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> ALLER / VENIR
L’Aéroport International de Nicosie se trouvant en pleine ligne de démarcation, il est inaccessible au public et fermé au trafic aérien depuis 30 ans. On atterrit donc à Nicosie via l’Aéroport International de Larnaca, à 49km au sud. Ce dernier n’est pas relié à la capitale par des transports en commun. Le moyen le plus économique est de prendre, à l’arrivée, une navette (fréquences pas très nombreuses) ou un taxi pour Larnaca (terminus en face de l’hôtel Sunhall, sur le bord de mer) et, de là un bus pour Nicosie. Cette formule laborieuse ne marche qu’en journée. Si votre vol est en soirée ou si vous êtes pressés, vous n’aurez pas d’autre choix que de prendre un taxi. Le trajet dure 40 minutes et vous coûtera dans les 25£ (50€). Au départ de Nicosie, vous pouvez demander à votre hôtel de réserver un taxi avec un prix négocié à l’avance, dans les 18£ (36€).
Pour circuler entre Nicosie et Larnaca ou Limassol, plusieurs services quotidiens (vérifier les horaires) de bus assurent des liaisons fiables. Un Larnaca-Nicosie dure dans les 50min. et coûte 2£ (4€). Autre moyen de transport très apprécié à Chypre, les taxi-service. Vous reconnaîtrez immanquablement ces anciennes Mercedes limousines qui peuvent embarquer jusqu’à 7 passagers. Ce sont des compagnies que l’on joint par téléphone. La voiture vient vous prendre de chez vous et vous dépose, dans votre ville d’arrivée, à l’adresse que vous voulez. Ce service est très pratique, très reposant (on n’a pas à marcher jusqu’à une station de bus) et très peu onéreux. Seuls inconvénients, il ne faut pas être pressé. La voiture ne démarre que quand elle fait le plein de passagers, et il faut faire la tournée de ramassage comme un autocar scolaire. Les taxi-services n’ont pas le droit de desservir l’aéroport.
Nicosie est une ville qui peut être gérable à pied (du moins pour la vieille ville), à condition d’avoir une bonne paire de jambes. Des lignes d’autobus locaux fonctionnent mais personne ne sait ni ou ils vont ni d’où ils viennent. C’est assez facile de trouver un taxi. Si vous êtes en manque (à 3h du matin, par exemple) et que vous voyez passer un taxi déjà pris, hélez-le quand même, il contactera une voiture qui viendra vous chercher dans les minutes qui suivent. 
Le seul point de passage entre les deux secteurs de Nicosie est le Ledra Palace, à 200m de la Porte de Paphos. La circulation se fait de 8h à minuit. Il faut être muni d’un passeport. Les autorités chypriotes se contenteront de l’examiner et de vous demander ou vous logez. Par contre, les chypriotes turcs feront entrer votre nom sur un fichier informatisé et vous donneront un visa sur feuille volante. Passé le checkpoint turc, des taxis se proposeront de vous emmener là où vous le désirez, mais il faudra batailler ferme pour marchander. De Nicosie-Nord des bus partent vers les principales villes de la partie nord du pays et pour l’aéroport d’Ercan 2h avant les départs des vols. Nous rappelons qu’arriver à Chypre par le Nord est illégal aux yeux de la République de Chypre et vous empêchera de passer sur les territoires qu’elle contrôle.
> DORMIR
Le parc hôtelier de Nicosie est radicalement différent de celui des stations balnéaires. Il s’adresse principalement aux hommes d’affaires, mais au prix d’un hôtel de plage assez insipide, on peu trouver des adresses assez sympa. En revanche, rien de décent dans la catégorie bon marché. 
Le Cyprus Hilton est l’établissement de luxe le plus réputé et le plus cher de la capitale. Situé à la limite sud des quartiers chic, il propose une palette de prestations complète et un service irréprochable. Vous y rencontrerez des hommes d’affaires du monde entier et les personnalités internationales de passage. Koffi Annan est un habitué de la maison. Autre hôtel de chaîne, le Holiday Inn est moins chic (un peu moins cher mais pas vraiment bon marché), mais possède un emplacement intéressant dans la vieille ville. 
