BARON & BARON > GUATEMALA > RÉCIT DE VOYAGE
LISEZ LE RÉCIT DE VOYAGE DE ALINE & PHILIPPE AU GUATEMALA
> VOYAGER AU GUATEMALA
C’est très facile de voyager au Guatemala: Le pays est petit + Il y a plein de bus allant partout tout le temps. + Il y a plein d’hôtels et de possibilités d’hébergement (cf. plus bas). + C’est très facile de rencontrer d’autres voyageurs. + La population locale est très hospitalière est serviable. + La langue espagnole est chantante et très agréable à écouter!
En revanche, l’insécurité pose un problème. Il faut être préparé à affronter un taux de criminalité très élevé, sans toutefois sombrer dans la paranoïa.
> BONNES ADRESSES
Mes adresses préférées. Il faut prendre en considération que mes standards de luxe ne sont pas très élevés (en tout cas, moins que ceux de Baron & Baron!), que je voyage sur des budgets routard et que j’aime le camping:
Livingston: Rio Pelicane, sur la rue principale, non cité dans le  Lonely Planet: hôtel sympathique avec un jardin intérieur, des hamacs, beaucoup de boiseries et une belle déco. Assez branché et pas très bon marché.
-El Remate, entre Flores et Peten: Mirador, cité dans le LP, un camping hôtel eco (-nomique, -logique), avec des cabanas blanches. Pas de douches ni de verre aux fenêtres, mais une très belle vue, une bonne ambiance et un adorable singe domestique qui aime être chouchouté mais qui vole la nourriture de tous sans le moindre remord.
Santa Cruz (Lac Atitlan) : Il Iguana Perdita,  bel endroit, des chambres et des studettes, là aussi une ambiance sympa. Pour plus de confort, on peut loger aux bungalows d’a coté tenus par un charmant patron français. Moins de monde, donc moins de contact avec les voyageurs, mais plus relax.
par Béatrice Khouri

Le Guatemala n’a pas la réputation d’être un havre de paix et de sécurité. Il y a énormément de vols, parfois à main armée, et même paraît-il, des viols de touristes. Nous avons ainsi eu un incident le jour même de notre arrivée à Guatemala la Ciudad. Trois quidams nous ont encerclé dans le but de s’emparer du sac à dos de Ruth. Nous avons heureusement réussi à échapper à leur griffes sauvant corps et biens. On aurait pu imaginer un accueil un peu plus hospitalier pour les premières heures passées dans un nouveau pays! D’un autre coté, ce genre de choses peut aussi avoir lieu à Amsterdam (?).

Le reste de notre voyage s’est déroulé sans problèmes. Nous n’étions pas vraiment préparées à affronter ce type de rencontres, mais, après notre aventure nous avons pris nos dispositions: Suivant l’adage «ne pas mettre ses oeufs dans le même panier», nous avons dispersé notre argent dans toutes sortes de cachettes: souliers, flacons de shampoing... Nous avons même envisagé de créer un tampon dans lequel nous pourrions mettre nos biens les plus précieux. Avis aux designers en herbe: je suis sure que si vous pouvez dessiner un ‘tampon de sécurité pour femmes voyageuses’ vous pourriez vous enrichir!!!

Notre voyage a commencé à Guatemala la Ciudad que nous nous sommes empressées de quitter suite à notre stupide aventure citée plus haut. Après cinq heures de route dans un bus traversant une végétation de plus en plus exotique de palmiers et de bananiers, un bateau nous a emmenées, au coucher du soleil, à Livingston, charmante petite île principalement habitée de créoles. Ambiance très agréable: maisons en bois colorées et musique rasta partout et tout le temps!

De ce coin très reggae, nous avons fait une longue marche à travers la jungle, traversé une superbe plage aux eaux turquoise, palmiers et hamacs, tout ce qu’on voit dans les pubs et les cartes postales. Quitter Livingston. Tôt le matin, prendre le bateau sur le Rio Dulce, une rivière d’une beauté extraordinaire dont une partie fait partie d’un parc naturel. De grands pélicans volaient autour de villages de pêcheurs et de hautes falaises de part et d’autre du lit du fleuve. 

Direction Flores et Tikal. Nous nous installons à El Remate (à mi-chemin entre les deux localités) dans un petit hôtel de camping, petite cabana blanche sans fenêtres ni électricité, protégée par de grands bananiers, avec une grande cantine, point de rencontre des voyageurs. Nous y recevons, à ma plus grande joie, la visite du singe de la maison, s’installant chez nous sans omettre de dévorer nos biscuits. Visite moins agréable et plus tonitruante, celle de l’ouragan avec ses pluies diluviennes et le vent le plus violent que j’aie jamais connu, et ce, en permanence, jour et nuit. Il faut imaginer ça dans des pièces entièrement ouvertes et démunies de tout confort, mais je dois avouer que ça avait un certain charme!

