BARON & BARON > TOUT BARON & BARON > SITES ARCHEOLOGIQUES > CAMBODGE > LES TEMPLES D'ANGKOR : LES TEMPLES, LA NATURE, LA RUINE
LES TEMPLES D'ANGKOR SUR BARON & BARON : 1. ANGKOR WAT | 2. ANGKOR THOM | 3. BANTEAY SREI | 4. LES TEMPLES, LA NATURE, LA RUINE |
LES CITY GUIDES CAMBODGE : PHNOM PENH | SIEM REAP
>> toutes les infos pratiques et bonnes adresses sur notre page SIEM REAP CITY GUIDE

 

En route vers le Beng Maelea, 40 Km à l’est d’Angkor.
La Nissan blanche roule sur une route de campagne, traversant les rivières aux reflets verts et quelques villages. Le parcours est l’occasion de découvrir l’habitat rural khmer, les maisons construites en bois sur pilotis permettant aux habitants d’être au sec pendant la saison des pluies. Une leçon sur laquelle devraient méditer ceux qui s’installent dans ces zones inondables et régulièrement inondées en Europe et aux Amériques. Si on y pense c’est parce que nous sommes précisément en saison des pluies et que la région est abondamment arrosée depuis le début de ce séjour.

Stop.
La voiture s’est arrêtée, on ne passe plus. Sur un tronçon d’une cinquantaine de mètres de long, la route été totalement submergée. C’est devenu un lac aux eaux beigeâtres qui confirme cet avertissement dans le Lonely Planet qu’aucun d’entre nous ne semble avoir lu: «Durant la saison des pluies, aucun véhicules ne franchit les derniers dix kilomètres.» Notre guide va aux nouvelles. Il retrousse son pantalon noir de fonction et traverse le lac.
 
1. le cochon voyageur
«Le monsieur dit que peut être la voiture peut passer. Mais peut être qu’elle ne passera pas», annonce-t-il à son retour à Patrick, Zeina et moi. A nous de prendre la décision, soit de rentrer sur nos pas et de dire adieu au temple de Beng Maelea, soit de foncer au risque de voir la voiture engloutie et nous bloqués en rase campagne. Comme aux premières heures de Baron & Baron, Patrick se lance dans plaidoyer du style «l’aventure c’est l’aventure!», suivi de Zeina, tandis que je les traite de fous et leur certifie que nous sommes bon pour finir notre aventure trempés dans ce bled perdu. Pendant ce temps, alors que les gens du coin s’attroupent autour de nous pour assister, amusés, à notre débat surréaliste, certains continuent de passer tant bien que mal, comme cet éleveur qui a arrimé un cochon vivant à sa moto, pattes en l’air, pour le faire traverser au sec. Le salut arrive avec un camion citerne à bord duquel nous franchissons l’obstacle, laissant le chauffeur manœuvrer la Nissan à vide avant de la récupérer sur l’autre rive. Quelques kilomètres de route déserte plus tard, nous franchissions l’entrée du site de Beng Maelea.
 beng maelea
2. le Beng Maelea
Construit au XIIe siècle dans un style proche de celui d’Angkor Wat (c’est ce que disent les livres, car on n’en voit qu’un tas de pierres dans la jungle), le Beng Maelea est une ruine envahie par la végétation. Il resta longtemps hors des circuits touristiques - éloignement, mines, etc. Le site n’est que partiellement balisé : Des passerelles en bois ont été installées pour le tournage du film Les deux frères de Jean Jacques Annaud. Pour le reste du parcours, autant être en bonne condition physique et avoir de bonnes chaussures. Il faut sans cesse escalader et dévaler des blocs de pierre amoncelés les uns sur les autres et couverts de mousse glissante. Et lorsqu’il se met à pleuvoir, la fête est totale. Ceci dit, Patrick avait raison d’insister pour venir jusque là. Le Beng Maelea est bien plus sauvage que les autres temples d’Angkor que nous avons visités. Il n’y a personne, et il ressort de cette ambiance étrange une poésie romantique qui a du toucher les artistes du XVIIIe siècle qui peignaient les ruines de Rome totalement délaissées.
Beng Maelea 
3. le Beng Maelea

