BARON & BARON > CARNETS & RECITS DE VOYAGESETHIOPIE > RÉCIT DE VOYAGE 2007 [4. LALIBELA]
CARNET DE ROUTE EN ETHIOPIE (2007): 1. ADDIS ABEBA | 2. BAHAR DAR ET LE LAC TANA | 3. GONDAR | 4. LALIBELA
ALLER / VENIR
Ethiopian Airlines assure des vols quotidiens (à plusieurs escales) entre Lalibela et Addis Abeba, Gondar, Bahar Dar, et Axum. L’aéroport de Lalibela a une situation spectaculaire, au milieu des montagnes, et la route le reliant à la ville est une suite ininterrompue de virages en épingles sur les crêtes.
DORMIR / MANGER / BOIRE
Le Seven Olives Hotel est une adresse sympathique. Le confort y est sommaire, les chambres dénuées de tout ce qui dépasse le nécessaire et la robinetterie remonte à l’époque des empereurs abyssins. En revanche, l’endroit jouit d’une situation des plus agréables, perché au dessus d’une colline, avec un jardin et plein d’arbres autour. Que ce soit lors de la pause de la mi journée ou en soirée, on y prendre un verre ou un repas avec grand plaisir. La nourriture est variée, de qualité, sans être sophistiquée. Feu de camp la nuit et possibilité de rencontrer d’autres voyageurs de passage… voir notre critique sur Tripadvisor

Dans le hall de l’aéroport de Gondar, encore désert, un poste télé branché sur CNN nous apprend la mort de Benazir Bhutto. Le Pakistan ne va pas bien. Le café est infect, comme pratiquement tous ceux que j’ai bus dans un pays, qui paradoxalement, est célèbre pour ce produit. Le Fokker d’Ethiopian Airlines est, comme à son habitude, à l’heure et après une demi heure de vol, nous atterrissons sur une piste aménagée entre les montagnes : Lalibela.


Il faudra une heure de route serpentant sur des lacets et parcourue par quelques bergers pour atteindre le Seven Olives Hotel. Le site étant fermé jusqu’à quatorze heures, nous avons amplement le temps de profiter de la très agréable terrasse de l’hôtel qui affiche complet. Malgré notre réservation, nous avons du sauter les premiers du bus pour être assurés d’avoir une chambre. Parmi les étrangers attablés non loin de nous, nous entendons des bribes d’arabe libanais. Je me dirige vers les deux personnes – un homme et une femme – et leur demande :
- Excuse me. Are you Lebanese ?
- Yes, we are. And you, are you Baron & Baron?


La première vision qui du site de Lalibela est digne d’un film de science fiction. Une structure métallique enveloppée d’une fibre blanche posée sur quatre pieds au dessus d’une église incrustée dans l’espace. De nuit, avec l’éclairage artificiel, c’est encore plus impressionnant. La scène ou les astronautes débarquent sur la planète ou est posé le mystérieux monolithe dans 2001, Odyssée de l’espace. Ces structures et échafaudages ont été installés pour protéger certaines églises. La plupart trouvent que c’est affreux, que ça gâche l’harmonie du site et que ça amoindrit la visibilité des monuments. Ce n’est pas faux. Mais, en ce qui me concerne, je ne m’en offusque pas spécialement. Cette enveloppe hybride crée un contraste assez touchant avec ces pierres millénaires.


Première et plus grande église du parcours, Bet Medhane Alem est comme un temple grec inversé. Au lieu d’être posé sur une hauteur, l’édifice est enfoncé dans un trou. Sa structure couvrante étant, au moment de notre visite, en construction, le temple est entièrement enveloppé d’échafaudages et on voit à peine les colonnes – ou piliers – qui l’entourent. L’intérieur, de plan basilical est majestueux. Les tapis au sol, les grands instruments à percussions utilisés lors des messes, la hauteur des plafonds. Un passage permet de rejoindre Bet Maryam, l’église que l’on voit depuis l’entrée du site. Joliment installée dans une vaste cour, Bet Maryam est doté, à l’intérieur, d’un magnifique décor peint. Les plafonds sont couverts de fresques aux motifs géométriques et floraux – des compositions circulaires s’insérant dans des ensembles cruciformes – abstraits mais symboliques. Depuis Bet Maryam, des tunnels et escaliers mènent vers les autres lieux de cultes encastrés dans le roc, plus modestes mais non moins émouvants, qui constituent le groupe Nord-Ouest du site de Lalibela.


