ne pas paraître
"touriste"
et me fondre parmi eux. Je ne viens pas en "voyeur" et je ne veux
pas
avoir de condescendance. Le tableau de ce dédales de ruelles
éclairées
par des lucarnes grillagées donnant sur une mare d’eau
verdâtre
entourée de hautes murailles de brique, restera à jamais
gravé
dans ma mémoire. |
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quelque part, une ruelle
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Lundi 22 décembre 2003 -
Il y a des sensations indescriptibles. J’en ai vécues
aujourd’hui de sensationnelles. Une journée dans Old Delhi.
L’arrivée en rickshaw, nez en l’air, et nous voici
plongés dans le vrai Delhi. Ces odeurs, ces regards
affairés, ces mains qui se tendent. Je ne sais plus ou regarder.
Des rubans de toutes les
couleurs, des ornements de tout genre, du plus mauvais goût, sont
étalés par ci par là dans le marché
consacré
aux futures mariées. Un légumier à même le
sol décide de laver ses pieds à la fontaine. Des enfants
jaillissent de partout. Que font-ils? où vont-ils? J’ai la
sensation
d’être dans une fourmilière. Je ne cours pas assez vite,
j’arrive difficilement à me faufiler parmis les chariots de
nourriture,
les rickshaws à moteurs et les pousse-pousse à
vélo.
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Old Delhi, Kinari Bazar
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Une
petite ruelle nous fait quitter ce monde grouillant. Un autre univers
nous attend. Je me fais l’effet d’Alice aux pays des merveilles. Des
portes multicolores aux couleurs éclatantes
telles des maisons de poupées se succèdent. Au fond,
une petite porte donne accès à un temple Jaïn.
Après nous avoir fait lire des instructions très strictes
nous nous débarrassons de nos chaussures, de toute nourriture,
de tout lien en cuir (ceinture, bracelet…) enfin nous devons nous laver
les mains et la bouche. Un escalier en marbre nous mène au
temple.
Le vieux bedeau du temple au regard malicieux et très affable
nous bénit en apposant sur notre front un point jaune
(mélange de bois de santal et de safran). Beaucoup d’argent et
d’or couvrent
les divinités et une ferveur, ou plutôt une sensation
de spiritualité ambiante englobe l’atmosphère. Des
offrandes
de nourritures sur une table basse paraissent irréelles. La
fumée
de l’encens nous entoure et nous calme après le brouhaha de la
ville. Il nous faut pourtant le retrouver.
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Old Delhi, marché aux
épices
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Je
me sens à nouveau engloutie dans ce tourbillon, comme quelqu’un
qui danse une valse mais qui ne peut s’arrêter. Un
moment fort que celui de notre arrivée au marché aux
épices. Après nous être perdus en rickshaw, nous
voici au milieu d’une route entourée de chariots, de sacs de
thé, d’épices, de vendeurs de pâte jaunâtre.
Il est difficile de se faufiler en évitant d’une part les
crachas
et d’autre part les chariots. Ne pas se faire écraser
relève
de l’art en Inde. Mais où vivent-ils? ont-ils une famille? Si
l’idée me venait de leur poser la question "Etes-vous heureux?"
que me répondraient-ils? et là, tout d’un coup, je leur
envie cette soumission, ce respect de l’autre, qui les accompagne au
quotidien. Trouvent-ils ces règles de vie dans leur religion?
où sont-elles encrées dans leurs gènes depuis des
générations? Je m’étonne qu’il n’y ait pas plus
d’accidents, de problèmes. Il n’y a pas un espace de trottoir de
libre. On vous frôle, vous attrape les mains, vous pousse. Le
bruit incessant des klaxons tambourinent nos tympans. Je suis
saturée, je dois me retrouver, je me sens si différente.
