| > ALLER / VENIR |
| L’Aéroport International de
Nicosie se trouvant en pleine ligne de démarcation, il est
inaccessible au public et fermé au trafic aérien depuis
30 ans. On atterrit donc à Nicosie via
l’Aéroport International de Larnaca, à 49km au sud. Ce
dernier
n’est pas relié à la capitale par des transports en
commun.
Le moyen le plus économique est de prendre, à
l’arrivée, une navette (fréquences pas très
nombreuses) ou un taxi pour Larnaca (terminus en face de l’hôtel
Sunhall, sur le bord de mer) et, de là un bus pour Nicosie.
Cette formule laborieuse ne marche qu’en journée. Si votre vol
est en soirée ou si vous êtes pressés, vous n’aurez
pas d’autre choix que de prendre un taxi. Le trajet dure 40 minutes
et vous coûtera dans les 25£ (50€). Au départ de
Nicosie,
vous pouvez demander à votre hôtel de réserver un
taxi
avec un prix négocié à l’avance, dans les
18£ (36€). |
| Pour circuler entre Nicosie et Larnaca
ou Limassol, plusieurs services
quotidiens (vérifier les horaires) de bus assurent des liaisons
fiables.
Un Larnaca-Nicosie dure dans les 50min. et coûte 2£ (4€).
Autre
moyen de transport très apprécié à Chypre,
les
taxi-service. Vous reconnaîtrez immanquablement ces anciennes
Mercedes
limousines qui peuvent embarquer jusqu’à 7 passagers. Ce sont
des
compagnies que l’on joint par téléphone. La voiture vient
vous
prendre de chez vous et vous dépose, dans votre ville
d’arrivée, à l’adresse que vous voulez. Ce service est
très pratique, très
reposant (on n’a pas à marcher jusqu’à une station de
bus)
et très peu onéreux. Seuls inconvénients, il ne
faut
pas être pressé. La voiture ne démarre que quand
elle
fait le plein de passagers, et il faut faire la tournée de
ramassage comme un autocar scolaire. Les taxi-services n’ont pas le
droit de desservir l’aéroport. |
| Nicosie est une ville qui peut
être gérable à pied (du moins pour la vieille
ville), à condition d’avoir une bonne paire de jambes. Des
lignes d’autobus locaux fonctionnent mais personne ne sait ni ou ils
vont ni d’où ils viennent. C’est assez facile de trouver un
taxi. Si vous êtes en manque (à 3h du matin, par exemple)
et que vous voyez passer un taxi déjà pris,
hélez-le quand même, il contactera une voiture qui viendra
vous chercher dans les minutes qui suivent. |
| Le seul point de passage entre les
deux secteurs de Nicosie est le Ledra Palace, à 200m de la Porte
de Paphos. La circulation se fait de 8h à minuit. Il faut
être muni d’un passeport. Les autorités chypriotes se
contenteront de l’examiner et de vous demander ou vous logez. Par
contre, les chypriotes turcs feront entrer votre nom sur un fichier
informatisé et vous donneront un visa sur feuille volante.
Passé le checkpoint turc, des taxis se proposeront de vous
emmener là où vous
le désirez, mais il faudra batailler ferme pour marchander. De
Nicosie-Nord des bus partent vers les principales villes de la partie
nord du pays et
pour l’aéroport d’Ercan 2h avant les départs des vols.
Nous
rappelons qu’arriver à Chypre par le Nord est illégal aux
yeux
de la République de Chypre et vous empêchera de passer sur
les
territoires qu’elle contrôle. |
| > DORMIR |
| Le parc hôtelier de Nicosie est
radicalement différent de celui des stations balnéaires.
