| > ALLER / VENIR |
| Si vous avez l’intention d’aller
à Bénarès par avion, vous avez le choix entre: le
vol quotidien Delhi-Bénarès de la Air Sahara,
le vol quotidien Mumbai-Delhi-Bénarès de la Indian Airlines
et le vol Delhi-Agra-Khajuraho-Bénarès d’Alliance Air
pour Indian Airlines. Ce dernier est à éviter. Nous avons
tenté de le prendre trois fois: Il fut annulé deux fois
et, lorsqu’il décolla, ce fut avec 8h de retard! Indian Airlines
assure également des vols Bénarès-Katmandou. |
| Le moyen de transport le plus
fréquent pour aller et venir de Bénarès est le
train, notamment depuis Delhi, Agra, Lucknow ou Calcutta. Pensez
réserver longtemps à l’avance. La gare de Varanasi
Cantonnement (le plus importante de la ville, avec une enseigne
Varanasi en anglais, hindi et urdu) est chaotique à souhait et
il faut beaucoup de patience savoir à quel quai (et ou, sur le
quai) il faut attendre le train. Seuls les porteurs détiennent
cette info. Sachez enfin qu’il y a dans la gare un bureau d’assistance
aux voyageurs étrangers mais que son utilité est assez
limité (préposé pas très au courant de
ce qui se passe). |
| De nombreux routards prennent depuis
Bénarès un bus pour se rendre à la
frontière népalaise et rejoindre Katmandou. Nous n’avons
pas tenté l’aventure.. |
| La circulation à
Bénarès à de quoi donner le tournis. C’est un
chaos assez indescriptible de rickshaws (à bicyclette et
à moteur). Pour se rendre sur les ghats et alentours, les
rickshaws vous déposeront au bout
de Chaitganj road d’où vous devrez marcher quelques minutes pour
arriver à Dasaswamedh ghat, le plus grand et le plus accessible
des ghats. Depuis cet endroit, vous pourrez, au choix, longer les ghats
à pied, vous perdre dans les ruelles labyrinthiques de la
vieille ville, ou prendre une promenade en bateau (recommandée
à l’aube). |
| > DORMIR |
| Les routards qui viennent à
Bénarès logent habituellement dans des petits
hôtels ou guesthouse disséminés un peu partout
autour des ghats. L’expérience pourra s’avérer pesante
pour certains qui trouveront l’ambiance un peu trop intense. Surtout si
l’établissement choisi a des fenêtres qui donnent
directement sur les ghats de crémation. |
| L’adresse la plus recommandable est l’Hotel
Ganges View (tel: 0542 – 2313218, fax: 0542 – 2369695), une
adorable maison rouge perchée au-dessus de l’Assi ghat, au sud
de la ville. L’endroit est fort sympathique, joliment
décoré, et on y
donne parfois des concerts de musique classique indienne. L’adresse
étant
très prisée, il est recommandé de réserver
longtemps à l’avance. |
| Nous avons logé à
l’hôtel Pallavi, un ancien palais de maharadjah
situé en centre ville mais pas tout à fait sur les ghats
(compter 10 min en rickshaw). L’endroit a le mérite d’être
situé sur une ruelle calme qui contraste avec l’agitation de la
ville. Passé une extension moderne assez kitsch dans laquelle se
trouve la réception, les chambres sont disposées dans ce
que fut le palais (palais est
quand même un grand mot) autour d’un patio assez charmant, avec,
à l’étage une agréable galerie qui en fait le tour
et ou l’on peut s’affaler dans un canapé. Les chambres sont
immenses
(disons plutôt des suites), avec des meubles anciens assez
amusants,
mais déglinguées. La literie n’est pas
spécialement orthopédique et les salles de bains n’ont
pas vu de plombier depuis des lustres. Malgré sa
vétusté, l’endroit (qui n’est
pas bon marché) ne manque pas de charme. Ce qui nous a
dérangés en revanche est l’attitude du personnel qui n’a
pas manqué de stratagèmes pour nous extorquer de
l’argent, au niveau du “room service” qui pointait pour un oui pour un
nom et attendant systématiquement un bakchich, mais surtout au
moment de régler la note qui s’est envolée, enrichie de
petits suppléments qui n’étaient pas vraiment
prévus au programme. |
| Si vous désirez loger à
Bénarès, sans sentir que vous êtes à
Bénarès, vivre dans une ambiance feutrée et
aseptisée, profiter des services d’un hôtel de classe
internationale et vous baigner non pas dans le Gange mais dans une
piscine, optez pour le Taj Ganges, l’établissement le plus luxueux
de la ville, ou pour le moins onéreux Radisson. Des
agences de
voyages pourront vous procurer des tarifs avantageux pour ce dernier
(qui vous reviendra en fait le même prix que le Pallavi
cité plus haut). |
| > MANGER |
| Nous n'avons honnêtement pas
fait de
repas inoubliable à Bénarès. A moins de tomber sur
un endroit vraiment charment, vous pouvez vous contenter de la cuisine
de
votre hôtel ou guesthouse. |
| > ÉCOUTER / VOIR |
| Benares a une tradition musicale et
très importante. De nombreux concerts de musique classique
indienne s'y déroulent à longueur d'année mais il
est difficile de connaître les programmations à l'avance.