A deux pas de ce dernier se trouve une des meilleures adresses de la ville, le Classic Hotel. Membre des Small Luxury Hotels of the World, c’est un endroit très raffiné. La déco des chambres est superbe, dans un style très contemporain. Les prix sont très abordables par rapport à la qualité de l’endroit et aux tarifs en vigueur dans le pays puisqu’une nuitée coûte 100€, petit-déjeuner inclus.
Nous sommes descendus à l’Hotel Averof, un petit trois étoiles familial situé en dehors du centre, à 15 min. à pied des remparts et du Ledra Palace. Le cadre, un quartier résidentiel verdoyant de villas, est agréable et apaisant et compense le relatif éloignement. L’hôtel a une déco rustique qui ne manque pas de charme et un accueil sympa. La chambre nous a coûté 39£ (80€) mais nous n’avons pas beaucoup apprécié le fait de devoir payer un supplément de 2.50£ pour faire fonctionner la climatisation. La terrasse est très agréable pour siroter un verre en début de soirée.
MANGER
Tout le monde connaît le quartier de Laiki Ytonia, l’équivalent local de la Plaka d’Athènes, et ses tavernes servant des mezzés grecs. Les amateurs sauront trouver leur bonheur parmi les nombreuses tables.
Sachez toutefois, si ce n’est pas ce genre d’ambiance traditionnelle que vous recherchez, que Nicosie a autre chose à offrir. De nombreux endroits, surtout hors de la vieille ville, et proposent des alternatives intéressantes dans des cadres contemporains. Notre adresse préférée est le ZOO (Leoforos Stasinou, en face des remparts, tel 02 758262) qui comporte plusieurs niveaux, chacun ayant son thème. Au rez de chaussée se trouve Non solo pasta, restaurant italien avec terrasse et projection en anamorphoses sur le mur. En entrée, les antipasti variés sont fabuleux. Les plats sont aussi vraiment savoureux, comme le fameux poulet caramélisé avec ses légumes croustillants et ses gnocchis aux épinards ou les tagliatelles aux trois variétés de cèpes. Le prix d’un repas gargantuesque est aux alentours de 15£ (30€), vin compris. L’endroit est aussi sympa pour prendre un verre.
Autour de Makarios av, et de Stassicratous str se trouvent des cafés restaurants et salons de thé. Citons Luigi (tel 022 875187), Sitio (tel 022 458610) et Pralina (deux adresses), réputé pour ses pâtisseries. Dans le même quartier, allez jeter un coup d’œil au XO Emotions, un des endroits les plus baroques de la ville. L’entrée, au rez de chaussée, est ornée de 3 écrans plats sur lesquels défilent des images et un vase. A l’étage, une salle avec des meubles baroques (parfois kitsch) et des installations à la Boltanski. C’est l’endroit hype et branché, très cher, mais ça en jette. Si vous voulez épater vos amis ou votre copine, venez ici. Enfin, si vous êtes en besoin urgent de sushi, sashimi ou autres tepan yaki, sachez que le restaurant Bonzai du Holiday Inn pourra vous servir. Mais que le menu se situe autour de 27£ (55€) sans compter le service, les boissons et le dessert. Bon appétit! 
BOIRE, DANSER
Les adresses citées plus haut (sauf le Bonzai) conviennent toutes pour prendre un verre. Le Zoo / Non solo Pasta est, comme vous l’avez compris, notre premier choix, avec un espace bar agréable pour prendre des cocktails. L’endroit se remplit à partir de 22h30 tous les soirs par une clientèle d’habitués des nuits nicosiotes (ça existe ce mot). C’est un bon endroit pour faire contacts avec la faune locale. En week end, l’endroit possède un club ou on peut continuer la soirée. On nous a parlé du Mykta (Larnaka ave. tel 022 730830) comme étant un lounge avec de la musique chill out. Nous avons cherché l’endroit en demandant l’adresse à plusieurs personnes mais leurs indications ne nous ont mené nulle part. 
Nicosie possède sa scène de clubbing dont le site internet Cluboholic.com vous donnera les dernières nouvelles. Un endroit particulièrement en vogue est le RED, un club situé à la limite de la ligne verte au point qu’on se met à rêver sur l’existence d’une seconde porte de l’autre côté de la ligne de démarcation. 
