| par
Béatrice Khouri
Le Guatemala n’a
pas la réputation d’être un havre de paix et de sécurité.
Il y a énormément de vols, parfois à main armée,
et même paraît-il, des viols de touristes. Nous avons ainsi
eu un incident le jour même de notre arrivée à Guatemala
la Ciudad. Trois quidams nous ont encerclé dans le but de s’emparer
du sac à dos de Ruth. Nous avons heureusement réussi à
échapper à leur griffes sauvant corps et biens. On aurait
pu imaginer un accueil un peu plus hospitalier pour les premières
heures passées dans un nouveau pays! D’un autre coté, ce
genre de choses peut aussi avoir lieu à Amsterdam (?).
Le reste de notre
voyage s’est déroulé sans problèmes. Nous n’étions
pas vraiment préparées à affronter ce type de rencontres,
mais, après notre aventure nous avons pris nos dispositions: Suivant
l’adage «ne pas mettre ses oeufs dans le même panier»,
nous avons dispersé notre argent dans toutes sortes de cachettes:
souliers, flacons de shampoing... Nous avons même envisagé
de créer un tampon dans lequel nous pourrions mettre nos biens les
plus précieux. Avis aux designers en herbe: je suis sure que si
vous pouvez dessiner un ‘tampon de sécurité pour femmes voyageuses’
vous pourriez vous enrichir!!!
Notre voyage a commencé
à Guatemala la Ciudad que nous nous sommes empressées de
quitter suite à notre stupide aventure citée plus haut. Après
cinq heures de route dans un bus traversant une végétation
de plus en plus exotique de palmiers et de bananiers, un bateau nous a
emmenées, au coucher du soleil, à Livingston, charmante
petite île principalement habitée de créoles. Ambiance
très agréable: maisons en bois colorées et musique
rasta partout et tout le temps!
De ce coin très
reggae, nous avons fait une longue marche à travers la jungle, traversé
une superbe plage aux eaux turquoise, palmiers et hamacs, tout ce qu’on
voit dans les pubs et les cartes postales. Quitter Livingston. Tôt
le matin, prendre le bateau sur le Rio Dulce, une rivière
d’une beauté extraordinaire dont une partie fait partie d’un parc
naturel. De grands pélicans volaient autour de villages de pêcheurs
et de hautes falaises de part et d’autre du lit du fleuve.
Direction Flores
et Tikal. Nous nous installons à El Remate (à
mi-chemin entre les deux localités) dans un petit hôtel de
camping, petite cabana blanche sans fenêtres ni électricité,
protégée par de grands bananiers, avec une grande cantine,
point de rencontre des voyageurs. Nous y recevons, à ma plus grande
joie, la visite du singe de la maison, s’installant chez nous sans omettre
de dévorer nos biscuits. Visite moins agréable et plus tonitruante,
celle de l’ouragan avec ses pluies diluviennes et le vent le plus violent
que j’aie jamais connu, et ce, en permanence, jour et nuit. Il faut imaginer
ça dans des pièces entièrement ouvertes et démunies
de tout confort, mais je dois avouer que ça avait un certain charme!
Nous voyagions alors
avec deux allemandes que nous avions rencontrées à Livingston.
C’est avec elles que nous avons visité Tikal, qui est vraiment
un lieu magique. Ces énormes temples et ruines mayas enfouis dans
la jungle. Marcher à travers la végétation luxuriante
de plantes et d’arbres gigantesques en écoutant les singes ricaner
et les oiseaux hurler, sans compter les autres espèces d’animaux
(connus ou pas) se baladant ça et la, sentir cette atmosphère
moite et chaude, se perdre dans ce labyrinthe avant de retrouver son chemin.
C’était vraiment unique, malgré la pluie incessante et les
moustiques particulièrement agressifs.
