| > ALLER / VENIR |
| L’Aéroport International de Nicosie se trouvant en pleine
ligne de démarcation, il est inaccessible au public et fermé
au trafic aérien depuis 30 ans. On atterrit donc à Nicosie via
l’Aéroport International de Larnaca, à 49km au sud. Ce dernier
n’est pas relié à la capitale par des transports en commun.
Le moyen le plus économique est de prendre, à l’arrivée,
une navette (fréquences pas très nombreuses) ou un taxi pour
Larnaca (terminus en face de l’hôtel Sunhall, sur le bord de mer) et,
de là un bus pour Nicosie. Cette formule laborieuse ne marche qu’en
journée. Si votre vol est en soirée ou si vous êtes pressés,
vous n’aurez pas d’autre choix que de prendre un taxi. Le trajet dure 40 minutes
et vous coûtera dans les 25£ (50€). Au départ de Nicosie,
vous pouvez demander à votre hôtel de réserver un taxi
avec un prix négocié à l’avance, dans les 18£
(36€). |
| Pour circuler entre Nicosie et Larnaca ou Limassol, plusieurs services
quotidiens (vérifier les horaires) de bus assurent des liaisons fiables.
Un Larnaca-Nicosie dure dans les 50min. et coûte 2£ (4€). Autre
moyen de transport très apprécié à Chypre, les
taxi-service. Vous reconnaîtrez immanquablement ces anciennes Mercedes
limousines qui peuvent embarquer jusqu’à 7 passagers. Ce sont des
compagnies que l’on joint par téléphone. La voiture vient vous
prendre de chez vous et vous dépose, dans votre ville d’arrivée,
à l’adresse que vous voulez. Ce service est très pratique, très
reposant (on n’a pas à marcher jusqu’à une station de bus)
et très peu onéreux. Seuls inconvénients, il ne faut
pas être pressé. La voiture ne démarre que quand elle
fait le plein de passagers, et il faut faire la tournée de ramassage
comme un autocar scolaire. Les taxi-services n’ont pas le droit de desservir
l’aéroport. |
| Nicosie est une ville qui peut être gérable à
pied (du moins pour la vieille ville), à condition d’avoir une bonne
paire de jambes. Des lignes d’autobus locaux fonctionnent mais personne ne
sait ni ou ils vont ni d’où ils viennent. C’est assez facile de trouver
un taxi. Si vous êtes en manque (à 3h du matin, par exemple)
et que vous voyez passer un taxi déjà pris, hélez-le
quand même, il contactera une voiture qui viendra vous chercher dans
les minutes qui suivent. |
| Le seul point de passage entre les deux secteurs de Nicosie est
le Ledra Palace, à 200m de la Porte de Paphos. La circulation se fait
de 8h à minuit. Il faut être muni d’un passeport. Les autorités
chypriotes se contenteront de l’examiner et de vous demander ou vous logez.
Par contre, les chypriotes turcs feront entrer votre nom sur un fichier informatisé
et vous donneront un visa sur feuille volante. Passé le checkpoint
turc, des taxis se proposeront de vous emmener là où vous
le désirez, mais il faudra batailler ferme pour marchander. De Nicosie-Nord
des bus partent vers les principales villes de la partie nord du pays et
pour l’aéroport d’Ercan 2h avant les départs des vols. Nous
rappelons qu’arriver à Chypre par le Nord est illégal aux yeux
de la République de Chypre et vous empêchera de passer sur les
territoires qu’elle contrôle. |
| > DORMIR |
| Le parc hôtelier de Nicosie est radicalement différent
de celui des stations balnéaires. Il s’adresse principalement aux hommes
d’affaires, mais au prix d’un hôtel de plage assez insipide, on peu
trouver des adresses assez sympa. En revanche, rien de décent dans
la catégorie bon marché. |
| Le Cyprus Hilton est l’établissement de luxe le plus
réputé et le plus cher de la capitale. Situé à
la limite sud des quartiers chic, il propose une palette de prestations complète
et un service irréprochable. Vous y rencontrerez des hommes d’affaires
du monde entier et les personnalités internationales de passage.