Nous voyagions alors avec deux allemandes que nous avions rencontrées à Livingston. C’est avec elles que nous avons visité Tikal, qui est vraiment un lieu magique. Ces énormes temples et ruines mayas enfouis dans la jungle. Marcher à travers la végétation luxuriante de plantes et d’arbres gigantesques en écoutant les singes ricaner et les oiseaux hurler, sans compter les autres espèces d’animaux (connus ou pas) se baladant ça et la, sentir cette atmosphère moite et chaude, se perdre dans ce labyrinthe avant de retrouver son chemin. C’était vraiment unique, malgré la pluie incessante et les moustiques particulièrement agressifs.

Fuyant la pluie et le vent, nous quittons cette région pour arriver, après douze heures de route, au Lac Atitlan. Le lac est formé par les cratères des volcans qui l’entourent. De nombreux villages sont dispersés sur ses rives et sur les contreforts montagneux. Nous en avons visité un bon nombre. Panajachel, le plus touristique mais très relax fut notre base logistique. San Pedro est plus alternatif. Nous y avons fait de belles marches dans les environs mais aussi du canoë dans le lac, sans oublier le farniente. Jouissant, en compagnie de nos voisins de fortune, de la vue sur le lac, nous restions ainsi, allongés sur nos hamacs, parlant de tout et de rien et profitant de la vie!

Après San Pedro, ou nous fîmes nos adieux aux deux allemandes, nous avons visité Santa Cruz, un autre petit village sur les bords du lac. Un lieu magique. Deux petits hôtels pieds dans l’eau, avec vue sur deux volcans, et de belles marches à faire en direction des villages voisins. L'hôtel dans lequel nous avons logé était formidable, avec une ambiance chaleureuse et sympathique. Au soir, c’était dîner aux chandelles (pas d’électricité au village) pour tout le monde sur la terrasse, sous les étoiles et la lune, avec accompagnement musical préparé par les uns et bain de minuit dans le lac en guise d’apothéose!

Les meilleures choses ont une fin, et, après avoir retardé notre départ plusieurs fois, nous avons finalement quitté cet endroit de rêve. Accompagnées d’un allemand que nous y avons rencontré, nous nous sommes engagées en haute montagne. Nous avons ainsi gagné, au terme d’un long trajet, Todos Santos, un petit village montagnard entouré de forêts et de paysages à couper le souffle. A notre arrivée, l’atmosphère y était pour le moins étrange. Vendredi (le jour de paie) soir, tous les hommes étaient ivres dans les rues. Ivres morts, devrais-je préciser, allongés au milieu de la chaussée ou affalés sur des comptoirs de magasins. Il y avait, par-dessus le marché, une importante présence armée et pas mal de tension.

Nous avons appris par la suite que l’armée tente de contrôler les populations indigènes, craignant de nouvelles révoltes des mouvements nationalistes indiens. Après des années de terreur, d’horribles massacres et de traitements esclavagistes, les Indiens tentent de leur coté d’obtenir plus de droits, ce que le pouvoir n’accepte pas. L’histoire du Guatemala est une vraie tragédie pour les populations indigènes (indiens mayas, mais aussi créoles). Autre chose à signaler, et non des moindres, pour revenir à Todos Santos: Il y a un an, des touristes ont été battus à mort après que la rumeur se soit répandue qu’ils voulaient voler des enfants en vue de les adopter. Un groupe de japonais venait d’arriver. Ils étaient vêtus de noir et portaient des masques blancs (ceux qu’ils mettent pour se protéger de la pollution). Une japonaise a touché un bébé qui pleurait, la mère de ce dernier à hurlé, provoquant une hystérie collective ou les gens se mirent à scander «le diable est venu» et à lapider à mort les malheureux japonais! Horrible. L’armée jeta en prison pas mal de monde y compris des hommes qui avaient prouvé qu’ils n’étaient pas sur les lieux du drame. Conséquences fâcheuses, la justice, n’est pas prête d’arriver au Guatemala.