Il est temps pour moi de faire une pause. Or notre destin sera tout
autre…
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Old Delhi, marché aux
épices
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Notre
rickshaw perd nos compagnons et ne connaît pas
notre destination. Nous voici perdus dans des marchés du Old
Delhi
qu’aucun touriste n’a jamais du fouler. Un dédales de ruelles,
une
cohue d’un autre monde, et le rickshaw qui tombe en panne. A trois,
coincés à l’arrière du rickshaw en panne, c’est
une vision apocalyptique. Nous nous retrouvons dans un embouteillage,
dans une ruelle de 2 mètres de large pendant plus de deux
heures. Je ne trouve pas les mots pour décrire cette
atmosphère. Une fourmilière où je ne vois pas
d’individus mais des paquets et ballots que portent ces pauvres bougres
se baladant, se poussant, crachant, s’affairant avec en paradoxe un
calme intérieur qui me subjugue.
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- Mardi 23 décembre 2003 -
Arrivée à la gare de Agra à 04h00 du matin. Des
personnes gisent sur les quais, entourés de leur couverture
tellement le froid est piquant. Tout le monde dort. De
temps en temps émergent de dessous les haillons des visages
noirs aux regards perçants. A moitié endormie, je
frissonne
debout au milieu de cette masse humaine blottie par ci par là.
Je retrouve cette atmosphère propre aux nuits Indiennes dans les
rues. Il faut retrouver notre chauffeur, ce qui ne s’avère pas
être une mince affaire après nos trois heures de retard.
Le
pauvre bougre s’était endormi chargeant les porteurs de nous
guetter.
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train Delhi-Agra,
compartiment 1ere
classe AC, la grand luxe!
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Quelques
heures de sommeil plus tard, de l’hôtel Clarks où nous
passons la nuit, je me retrouve à l’hôtel Amarvilas Oberoi
avec l’espoir d’accéder au Spa. Agra est
une étape obligée dans un voyage en Inde du Nord, mais
j’ai déjà donné deux fois. Rana, Zeina, Sary et
Karim ont pris un tour en voiture Ambassador pour visiter la ville
morte
de Fatehpur Sikri, le Fort Rouge d’Agra et enfin le Taj Mahal. Baron et
moi préférons nous prélasser et voir l’illustre
mausolée blanc se détacher dans la lumière du jour
à partir de l’Oberoi. Décor des milles et une nuits.
Jardins
en cascades donnant sur le Taj Mahal, fontaines à chaque pied
d’escalier. Des parasols copie des ombrelles de Maharajas sont
parsemés autour de la piscine en mosaïque bleu où
des matelas blancs sur chaises longues en tec appellent à la
paresse. Il fait frisquet mais l’eau est chauffée et les
vestiaires sont merveilleux. Nous n’aurons malheureusement pas le droit
d’y accéder, le Spa et autres facilités étant
réservés aux seuls résidents de l’Hôtel.
Nous nous contenterons de traîner sur la terrasse avec vue sur le
jardin et au loin la découpe féerique du Taj Mahal
émanant de la brume. Le bruit des divers oiseaux et corbeaux me
fait voyager dans le temps. Ce décor me transporte. Le contraste
de ce pays ne cessera de m’étonner, tant de richesses
entourées d’autant de pauvreté. Ce contraste en est
indécent. Je ne sais plus vraiment de quel côté je
voudrais me retrouver. Le muezzin appelle, il est treize heures, ma
sensibilité est en plein éveil. Je plane devant tant de
beauté.
Retour à l’hôtel Clarks ou pour se consoler, nous nous
dirigeons
vers le Spa. Bicoque au fond du jardin un peu glauque mais des
visages
avenants. Je me retrouve en deux temps trois mouvements étendue
nue sur une planche de bois à larges bordures. De l’huile
chauffe
sur un réchaud à gaz. Me voici enduite d’huile chaude et
commence alors un massage à quatre mains en symétrie et
en
cadence. Ce massage ayur-védique prône l’exacte
symétrie
du corps. Je ferme les yeux et j’oublie facilement la déco pour
me laisser aller à la sensualité de ce massage.