La deuxième partie du parcours est le groupe Sud-Est comportant lui aussi des églises monolithiques. Nous reprenons le chemin principal qui enjambe la rivière du Jourdain à la recherche de cet ensemble, mais en vain. Impossible de les voir et comme l’heure se fait tardive, les groupes de touristes sont de moins en moins nombreux pour que nous puissions les suivre. Des passants et un prêtre, interrogés en chemin, nous indiquent, une colline à gravir sans de plus amples détails, Nous trouvons enfin, un groupe de pèlerins installés à l’ombre des arbres sur une éminence dominant la route. Nous grimpons jusque là et trouvons un sentier étroit qui serpente sur la montagne. La présence d’un agent chargé de contrôler les billets des visiteurs confirme que nous sommes dans la bonne direction. Nous venons d’atteindre le complexe de Bet Gabriel-Rufael.


Une entaille abyssale transperce le roc et ouvre une perspective sur une façade monumentale composée de grandes arcades aveugles. Bet Gabriel-Rufael se dévoile comme un passage de la terre vers le ciel. Il faut encore s’enfoncer dans un tunnel avant d’accéder à l’église par une passerelle au bord d’un précipice. Contrairement à la majorité des églises, on entre ici par en haut. Autre singularité des lieux, l’édifice est composé en fait de deux églises, on ne le remarque qu’une fois à l’intérieur, qui sont à des niveaux différents.


La visite des églises du groupe Sud-Est est définitivement plus sportive et éprouvante que celles du Nord-Ouest. Nous sommes perdus dans un labyrinthe de tunnels et de passages excavés dans la roche, que parcourent en courant des prêtres barbus et pieds nus qui semblent totalement en transe. Certaines voies sont sans issue, d’autres nous ramènent à notre point de départ. On tombe sur une église enveloppée d’échafaudages en bois. Laquelle est-ce ? Bet Merkorios ? Bet Abba Libanos ? Bet Amanuel ? Celle-ci, on la reconnaît sans peine. C’est celle dont la façade est la plus finement ciselée, un peu comme une demeure de la renaissance italienne. Nous sommes épuisés face à tant de grandeur et tant d’allées et venues. Et pourtant nous n’en avons pas encore fini de Lalibela. Nous avons laissé ce qui est sans doute le plus illustre monument d’Ethiopie pour la fin.


Bet Giyorgis – Saint Georges – est isolée par rapports aux deux grands groupes d’églises de Lalibela. Encastrée dans une gigantesque entaille minérale, elle est sculptée de la forme mémorable d’une crois grecque aux proportions parfaites. Des éminences entourant le site permettent d’en avoir la vue plongeante publiée dans les livres d’art, magazines de voyages et brochures touristiques. La lumière dorée du soleil couchant caresse la pierre lui donnant des teintes ocre, et faisant ressortir des taches d’humidité jaunes. Les fenêtres aux arcs en pointe lui donnent une allure de palais indien perdu dans quelque légende au fin fond du Rajasthan. La magie du lieu est totale. Un passage long et étroit s’enfonce dans les entrailles de la terre et aboutir à l’entrée de l’église. L’intérieur, sombre, n’est éclairé que par un tube fluorescent au néon. Un prêtre, lunettes noires prend la pause photo devant la peinture représentant Saint Georges terrassant le dragon. Comme d’habitude dans l’église de Lalibela, le minéral cohabite avec le textile, les couleurs, les tentures, les tapis. Extase absolue. Lalibela est digne d’être surnommée « nouvelle Jérusalem ». Le lieu, les architectures, et les pratiques de l’espace donnent une vision du christianisme radicalement différente de celle des églises d’Europe et d’Orient. Un christianisme moins tralala, moins chic, mais plus mystique. Un christianisme qui ressemblerait peut-être à celui qui aurait pu être pratiqué dans les premiers siècles de notre ère.


Difficile de redescendre sur terre, ou, plutôt, de remonter à la surface. Difficile, la marche pour rentrer du site jusqu’à l’hôtel, situé au point le plus élevé de la ville. Surtout que nous referons une marche nocturne à la recherche d’un bar ou nous ont donné rendez vous des compatriotes et qui s’avèrera désert et obscur. La promenade aura été l’occasion pour Patrick de se lier avec les enfants de Lalibela en les abusant, faisant semblant d’être le frère d’un footballeur international dont je n’avais jamais entendu parler mais dont le seul nom aura suffit pour déclencher une frénésie générale. Enfin, de retour au Seven Olives, nous retrouvons, autour du feu de camp, nos libanais, des officiers américains, et des missionnaires scandinaves qui chantent des choses un peu bizarres. Le voyage touche à sa fin. Le lendemain, nous reprenons l’avion pour la capitale pour nous séparer. Patrick rentre directement à Beyrouth tandis que je profiterai seul de la mini-suite à l’étage VIP du Sheraton Addis.

2007-2008, Gregory Buchakjian (texte + photos) pour Baron & Baron, tous droits réservés. >> CONTACTEZ NOUS