Koffi Annan est un habitué de la maison. Autre hôtel de chaîne,
le Holiday Inn est moins chic (un peu moins cher mais pas
vraiment bon marché), mais possède un emplacement intéressant
dans la vieille ville. |
| A deux pas de ce dernier se trouve une des meilleures adresses
de la ville, le Classic
Hotel. Membre des Small Luxury Hotels of the World, c’est un endroit
très raffiné. La déco des chambres est superbe, dans
un style très contemporain. Les prix sont très abordables par
rapport à la qualité de l’endroit et aux tarifs en vigueur dans
le pays puisqu’une nuitée coûte 100€, petit-déjeuner
inclus. |
| Nous sommes descendus à l’Hotel Averof, un petit
trois étoiles familial situé en dehors du centre, à 15
min. à pied des remparts et du Ledra Palace. Le cadre, un quartier
résidentiel verdoyant de villas, est agréable et apaisant et
compense le relatif éloignement. L’hôtel a une déco rustique
qui ne manque pas de charme et un accueil sympa. La chambre nous a coûté
39£ (80€) mais nous n’avons pas beaucoup apprécié le fait
de devoir payer un supplément de 2.50£ pour faire fonctionner
la climatisation. La terrasse est très agréable pour siroter
un verre en début de soirée. |
| MANGER |
| Tout le monde connaît le quartier de Laiki Ytonia, l’équivalent
local de la Plaka d’Athènes, et ses tavernes servant des mezzés
grecs. Les amateurs sauront trouver leur bonheur parmi les nombreuses tables. |
| Sachez toutefois, si ce n’est pas ce genre d’ambiance traditionnelle
que vous recherchez, que Nicosie a autre chose à offrir. De nombreux
endroits, surtout hors de la vieille ville, et proposent des alternatives
intéressantes dans des cadres contemporains. Notre adresse préférée
est le ZOO (Leoforos Stasinou, en face des remparts, tel 02 758262)
qui comporte plusieurs niveaux, chacun ayant son thème. Au rez de
chaussée se trouve Non solo pasta, restaurant italien avec
terrasse et projection en anamorphoses sur le mur. En entrée, les
antipasti variés sont fabuleux. Les plats sont aussi vraiment savoureux,
comme le fameux poulet caramélisé avec ses légumes croustillants
et ses gnocchis aux épinards ou les tagliatelles aux trois variétés
de cèpes. Le prix d’un repas gargantuesque est aux alentours de 15£
(30€), vin compris. L’endroit est aussi sympa pour prendre un verre. |
| Autour de Makarios av, et de Stassicratous str se trouvent des
cafés restaurants et salons de thé. Citons Luigi (tel
022 875187), Sitio (tel 022 458610) et Pralina (deux adresses),
réputé pour ses pâtisseries. Dans le même quartier,
allez jeter un coup d’œil au XO Emotions, un des endroits les plus
baroques de la ville. L’entrée, au rez de chaussée, est ornée
de 3 écrans plats sur lesquels défilent des images et un vase.
A l’étage, une salle avec des meubles baroques (parfois kitsch) et
des installations à la Boltanski. C’est l’endroit hype et branché,
très cher, mais ça en jette. Si vous voulez épater
vos amis ou votre copine, venez ici. Enfin, si vous êtes en besoin
urgent de sushi, sashimi ou autres tepan yaki, sachez que le restaurant Bonzai
du Holiday Inn pourra vous servir. Mais que le menu se situe autour de 27£
(55€) sans compter le service, les boissons et le dessert. Bon appétit! |
| BOIRE, DANSER |
| Les adresses citées plus haut (sauf le Bonzai) conviennent
toutes pour prendre un verre. Le Zoo / Non solo Pasta est, comme vous
l’avez compris, notre premier choix, avec un espace bar agréable pour
prendre des cocktails. L’endroit se remplit à partir de 22h30 tous
les soirs par une clientèle d’habitués des nuits nicosiotes
(ça existe ce mot). C’est un bon endroit pour faire contacts avec la
faune locale. En week end, l’endroit possède un club ou on peut continuer
la soirée. On nous a parlé du Mykta (Larnaka ave. tel
022 730830) comme étant un lounge avec de la musique chill out. Nous
avons cherché l’endroit en demandant l’adresse à plusieurs
personnes mais leurs indications ne nous ont mené nulle part. |
| Nicosie possède sa scène de clubbing dont le site
internet Cluboholic.com
vous donnera les dernières nouvelles. Un endroit particulièrement
en vogue est le RED, un club situé à la limite de la
ligne verte au point qu’on se met à rêver sur l’existence d’une
seconde porte de l’autre côté de la ligne de démarcation. |
| Si vous avez envie de faire une pause dans un cadre monumental
à Nicosie Nord, allez prendre un verre ou un thé au Buyuk
Han dans la cour duquel a été installé un café.