Il s’adresse principalement aux hommes
d’affaires, mais au prix d’un hôtel de plage assez insipide, on
peu
trouver des adresses assez sympa. En revanche, rien de décent
dans
la catégorie bon marché. |
| Le Cyprus Hilton est l’établissement de luxe le
plus réputé et le plus cher de la capitale. Situé
à la limite sud des quartiers chic, il propose une palette de
prestations complète et un service irréprochable. Vous y
rencontrerez des hommes d’affaires du monde entier et les
personnalités internationales de passage.
Koffi Annan est un habitué de la maison. Autre hôtel de
chaîne, le Holiday
Inn est moins chic (un peu moins cher mais pas vraiment bon
marché), mais possède un emplacement intéressant
dans la vieille ville. |
| A deux pas de ce dernier se trouve une
des meilleures adresses de la ville, le Classic Hotel.
Membre des Small Luxury Hotels of the World, c’est un endroit
très raffiné. La déco des chambres est superbe,
dans un style très contemporain. Les prix sont très
abordables par rapport à la qualité de l’endroit et aux
tarifs en vigueur dans
le pays puisqu’une nuitée coûte 100€,
petit-déjeuner inclus. |
| Nous sommes descendus à l’Hotel Averof, un
petit trois étoiles familial situé en dehors du centre,
à 15
min. à pied des remparts et du Ledra Palace. Le cadre, un
quartier résidentiel verdoyant de villas, est agréable et
apaisant et compense le relatif éloignement. L’hôtel a une
déco rustique qui ne manque pas de charme et un accueil sympa.
La chambre nous a coûté 39£ (80€) mais nous n’avons
pas beaucoup apprécié le fait
de devoir payer un supplément de 2.50£ pour faire
fonctionner la climatisation. La terrasse est très
agréable pour siroter un verre en début de soirée. |
| MANGER |
| Tout le monde connaît le
quartier de Laiki Ytonia, l’équivalent local de la Plaka
d’Athènes, et ses tavernes servant des mezzés grecs. Les
amateurs sauront trouver leur bonheur parmi les nombreuses tables. |
| Sachez toutefois, si ce n’est pas ce
genre d’ambiance traditionnelle que vous recherchez, que Nicosie a
autre chose à offrir. De nombreux endroits, surtout hors de la
vieille ville, et proposent des alternatives intéressantes dans
des cadres contemporains. Notre adresse préférée
est le ZOO (Leoforos Stasinou, en face des remparts, tel 02
758262) qui comporte plusieurs niveaux, chacun ayant son thème.
Au rez de
chaussée se trouve Non solo pasta, restaurant italien
avec
terrasse et projection en anamorphoses sur le mur. En entrée,
les
antipasti variés sont fabuleux. Les plats sont aussi vraiment
savoureux,
comme le fameux poulet caramélisé avec ses légumes
croustillants
et ses gnocchis aux épinards ou les tagliatelles aux trois
variétés de cèpes. Le prix d’un repas
gargantuesque est aux alentours de 15£ (30€), vin compris.
L’endroit est aussi sympa pour prendre un verre. |
| Autour de Makarios av, et de
Stassicratous str se trouvent des cafés restaurants et salons de
thé. Citons Luigi (tel 022 875187), Sitio (tel
022 458610) et Pralina (deux adresses), réputé
pour ses pâtisseries. Dans le même quartier, allez jeter un
coup d’œil au XO Emotions, un des endroits les plus baroques de
la ville. L’entrée, au rez de chaussée, est ornée
de 3 écrans plats sur lesquels défilent des images et un
vase. A l’étage, une salle avec des meubles baroques (parfois
kitsch) et des installations à la Boltanski. C’est l’endroit
hype et branché, très cher, mais ça en jette. Si
vous voulez épater
vos amis ou votre copine, venez ici. Enfin, si vous êtes en
besoin
urgent de sushi, sashimi ou autres tepan yaki, sachez que le restaurant
Bonzai du Holiday Inn pourra vous servir. Mais que
le menu se situe autour de 27£ (55€) sans compter le service, les
boissons et le dessert. Bon appétit! |
| BOIRE, DANSER |
| Les adresses citées plus haut
(sauf le Bonzai) conviennent toutes pour prendre un verre. Le Zoo
/ Non solo Pasta est, comme vous l’avez compris, notre premier choix,
avec un espace bar agréable pour prendre des cocktails.