Dans certaines de ses Vedute di Roma – Vues de Rome, le graveur italien du XVIIIe siècle Piranèse insiste sur la texture de la pierre des monuments antiques, une pierre rongée comme par le temps – ou la lèpre ! Cette lutte de la nature et du bâti, cette « junglification » des ruines chez Piranèse mais aussi dans les cités maya du Mexique et du Guatemala, est omniprésente à Angkor. C’est beau et oppressant à la fois. Oppressant car on revient toujours à notre maudite condition humaine – de la terre nous venons et à la terre nous retournerons, oppressant car on ne voit pratiquement que le gris de la pierre et le vert foncé de la végétation. Sentiment d’envahissement que l’on ne ressentira pas à Palmyre (Syrie) ou Dougga (Tunisie) et encore moins en Grèce, en Egypte ou en Anatolie, car ces sites sont incrustés dans des espaces dégagés qui respirent – souvent grâce à un grand ciel bleu.

 ta prohm
4. le Ta Prohm, couvert par un fromager

Le Ta Prohm est un exemple aussi éloquent que le Beng Maelea.
Beaucoup plus accessible, donc visité par les groupes de touristes, il ne reste pas moins impressionnant. Ce temple bouddhiste du XIIe siècle est immense. On dit que 80.000 personnes travaillaient à son entretien, c’est peut être plus que tous les diocèses d’Italie réunis. Le visiteur qui se rend au Ta Prohm a en tête ces images surréalistes d’arbres gigantesques – des fromagers – qui ont poussés sur les voûtes du bâtiment. L’Archeological Survey of India, qui est en charge de la restauration des lieux, a installé des structures en bois pour soutenir la construction. Parfois, le fromager, qui a phagocyté l’immeuble, s’est vu lui-même envahi par un autre parasite, un ficus. Chacun des acteurs de ce mariage à trois devient dépendant de la vie des deux autres. Quelque part, un fromager a été frappé par la foudre. L’arbre est mort, son tronc est en train de pourrir. Un beau jour, ce monstre s’effondrera et emportera dans sa chute tout l’édifice sur lequel il repose. La loi de la nature est ici la plus forte. La nature a souvent joué des tours aux temples d’Angkor, et ça fait un moment que ça dure!

 ta prohm
5. un fromager sur le Ta Prohm
Si la majorité des édifices en ont fait les frais après l’effondrement de l’empire khmer, certains ont eu un destin encore plus funeste. C’est le cas du Ta Keo, temple construit par Jayavarman V à partir de 975. Grande structure en quinconce – cinq tours – sur une plate forme pyramidale reprenant le concept du temple montagne, le Ta Keo ne possède pas la richesse ornementale de ses pairs, y compris les plus délabrés. Penser que sa construction ait relevé d’un parti dépouillé à la Adolf Loos – ornement = crime – serait totalement farfelu d’autant que les murs sont clairement dotés de niches destinées à abriter tout les panthéon de divinités hindoues. Croire que le temple a été totalement nettoyé par les pillards, sans laisser aucune trace, relève aussi du délire. Selon les dires des gens, le temple a été laissé inachevé car, lors de sa construction, il a été frappé par la foudre, ce qui porterait malheur. On imagine la tête de l’architecte devant se résoudre à abandonner ce chantier après tant de labeur.
  ta prohm
6.des échafaudages en  bois pour consolider le Ta Prohm

Fin de parcours à Phnom Bakeng.
Premier temple d’état à Angkor, Phnom Bakeng annonce le transfert, au Xe siècle, de la capitale du royaume khmer, de Roluos (au sud de Siem Reap) à Angkor. Phnom Bakeng est en état assez dégradé, on y vient surtout pour le décor naturel. Le temple est édifié au sommet d’une éminence de sorte à ce que la représentation du Mont Mérou vienne elle-même couronner une montagne. A travers les arbres, on découvre une vue sur la région, avec les tours d’Angkor Wat.

 
7. Phnom Bakeng

Le guide attire notre attention sur un curieux objet, le linga. Sorte de phallus en pierre, le linga est indissociable de la religion hindoue. Sa forme passe du cercle (en haut), qui évoque Shiva, à l’octogone (au milieu), pour Vishnou, et enfin au carré (base) pour Brahma. En Inde, le Linga, qui donne la vie, est aspergé de lait de coco qui se déverse sur une gargouille (côté Nord) qui évoque Ouma, l’épouse de Shiva.
Toujours les éléments de l’univers, la nature, et l’architecture.

 
8. Phnom Baleng, notre guide et le Linga
>> RETOUR AU DEBUT DU RECIT DE VOYAGE AU CAMBODGE
Texte: Gregory Buchakjian. Photos: Zeina Abirached (4, 5), Gregory Buchakjian (2, 6), Patrick Kassardjian (1, 3, 7, 8)
2005-2006, Baron & Baron, tous droits réservés. >> CONTACTEZ NOUS