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En
route vers le Beng Maelea, 40 Km à l’est d’Angkor.
La Nissan blanche roule sur une route de campagne, traversant les
rivières aux reflets verts et quelques villages. Le parcours est
l’occasion de découvrir l’habitat rural khmer, les maisons
construites en bois sur pilotis permettant aux habitants d’être
au sec pendant la saison des pluies. Une leçon sur laquelle
devraient méditer ceux qui s’installent dans ces zones
inondables et régulièrement inondées en Europe et
aux Amériques. Si on y pense c’est parce que nous sommes
précisément en saison des pluies et que la région
est abondamment arrosée depuis le début de ce
séjour.
Stop.
La voiture s’est arrêtée, on ne passe plus. Sur un
tronçon d’une cinquantaine de mètres de long, la route
été totalement submergée. C’est devenu un lac aux
eaux beigeâtres qui confirme cet avertissement dans le Lonely
Planet qu’aucun d’entre nous ne semble avoir lu: «Durant la
saison des pluies, aucun véhicules ne franchit les derniers dix
kilomètres.» Notre guide va aux nouvelles. Il retrousse
son pantalon noir de fonction et traverse le lac. |
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1. le cochon voyageur
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«Le monsieur
dit que peut être la voiture peut passer. Mais peut être
qu’elle ne passera pas», annonce-t-il à son retour
à Patrick, Zeina et moi. A nous de prendre la décision,
soit de rentrer sur nos pas et de dire adieu au temple de Beng Maelea,
soit de foncer au risque de voir la voiture engloutie et nous
bloqués en rase campagne. Comme aux premières heures de
Baron & Baron, Patrick se lance dans plaidoyer du style
«l’aventure c’est l’aventure!», suivi de Zeina, tandis que
je
les traite de fous et leur certifie que nous sommes bon pour finir
notre aventure trempés dans ce bled perdu. Pendant ce temps,
alors que les gens du coin s’attroupent autour de nous pour assister,
amusés, à notre débat surréaliste, certains
continuent de passer tant bien que mal, comme cet éleveur qui a
arrimé un cochon vivant à sa moto, pattes en l’air, pour
le faire traverser au sec. Le salut arrive avec un camion citerne
à bord duquel nous franchissons l’obstacle, laissant le
chauffeur manœuvrer la Nissan à vide avant de la
récupérer sur l’autre rive. Quelques kilomètres de
route déserte plus tard, nous franchissions l’entrée du
site de Beng Maelea. |
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| 2. le Beng
Maelea |
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Construit
au XIIe siècle dans un style proche de celui d’Angkor Wat (c’est
ce que disent les livres, car on n’en voit qu’un tas de pierres dans la
jungle), le Beng Maelea est une ruine envahie par la
végétation. Il resta longtemps hors des circuits
touristiques - éloignement, mines, etc. Le site n’est que
partiellement balisé : Des passerelles en bois ont
été installées pour le tournage du film Les deux
frères de Jean Jacques Annaud. Pour le reste du parcours, autant
être en bonne condition physique et avoir de bonnes chaussures.
Il faut sans cesse escalader et dévaler des blocs de pierre
amoncelés les uns sur les autres et couverts de mousse
glissante. Et lorsqu’il se met à pleuvoir, la fête est
totale. Ceci dit, Patrick avait raison d’insister pour venir jusque
là. Le Beng Maelea est bien plus sauvage que les autres temples
d’Angkor que nous avons visités. Il n’y a personne, et il
ressort de cette ambiance étrange une poésie romantique
qui a du toucher les artistes du XVIIIe siècle qui peignaient
les ruines de Rome totalement délaissées.
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| 3. le Beng Maelea |
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Dans
certaines de ses Vedute di Roma
– Vues de Rome, le graveur italien du
XVIIIe siècle Piranèse insiste sur la texture de la
pierre des monuments antiques, une pierre rongée comme par le
temps – ou la lèpre ! Cette lutte de la nature et du bâti,
cette « junglification » des ruines chez Piranèse
mais aussi dans les cités maya du Mexique et du Guatemala, est
omniprésente à Angkor. C’est beau et oppressant à
la fois. Oppressant car on revient toujours à notre maudite
condition humaine – de la terre nous venons et à la terre nous
retournerons, oppressant car on ne voit pratiquement que le gris de la
pierre et le vert foncé de la végétation.