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Agra, dans le fort rouge
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Le
soir venu nous avons enfin pu aller dîner chez Zorba the Boudha
où nous avions trouvé porte close 6 ans
auparavant. Le propriétaire, Bata de son prénom, charmant
du reste, nous déploie toute sa générosité
de cœur aussi bien que ses mets succulents. Décor de maison
de poupée, petites chaises, plafond bas, murs peints en mauve.
Bata prêche une philosophie de vie, donc la nourriture est
végétarienne, et il va sans dire que l’alcool et la
cigarette sont prohibés. Cette philosophie tend vers la
recherche de l’homme idéal.
Retour à pied à l’hôtel dans la nuit brumeuse.
L’imagination s’envole, il y a du mystère dans cette marche
silencieuse.
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sur l'"autoroute" Agra-Delhi
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Mercredi 24 décembre 2003 -
Aucune sensation de veillée de Noël. Brume
matinale, vol Agra-Varanasai annulé, plus de place dans le
train. Indian Airlines nous prend en charge. Nous voici
engouffrés
dans deux taxis direction Delhi pour essayer de rattraper le vol
pour Benares qui part demain matin. 6 heures de voiture sur cette route
qui ravive en moi tant de souvenirs, tant de nostalgie. Je me revois
tout d’un coup 7 ans plus tôt. Je me sens moins impulsive, plus
sereine, plus calme, peut-être tout bonnement plus mûre.
Tout reste à être prouvé. Je retourne à
mes rêveries. Arrivée à l’hôtel Centaur,
proche de l’aéroport. Un vrai dortoir au décor kitch.
Tous
les vols au départ de Delhi ont été
annulés. La vétusté des lieux et la
propreté incertaine font monter en moi découragement et
dégoût. Quel réveillon de Noël ! Ce n’est
qu’un recommencement de l’histoire (cf. notre
récit de voyage en Inde 1997-1998). Tant bien que mal nous
trouverons
un coffe shop plus décent que la cantine à laquelle on
nous
a offert des coupons repas. Je comprends d’autant plus le malaise qui
m’a
pris en reconnaissant en moi les déplacements subis durant la
guerre
(du Liban, 1975-1990). Je ne suis pas la seule à avoir ces
sensations.
Zeina est encore plus boulversée. Elle a eu l’impression, en
voyant
la file de voyageurs désemparés à la
réception
de l’hôtel, de se retrouver en déportation. La nuit
brumeuse
n’arrangeant pas le moral. Baron quant à lui est dans un
état
de stress indescriptible. Si le vol Delhi-Varanasi de demain ne
décolle
pas, c’est tout le reste du parcours qui vole en éclat. Il
essaie
de préparer un parcours de secours ne nécessitant pas de
trajet en avion au départ de Delhi. Le Rajasthan? Le Penjab? Le
cœur
n’y est vraiment pas.
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ces gens sur la piste, ils
étaient là avant la construction de l'aéroport de Delhi?
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Jeudi 25 décembre 2003 -
Jour de Noel. Brouillard encore et toujours. De la fenêtre de la
chambre, on ne voit rien. Comme si c’était du coton.
Notre moral est au plus bas. J’ai beau me sermonner que je suis en
Inde, que je connais ces désagréments, ma fatigue
l’emporte sur le raisonnement.
L’aérogare des vols intérieurs s’est modernisée en
6 ans, enfin à l’Indienne! Nos yeux sont fixés sur les
tableaux d’affichage. Le vol IC806 pour Varanasi est retardé,
comme tous les autres d’ailleurs (sauf ceux qui sont carrément
annulés). Cela fait 3 heures que je suis assise, les autres
traînent dans cet aéroport inhospitalier. J’espère
encore décoller. L’attente dans les travaux est insoutenable.
Sary, Karim fument des clopes à l’extérieur, tandis que
et Baron compte les avions qui décollent. Sa seule satisfaction
est d’assouvir sa passion en aviation, contemplant des spécimens
rares tels un Boeing 727 de la Ariana Afghan Airlines en route pour
Kaboul.
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