Si vous avez envie de faire une pause dans un cadre monumental à Nicosie Nord, allez prendre un verre ou un thé au Buyuk Han dans la cour duquel a été installé un café. L’endroit est vraiment très agréable en fin d’après midi.
> ECOUTER / VOIR
Nicosie a une vie culturelle assez intéressante avec concerts, pièces de théâtre et expos. Consultez Nicosia this month (voir plus bas) pour avoir les programmes. Il est également possible d’aller au cinéma. 
> ACHETER
Faire du shopping à Nicosie peut être très agréable. De très belles boutiques proposent, autour de Makarios av. le dernier cri de la mode et du design. Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses, de Zara à Fendi. Les nostalgiques de Marks & Spencer pourront retrouver leur enseigne préférée. Ceci dit, tout cela n’est pas spécialement typique et ce genre d’articles se trouvent dans toutes les villes d’Europe. Dans la vieille ville on pourra dénicher des choses plus traditionnelles, comme des lokoums, appelés ici Cyprus Delights. Un petit tour dans le Belediyé Bazari, en zone turque, peut être une expérience intéressante. Dans cette même zone, jetez un coup d’œil sur les magasins d’artisanat et de kilims autour de Agia Sofia.
> LIRE
Nicosia this month, the Nicosia Municipality original guide, distribué gratuitement dans les hôtels, contient l’actualité culturelle et un carnet d’adresses de lieux ou sortir. Très pratique. Sur internet, on peut aussi consulter le site officiel de la ville www.nicosia.org.cy.

 

Nicosie jouit d’un privilège peu enviable: Celui d’être la seule capitale encore divisée. Depuis 1974, la ville est coupée en deux par le dernier rideau de fer d’Europe. Depuis, les voyageurs qui s’y rendent atterrissent, non pas à l’aéroport de Nicosie, mais à celui de Larnaca, ville portuaire à une quarantaine de kilomètres au sud. Et pour cause. L’aéroport International de Nicosie est fermé au trafic aérien. Bombardé par les Sabre  de l’aviation turque, il se retrouva en pleine ligne de démarcation. Le terminal de l’aéroport est ouvert aux quatre vents. Le tarmac est à l’abandon et le seul avion civil qui s’y trouve est un triréacteur Trident de la Cyprus Airways endommagé lors de l’attaque et laissé à l’abandon. La seule activité qui se déroule à cet endroit est le golf que pratiquent les soldats britanniques de la force d’interposition des Nations Unies. Pas plus tard qu’en 2003, le leader chypriote turc Rauf Denktash avait proposé, comme solution intermédiaire à cette réunification qu’il redoute tant, la réouverture de l’aéroport de Nicosie et la rétrocession de certains quartiers de Famagouste. Proposition rejetée.
Nicosie, la ligne verte, entre les bastions Roccas (au fond) et Mula (1er plan). 
A gauche, le secteur turc, au centre la ligne verte,
à droite, le secteur chypriote grec et le passage du Ledra Palace.
Bref, on arrive presque toujours à Nicosie par l’autoroute qui vient de Larnaca. La qualité du réseau routier ferait oublier les aléas de l’histoire et nous rappelle plutôt que nous sommes dans le plus riche des dix nouveaux états membres de l’Union Européenne. Ne serait-ce l’apparition, sur les montagnes surplombant la capitale, la chaîne de Kyrenia, du double drapeau de la "République Turque de Chypre du Nord" et de la Turquie. Il faut avouer que, hormis ce symbole, Nicosie ne donne pas les apparences d’une ville sinistrée. Ils sont loin, les bidonvilles éventrés d’Ouzaï que l’on voit en atterrissant à Beyrouth. Loin aussi, est la grisaille post stalinienne, première image qu’on a de Berlin en descendant sur l’aéroport de Tegel. Nicosie est une ville des plus agréables, même si, en été, la chaleur et la sécheresse vont regretter l’éloignement de la mer. Elle est sillonnée de boulevards ombragés avec de belles boutiques, des cafés trottoirs et des espaces verts. C’est la ville moderne qui s’est construite au cours de la seconde moitié du XXe siècle au sud des remparts, avec pour axe vital l’avenue Makarios, qui prolonge l’autoroute de Larnaca. On y trouve, pèle mêle, le Cyprus Hilton, le Melkonian Educational Institute, fondation arménienne, une des plus grandes écoles de l’île, Marks & Spencer, Zara, des banques et des compagnies d’aviation. Autour de cette artère se regroupent des rues assez chic et branchées ou faire du lèche vitrine est un véritable plaisir ponctué par une pause sur une terrasse branchée. Dans les quartiers plus périphériques, c’est plus calme, encore plus vert, avec des villas et de belles maisons art-déco.