Sentiment d’envahissement que l’on ne ressentira pas à Palmyre
(Syrie) ou Dougga (Tunisie) et encore moins en Grèce, en Egypte
ou en Anatolie, car ces sites sont incrustés dans des espaces
dégagés qui respirent – souvent grâce à un
grand ciel bleu.
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| 4. le Ta
Prohm, couvert par un fromager
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Le
Ta Prohm est un exemple aussi éloquent que le Beng Maelea.
Beaucoup plus accessible, donc visité par les groupes de
touristes, il ne reste pas moins impressionnant. Ce temple bouddhiste
du XIIe siècle est immense. On dit que 80.000 personnes
travaillaient à son entretien, c’est peut être plus que
tous les diocèses d’Italie réunis. Le visiteur qui se
rend au Ta Prohm a en tête ces images surréalistes
d’arbres gigantesques – des fromagers – qui ont poussés sur les
voûtes du bâtiment. L’Archeological Survey of India, qui
est en charge de la restauration des lieux, a installé des
structures en bois pour soutenir la construction. Parfois, le fromager,
qui a phagocyté l’immeuble, s’est vu lui-même envahi par
un autre parasite, un ficus. Chacun des acteurs de ce mariage à
trois devient dépendant de la vie des deux autres. Quelque part,
un fromager a été frappé par la foudre. L’arbre
est mort, son tronc est en train de pourrir. Un beau jour, ce monstre
s’effondrera et emportera dans sa chute tout l’édifice sur
lequel il repose. La loi de la nature est ici la plus forte.
La nature a souvent joué des tours aux temples d’Angkor, et
ça fait un moment que ça dure!
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5. un fromager sur le Ta Prohm
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Si la majorité des édifices en ont fait les
frais
après l’effondrement de l’empire khmer, certains ont eu un
destin encore plus funeste. C’est le cas du Ta Keo, temple construit
par Jayavarman V à partir de 975. Grande structure en quinconce
– cinq tours – sur une plate forme pyramidale reprenant le concept du
temple montagne, le Ta Keo ne possède pas la richesse
ornementale de ses pairs, y compris les plus délabrés.
Penser que sa construction ait relevé d’un parti
dépouillé à la Adolf Loos – ornement = crime –
serait totalement farfelu d’autant que les murs sont clairement
dotés de niches destinées à abriter tout les
panthéon de divinités hindoues. Croire que le temple a
été totalement nettoyé par les pillards, sans
laisser aucune trace, relève aussi du délire. Selon les
dires des gens, le temple a été laissé
inachevé car, lors de sa construction, il a été
frappé par la foudre, ce qui porterait malheur. On imagine la
tête de l’architecte devant se résoudre à
abandonner ce chantier après tant de labeur. |

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| 6.des échafaudages en bois pour
consolider le Ta Prohm |
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Fin
de parcours à Phnom Bakeng.
Premier temple d’état à Angkor, Phnom Bakeng annonce le
transfert, au Xe siècle, de la capitale du royaume khmer, de
Roluos (au sud de Siem Reap) à Angkor. Phnom Bakeng est en
état assez dégradé, on y vient surtout pour le
décor naturel. Le temple est édifié au sommet
d’une éminence de sorte à ce que la représentation
du Mont Mérou vienne elle-même couronner une montagne. A
travers les arbres, on découvre une vue sur la région,
avec les tours d’Angkor Wat.
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| 7. Phnom
Bakeng |
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Le
guide attire notre attention sur un curieux objet, le linga. Sorte de
phallus en pierre, le linga est indissociable de la religion hindoue.
Sa forme passe du cercle (en haut), qui évoque Shiva, à
l’octogone (au milieu), pour Vishnou, et enfin au carré (base)
pour Brahma. En Inde, le Linga, qui donne la vie, est aspergé de
lait de coco qui se déverse sur une gargouille
(côté Nord) qui évoque Ouma, l’épouse de
Shiva.
Toujours les éléments de l’univers, la nature, et
l’architecture.
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8. Phnom Baleng, notre guide et le Linga
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