BARON & BARON > CARNETS & RECITS DE VOYAGESETHIOPIE > RÉCIT DE VOYAGE 2007 [1. ADDIS ABEBA]
CARNET DE ROUTE EN ETHIOPIE (2007): 1. ADDIS ABEBA | 2. BAHAR DAR ET LE LAC TANA | 3. GONDAR | 4. LALIBELA
ALLER / VENIR
Addis Abeba est extrêmement étendue et il est indispensable d’être motorisé. A moins que vous n’ayez le courage de maîtriser le réseau des transports en communs et taxis collectifs, nous recommandons de prendre un taxi et de le garder à la journée. C’est peut être pas très routard mais ça permet de gagner un temps fou.
DORMIR
Le Hôtels en tous genre et à tous les prix grouillent à Addis Abeba. Les guides de voyages et les comptes rendus sur Tripadvisor donneront une idée de l’offre en matière d’hébergement ou manquent cruellement des adresses de charme.
Afin de jouer les nababs en Afrique (ou de compenser l’absence de confort des hôtels en province), nous sommes descendus au Sheraton Addis, le plus luxueux établissement de toute l’Afrique Orientale (on peut les croire). Le complexe et immense et tape à l’œil, on se croirait plus dans les pays du Golfe qu’en Afrique. Le summum du kitsch est dans les fontaines musicales qui s’animent tous les soirs dans les jardins, attirant les familles de la bourgeoisie locale. Ce n’est pas forcément de notre goût, le service a certaines lacune surtout en regard des tarifs indécents par rapport à cette partie du monde, mais il est clair que la propreté des chambres, le marbre de la salle de bains et la pureté des draps sont sans égal. Voir notre critique sur Tripadvisor.
MANGER
Impossible de passer en Ethiopie sans goûter à la cuisine éthiopienne, même si vous allez la trouver insupportable. Nous avons déjeuné au restaurant Addis Ababa, un magnifique endroit en rotonde, plein de meubles patinés et de vieux souvenirs. Le repas est servi sur une table recouverte d’une galette sur laquelle sont disposés différents ragoûts. On découpe avec les mains un morceau de la galette et on prend, avec celui-ci, un peu de ragoût. C’est un vrai voyage des sens, peut être un peu trop extrême pour nos palais. Si la galette à un arrière goût un peu aigre, le plus difficile à assimiler a été pour nous le ragoût. Toutes les préparations sont à base de viande (sauf en période de carême) et cette dernière conserve une densité telle que lorsqu’on avale un morceau, on a l’impression d’avoir dévoré un mouton entier. Le plus embêtant était de justifier les restes que nous avons laissé sans vexer le personnel (par ailleurs adorable) en disant que nous n’avions plus faim. Le café, préparé par des femmes à l’entrée du restaurant est exceptionnel.
Comme toute capitale qui se respecte, Addis possède sont lot de restaurant étrangers : cuisine arabe, indienne (excellente au Sheraton, parait-il), et italienne. Ristorante Castelli est l’adresse la plus glamour de la ville (Angelina Jolie y aurait ses habitudes), tellement glamour qu’il est impossible d’y trouver une table ! Notre coup de cœur est allé au restaurant Sérénade, pour son immense Modigliani (reproduction plus grande que nature), ses cornes sur des murs rouges, son ambiance cosy dans une belle maison, et ses plats excellents aux parfums de méditerranée, entre chiche barak libanais et fruits de mer à l’italienne.
BOIRE / DANSER
La vie nocturne d’Addis Abeba est un univers riche, complexe et réservé aux initiés: Bars et boites de nuit traditionnels, avec de la musique éthiopienne et parfois une belle ambiance ; autres boites plus ou moins grunge, plus ou moins sordides comme celle ou m’a emmené un chauffeur de taxi, sur la route de l’aéroport, et ou l’accès me fut refusé parce que j’avais une caméra. Encore d’autres boites, somptueusement nouveau riche, comme le Gaslight, ou se retrouve la jeunesse dorée de la capitale et ou le misérable étranger, si il a le privilège d’y être admis, est regardé de travers – c’est qui se plouc ? – Bref. Il y en a pour tous les goûts et tout cela mérite une exploration plus approfondie que celle que nous avons été en mesure de faire pour vous !

- Vous allez où?
- Addis Abeba.
- Et après ? Quelle est votre destination finale ?
- L’Ethiopie est notre destination finale.
- Vous allez faire quoi, là bas ?
- Du tourisme.
- Vous comptez chercher des bonnes, vous voulez dire ? Vous avez une agence de personnel de maison ?
- Non. Nous allons en Ethiopie pour visiter.
L’agent de police se tait. Il écarquille les yeux.
- C’est une blague?!
- Pas du tout.
- Je vous plains. Vous n’avez pas pu choisir une autre destination ?
- Pas du tout.
Je lui montre le Lonely Planet « Ethiopia & Eritrea ». Il feuillete le guide. Il n’en croit pas ses oreilles et ses yeux. L’ouvrage est la preuve matérielle que des gens se rendent dans ce pays pour y faire du tourisme, chose absolument impensable à ses yeux.
- Mais c’est un peuple misérable (…)
Et il se lance dans une interminable tirade que nous préférons ne pas reproduire ici. Discours révélant l’étendue du racisme et de l’ignorance (ne vont-ils pas de pair) dans notre bonne société libanaise.