- capitale culturelle -
Autour des remparts se regroupent des institutions prestigieuses. Le Musée National d’Archéologie (Cyprus Museum, voir notre page qui lui est consacrée), avec, en face, le Théâtre Municipal, tous deux de style néoclassique avec des façades à colonnes ioniques. Un peu comme à Berlin, mais en plus petit. Sur les remparts, au bastion d’Avila, la municipalité, elle aussi entourée de colonnes, mais cette fois dans un style plus baroque, avec ses formes dansantes. Nicosie est une capitale qui sait soigner son image. Elle s’est dotée d’outils culturels performants, comme la Makarios Cultural Foundation. Ce complexe public regroupe plusieurs activités: La Galerie de Peinture Européenne, dont les collections sont composées d’œuvres de maîtres comme Rubens et Delacroix (pas les plus fameuses, mais quand même!), et le Musée d’Art Byzantin. Véritable fierté nationale, cette collection abrite plus de 200 icônes et des fragments de fresques et de mosaïques byzantines qui avaient été pillées dans les monastères du nord de l’île. Ce musée ravira tous ceux qui n’ont pas eu l’occasion découvrir les églises du Troodos.
Nicosie, Belediye Bazari (marché municipal), côté nord
- murs -
La vieille ville de Nicosie, dans laquelle se trouve le Centre Makarios cité plus haut, est délimitée par des murs d’enceinte construits par les vénitiens. Ces murs sont précédés de larges fossés qui et rythmés par 11 bastions en forme de pinacle. Cinq se trouvent en zone sud, autant en zone nord et un (Flatro) est coupé en deux. Ce qui est très troublant, c’est que ces murs vénitiens suivent à certains endroits le tracé de la ligne de démarcation. Allez donc à la Porte de Paphos. Vous êtes au cœur de la capitale, côté chypriote grec, avec un monument héroïque au beau milieu. Mais, en face, sur le mur que vous pouvez toucher depuis la rue, flottent les drapeaux turcs. Au-dessus, c’est le bastion Roccas, l’endroit ou grecs et turcs sont les plus proches physiquement. Sur la route qui longe le mur, jusqu’au Ledra Palace, le mur joue son rôle de ligne de démarcation naturelle. Depuis les bastions de Roccas et de Mula (Zahra), côté turc, on a une vue imprenable sur la zone grecque et sur le point de passage du Ledra Palace Hotel. Entre ces deux bastions, le fossé sépare les deux zones belligérantes. C’est la UN Buffer Zone, ligne verte bien nommée, puisque les forces des Nations Unies arrosent quotidiennement le gazon au pied de leur mirador. En revanche, au delà du passage du Ledra Palace, entre les bastions Mula et Quirini, on est en zone turque, et le fossé, qui à deux pas est un No man’s land sert ici de terrain de football. 
- traverser -
Les percées visuelles sont nombreuses entre les deux Nicosie, et elles donnent parfois des perspectives assez hallucinantes. En revanche, un seul point permet le passage des personnes et des biens entre les deux zones de l’île. Le Ledra Palace. Le checkpoint a ainsi prit le nom d’un hôtel, qui fut naguère le plus luxueux de l’île. On parlait bien à Beyrouth, en temps de guerre, des passages de la Galerie Semaan, du Musée ou des Franciscaines. Le nom a été officialisé et figure comme point d’entrée sur les les visas d’entrée délivrés par la police chypriote-turque. Contrairement au musée de Beyrouth, alors transformé en gruyère pour l’occasion, le Ledra n’est pas une ruine. Il affiche même complet, mais ses locataires, si british soient-ils, ne sont pas ceux pour qui il a été construit. Ce sont les soldats de sa gracieuse majesté au sein des forces de l’ONU qui jouent tous les soirs le God Save the Queen. De part et d’autre du palace de néo-vénitien, les check points grec et turc, avec de chaque côté, une diarrhée verbale de slogans de propagande digne du bon vieux temps de la guerre froide. Deux missions étrangères logent aussi dans le coin, et on se demande si elles n’ont pas fait exprès: l’ambassade de Grèce et le Goethe Institut sont vraiment à la limite, après le contrôle de police de la République de Chypre. C’est un endroit assez étrange. Dans un décor agrémenté de beaux édifices délabrés (pas mal de villas qui auraient pu subir un sort plus glorieux), on perçoit cette tension propre à ces lieux de ruptures et d’antagonismes. Les gendarmes qui contrôlent les passeports sont courtois et ce, des deux cotés de la frontière.