L’endroit est vraiment très agréable en fin d’après midi. |
| > ECOUTER / VOIR |
| Nicosie a une vie culturelle assez intéressante avec concerts,
pièces de théâtre et expos. Consultez Nicosia this
month (voir plus bas) pour avoir les programmes. Il est également
possible d’aller au cinéma. |
| > ACHETER |
| Faire du shopping à Nicosie peut être très
agréable. De très belles boutiques proposent, autour de Makarios
av. le dernier cri de la mode et du design. Il y en a pour tous les goûts
et toutes les bourses, de Zara à Fendi. Les nostalgiques de Marks &
Spencer pourront retrouver leur enseigne préférée. Ceci
dit, tout cela n’est pas spécialement typique et ce genre d’articles
se trouvent dans toutes les villes d’Europe. Dans la vieille ville on pourra
dénicher des choses plus traditionnelles, comme des lokoums, appelés
ici Cyprus Delights. Un petit tour dans le Belediyé Bazari, en zone
turque, peut être une expérience intéressante. Dans
cette même zone, jetez un coup d’œil sur les magasins d’artisanat et
de kilims autour de Agia Sofia. |
| > LIRE |
| Nicosia this month, the Nicosia Municipality original guide,
distribué gratuitement dans les hôtels, contient l’actualité
culturelle et un carnet d’adresses de lieux ou sortir. Très pratique.
Sur internet, on peut aussi consulter le site officiel de la ville www.nicosia.org.cy. |
|
|
|
| Nicosie jouit
d’un privilège peu enviable: Celui d’être la seule capitale
encore divisée. Depuis 1974, la ville est coupée en deux par
le dernier rideau de fer d’Europe. Depuis, les voyageurs qui s’y rendent
atterrissent, non pas à l’aéroport de Nicosie, mais à
celui de Larnaca, ville portuaire à une quarantaine de kilomètres
au sud. Et pour cause. L’aéroport International de Nicosie est fermé
au trafic aérien. Bombardé par les Sabre de l’aviation
turque, il se retrouva en pleine ligne de démarcation. Le terminal
de l’aéroport est ouvert aux quatre vents. Le tarmac est à
l’abandon et le seul avion civil qui s’y trouve est un triréacteur
Trident de la Cyprus Airways endommagé lors de l’attaque et laissé
à l’abandon. La seule activité qui se déroule à
cet endroit est le golf que pratiquent les soldats britanniques de la force
d’interposition des Nations Unies. Pas plus tard qu’en 2003, le leader chypriote
turc Rauf Denktash avait proposé, comme solution intermédiaire
à cette réunification qu’il redoute tant, la réouverture
de l’aéroport de Nicosie et la rétrocession de certains quartiers
de Famagouste. Proposition rejetée. |
|
| Nicosie,
la ligne verte, entre les bastions Roccas (au fond) et Mula (1er plan). |
| A
gauche, le secteur turc, au centre la ligne verte, |
| à droite,
le secteur chypriote grec et le passage du Ledra Palace. |
| Bref, on arrive
presque toujours à Nicosie par l’autoroute qui vient de Larnaca.
La qualité du réseau routier ferait oublier les aléas
de l’histoire et nous rappelle plutôt que nous sommes dans le plus
riche des dix nouveaux états membres de l’Union Européenne.
Ne serait-ce l’apparition, sur les montagnes surplombant la capitale, la
chaîne de Kyrenia, du double drapeau de la "République Turque
de Chypre du Nord" et de la Turquie. Il faut avouer que, hormis ce symbole,
Nicosie ne donne pas les apparences d’une ville sinistrée. Ils sont
loin, les bidonvilles éventrés d’Ouzaï que l’on voit en
atterrissant à Beyrouth. Loin aussi, est la grisaille post stalinienne,
première image qu’on a de Berlin en descendant sur l’aéroport
de Tegel. Nicosie est une ville des plus agréables, même si,
en été, la chaleur et la sécheresse vont regretter l’éloignement
de la mer. Elle est sillonnée de boulevards ombragés avec de
belles boutiques, des cafés trottoirs et des espaces verts. C’est
la ville moderne qui s’est construite au cours de la seconde moitié
du XXe siècle au sud des remparts, avec pour axe vital l’avenue Makarios,
qui prolonge l’autoroute de Larnaca. On y trouve, pèle mêle,
le Cyprus Hilton, le Melkonian Educational Institute, fondation arménienne,
une des plus grandes écoles de l’île, Marks & Spencer, Zara,
des banques et des compagnies d’aviation. Autour de cette artère se
regroupent des rues assez chic et branchées ou faire du lèche
vitrine est un véritable plaisir ponctué par une pause sur une
terrasse branchée. Dans les quartiers plus périphériques,
c’est plus calme, encore plus vert, avec des villas et de belles maisons art-déco. |
- capitale culturelle
-
Autour
des remparts se regroupent des institutions prestigieuses. Le Musée
National d’Archéologie (Cyprus Museum, voir notre page qui lui est
consacrée), avec, en face, le Théâtre Municipal, tous
deux de style néoclassique avec des façades à colonnes
ioniques. Un peu comme à Berlin, mais en plus petit. Sur les remparts,
au bastion d’Avila, la municipalité, elle aussi entourée de
colonnes, mais cette fois dans un style plus baroque, avec ses formes dansantes.