L’endroit se remplit à partir de 22h30 tous les soirs par une
clientèle d’habitués des nuits nicosiotes (ça
existe ce mot). C’est un bon endroit pour faire contacts avec la
faune locale. En week end, l’endroit possède un club ou on peut
continuer
la soirée. On nous a parlé du Mykta (Larnaka ave.
tel
022 730830) comme étant un lounge avec de la musique chill out.
Nous
avons cherché l’endroit en demandant l’adresse à
plusieurs
personnes mais leurs indications ne nous ont mené nulle
part. |
| Nicosie possède sa scène
de clubbing dont le site internet Cluboholic.com
vous donnera les dernières nouvelles. Un endroit
particulièrement en vogue est le RED, un club
situé à la limite de la ligne verte au point qu’on se met
à rêver sur l’existence d’une seconde porte de l’autre
côté de la ligne de démarcation. |
| Si vous avez envie de faire une pause
dans un cadre monumental à Nicosie Nord, allez prendre un verre
ou un thé au Buyuk Han dans la cour duquel a
été installé un café. L’endroit est
vraiment très agréable en fin d’après midi. |
| > ECOUTER / VOIR |
| Nicosie a une vie culturelle assez
intéressante avec concerts, pièces de
théâtre et expos. Consultez Nicosia this month
(voir plus bas) pour avoir les programmes. Il est également
possible d’aller au cinéma. |
| > ACHETER |
| Faire du shopping à Nicosie
peut être très agréable. De très belles
boutiques proposent, autour de Makarios av. le dernier cri de la mode
et du design. Il y en a pour tous les goûts et toutes les
bourses, de Zara à Fendi. Les nostalgiques de Marks &
Spencer pourront retrouver leur enseigne préférée.
Ceci
dit, tout cela n’est pas spécialement typique et ce genre
d’articles se trouvent dans toutes les villes d’Europe. Dans la vieille
ville on pourra dénicher des choses plus traditionnelles, comme
des lokoums, appelés ici Cyprus Delights. Un petit tour dans le
Belediyé Bazari, en zone turque, peut être une
expérience intéressante. Dans
cette même zone, jetez un coup d’œil sur les magasins d’artisanat
et
de kilims autour de Agia Sofia. |
| > LIRE |
| Nicosia this month, the Nicosia
Municipality original guide, distribué gratuitement dans
les hôtels, contient l’actualité culturelle et un carnet
d’adresses de lieux ou sortir. Très pratique. Sur internet, on
peut aussi consulter le site officiel de la ville www.nicosia.org.cy. |
|
|
|
| Nicosie
jouit
d’un privilège peu enviable: Celui d’être la seule
capitale
encore divisée. Depuis 1974, la ville est coupée en deux
par
le dernier rideau de fer d’Europe. Depuis, les voyageurs qui s’y
rendent
atterrissent, non pas à l’aéroport de Nicosie, mais
à
celui de Larnaca, ville portuaire à une quarantaine de
kilomètres
au sud. Et pour cause. L’aéroport International de Nicosie est
fermé
au trafic aérien. Bombardé par les Sabre de
l’aviation
turque, il se retrouva en pleine ligne de démarcation. Le
terminal
de l’aéroport est ouvert aux quatre vents. Le tarmac est
à
l’abandon et le seul avion civil qui s’y trouve est un
triréacteur
Trident de la Cyprus Airways endommagé lors de l’attaque et
laissé
à l’abandon. La seule activité qui se déroule
à
cet endroit est le golf que pratiquent les soldats britanniques de la
force
d’interposition des Nations Unies. Pas plus tard qu’en 2003, le leader
chypriote
turc Rauf Denktash avait proposé, comme solution
intermédiaire
à cette réunification qu’il redoute tant, la
réouverture
de l’aéroport de Nicosie et la rétrocession de certains
quartiers
de Famagouste. Proposition rejetée. |
|
| Nicosie, la ligne verte, entre les bastions Roccas (au fond)
et Mula (1er plan). |
| A gauche, le secteur turc, au centre la ligne verte, |
| à
droite, le secteur chypriote grec et le passage du Ledra Palace. |
| Bref,
on arrive presque toujours à Nicosie par l’autoroute qui vient
de Larnaca.