Le mieux est de se renseigner sur place. La Ganges View Hotel (cf. plus
haut) organise parfois des soirées musicales. |
| > LIRE |
Banaras: Sacred City of India,
Raghubir Singh, ed. Thames & Hudson, 1988, beau livre du grand
photographe indien, difficile à dénicher de nos jours.
|
| Circuits,
Death And Sacred Fiction: The City of Banaras, Mahesh Senagala,
CTHEORY, novembre 1999, un article de fond sur
l'organisation de la ville par rapport à ses rituels. |
| Banaras Hindu University Varanasi, site
officiel. |
| > ACHETER |
| Bénarès est
célèbre pour ses soiries que vous trouverez chez les
innombrables marchands du Chowk.
Vous trouverez aussi toutes sortes d'objets d'artisanant très
intéressants dans des petites echoppes disséminées
dans les ruelles de
la vieille ville: bijoux, pipes à ganja, chales safran avec des
inscriptions en sancrit, etc. |
|
|
|
| Lorsqu'on
a décidé de partir pour Bénarès, on a la
tête déjà toute pleine. Pleine d'images vues dans
des magazines, des livres et des films, comme le magnifique Baraka de
Ron Fricke. Pleine aussi des récits que nous
ont ramené ceux qui y sont déjà allés. Il
y a ceux qui se sont ressourcés "j'ai passé une semaine
à
faire du yoga et de la méditation sur le toit de mon guesthouse"
(Ziad), ceux qui ont pété les plombs "Greg, tu ne peux
pas
imaginer, Varanasi, c'est de la folie. Fares et moi on en est vraiment
tombés malades!" (Carol), ceux qui ont joué les braves et
en on pris plein la gueule "la fenêtre de ma chambre
d'hôtel donnait juste sur le ghat de crémation" (Maryse),
sans compter ceux qui se sont baignés dans les eaux du Gange. |
|
Varanasi (Benares),
Dasashvamedha Ghat
|
| Inutile
de dire qu'avant d'y arriver, on ne cesse d'y penser. Est-ce aussi
incroyable qu'ils le disent? Est-ce que je serais une autre personne
à mon retour? C'est un désir très profond, presque
un besoin, mêlé à une certaine appréhension.
Lors de notre premier voyage en Inde, nous étions à
Khajuraho, à deux pas de
Bénares, mais nous n'avons pas osé faire le pas. Nous
n'étions peut être pas encore prets. Cette fois-ci,
Bénares
fut placé au coeur du parcours. C'était, pour la
majorité
d'entre nous, le but du voyage. Nous devions y arriver le 24
décembre.
Passer un réveillon de Noël dans la ville sainte de
l'hindouisme
eut été une drôle d'expérience.