Malgré ces épisodes douloureux, nous avons réussi à passer du bon temps à Todos Santos et à accomplir l’ascension de la plus haute montagne d’Amérique Centrale, avec une longue et exténuante escalade jusqu’à 3888 m, avant de redescendre à 2500 m.  L’altitude et le manque d’oxygène provoquent une curieuse sensation d’ivresse, le mal des montagnes. Difficile, dans ces conditions, d’avancer plus vite que des tortues. Chaque pas semble demander un effort surhumain et un souffle d’air. Bonjour les maux de têtes et la nausée! Cette souffrance est quand même payante. Les panoramas sont sublimes et marcher au-dessus des nuages est un rêve!!!

Prochaine étape, Queltzatenango, aussi appelée Xela. Ruth et moi sommes seules à nouveau pour visiter cette petite ville très populaire pour apprendre l’espagnol. Très agréable, sauf qu’à 19 heures, tout est déjà fermé. Ils se réveillent très tard, ce qui n’arrange pas les choses pour goûter leur nourriture réputée délicieuse... mais pas pour nous. Toute chose ayant ses bons cotés, cela me permit de perdre pas mal de poids.

A une dizaine de kilomètres de Queltzatenango, nous avons découvert, près de Zunil, le petit village de Fuentes Gerorgina. Ce qui est drôle, c’est qu’après notre séjour paradisiaque à Santa Cruz, nous pensions difficilement trouver mieux. Eh bien, Fuentes fut la surprise du chef. Le village est niché dans les montagnes volcaniques qui sont couvertes d’une étonnante variété de végétations (plus ou moins sauvages) et sont cultivées par des indiens habillés tout en couleurs. Sur les hauteurs se trouvent trois piscines d’eaux sulfureuses de provenance volcanique. Chaque piscine a une température différente, la plus grande est vraiment très chaude!

Nous avions l’intention de ne passer que quelques heures dans le coin, mais, finalement, nous avons décidé de prolonger ce plaisir en partageant un bungalow juste à coté des bains. Ce fut une expérience sublime! Prendre des bains nocturnes et nager en compagnie du seul clair de lune et au son des bruissements de la jungle avant de se réchauffer au coin du feu dans le bungalow... Un matin, je me suis levée à cinq heures, et, dans le froid, je suis allée à l’eau, toute seule au monde, avec la vapeur se dégageant des piscines, en pleine jungle.

Je ressentis alors une plénitude qui se rapproche du bonheur, j’étais en harmonie, en paix avec moi-même et avec l’environnement qui m’entourait. Je n’avais pas connu ce sentiment depuis des années. C’est la l’essence de la vie. Sans faire des choses, penser, préparer, être rationnel. Juste être la et profiter du moment.

Il fallut quitter ce paradis, non sans regrets, mais avec un cadeau souvenir assez inattendu, une écorchure attrapée dans les bains (le bonheur est payant, même ici) pour redescendre sur les bords du Lac Atitlan. L’occasion de se relaxer un peu et de profiter du soleil avant de sombrer de l’hiver d’Amsterdam. Y arriver, c’était comme rentrer chez soi. Ce fut si agréable que le temps passait, et il ne nous restait plus qu’un seul jour pour visiter Antigua. Cette magnifique ville colorée m’a fait penser aux petites cités espagnoles, mais il a fallu que j’y tombe malade, ce qui a gravement abrégé ma visite.

Et voila! Les quatre semaines étaient très (trop) courtes. J’aurai aimé rester plus longtemps, profiter de cette liberté, vivre au jour le jour, rencontrer des gens inspirants et inspirés, et me sentir renaître. Je suis par ailleurs consciente que ce monde du voyage est, en partie, une grande illusion. Les gens qu’on y rencontre sont très intéressants, mais, ce qui leur confère cette qualité est que tout est concentré sur l’instant présent, en absence de perspectives d’avenir et de toutes sortes de préoccupations. Cela rend le contact bien plus facile, les gens ont moins de réserves à s’ouvrir aux autres, les normes sociales sont moins en vigueur. C’est très bien, mais j’imagine qu’à long terme ça doit rendre un peu trop égocentrique.

L’autre face de l’illusion est que la vie de touriste n’offre qu’un seul point de vue, ou tout est beau et tout le monde est gentil est heureux. C’est derrière que se cache la partie immergée de l’iceberg, la misère et les difficultés que subissent les populations de tels pays. Ces voyages sont un vrai luxe et offrent des moments inoubliables mais imposent une remise en question concernant l’éthique de se rendre dans certains endroits du Tiers Monde...

Ce n’est pourtant pas prêt de freiner mon désir d’effectuer des voyages pour des durées plus longues...

1999-2004, Béatrice Khouri, tous droits réservés. >> CONTACTEZ NOUS