La qualité du réseau routier ferait oublier les
aléas
de l’histoire et nous rappelle plutôt que nous sommes dans le
plus
riche des dix nouveaux états membres de l’Union
Européenne.
Ne serait-ce l’apparition, sur les montagnes surplombant la capitale,
la
chaîne de Kyrenia, du double drapeau de la "République
Turque
de Chypre du Nord" et de la Turquie. Il faut avouer que, hormis ce
symbole,
Nicosie ne donne pas les apparences d’une ville sinistrée. Ils
sont
loin, les bidonvilles éventrés d’Ouzaï que l’on voit
en
atterrissant à Beyrouth. Loin aussi, est la grisaille post
stalinienne,
première image qu’on a de Berlin en descendant sur
l’aéroport
de Tegel. Nicosie est une ville des plus agréables, même
si,
en été, la chaleur et la sécheresse vont regretter
l’éloignement
de la mer. Elle est sillonnée de boulevards ombragés avec
de
belles boutiques, des cafés trottoirs et des espaces verts.
C’est
la ville moderne qui s’est construite au cours de la seconde
moitié
du XXe siècle au sud des remparts, avec pour axe vital l’avenue
Makarios, qui prolonge l’autoroute de Larnaca. On y trouve, pèle
mêle, le Cyprus Hilton, le Melkonian Educational Institute,
fondation arménienne, une des plus grandes écoles de
l’île, Marks & Spencer, Zara, des banques et des compagnies
d’aviation. Autour de cette artère se regroupent des rues assez
chic et branchées ou faire du lèche vitrine est un
véritable plaisir ponctué par une pause sur une
terrasse branchée. Dans les quartiers plus
périphériques, c’est plus calme, encore plus vert, avec
des villas et de belles maisons art-déco. |
-
capitale culturelle -
Autour
des remparts se regroupent des institutions prestigieuses. Le
Musée
National d’Archéologie (Cyprus Museum, voir notre page qui lui
est
consacrée), avec, en face, le Théâtre Municipal,
tous
deux de style néoclassique avec des façades à
colonnes
ioniques. Un peu comme à Berlin, mais en plus petit. Sur les
remparts,
au bastion d’Avila, la municipalité, elle aussi entourée
de
colonnes, mais cette fois dans un style plus baroque, avec ses formes
dansantes.
Nicosie est une capitale qui sait soigner son image. Elle s’est
dotée
d’outils culturels performants, comme la Makarios Cultural Foundation.