C'était
sans compter avec l'annulation de notre vol et notre arrivée
dans
cette ville, retardée de plus de 24h et compromise
jusqu'à
la dernière minute. |
|
Varanasi (Benares), Manikarnika Ghat
|
| La
première chose que
nous avons vu de Bénarès a été son
aéoport. Minuscule et champêtre, pas aussi chaotique que
ne l'avait annoncé le Guide du Routard. Taxi pour notre
hôtel, en ville. Plus on s'y enfonce, plus l'ambiance change, et
se démarque des autres villes indiennes. C'est quelque chose
d'imperceptible, à moins que ce soit tout simplement nous qui
soyions tellement conditionnés. Il fait nuit quand nous nous
promenons à pied dans les rues du Chowk, le centre animé,
autour de Chaitganj road. L'agitation est très intense. Les
rickshaws, à pédales ou à moteur, les
piétons, les marchands, les flics, les camions, cohabitent
difficilement dans un brouhaha indéscriptible. De nuit ou de
jour, à pied ou en rickshaw, ces artères semblent
interminables et dégagent une ambiance très stressante.
De temps à autre, on tombe sur un petit temple hindou ou se
déroule une Puja. Cette cérémonie
brève, ou des chants sont accompagnés d'instruments
à cuivre, se tient sur le trottoir même. Dans leurs
prières, les hindous ont cette faculté admirable de se
détacher du
chaos ambiant pour entrer dans leur bulle de spiritualité. Les
hindous
ne sont pas seuls à Bénarès. Il y a beaucoup de
musulmans, comme l'attestent les deux mosquées devant lesquelles
nous passons, ainsi qu'une communauté chrétienne. Nous
étions entrés en contact avec l'évêque Mgr
Patrick D'souza, afin de nous
enquérir des festivités de Noël. Le diocèse
de
Bénarès a récemment construit une nouvelle
cathédrale non loin de la Gare de Varanasi-Cantonnemnent. Sur le
Chowk, l'édifice le plus important est l'église Saint
Thomas, de style néo-gothique. Lors de notre passage, le 25
décembre au soir, il s'y passait des choses assez bizarres (cf.
notre récit de voyage) qui ne semblaient pas très
catholiques. |
|
Varanasi (Benares), temple
népalais
|
| Mais
laissons les églises et mosquées. Nous sommes venus
à Bénarès pour voir le Gange, et ce dernier semble
introuvable. Ce n'est pas comme lorsqu'on débarque à
Venise et qu'on découvre directement le Grand Canal. Il faut
longer Chaitganj road, cette grande avenue courbe du chowk, jusqu'au
bout, là ou les rickshaws ne peuvent plus continuer et la
chaussée devient un passage en terre battue pour les seuls
piétons. Plus il avance, plus le voyageur est harcelé par
des mendiants et des rabatteurs qui le poursuivent et le sermonnent
dans
toutes les langues que Dieu à créées après
la
tour de Babel. Entre les marchands de fruits et légumes, de
châles safran aux inscriptions en sanscrit, et de peintures
dévotionnelles, les pélérins frayent leur chemin.
Nous aboutissons au sommet d'un vaste escalier. Nous sommes enfin
arrivés sur les ghats.
|
|
Varanasi (Benares), Man Mandir Ghat, intérieur du
palais du Maharajah de Jaipur
|
L'endroit
en question s'appelle Dasashvamedha Ghat. Le ghat le plus grand et le
plus facilement accessible. C'est souvent d'ici que commencent les
promenades sur les bords du Gange. L'endroit, qui a le mérite
d'être vaste dans cette ville de dédales, est toujours
bondé. A
5h du matin, on y vient pour faire l'inévitable excursion en
barque au lever du soleil. C'est une des expériences les plus
belles du voyage. Il fait encore nuit lorsque l'on arrive sur le ghat
et que l'on négocie avec les bateliers. Des enfants viennent
nous vendre des feuilles dans lesquelles sont posés des fleurs
et une petite chandelle. La promenade commence avec les
premières lueurs de l'aube. La promenade se fait dans un calme
étonnant. On est loin de l'agitation hystérique du chowk.
