| > ALLER / VENIR |
| Le Corbusier n'est pas une ville pour
les piétons. Taxi! Taxi! |
| > MANGER |
| Dans le secteur commerçant, des
petits restaurants, cuisine locale ou internationale... |
>
BOIRE UN VERRE
|
La
coqueluche de Chandigarh est le Condom
Bar (Sprawling Kalagram Complex), qui comme son nom l'indique,
est tapissé de preservatifs. Créé par le conseil
d'initiative pour la promotion du tourisme et de l'industrie à
l'intention de la jeunesse debridée de cette ville universitaire.
|
| > ACHETER |
| Secteur 17, des magasins sous
portiques pour
acheter de soieries et des pashminas. |
| > LIRE |
| Le sujet a fait sortir des montagnes
de publications.
A commencer par la monographie de référence de
l'architecte: Le Corbusier. Oeuvre complete 1910-1969, 8
volumes sous coffret, Boesiger et al., 11e ed., 1995, ed.
Birkhäuser. Chandigarh, la ville indienne de Le Corbusier,
ouvrage
collectif, ed. Somogy, 2002, pose de nombreuses questions et est
agrémenté
de maquettes, dessins, plans, mais aussi peintures, sculptures et
tapisseries. Chandigarh's Le Corbusier: The Struggle for
Modernity
in Postcolonial India, Vikramaditya Prakash, ed. University of
Washington
Press, 2002 aborde en profondeur l'aspect politique dans la
genèse
de ce projet. On verra aussi Documenting Chandigarh: The Indian
Architecture
of Pierre Jeanneret, Edwin Maxwell Fry, Jane Beverly Drew de E.
Maxwell Fry, Kiran Joshi, Jane B. Drew, ed. Grantha Corporation, 1999,
et,
pour le plaisir, Le Corbusier: Voyage d'Orient, carnets
rassemblés
chez Electa, 2002. |
SUR INTERNET
L'Official Web
Site of Chandigarh Administration comporte une section
architecture en français. Il s'agit d'un texte
analytique très développé dont nous ignorons la
source et les auteurs, cités nulle part (bonjour le copyright!).
Cette étude est divisée en plusieurs chapitres concernant
l'historique et la genèse de la ville, le schéma
directeur de Le Corbusier, les concepts dont "L'analogie
biologique", "Habiter", "Travailler", "Cultiver le corps et l'esprit",
la descriptions des principales structures et l'avis de l'architecte
Chales Correa. Le site n'est pas toujours
en ligne.
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Concrete
dreams - Le Corbusier en Inde, Emanuel Alloa, Atopia, un
historique du projet et un parcours dans la ville.
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Chandigarh: Vision and Reality, Sarosh
Anklesaria, Architecture Week, August 2001, un article concis
pas très complaisant.
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prologue:
décembre 1997
- Ah, vous allez en Inde! Et vous comptez voir Chandigarh?
Ça, c'est la question perfide que posent les architectes
ou les gens qui vous savent amateur d'architecture. Comment aller en
Inde sans voir Chandigarh, oeuvre maitresse de Le Corbusier? Ce serait
aussi inconcevable que d'aller au Brésil sans voir Brasilia.
Mais voilà. Le voyageur qui se rend en Inde n'y va pas
forcément à la recherche du modernisme de Le Corbusier.
Si l'architecture est sa motivation, préfèrera-il
peut-être les palais du Rajasthan, les temples de l'Orissa, les
vestiges coloniaux de Calcutta ou les mausolées d'Agra.
Et il laissera Chandigarh pour une autre fois.
- Chandigarh est si près de Delhi! On pourrait y faire
l'aller-retour en une journée!
4h du matin. Nous venions de débarquer en Inde pour la
première fois de notre vie. Nous n'avions pas de parcours
établi mais espérions voir le maximum. Nous pensions
pouvoir visiter ce pays comme on fait
l'Allemagne ou les Pays Bas.
- Bien sur, renchérit Baron. Il n'y a qu'a prendre le premier
train de la journée, faire le tour de la ville, et rentrer le
soir sur Delhi.
Quelques heures plus tard, dans le bureau de Sunil, qui allait devenir
notre agent de voyage local attitré, découverte des
réalités du pays. On ne fait pas Delhi-Chandigarh aller
retour comme on ferait Paris-Lille ou Paris-Lyon. Le Corbusier allait
devoir patienter.