Ce
complexe public regroupe plusieurs activités: La Galerie de
Peinture
Européenne, dont les collections sont composées d’œuvres
de
maîtres comme Rubens et Delacroix (pas les plus fameuses, mais
quand
même!), et le Musée d’Art Byzantin. Véritable
fierté
nationale, cette collection abrite plus de 200 icônes et des
fragments
de fresques et de mosaïques byzantines qui avaient
été
pillées dans les monastères du nord de l’île. Ce
musée
ravira tous ceux qui n’ont pas eu l’occasion découvrir les
églises
du Troodos. |
|
| Nicosie, Belediye Bazari (marché municipal),
côté nord |
-
murs -
La
vieille ville de Nicosie, dans laquelle se trouve le Centre Makarios
cité plus
haut, est délimitée par des murs d’enceinte construits
par
les vénitiens. Ces murs sont précédés de
larges
fossés qui et rythmés par 11 bastions en forme de
pinacle. Cinq se trouvent en zone sud, autant en zone nord et un
(Flatro) est coupé en deux. Ce qui est très troublant,
c’est que ces murs vénitiens suivent à certains endroits
le tracé de la ligne de démarcation. Allez donc à
la Porte de Paphos. Vous êtes au cœur de la capitale,
côté chypriote grec, avec un monument héroïque
au beau milieu. Mais, en face, sur le mur que vous pouvez toucher
depuis
la rue, flottent les drapeaux turcs. Au-dessus, c’est le bastion
Roccas,
l’endroit ou grecs et turcs sont les plus proches physiquement. Sur la
route
qui longe le mur, jusqu’au Ledra Palace, le mur joue son rôle de
ligne
de démarcation naturelle. Depuis les bastions de Roccas et de
Mula
(Zahra), côté turc, on a une vue imprenable sur la zone
grecque
et sur le point de passage du Ledra Palace Hotel. Entre ces deux
bastions,
le fossé sépare les deux zones belligérantes.
C’est
la UN Buffer Zone, ligne verte bien nommée, puisque les forces
des
Nations Unies arrosent quotidiennement le gazon au pied de leur
mirador.
En revanche, au delà du passage du Ledra Palace, entre les
bastions
Mula et Quirini, on est en zone turque, et le fossé, qui
à
deux pas est un No man’s land sert ici de terrain de football. |
-
traverser -
Les
percées visuelles sont nombreuses entre les deux Nicosie, et
elles donnent parfois des perspectives assez hallucinantes. En
revanche, un seul point permet
le passage des personnes et des biens entre les deux zones de
l’île.
Le Ledra Palace. Le checkpoint a ainsi prit le nom d’un hôtel,
qui
fut naguère le plus luxueux de l’île. On parlait bien
à
Beyrouth, en temps de guerre, des passages de la Galerie Semaan, du
Musée
ou des Franciscaines. Le nom a été officialisé et
figure comme point d’entrée sur les les visas d’entrée
délivrés par la police chypriote-turque. Contrairement au
musée de Beyrouth, alors transformé en gruyère
pour l’occasion, le Ledra n’est pas une ruine. Il affiche même
complet, mais ses locataires, si british soient-ils, ne sont pas ceux
pour qui il a été construit.
Ce sont les soldats de sa gracieuse majesté au sein des forces
de
l’ONU qui jouent tous les soirs le God Save the Queen. De part
et
d’autre du palace de néo-vénitien, les check points grec
et
turc, avec de chaque côté, une diarrhée verbale de
slogans
de propagande digne du bon vieux temps de la guerre froide. Deux
missions
étrangères logent aussi dans le coin, et on se demande si
elles
n’ont pas fait exprès: l’ambassade de Grèce et le Goethe
Institut
sont vraiment à la limite, après le contrôle de
police
de la République de Chypre. C’est un endroit assez
étrange.
Dans un décor agrémenté de beaux édifices
délabrés
(pas mal de villas qui auraient pu subir un sort plus glorieux), on
perçoit
cette tension propre à ces lieux de ruptures et d’antagonismes.
Les
gendarmes qui contrôlent les passeports sont courtois et ce, des
deux
cotés de la frontière. |
|
| Nicosie, la ligne verte. Au 1er plan, barbelés
(côté grec), au fond, bunker avec trois meurtrières
(côté turc) |
-
green line -
Changement
de décor. Retour à la porte de Paphos, pour entrer dans
la vieille
ville. L’expérience de la ligne verte devient ici beaucoup plus
angoissante.
Chaque rue dans le sens sud-nord est coupée par des fils
barbelés,
des sacs de sables, ou un mur. Ces fortifications de fortune marquent
la
limite du territoire. En face, côté turc, c’est la
même
chose. A chaque point ou se présente une ouverture, les partie
belligérantes
ont construit un bunker et planté leurs drapeaux. Grèce
et
République de Chypre au sud, Turquie et République Turque
de
Chypre du Nord au nord. Les grands frères sont
omniprésents.