Nicosie, la ligne verte. Au 1er plan, barbelés (côté grec), au fond, bunker avec trois meurtrières (côté turc)
- green line -
Changement de décor. Retour à la porte de Paphos, pour entrer dans la vieille ville. L’expérience de la ligne verte devient ici beaucoup plus angoissante. Chaque rue dans le sens sud-nord est coupée par des fils barbelés, des sacs de sables, ou un mur. Ces fortifications de fortune marquent la limite du territoire. En face, côté turc, c’est la même chose. A chaque point ou se présente une ouverture, les partie belligérantes ont construit un bunker et planté leurs drapeaux. Grèce et République de Chypre au sud, Turquie et République Turque de Chypre du Nord au nord. Les grands frères sont omniprésents. Entre les deux, la UN Buffer Zone, ou No man’s land prend ici un aspect tragique. C’est un fragment de ville, avec des rues et des immeubles qui sont totalement déserts, abandonnés, hors d’usages. Bâtiments criblés de balles, artères défoncées sur lesquelles ont poussé des arbres. Les magasins portent toujours les enseignes commerciales qu’ils avaient à la veille de leur fermeture, comme ci celle-ci n’était que momentanée. On a l’impression de se trouver en zone de guerre bien qu’il n’y ait pas vraiment de guerre. La tension est en tout cas perceptible, les forces militaires sont omniprésentes et parfois nerveuses. Sortir un appareil photo ou même un carnet de note peut déclencher leurs foudres. Ledra street est une de ces rues qui traversaient le vieux Nicosie et qui ont été coupées entre zone grecque, No man’s land et zone turque. On y a installé le Ledra viewpoint, un observatoire qui permet aux gens de contempler la ligne verte, ainsi qu’un petit musée-mémorial consacré à la division, un peu l’équivalent chypriote du Haus am Checkpoint Charlie de Berlin. Plus loin, c’est le Berlin café snack qui est planté devant le mur... Ces visions nous prennent à la gorge. La mutation d’une ville: D’un espace de vie, elle devient un espace d’absence et d’abandon. Comme à Beyrouth (1975-1990), la végétation (vie) pousse sur le béton (mort). Vie ou Désolation?
Nicosie, l’église Saint Nicolas des Anglais
- clochers et minarets - 
Deux églises se trouvent à la limite de la zone grecque. L’église catholique de la Sainte Croix, près de la porte de Paphos, et l’église Saint Maron ou flotte un drapeau libanais. On distingue clairement le clocher de cette dernière depuis les quartiers nord de la ville, surgissant derrière des palais calcinés et un panneau "askeri bolise" (police militaire). Du côté grec, on perçoit la silhouette imposante d’un des édifices les plus surprenants de la ville, situé en zone turque. Une cathédrale gothique flanquée de deux minarets. Construite au XIVe siècle par les français, l’église Ayia Sofia fut, comme sa consœur de Famagouste (cf. notre page sur cette ville), transformée en mosquée par les ottomans. La cathédrale fut alors dépouillée des ses attributs chrétiens pour servir au culte musulman sous le nom de mosquée de Selimiyé. On peut visiter l’endroit, et contempler, à l’heure de la prière, les fidèles s’y presser à l’appel du muezzin. L’image est assez surréaliste, d’autant plus que l’édifice est lui-même entouré de plusieurs structures de style gothique. Sur la place de Selimiyé, se trouve l’église Saint Nicolas des Anglais, renommée Bedesten. Partiellement ruinée et généralement fermée au public, cette église est de très belle facture et recèle de très beaux détails architecturaux. Une troisième église gothique se trouve dans le quartier, il s’agit de l’ancienne église Sainte Catherine, elle aussi transformée en mosquée sous le nom de Haydarpasha. Flanquée d’un minaret, elle est de proportions relativement modestes mais en bon état de conservation. Elle fonctionne actuellement comme espace culturel. Ce marquage territorial à travers les églises transformées en mosquées est bien antérieur à 1974 et ne concerne pas uniquement la partie turque de Nicosie. En effet, la mosquée Omeriyé, située au sud de la vieille ville est aussi une ancienne église reconvertie. C’est la plus importante mosquée, et la seule en activité, de la partie grecque de la capitale. On notera que la voix du muezzin est moins inspirée... Deux autres lieux de cultes musulmans sont à signaler dans cette partie de la ville: la mosquée de Bayraktar, qui jouit d’un emplacement spectaculaire (signalée par un minaret nain) sur les murs vénitiens, au bastion Constanza, et la petite mosquée Arablar, elle aussi une ancienne église (Stavros tou Misrikou). Cette dernière se trouve à proximité de l’église Phaneromeni, une des plus importantes de la ville. Construite au XIXe siècle, elle possède une riche iconostase datant de 1659. Sa cour abrite un  mausolée des chypriotes grecs qui s’insurgèrent contre l’occupant ottoman et furent exécutés le 8 juillet 1821...