Nicosie est une capitale qui sait soigner son image. Elle s’est dotée
d’outils culturels performants, comme la Makarios Cultural Foundation. Ce
complexe public regroupe plusieurs activités: La Galerie de Peinture
Européenne, dont les collections sont composées d’œuvres de
maîtres comme Rubens et Delacroix (pas les plus fameuses, mais quand
même!), et le Musée d’Art Byzantin. Véritable fierté
nationale, cette collection abrite plus de 200 icônes et des fragments
de fresques et de mosaïques byzantines qui avaient été
pillées dans les monastères du nord de l’île. Ce musée
ravira tous ceux qui n’ont pas eu l’occasion découvrir les églises
du Troodos. |
|
| Nicosie,
Belediye Bazari (marché municipal), côté nord |
- murs -
La vieille
ville de Nicosie, dans laquelle se trouve le Centre Makarios cité plus
haut, est délimitée par des murs d’enceinte construits par
les vénitiens. Ces murs sont précédés de larges
fossés qui et rythmés par 11 bastions en forme de pinacle.
Cinq se trouvent en zone sud, autant en zone nord et un (Flatro) est coupé
en deux. Ce qui est très troublant, c’est que ces murs vénitiens
suivent à certains endroits le tracé de la ligne de démarcation.
Allez donc à la Porte de Paphos. Vous êtes au cœur de la capitale,
côté chypriote grec, avec un monument héroïque
au beau milieu. Mais, en face, sur le mur que vous pouvez toucher depuis
la rue, flottent les drapeaux turcs. Au-dessus, c’est le bastion Roccas,
l’endroit ou grecs et turcs sont les plus proches physiquement. Sur la route
qui longe le mur, jusqu’au Ledra Palace, le mur joue son rôle de ligne
de démarcation naturelle. Depuis les bastions de Roccas et de Mula
(Zahra), côté turc, on a une vue imprenable sur la zone grecque
et sur le point de passage du Ledra Palace Hotel. Entre ces deux bastions,
le fossé sépare les deux zones belligérantes. C’est
la UN Buffer Zone, ligne verte bien nommée, puisque les forces des
Nations Unies arrosent quotidiennement le gazon au pied de leur mirador.
En revanche, au delà du passage du Ledra Palace, entre les bastions
Mula et Quirini, on est en zone turque, et le fossé, qui à
deux pas est un No man’s land sert ici de terrain de football. |
- traverser -
Les percées
visuelles sont nombreuses entre les deux Nicosie, et elles donnent parfois
des perspectives assez hallucinantes. En revanche, un seul point permet
le passage des personnes et des biens entre les deux zones de l’île.
Le Ledra Palace. Le checkpoint a ainsi prit le nom d’un hôtel, qui
fut naguère le plus luxueux de l’île. On parlait bien à
Beyrouth, en temps de guerre, des passages de la Galerie Semaan, du Musée
ou des Franciscaines. Le nom a été officialisé et figure
comme point d’entrée sur les les visas d’entrée délivrés
par la police chypriote-turque. Contrairement au musée de Beyrouth,
alors transformé en gruyère pour l’occasion, le Ledra n’est
pas une ruine. Il affiche même complet, mais ses locataires, si british
soient-ils, ne sont pas ceux pour qui il a été construit.
Ce sont les soldats de sa gracieuse majesté au sein des forces de
l’ONU qui jouent tous les soirs le God Save the Queen. De part et
d’autre du palace de néo-vénitien, les check points grec et
turc, avec de chaque côté, une diarrhée verbale de slogans
de propagande digne du bon vieux temps de la guerre froide. Deux missions
étrangères logent aussi dans le coin, et on se demande si elles
n’ont pas fait exprès: l’ambassade de Grèce et le Goethe Institut
sont vraiment à la limite, après le contrôle de police
de la République de Chypre. C’est un endroit assez étrange.