Entre les deux, la UN Buffer Zone, ou No man’s land prend ici un aspect
tragique.
C’est un fragment de ville, avec des rues et des immeubles qui sont
totalement
déserts, abandonnés, hors d’usages. Bâtiments
criblés
de balles, artères défoncées sur lesquelles ont
poussé
des arbres. Les magasins portent toujours les enseignes commerciales
qu’ils
avaient à la veille de leur fermeture, comme ci celle-ci
n’était
que momentanée. On a l’impression de se trouver en zone de
guerre
bien qu’il n’y ait pas vraiment de guerre. La tension est en tout cas
perceptible,
les forces militaires sont omniprésentes et parfois nerveuses.
Sortir
un appareil photo ou même un carnet de note peut
déclencher
leurs foudres. Ledra street est une de ces rues qui traversaient le
vieux
Nicosie et qui ont été coupées entre zone grecque,
No man’s land et zone turque. On y a installé le Ledra
viewpoint,
un observatoire qui permet aux gens de contempler la ligne verte, ainsi
qu’un
petit musée-mémorial consacré à la
division,
un peu l’équivalent chypriote du Haus am Checkpoint Charlie de
Berlin.
Plus loin, c’est le Berlin café snack qui est planté
devant
le mur... Ces visions nous prennent à la gorge. La mutation
d’une
ville: D’un espace de vie, elle devient un espace d’absence et
d’abandon. Comme à Beyrouth (1975-1990), la
végétation (vie) pousse sur le béton (mort). Vie
ou Désolation? |
|
| Nicosie, l’église Saint Nicolas des Anglais |
-
clochers et
minarets -
Deux
églises se trouvent à la limite de la zone grecque.
L’église catholique de la Sainte Croix, près de la porte
de Paphos, et l’église Saint Maron ou flotte un drapeau
libanais. On distingue clairement le clocher de cette dernière
depuis les quartiers nord de la ville, surgissant derrière des
palais calcinés et un panneau "askeri bolise"
(police militaire). Du côté grec, on perçoit la
silhouette
imposante d’un des édifices les plus surprenants de la ville,
situé
en zone turque. Une cathédrale gothique flanquée de deux
minarets. Construite au XIVe siècle par les français,
l’église Ayia Sofia fut, comme sa consœur de Famagouste (cf.
notre page sur cette
ville), transformée en mosquée par les ottomans. La
cathédrale fut alors dépouillée des ses attributs
chrétiens pour servir au culte musulman sous le nom de
mosquée de Selimiyé. On peut visiter l’endroit, et
contempler, à l’heure de la prière, les fidèles
s’y presser à l’appel du muezzin. L’image est
assez surréaliste, d’autant plus que l’édifice est
lui-même entouré de plusieurs structures de style
gothique. Sur la place de Selimiyé, se trouve l’église
Saint Nicolas des Anglais, renommée Bedesten. Partiellement
ruinée et généralement fermée au public,
cette église est de très belle facture et recèle
de très beaux détails architecturaux. Une
troisième église
gothique se trouve dans le quartier, il s’agit de l’ancienne
église
Sainte Catherine, elle aussi transformée en mosquée sous
le
nom de Haydarpasha. Flanquée d’un minaret, elle est de
proportions relativement modestes mais en bon état de
conservation. Elle fonctionne actuellement comme espace culturel. Ce
marquage territorial à travers les églises
transformées en mosquées est bien antérieur
à 1974 et ne concerne pas uniquement la partie turque de
Nicosie. En
effet, la mosquée Omeriyé, située au sud de la
vieille ville est aussi une ancienne église reconvertie. C’est
la plus importante mosquée, et la seule en activité, de
la partie grecque de la capitale. On notera que la voix du muezzin est
moins inspirée... Deux autres lieux de cultes musulmans sont