Nous allumons les petites lampes des barquettes que nous ont vendu les
enfants avant de les mettre à flot en faisant un voeu
ou en pensant à un être cher. C'est un moment très
émouvant. L'image de ces frêles lumières flottant
sur
l'eau est très belle.
|
|
Varanasi (Benares), Chet Singh Ghat
|
La
barque longe les rives sur lesquelles sont aménagées les
marches permettant aux hindous de descendre à l'eau. Les ghats
se succèdent et sont signalés par des panneaux bilingues
anglais-hindi, comme ceux des stations de metro. Certains ghats sont
particulièrement
sacrés. Le panchtirtha, un parcours qui passe par cinq ghats,
est
un devoir pour tout hindou désirant de pouvoir atteindre le
nirvana.
Un des arrets du panchtirtha est le Manikarnika Ghat, le lieu le plus
saint
de la ville, au pied duquel est construit un temple immergé et
penché
dédié a Shiva, comme pour souligner la force destructrice
du dieu. D'autres ghats sont bien moins importants, comme celui des
blanchisseurs
et le Rana Ghat réservé aux musulmans. Présence
islamique
que l'on retrouve avec la mosquée d'Aurangzeb construite par ce
souverain
moghol sur les restes d'un temple hindou, et dont la coupole et les
minarets
se dressent au dessus du fleuve.
|
Le
Gange est un fleuve sacré descendu du ciel, et pour l'hindou,
s'y baigner correspond un peu a atteindre le ciel. Il sont donc
nombreux à venir en pélérinage à
Bénarès pour s'y baigner. On les voit dès cette
heure matinale, tremper leurs corps gaillards dans l'eau saumatre, qui
à cette heure-ci, est tiède. Parmi les fidèles en
extase dans cette célèbration de la vie, on remarque des
occidentaux, comme cet homme barbu aux cheveux longs assis en tailleur
à méditer pendant des heures sur une plate forme
surélevée, ou cette très belle femme en sari
rouge venue prendre de l'eau dans un grand gallon métallique.
|
|
Varanasi (Benares), Reewa Ghat
|
Fleuve
de vie et d'espoir, le Gange est aussi l'endroit ou l'on vient pour
mourrir et s'y faire incinérer sur les ghats de
crémation. Il y
en a plusieurs à Bénares, le plus grand étant le
Jalsain Ghat, voisin du Manikarnika Ghat cité plus haut. Depuis
la barque, on le distingue de loin par la fumée qui s'en
dégage
en permanence. Tout autour, des monticules de bois servent à
alimenter les buchers. Le batelier, qui rapelle l'interdiction formelle
de photographier les lieux, nous informe que le fournisseur de bois est
un homme extrait d'une des castes les plus basses, mais que c'est
l'homme le plus riche
de la ville. Voir le ghat de crémation depuis le Gange est
spectaculaire, mais s'y rendre est bien plus troublant. Nous avions
fait cette étrange promenade la veille, alors que nous
arpentions les dédales de la vieille ville.
|
Il
était un peu plus de 22h lorsque nous avions
débouché sur un
escalier bordé de deux grands bâtiments crasseux et qui
descendait vers le bucher. Il y a avait une odeur de brulé qui,
à priori, n'avait rien de spécial, mais qui, avec le
temps,
semblait devenir insupportable. Ces deux immeubles cités avaient
des façades lezardées qui semblaient avoir
été
ravagées par une guerre. Leur fonction n'était pas plus
réjouissante. C'étaient des hospices ou plutôt des
mourroirs. Vieillards
et malades y séjournaient dans l'attente de l'heure ultime de
leur
mort et de la crémation, qui aurait lieu juste à quelques
pas
de là. Quelqu'un nous a invités à y
pénétrer, afin de profiter de la vue panoramique sur le
ghat. Réjouissante
proposition qu'il était impossible de refuser au milieu de tous
ces
regards insistants. L'intérieur de l'endroit était aussi
lugubre
que prévu. Des salles vides et ouvertes aux quatre vents dans
lesquelles
les pensionnaires dormaient à même le sol. On nous guida
pour
nous frayer un chemin entre ces défunts en attente et atteindre
la
terrasse dotée d'une vue imprenable.