Fuyant la pluie et
le vent, nous quittons cette région pour arriver, après douze
heures de route, au Lac Atitlan. Le lac est formé par les
cratères des volcans qui l’entourent. De nombreux villages sont
dispersés sur ses rives et sur les contreforts montagneux. Nous
en avons visité un bon nombre. Panajachel, le plus touristique
mais très relax fut notre base logistique. San Pedro est
plus alternatif. Nous y avons fait de belles marches dans les environs
mais aussi du canoë dans le lac, sans oublier le farniente. Jouissant,
en compagnie de nos voisins de fortune, de la vue sur le lac, nous restions
ainsi, allongés sur nos hamacs, parlant de tout et de rien et profitant
de la vie!
Après San
Pedro, ou nous fîmes nos adieux aux deux allemandes, nous avons visité
Santa
Cruz, un autre petit village sur les bords du lac. Un lieu magique.
Deux petits hôtels pieds dans l’eau, avec vue sur deux volcans, et
de belles marches à faire en direction des villages voisins. L'hôtel
dans lequel nous avons logé était formidable, avec une ambiance
chaleureuse et sympathique. Au soir, c’était dîner aux chandelles
(pas d’électricité au village) pour tout le monde sur la
terrasse, sous les étoiles et la lune, avec accompagnement musical
préparé par les uns et bain de minuit dans le lac en guise
d’apothéose!
Les meilleures choses
ont une fin, et, après avoir retardé notre départ
plusieurs fois, nous avons finalement quitté cet endroit de rêve.
Accompagnées d’un allemand que nous y avons rencontré, nous
nous sommes engagées en haute montagne. Nous avons ainsi gagné,
au terme d’un long trajet, Todos Santos, un petit village montagnard
entouré de forêts et de paysages à couper le souffle.
A notre arrivée, l’atmosphère y était pour le moins
étrange. Vendredi (le jour de paie) soir, tous les hommes étaient
ivres dans les rues. Ivres morts, devrais-je préciser, allongés
au milieu de la chaussée ou affalés sur des comptoirs de
magasins. Il y avait, par-dessus le marché, une importante présence
armée et pas mal de tension.
Nous avons appris
par la suite que l’armée tente de contrôler les populations
indigènes, craignant de nouvelles révoltes des mouvements
nationalistes indiens. Après des années de terreur, d’horribles
massacres et de traitements esclavagistes, les Indiens tentent de leur
coté d’obtenir plus de droits, ce que le pouvoir n’accepte pas.
L’histoire du Guatemala est une vraie tragédie pour les populations
indigènes (indiens mayas, mais aussi créoles). Autre chose
à signaler, et non des moindres, pour revenir à Todos Santos:
Il y a un an, des touristes ont été battus à mort
après que la rumeur se soit répandue qu’ils voulaient voler
des enfants en vue de les adopter. Un groupe de japonais venait d’arriver.
Ils étaient vêtus de noir et portaient des masques blancs
(ceux qu’ils mettent pour se protéger de la pollution). Une japonaise
a touché un bébé qui pleurait, la mère de ce
dernier à hurlé, provoquant une hystérie collective
ou les gens se mirent à scander «le diable est venu»
et à lapider à mort les malheureux japonais! Horrible. L’armée
jeta en prison pas mal de monde y compris des hommes qui avaient prouvé
qu’ils n’étaient pas sur les lieux du drame. Conséquences
fâcheuses, la justice, n’est pas prête d’arriver au Guatemala.
Malgré ces
épisodes douloureux, nous avons réussi à passer du
bon temps à Todos Santos et à accomplir l’ascension de la
plus haute montagne d’Amérique Centrale, avec une longue et exténuante
escalade jusqu’à 3888 m, avant de redescendre à 2500 m.
L’altitude et le manque d’oxygène provoquent une curieuse sensation
d’ivresse, le mal des montagnes. Difficile, dans ces conditions, d’avancer
plus vite que des tortues. Chaque pas semble demander un effort surhumain
et un souffle d’air. Bonjour les maux de têtes et la nausée!
Cette souffrance est quand même payante. Les panoramas sont sublimes
et marcher au-dessus des nuages est un rêve!!!
Prochaine étape,
Queltzatenango,
aussi appelée Xela. Ruth et moi sommes seules à nouveau
pour visiter cette petite ville très populaire pour apprendre l’espagnol.