à signaler dans cette partie de la ville: la mosquée de
Bayraktar, qui jouit d’un emplacement spectaculaire (signalée
par un minaret nain) sur les murs vénitiens, au
bastion Constanza, et la petite mosquée Arablar, elle aussi une
ancienne
église (Stavros tou Misrikou). Cette dernière se trouve
à
proximité de l’église Phaneromeni, une des plus
importantes
de la ville. Construite au XIXe siècle, elle possède une
riche
iconostase datant de 1659. Sa cour abrite un mausolée des
chypriotes
grecs qui s’insurgèrent contre l’occupant ottoman et furent
exécutés
le 8 juillet 1821... |
|
| Nicosie, Buyuk Hammam (grand hammam), côté
nord |
-
les deux faces du miroir -
Les
deux secteurs de la capitale se regardent comme des chiens de
faïence avec certaines disparités. On ne cesse de ressasser
à quel point le sud est plus moderne, plus
développé et plus ouvert au monde que le nord, et tout et
tout et tout. Un peu comme Berlin Ouest par rapport à Berlin
Est. Nicosie Nord n’est pas pour autant un nid de misère. Ces
derniers temps, nombreux édifices de la vieille ville ont subi
des restaurations, comme le Buyuk Han (grand khan), édifice
à cour centrale du XVIe siècle ou les marchands pouvaient
loger et
installer leurs bêtes. On trouve ce genre de structures sur les
routes
caravanières en Syrie et en Turquie. Des projets de restauration
on
également touché des habitations. Des quartiers dans
lesquels
des anciens édifices étaient en décrépitude
sont
en train de retrouver une nouvelle vitalité. C’est
particulièrement
remarquable sur la rue, bordée d’un alignement de superbes
demeures,
qui longe les remparts entre les bastions de Roccas et de Mula, en face
du
Ledra Palace. Ces travaux font partie du Nicosia Master Plan, un projet
à
l’échelle urbaine financé par l’Union Européenne.
Et
ce qu’il y a de merveilleux, c’est que ce projet fonctionne de part et
d’autre
de la ligne verte. Ainsi, côté sud, c’est le
Omeriyé
Hammam, bains turcs attenant à la mosquée de
Omeriyé
voisine, qui subissent une rénovation. En attendant, les
amateurs
de hammam doivent aller côté nord, profiter du Buyuk
Hammam
(grand hammam). Cet établissement de bains est une curieuse
structure,
à la base une église, enfouie sous la chaussée. A
l’intérieur,
une vaste salle à coupole précède pièces
où
se déroulent les bains de vapeur et massages. L’endroit est un
peu
sombre, c’est moins chic que les bains d’Alep, mais l’expérience
vaut
la peine. |
| Visiter
Nicosie, Lefkosia en grec et en turc est une expérience pleine
d’émotions et de surprises. Le long de la ligne verte, il y a
toutes ces voitures sorties tout doit des années 1970, comme si
le temps n’avait pas bougé depuis. A gauche du Ledra street
viewpoint, il y a cette extraordinaire construction, un palais
néoclassique (ruiné) construit au-dessus de la rue. Non
loin de là, on tombe sur cet énorme chantier de fouilles
archéologiques le long de Old Municipality square et de
Eptanisiou str. Et puis, le Belediye Bazari, grand marché
couvert construit dans les années 1930, avec une façade
entre l’art déco et le mussolinien, et, à
l’intérieur toutes sortes d’étalages d’épices et
de douceurs, mais, bizarrement, très peu de monde... Les choses
à faire et à voir ne manquent pas dans cette ville. pour
ceux qui veulent une vue d’ensemble, il y a toujours la
possibilité d’aller au Ledra Museum Observatory, au sommet des
magasins Woolworth (l’immeuble le plus haut de la ville) pour avoir une
vue panoramique sur la capitale. Tous secteurs inclus. |
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