Quelques heures plus tard, au petit matin, nous roulons dans le taxi d’Etisha à travers les artères d’Addis Abeba. Difficile de se faire une idée de cette ville. Elle n’est ni belle, ni laide. Ni spécialement pauvre (loin de l’image des clichés misérabilistes sur l’Afrique), ni clinquante, comme le sont souvent les capitales de pays émergeants. Beaucoup d’immeubles ordinaires, sans histoires. Beaucoup de verdure. Parfois carrément des forets. Se dégagent, ça et là, d’intéressants buildings style international des années 1960, sans qu’il ne s’agisse de véritables chefs d’œuvres. Dans ce rayon, on lui préfèrera Asmara, capitale de l’Erythrée, frère ennemi de l’Ethiopie, qui est un véritable musée de l’architecture Art Déco. Addis est très étendue. Tellement étendue qu’on en perd les repères. Un endroit qui semble juste à coté sur la carte peut s’avérer être à dix kilomètres… Y a-til un centre-ville ? En principe. Car, mis à parts les quelques buildings cités plus haut, Africa Hall, etc., on a du mal à trouver un quartier ou le piéton peut se balader.


A l’exception notoire du Merkato (photo ci-dessus), dont on dit que c’est le plus grand marché d’Afrique (on doit le dire dans beaucoup de ville africaines…). Le touriste qui se rend au Merkato le fait avec un arsenal de dispositions sécuritaires. Taxi réservé aller / retour, objets précieux et cartes bancaires laissés dans le coffre de l’hôtel, etc. Mais les marchés ne sont-ils pas, dans le monde entier, le terrain de chasse des pickpockets? Enfin. Le Merkato est immense, c’est une évidence. Une ville dans la ville. Autre évidence, à moins d’être ferrailleur, marchand d’épices ou de quelques denrées, il n’y a pas grand-chose à y acheter. Pour le touriste que nous sommes, en tout cas. La promenade est pourtant exceptionnelle. Le Merkato est un agglomérat de constructions en béton ou en tôle ondulée autours desquelles évoluent toutes sortes de gens : petits métiers, courtiers, ménagères et peut être brigands de grand chemins. Certains doivent venir de très loin pour y vendre ou acheter, pour négocier, rencontrer, discuter, à l’abri des regards indiscrets. Amis photographes attention, la caméra n’est pas toujours la bienvenue.


Un des premiers endroits où nous nous sommes rendus est l’université, dont la bibliothèque (photo ci-dessus) figure parmi les « architectural landmarks » de la revue Wallpaper mais dont l’accès n’est pas permis aux non-étudiants. Les auteurs de Wallpaper supposent, soit que leurs lecteurs ne vont pas sur leurs traces, soit que leurs lecteurs sont tous inscrits à l’université d’Addis. Le campus est un joli cadre de vie et de travail, avec les étudiants et étudiantes, pas vraiment contents de nous voir nous balader ici. Au cœur de l’université se trouve un des hauts lieux touristiques de la ville, le Musée Ethnographique, aménagé dans l’ancien palais de l’Empereur Hailé Selassié. On y remarque, sur la piazza aménagée devant, un curieux escalier en spirale qui ne mène à rien. Il fut construit par les colonisateurs italiens, et chaque marche représente une année d’occupation du pays par ces derniers. Après l’indépendance, les Ethiopiens placèrent un lion, symbole de leur nation, trônant fièrement sur ce monument de l’oppression fasciste. Le musée ethnographique comporte de belles collections ainsi que des présentations de la vie humaine selon les traditions des différentes régions du pays. Un des points forts de la visite est toutefois les appartements privés de Hailé Selassié et sa spectaculaire salle de bains en marbre et mirroirs.


Hailé Selassié, dit le Négus, un personnage à la stature quasi biblique, héros national et dieu vivant des rastas. Son image et ses traces sont omniprésentes dans tous le parcours urbain à travers Addis Abeba. A la cathédrale Saint Georges, lieu de son couronnement (cathédrale qui possède un petit mais riche musée d’objets liturgiques), et surtout à la Cathédrale de la Sainte Trinité, le plus important lieu de culte de la capitale. C’est ici que repose le Négus et sur les tambours de la coupole, des fresques, dans un style rappelant le muralisme mexicain, évoquent les hauts faits de sa carrière. Ces cathédrales ont un autre intérêt que l’histoire et l’architecture, c’est leur usage. Le christianisme éthiopien est profondément ancré dans un pays à l’histoire millénaire. Il connaît une ferveur qui, au nord de la Méditerranée, si elle ne s’est pas éteinte, s’est enrobée d’artifices et de dorures. Assister à la messe éthiopienne est forcément émouvant. Que l’on soit croyant ou pas.


Addis Abdeba compte une autre star défunte pour rivaliser avec Hailé Selassié : Lucy. Découverte en 1974 et baptisée de ce nom comme la chanson des Beatles, Lucy est notre ancêtre. Son squelette est la pièce maîtresse du musée national d’Addis qui, outre ses collections de paléontologie, couvre l’histoire et l’art éthiopien à travers des vestiges de la civilisation axoumite, des effigies funéraires Konso et African Heritage, grande composition peinte par Afewerk Tekle, le plus célèbre peintre éthiopien moderne, dont il est possible de visiter l’atelier, la villa Alpha (sur rendez vous, http://www.maitreafewerktekle.com/).


Un vestige d’un autre genre nous appelait avant de quitter Addis : la gare du chemin de fer Djibouto-Ethiopien (photo ci-dessus). Une gare entièrement francophone dans un pays qui ne l’a jamais été, une gare ou tout le personnel continue de venir mais ou les trains se sont arrêtés de passer. Une gare hors du temps.

LIRE LA SUITE DU RECIT : 2. BAHAR DAR, LE LAC TANA ET LE SOURCES DU NIL BLEU
2007-2009, Gregory Buchakjian (texte + photos) pour Baron & Baron, tous droits réservés. >> CONTACTEZ NOUS