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Chandigarh, le
Secrétariat, Le Corbusier (Charles-Edouard Jeanneret dit), arch.
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Acte
unique: aout 2004
Chandigarh figure sur le parcours de Claude et Sary, étape
indispensable pour prendre l'avion pour Leh après avoir vu
Amritsar et son temple d'Or.
11 aout 2004, réception d'un SMS avec le texto suivant: "tvb,
chandi bof"
Chandi bof? Comment ça, bof?
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Revenons un peu sur l'histoire
En 1947, l'Inde se retrouve indépendante mais perd ses provinces
occidentales qui deviennent le Pakistan. L'état du Punjab est
coupé entre les deux frères ennemis et la majorité
de son territoire, ainsi que Lahore, sa capitale, sont dans la part du
gâteau d'Islamabad. Il faut donc une nouvelle capitale pour le
Punjab indien. La première ville qui viendrait à l'esprit
est Amritsar, cité chargée d'histoire et capitale du
sikhisme
dont le Punjab est le foyer. Mais voilà, Amritsar est
considérée
par New Delhi comme trop proche de la frontière pakistanaise,
donc
exposée à d'éventuelles attaques. La gouvernement
du Punjab est provisoirement transféré à Shimla,
qui fut longtemps, dans ses verdoyantes montagnes, la capitale
d'été
du Raj. Mais Shimla est loin du Punjab et son destin était de
devenir
la capitale de L'Himmachal Pradesh. Il fallait trouver autre chose. En
1948,
les autorités décidèrent de fonder un ville
nouvelle.
Ce sera Chandigarh, située au pied des contreforts de
l'Himalaya,
dans l'état de l'Haryana, alors rattaché avec le Punjab,
et non loin de ce dernier. Depuis, le Punjab et l'Haryana se sont
séparés,
mais Chandigarh a conservé son statut de capitale des deux
états.
Faut-il voir dans cette politique une volonté de faire taires
les
velléités d'autonomie des sikhs en les empêchant
d'avoir
une capitale d'état dans leur territoire? Rappelons que
Chandigarh
est une ville de pouvoir avant tout, son nom est un assemblage de
"Chandi",
déesse du pouvoir et de "garh", forteresse.
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Chandigarh, la Haute Cour, Le
Corbusier (Charles-Edouard Jeanneret dit), arch.
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Le
premier ministre Jawaharlal Nehru prend à coeur ce projet
qui devient associé à une nouvelle image de
modernité que l'Inde veut montrer au monde. On est alors en
pleine guerre froide et émergence du mouvement des non
alignés qui veulent proposer une troisième voie et faire
valoir les droits des pays du tiers monde. Soekarno, Nasser, Nehru...
Après un schema proposé par une équipe
américaine, c'est au célèbre architecte et
urbaniste Le Corbusier, un des pères du mouvement moderne,
qu'est confié le projet. Le Corbusier n'a jamais mis les pieds
en Inde avant 1951. Son manque de connaissance du pays, de sa culture
et de ses réalité fait paraitre le choix qui s'est
porté sur lui un peu étrange. Mais ça arrange tout
le monde. Pour New Delhi, c'est une grande marque de prestige que de
faire construire une
ville par une des plus grosses pointures de l'architecture mondiale et
pour Le Corbusier, c'est l'occasion de réaliser à
l'echelle 1/1 ses théories urbanistiques sur lesquelles il se
penche depuis un quart de siècle.
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| Chandigarh,
l'Assemblée, Le Corbusier (Charles-Edouard Jeanneret dit), arch. |
Chandigarh
nous y arrivons, en plein mois d'aout 2004
Deux jours pour visiter la ville. Mais pour voir quoi? Ce qu'on
nous montre dans les livres d'architecture. La ville ayant une vocation
avant tout politique, les constructions les plus importantes qui s'y
trouvent sont des administrations regroupées autour d'un
ensemble
que l'on nomme le Capitole, sur un terrain
légèrement
surélevé par rapport à la ville. De Palmyre
à
Versailles, les lieux de pouvoir ont toujours dominé la
populace.
Le capitole comporte trois structures associées aux trois
pouvoirs.