Dans un décor agrémenté de beaux édifices délabrés
(pas mal de villas qui auraient pu subir un sort plus glorieux), on perçoit
cette tension propre à ces lieux de ruptures et d’antagonismes. Les
gendarmes qui contrôlent les passeports sont courtois et ce, des deux
cotés de la frontière. |
|
| Nicosie,
la ligne verte. Au 1er plan, barbelés (côté grec), au
fond, bunker avec trois meurtrières (côté turc) |
- green line -
Changement
de décor. Retour à la porte de Paphos, pour entrer dans la vieille
ville. L’expérience de la ligne verte devient ici beaucoup plus angoissante.
Chaque rue dans le sens sud-nord est coupée par des fils barbelés,
des sacs de sables, ou un mur. Ces fortifications de fortune marquent la
limite du territoire. En face, côté turc, c’est la même
chose. A chaque point ou se présente une ouverture, les partie belligérantes
ont construit un bunker et planté leurs drapeaux. Grèce et
République de Chypre au sud, Turquie et République Turque de
Chypre du Nord au nord. Les grands frères sont omniprésents.
Entre les deux, la UN Buffer Zone, ou No man’s land prend ici un aspect tragique.
C’est un fragment de ville, avec des rues et des immeubles qui sont totalement
déserts, abandonnés, hors d’usages. Bâtiments criblés
de balles, artères défoncées sur lesquelles ont poussé
des arbres. Les magasins portent toujours les enseignes commerciales qu’ils
avaient à la veille de leur fermeture, comme ci celle-ci n’était
que momentanée. On a l’impression de se trouver en zone de guerre
bien qu’il n’y ait pas vraiment de guerre. La tension est en tout cas perceptible,
les forces militaires sont omniprésentes et parfois nerveuses. Sortir
un appareil photo ou même un carnet de note peut déclencher
leurs foudres. Ledra street est une de ces rues qui traversaient le vieux
Nicosie et qui ont été coupées entre zone grecque,
No man’s land et zone turque. On y a installé le Ledra viewpoint,
un observatoire qui permet aux gens de contempler la ligne verte, ainsi qu’un
petit musée-mémorial consacré à la division,
un peu l’équivalent chypriote du Haus am Checkpoint Charlie de Berlin.
Plus loin, c’est le Berlin café snack qui est planté devant
le mur... Ces visions nous prennent à la gorge. La mutation d’une
ville: D’un espace de vie, elle devient un espace d’absence et d’abandon.
Comme à Beyrouth (1975-1990), la végétation (vie) pousse
sur le béton (mort). Vie ou Désolation? |
|
| Nicosie,
l’église Saint Nicolas des Anglais |
- clochers et
minarets -
Deux églises
se trouvent à la limite de la zone grecque. L’église catholique
de la Sainte Croix, près de la porte de Paphos, et l’église
Saint Maron ou flotte un drapeau libanais. On distingue clairement le clocher
de cette dernière depuis les quartiers nord de la ville, surgissant
derrière des palais calcinés et un panneau "askeri bolise"
(police militaire). Du côté grec, on perçoit la silhouette
imposante d’un des édifices les plus surprenants de la ville, situé
en zone turque. Une cathédrale gothique flanquée de deux minarets.
Construite au XIVe siècle par les français, l’église
Ayia Sofia fut, comme sa consœur de Famagouste (cf. notre page sur cette
ville), transformée en mosquée par les ottomans. La cathédrale
fut alors dépouillée des ses attributs chrétiens pour
servir au culte musulman sous le nom de mosquée de Selimiyé.