Très agréable, sauf qu’à 19 heures, tout est déjà
fermé. Ils se réveillent très tard, ce qui n’arrange
pas les choses pour goûter leur nourriture réputée
délicieuse... mais pas pour nous. Toute chose ayant ses bons cotés,
cela me permit de perdre pas mal de poids.
A une dizaine de
kilomètres de Queltzatenango, nous avons découvert, près
de Zunil, le petit village de Fuentes Gerorgina. Ce qui est drôle,
c’est qu’après notre séjour paradisiaque à Santa Cruz,
nous pensions difficilement trouver mieux. Eh bien, Fuentes fut la surprise
du chef. Le village est niché dans les montagnes volcaniques qui
sont couvertes d’une étonnante variété de végétations
(plus ou moins sauvages) et sont cultivées par des indiens habillés
tout en couleurs. Sur les hauteurs se trouvent trois piscines d’eaux sulfureuses
de provenance volcanique. Chaque piscine a une température différente,
la plus grande est vraiment très chaude!
Nous avions l’intention
de ne passer que quelques heures dans le coin, mais, finalement, nous avons
décidé de prolonger ce plaisir en partageant un bungalow
juste à coté des bains. Ce fut une expérience sublime!
Prendre des bains nocturnes et nager en compagnie du seul clair de lune
et au son des bruissements de la jungle avant de se réchauffer au
coin du feu dans le bungalow... Un matin, je me suis levée à
cinq heures, et, dans le froid, je suis allée à l’eau, toute
seule au monde, avec la vapeur se dégageant des piscines, en pleine
jungle.
Je ressentis alors
une plénitude qui se rapproche du bonheur, j’étais en harmonie,
en paix avec moi-même et avec l’environnement qui m’entourait. Je
n’avais pas connu ce sentiment depuis des années. C’est la l’essence
de la vie. Sans faire des choses, penser, préparer, être rationnel.
Juste être la et profiter du moment.
Il fallut quitter
ce paradis, non sans regrets, mais avec un cadeau souvenir assez inattendu,
une écorchure attrapée dans les bains (le bonheur est payant,
même ici) pour redescendre sur les bords du Lac Atitlan. L’occasion
de se relaxer un peu et de profiter du soleil avant de sombrer de l’hiver
d’Amsterdam. Y arriver, c’était comme rentrer chez soi. Ce fut si
agréable que le temps passait, et il ne nous restait plus qu’un
seul jour pour visiter Antigua. Cette magnifique ville colorée
m’a fait penser aux petites cités espagnoles, mais il a fallu que
j’y tombe malade, ce qui a gravement abrégé ma visite.
Et voila! Les quatre
semaines étaient très (trop) courtes. J’aurai aimé
rester plus longtemps, profiter de cette liberté, vivre au jour
le jour, rencontrer des gens inspirants et inspirés, et me sentir
renaître. Je suis par ailleurs consciente que ce monde du voyage
est, en partie, une grande illusion. Les gens qu’on y rencontre sont très
intéressants, mais, ce qui leur confère cette qualité
est que tout est concentré sur l’instant présent, en absence
de perspectives d’avenir et de toutes sortes de préoccupations.
Cela rend le contact bien plus facile, les gens ont moins de réserves
à s’ouvrir aux autres, les normes sociales sont moins en vigueur.
C’est très bien, mais j’imagine qu’à long terme ça
doit rendre un peu trop égocentrique.
L’autre face de l’illusion
est que la vie de touriste n’offre qu’un seul point de vue, ou tout est
beau et tout le monde est gentil est heureux. C’est derrière que
se cache la partie immergée de l’iceberg, la misère et les
difficultés que subissent les populations de tels pays. Ces voyages
sont un vrai luxe et offrent des moments inoubliables mais imposent une
remise en question concernant l’éthique de se rendre dans certains
endroits du Tiers Monde...
Ce n’est pourtant
pas prêt de freiner mon désir d’effectuer des voyages pour
des durées plus longues... |