|
|
Varanasi (Benares),
Dasashvamedha Ghat
|
A
nos pieds, cinq buchers fonctionnent simultanément. Ce ghat est
en
service permanent, 24h sur 24, 365 jours par an, depuis plusieurs
centaines
d'années, selon un rituel immuable que rien (guerre, cyclone,
grêve
des aiguilleurs du ciel...) ne viendrait perturber. Enveloppé
dans
un tissu brillant, le corps du defunt arrive à travers les
ruelles
étroites de la ville, porté par une procession
composée
de proches et précédée par des hommes de la caste
des Doms (qui s'occupe des rituels funéraires) qui
l'annoncent en répétant un Mantra. Les passants,
ainsi avertis, sont priés de s'écarter du passage. Les
femmes ne sont pas autorisées à participer aux
cérémonies afin que leurs pleurs ne viennent pas
perturber le cours des choses. Un
fois arrivé à destination, le corps est baigné
dans
les eaux du Gange avant d'être installé sur le bucher qui
sera
allumé par un proche du défunt. C'est alors que commence
ce
processus étrange au cours duquel le corps humain se
désagrège,
se réduit en cendres. Les préposés à la
crémation,
membres de cette caste citée plus haut et dont le rôle est
à la fois impur et indispensable, font ce travail à la
chaine,
manipulant les corps humains ou ce qui en reste avec autant
d'émotion
qu'une secrétaire tapote sur le clavier de son ordinateur. La
directrice de l'hospice nous decrivait le rituel dans ses moindres
détails,
avec une voix rauque et un ton monocorde plein de gravité. Le
fait
d'avoir vu ce spectacle en pleine nuit, et, par dessus le
marché,
depuis cette salle d'attente de la mort, n'arrangeait pas les choses.
C'était
très dur d'être confronté à cette
banalisation
de la mort. Comme si la vie sur terre avait si peu de valeur. Chacun
d'entre
nous a été pris par des pensées remettant en
question
ce qu'il savait, ou plutot ce qu'il croyait savoir sur la vie, la mort,
l'existence. Ces pensées n'ont pas cessé de germer en
nous,
plusieurs mois après notre retour au Liban. Notre rapport avec
les
choses de la vie, notre comportement, notre sens des valeurs s'en est
trouvé altéré, et ce après quelques heures
à peine passées dans cette ville. La réponse aux
questions posées avant le voyage étaient claires. Oui,
c'est aussi extraodirnaire qu'ils le disent. En fait, c'est encore plus
extraordinaire, encore plus perturbant, encore plus beau et encore plus
terrible que tout ce que l'on a pu imaginer. Oui, on ne peut pas sortir
indemne de Bénarès. Non que l'on devienne un(e) autre,
mais on devient en tout cas plus sage et plus fou à la fois. Le
spectacle du ghat de crémation
nous a tous hantés. La nuit que nous avons passé a
Bénarès fut des plus étranges. Alors que
j'étais sous la douche,
je sentais ma peau, elle avait une drôle d'odeur. On aurait dit
le parfum de la mort. Plus tard, au moment de dormir, nous n'avons pas
cessé d'entendre des bruits stridents, empêchant le
sommeil
de pointer tant ils semblaient angoissants. Le lendemain matin nous
avions
appris qu'il ne s'agissait que de trains.
|
|
Varanasi (Benares), Mir Ghat
|
Difficile
d'imaginer qu'on puisse mener une vie normale à
Bénarès. Tout y est si intense, si extrême, que les
notions mêmes
de normalité, de routine et de quotidien semblent ici exclues.
Comment concevoir, qu'en pleine ville, un temple hindou se retrouve
enserré entre les branches et les racines d'un arbre, comme si
on était
à Angkor? Commment réagir, en se promènant sur les
quais, à cette étrange cohabitation entre ces sages en
méditation
qui semblent atteindre le sublime, ces élégantes vieilles
femmes qui lavent leurs saris colorés et les étalent sur
les
marches, et ces vaches qui trainent et qui laissent sans complexe leurs
excréments un peu partout? Cette perpétuelle
dualité
entre le beau et le laid, le pur et l'impur, le noble et
l'infâme,
toutes ces contradictions ne cessent de nous interpeller. Toujours des
questions,
jamais des réponses. Et puis, le quotidient reprend parfois ses
droits. Dans les marchés, ou le commerce est toujours roi, dans
les ruelles, ou, en soirée se dégagent des sons
mélodieux
qui rappellent au promeneur que Bénarès est un important
centre
pour la culture (et la musique) indienne. Sans compter ce ghat que se
sont
approprié les enfants pour en faire un terrain de cricket (photo
ci-dessus).