On peut visiter l’endroit, et contempler, à l’heure de la prière,
les fidèles s’y presser à l’appel du muezzin. L’image est
assez surréaliste, d’autant plus que l’édifice est lui-même
entouré de plusieurs structures de style gothique. Sur la place de
Selimiyé, se trouve l’église Saint Nicolas des Anglais, renommée
Bedesten. Partiellement ruinée et généralement fermée
au public, cette église est de très belle facture et recèle
de très beaux détails architecturaux. Une troisième église
gothique se trouve dans le quartier, il s’agit de l’ancienne église
Sainte Catherine, elle aussi transformée en mosquée sous le
nom de Haydarpasha. Flanquée d’un minaret, elle est de proportions
relativement modestes mais en bon état de conservation. Elle fonctionne
actuellement comme espace culturel. Ce marquage territorial à travers
les églises transformées en mosquées est bien antérieur
à 1974 et ne concerne pas uniquement la partie turque de Nicosie. En
effet, la mosquée Omeriyé, située au sud de la vieille
ville est aussi une ancienne église reconvertie. C’est la plus importante
mosquée, et la seule en activité, de la partie grecque de la
capitale. On notera que la voix du muezzin est moins inspirée... Deux
autres lieux de cultes musulmans sont à signaler dans cette partie
de la ville: la mosquée de Bayraktar, qui jouit d’un emplacement spectaculaire
(signalée par un minaret nain) sur les murs vénitiens, au
bastion Constanza, et la petite mosquée Arablar, elle aussi une ancienne
église (Stavros tou Misrikou). Cette dernière se trouve à
proximité de l’église Phaneromeni, une des plus importantes
de la ville. Construite au XIXe siècle, elle possède une riche
iconostase datant de 1659. Sa cour abrite un mausolée des chypriotes
grecs qui s’insurgèrent contre l’occupant ottoman et furent exécutés
le 8 juillet 1821... |
|
| Nicosie,
Buyuk Hammam (grand hammam), côté nord |
- les deux faces
du miroir -
Les deux
secteurs de la capitale se regardent comme des chiens de faïence avec
certaines disparités. On ne cesse de ressasser à quel point
le sud est plus moderne, plus développé et plus ouvert au monde
que le nord, et tout et tout et tout. Un peu comme Berlin Ouest par rapport
à Berlin Est. Nicosie Nord n’est pas pour autant un nid de misère.
Ces derniers temps, nombreux édifices de la vieille ville ont subi
des restaurations, comme le Buyuk Han (grand khan), édifice à
cour centrale du XVIe siècle ou les marchands pouvaient loger et
installer leurs bêtes. On trouve ce genre de structures sur les routes
caravanières en Syrie et en Turquie. Des projets de restauration on
également touché des habitations. Des quartiers dans lesquels
des anciens édifices étaient en décrépitude sont
en train de retrouver une nouvelle vitalité. C’est particulièrement
remarquable sur la rue, bordée d’un alignement de superbes demeures,
qui longe les remparts entre les bastions de Roccas et de Mula, en face du
Ledra Palace. Ces travaux font partie du Nicosia Master Plan, un projet à
l’échelle urbaine financé par l’Union Européenne. Et
ce qu’il y a de merveilleux, c’est que ce projet fonctionne de part et d’autre
de la ligne verte. Ainsi, côté sud, c’est le Omeriyé
Hammam, bains turcs attenant à la mosquée de Omeriyé
voisine, qui subissent une rénovation. En attendant, les amateurs
de hammam doivent aller côté nord, profiter du Buyuk Hammam
(grand hammam). Cet établissement de bains est une curieuse structure,
à la base une église, enfouie sous la chaussée. A l’intérieur,
une vaste salle à coupole précède pièces où
se déroulent les bains de vapeur et massages. L’endroit est un peu
sombre, c’est moins chic que les bains d’Alep, mais l’expérience vaut
la peine. |
| Visiter Nicosie,
Lefkosia en grec et en turc est une expérience pleine d’émotions
et de surprises. Le long de la ligne verte, il y a toutes ces voitures sorties
tout doit des années 1970, comme si le temps n’avait pas bougé
depuis. A gauche du Ledra street viewpoint, il y a cette extraordinaire construction,
un palais néoclassique (ruiné) construit au-dessus de la rue.
Non loin de là, on tombe sur cet énorme chantier de fouilles
archéologiques le long de Old Municipality square et de Eptanisiou
str. Et puis, le Belediye Bazari, grand marché couvert construit dans
les années 1930, avec une façade entre l’art déco et
le mussolinien, et, à l’intérieur toutes sortes d’étalages
d’épices et de douceurs, mais, bizarrement, très peu de monde...
Les choses à faire et à voir ne manquent pas dans cette ville.
pour ceux qui veulent une vue d’ensemble, il y a toujours la possibilité
d’aller au Ledra Museum Observatory, au sommet des magasins Woolworth (l’immeuble
le plus haut de la ville) pour avoir une vue panoramique sur la capitale.
Tous secteurs inclus. |
| 2003-2004, Baron & Baron
(texte + photos), Karim Kik (texte), tous droits réservés.
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