Pouvoir exécutif, le Secrétariat des ministres
est
une immense barre de béton en largeur dans le style des
immeubles "corbuséens" comme la Cité Radieuse de
Marseille. 4000 fonctionnaires travaillent dans cette machine, version
moderne du "Writers Building"(1)
de Calcutta avec ses interminables couloirs, et ancêtre du
Ministère des Finances de Bercy conçu par Paul Chemetov.
La monotonie assez triste de
cet immeuble est quelque peu rompue par les brise-soleil qui animent la
façade et les jeux de courbes qui surmontent la terrasse. Le
Secretariat est construit dans l'axe prerpendiculaire à la
chaine de montagnes dont le panorama sert de toile de fond à la
ville, ce qui le rend encore plus interminable. Le pouvoir judiciaire
est symbolisé par la Haute Cour, une des plus belles
réussites architecturales de Chandigarh. Le Corbusier a
dessiné une longue boite rectangulaire évidée dans
laquelle s'encastre le corps principal du bâtiment, lui aussi
couvert de brise-soleil. Cette boite est animée par des
arcades soutenues par des colonnes peintes de couleurs vives.
Habilement
inspiré par les pavillons d'audiences des capitales mogholes (2), le concept de cette
structure
joue avec les volumes de pleins et de vides. C'est sans doute le plus
indien
des bâtiments de La Corbusier. Il est intéressant de noter
qu'Oscar Nimeyer, autre grand architecte auteur de cités
nouvelles,
a envisagé des partis assez proches dans certains projets comme
celui de la Foire Internationale de Tripoli (3), au Liban. Siège du pouvoir
législatif,
l'Assemblée est l'ouvrage le plus ambitieux et le plus
original
de Chandigarh. L'architecte y a conçu une boite en forme de
cône
tronqué rappellant un peu un château d'eau (4). Cette boite tout en rondeurs rompt
joliment
avec la géométrie anguleuse des autres monuments. C'est
un
des exemples dans lequel Le Corbusier a su jouer avec le béton
pour
créer des courbes, comme dans la chapelle Notre Dame du Haut
à
Ronchamp. Comme Chandigarh est la capitale de deux états, tous
ces
bâtiments administratifs sont doubles, non qu'il y en ait deux,
partagés
à par égales entre les adminsitrations du Punjab et de
l'Haryana.
Ainsi, il ne faudrait pas dire Assemblée, mais
Assemblées...
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Chandigarh,
la Main, Le Corbusier
(Charles-Edouard Jeanneret dit), arch.
|
Administrations
publiques
sont rarement ouvertes au public. Grande frustration pour le visiteur.
A moins d'être muni d'une autorisation spéciale, on ne
peut voir ces édifices que de loin et les photographier
qu'à
la sauvette (c'est interdit de photographier un bâtiment
officiel). Seul monument sur lequel on peut se rabattre, la Main.
Main ouverte posée sur un socle en béton, elle incarne la
devise de la ville: "Ouverte pour donner, ouverte pour recevoir". Allez
savoir ce qu'on donne et reçoit, parce que la promenade
architecturale s'arrête un peu court. Mais il reste les
commerces, les rues, les habitations, etc. la ville, quoi! La ville,
justement, parlons-en. Le master plan de Chandigarh est un grille avec
des artères rectilignes séparant différents blocs
en secteurs numérotés. C'est une ville qui a
été conçue à l'echelle du nouveau moyen de
transport du XXe
siècle: l'automobile. L'auto, c'est la grande passion de
Corbusier.
Entre les deux guerres mondiales, il a dessiné des projets
d'habitations
modernes nommées Maison Citrohan en allusion à Citroen,
il a construit la villa Savoye à Poissy, dont le rez de
chaussée
n'est qu'une entrée autour de laquelle circulent les voitures et
surtout, il a proposé un des plans urbains les plus
controversés
de l'histoire, le Plan Voisin pour le réaménagement de
Paris.
Pour faire court, il faut juste dire que Voisin n'est pas une question
de
voisinage mais le nom d'un constructeur automobile, et que le
découpage
de Paris avec un plan en damier avec d'immenses avenues avait pour but
de rendre la ville à l'automobliste. Chandigarh est un peu un
avatar du Plan Voisin. Or, c'est là que le bas blesse.