|
|
Varanasi (Benares), quelque
part dans la vieille ville
|
Au
détour d'un ruelle, des peintures votives déploient leurs
couleurs vives. Qui est cette déesse à quatre bras
chevauchant un éléphant? Peut être Lakshmi,
déesse de la prospérité (photo ci-dessus). Et ce cette
tête moustachue
en forme de soleil rayonnant? serait-ce Surya, dieu du soleil? Ces
images,
de facture naive, rappellent que le génie de l'Inde se conjugue
aussi
bien dans les grands monuments qu'à chaque coin de rue. Allons
au
temple népalais, perché au dessus du Lalita Ghat, dont la
silhouette
se démarque avec sa forme de tour composée de deux toits
superposés
desquels pendent des clochettes. Dédié à Shiva, le
temple
fut construit au début du XIXe siècle. Il est
entouré
d'une galerie ou sont exposées des sculptures en bas relief,
dont
des scènes érotiques recommandées par les
guides
de voyage. Nous avons aimé cet endroit pour la beauté
formelle
de son architecture, mais aussi pour la quiétude et la
sérénité
que procurent son environnement. Construit à l'ombre d'un arbre
touffu
sur une hauteur dominant les ghats, il jouit d'un certain isolement par
rapport au brouhaha de la ville. On y est accueuili par de jeunes
moines
résidents (photo ci-dessous), dont le
supérieur, originaire du Bhoutan. Le genre de rencontres
délicieuses qui
rappellent qu'un voyage ce n'est pas seulement voir, c'est aussi
partager.
|
|
Varanasi (Benares), temple
népalais
|
| La
majorité des édifices surplombant des ghats de
Bénarès sont de somptueux palais que se firent construire
les maharajahs et autres
princes hindous, au sommet de leur gloire, pour venir en
pélérinage dans la ville sainte. C'est un mélange
de résidences secondaires et d'ambassades, et c'était
évidement la concurrence à qui va avoir la façade
la plus grandiose de cet alignement qui
n'est pas sans rappeler, dans un autre genre, le Grand Canal de Venise.
On raconte ainsi l'histoire de l'épouse du raja de Gwalior qui
voulut avoir, en 1830, le palais le plus grandiose de la ville, sur
Scindia
Ghat, si grandiose qu'il s'écroula! Ces palais sont d'ailleurs
dans un état assez délabré, depuis la fin de la
puissance
de ces seigneurs locaux. Abandonnés, ils tombent en
décrépitude,
parfois en ruines, envahis par la végétation, donnant
à
Bénarès un aspect encore plus mystérieux. Toute la
ville semble tomber en ruine et s'enfoncer dans l'eau du fleuve. Le
plus
beau et le plus ancien de ces palais est celui du Raja d'Amber,
situé
sur Man Mandir Ghat, juste à côté du Dasashvamedha
Ghat
(à gauche dans le sens de la descente). A la fin du XVIIe
siècle,
cet élégant édifice fut
réaménagé
par Jai Singh II, maharajah de Jaipur, qui installa sur le toit un
observatoire
astronomique ou Jantar Mantar. Ce monarque eclairé était
un passionné d'astronomie. Il a fait construire plusieurs Jantar
Mantar, les plus fameux étant ceux de Jaipur et de Delhi (cf.
nos
pages sur ces villes), avec des lunettes d'observation monumentales et
autres instruments étranges pour la lecture des signes
astrologiques.
La version de Bénarès est bien plus modeste mais n'est
pas
moins intéressante. Drole d'endroit, duquel on a une vue
panoramique
sur la ville et son agitation febrile, ou l'on contemple ces
instruements
scientifiques complexes et que l'on repense à tous ces rituels,
ces croyances et toute cette complexité qui fait la
singularité
de Bénarès. |
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