Nicosie, Buyuk Hammam (grand hammam), côté nord 
- les deux faces du miroir -
Les deux secteurs de la capitale se regardent comme des chiens de faïence avec certaines disparités. On ne cesse de ressasser à quel point  le sud est plus moderne, plus développé et plus ouvert au monde que le nord, et tout et tout et tout. Un peu comme Berlin Ouest par rapport à Berlin Est. Nicosie Nord n’est pas pour autant un nid de misère. Ces derniers temps, nombreux édifices de la vieille ville ont subi des restaurations, comme le Buyuk Han (grand khan), édifice à cour centrale du XVIe siècle ou les marchands pouvaient loger et installer leurs bêtes. On trouve ce genre de structures sur les routes caravanières en Syrie et en Turquie. Des projets de restauration on également touché des habitations. Des quartiers dans lesquels des anciens édifices étaient en décrépitude sont en train de retrouver une nouvelle vitalité. C’est particulièrement remarquable sur la rue, bordée d’un alignement de superbes demeures, qui longe les remparts entre les bastions de Roccas et de Mula, en face du Ledra Palace. Ces travaux font partie du Nicosia Master Plan, un projet à l’échelle urbaine financé par l’Union Européenne. Et ce qu’il y a de merveilleux, c’est que ce projet fonctionne de part et d’autre de la ligne verte. Ainsi, côté sud, c’est le Omeriyé Hammam, bains turcs attenant à la mosquée de Omeriyé voisine, qui subissent une rénovation. En attendant, les amateurs de hammam doivent aller côté nord, profiter du Buyuk Hammam (grand hammam). Cet établissement de bains est une curieuse structure, à la base une église, enfouie sous la chaussée. A l’intérieur, une vaste salle à coupole précède pièces où se déroulent les bains de vapeur et massages. L’endroit est un peu sombre, c’est moins chic que les bains d’Alep, mais l’expérience vaut la peine.
Visiter Nicosie, Lefkosia en grec et en turc est une expérience pleine d’émotions et de surprises. Le long de la ligne verte, il y a toutes ces voitures sorties tout doit des années 1970, comme si le temps n’avait pas bougé depuis. A gauche du Ledra street viewpoint, il y a cette extraordinaire construction, un palais néoclassique (ruiné) construit au-dessus de la rue. Non loin de là, on tombe sur cet énorme chantier de fouilles archéologiques le long de Old Municipality square et de Eptanisiou str. Et puis, le Belediye Bazari, grand marché couvert construit dans les années 1930, avec une façade entre l’art déco et le mussolinien, et, à l’intérieur toutes sortes d’étalages d’épices et de douceurs, mais, bizarrement, très peu de monde... Les choses à faire et à voir ne manquent pas dans cette ville. pour ceux qui veulent une vue d’ensemble, il y a toujours la possibilité d’aller au Ledra Museum Observatory, au sommet des magasins Woolworth (l’immeuble le plus haut de la ville) pour avoir une vue panoramique sur la capitale. Tous secteurs inclus.
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