L'architecte semble n'avoir rien compris à l'Inde et à
son mode de vie. L'Inde n'est pas la Californie. Ce n'est pas le
royaume de l'automobile, mais celui des rickshaws et autres moyens de
transport antédilluviens, et celui du piéton. Or, qui se
promène à Chandigarh, ressent ce vide.
|
C'est déroutant pour rien
La densité de la ville n'est pas cohérente. Certaines
zones sont désertes, d'autres sont surpeuplées. Qui plus
est, on a la grisaille de ces immeubles en béton sans le charme
et l'exotisme des cités indiennes. La ville a autant de charme
de Choisy Le Roi, ou d'autres banlieues qui ont toutes
été qualifiées d'echecs cuisants. Dire que
l'ancienne capitale du Punjab était
Lahore, une des plus belles cités d'Asie, avec ses jardins, ses
bazars... Vous avez dit bazars? Allez au Secteur 17. Immeubles tous
homogènes, laids, froids. On a aménagé des soit
disant piazzas, mais
ou est la vie des villes indiennes, celle qui se passe dans les petites
ruelles?
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Il y a pourtant un précédent, celui de New
Delhi.
Construite au début du XXe siècle pour remplacer Calcutta
comme capitale du Raj, New Delhi est, avant Chandigarh, l'application
sur le terrain d'un projet assez idéal voire utopique (5). Son concepteur, Edwin Lutyens avait un
peu - beaucoup - la folie des grandeurs, et on préfère
jusqu'aujourd'hui l'animation des rues de Calcutta et de Bombay aux
immenses avenues ombragées et un peu impersonelles de la
capitale. Le plan de Lutyens avait toutefois le mérite
d'intégrer le tissu urbain existant de la Delhi moghole et
d'être moins rigide que celui que Le Corbusier allait
concevoir pour Chandigarh. Parce qu'il faut savoir que la capitale du
Punjab
et de l'Haryana est une cité idéale dont le schema est
inspiré du corps humain! Les rues sont les artères, le
capitole est la tête, etc. Les architecture idéales - ou
utopiques - devraient peut-être rester sur papier...
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Chandigarh, le Rock Garden de
Neck Chand
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Si les rues de la ville semblent désespéremnt
désertes,
la promenade du dimanche est assurée au Rock Garden de Neck
Chand. M. Chand est un ancien fonctionnaire de voirie qui a
décidé, un beau jour (on est dans les années
1960), de construire "le monde de ses rêves", son jardin
idéal. Sans aucune formation artistique, il s'installa dans une
friche et commença à réaliser des figures humaines
et animales avec des matériaux de récupération.
Oeuvre underground, totalement secrète à l'origine, cette
démarche étonnante apartient à ce que l'on apelle
Art Brut ou Art Outsider (6).
Avec des tessons de céramique, des prises électriques et
des pots en plastic, Chand a donné vie à des milliers de
créatures. Son jardin, qui a été depuis
découvert, est devenu un parc public. Et les gens sont ravis.
Cette gigantesque "folie" un peu baroque séduit plus le commun
des mortels que les grandes esplanades grises et les avenues
rectilignes. C'est drôle que ce soit la ville la plus
ordonnée de l'Inde qui ait engendré cette oeuvre qui se
veut si délirante mais qui nous a pas émus outre mesure.
|
NOTES
|
(1) cf. notre page sur Calcutta
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(2) cf. nos pages
sur Fatehpur Sikri,
Agra
et Old Delhi
|
(3) cf. notre page
sur Tripoli
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(4) C'est en fait
la vue d'une centrale nucléaire au Gujjerat qui est à
l'origine
de cette forme singulière.
|
(5) cf. notre page
sur New Delhi
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(6) L'art brut consiste à produite
des oeuvres
d'art en dehors de tout contexte artistique. Généralement
associé
au travail de malades mentaux ou de prisonniers, l'art brut a eu pour
promoteur
Jean Dubuffet. Aujourd'hui, de nombreuses expositions et publications
ont
permis au public de découvrir des oeuvres fascinantes.
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| 2004-2008, Baron & Baron, Claude
Abou Chedid, Sary Tadros
(texte), Claude Abou Chedid (photos), tous
droits réservés. >> CONTACTEZ
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