> ALLER / VENIR
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| Les
informations pratiques relatives à la ville de Phnom Penh se
trouvent dans notre page City Guide |
| Les
charniers de Choeng Ek se trouvent à 15 km du centre ville. Le
moyen le plus rapide et le plus confortable pour faire la visite est de
demander une voiture avec chauffeur depuis l’hôtel pour faire le
trajet aller retour. L’entrée au site est de 2 USD. Le
Musée du Génocide de Tuol Sleng est ouvert tous les jours
sauf lundi de 07h00 à 11h30 et de 14h00 à 17h30. Sur les
deux sites, des guides proposent leurs services et nous recommandons
vivement ce mode de visite tant pour la qualité de l’information
que l’émotion qui est véhiculée par ceux qui la
racontent. |
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ACHETER / LIRE |
| Au
Musée du Tuol Sleng un grand choix de livres et de documents est
disponible, notamment les publications du Documentation Center of
Cambodia. |
| Consulte
notre sélection bibliographique sur le page d'accueil Cambodge, Baron & Baron |
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Canadia Bank
Drôle de nom pour une banque cambodgienne. A l’intérieur,
des gens attendent sous des ventilateurs. Certains lisent le journal.
Une banale opération de change (achat ou vente de dollars) prend
une bonne demi heure. On remplit des papiers, on fait des comptes, on
examine les coupures, on remplit d’autres papiers, on consulte des
registres, le client signe et enfin il peut sortir avec son argent
neuf.
Dehors,
le chauffeur attend avec ses lunettes en verre miroir qui lui donnent
une allure de dealer du Bronx. La voiture démarre, direction les
faubourgs de la capitale. Zeina, Patrick et moi sommes assez
silencieux. Sans doute l’angoisse de ce qui nous attend, les camps
d’extermination de Choeung Ek, dits aussi Killing Fields. Pourtant les
paysages semblent tellement riants sous ce beau soleil. Les
rizières, qui ont été abondamment arrosées
les jours précédents, rayonnent de lumière et
donnent à la promenade un air bucolique. Le mauvais état
de la route – terre battue, poussière, etc. – nous confirme que
nous avons bien fait de choisir la voiture plutôt que le tuk tuk
pour faire le trajet.
Quelques villages plus tard, nous arrivons.
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| 1. Choeung
Ek (Killing Fields), on repeint une grande barque |
| Un
champ vert, des arbres, une pagode de style khmer et de facture
récente.
Un parc, quoi. L’arrivée à Choeung Ek ne ressemble pas
à l’image qu’on a d’Auschwitz – cette fameuse porte
surmontée d’une tour de surveillance qui est dans tous les
esprits. Tout semble si normal. Dans un coin, sous un hangar de bois,
des artisans repeignent une grande barque. A l’entrée, des
guides proposent leurs services. Après une introduction
générale sur le régime Khmer rouge et ses
pratiques, le guide nous emmène à travers les vergers
dans lesquels plus de 8000 corps furent découverts (mais au
moins autant sont toujours ensevelis). Les régulières
dénivellations du sol sont les fosses dans lesquelles les corps
des prisonniers étaient jetés après avoir
été exécutés à l’aide d’un plant de
palmier (pas question de gaspiller des munitions). Ce
procédé étant assez approximatif, on imagine le
nombre de gens qui ont pu être enterrés vivants. Le guide
continue de parler, d’évoquer cette horreur avec détails
à l’appui. Je ne l’écoute plus vraiment, plongé
dans une sorte de torpeur, regardant les arbres, la rivière,
essayant d’imaginer comment un lieu si paisible a pu servir de
théâtre à cette barbarie. Tout a coup, le guide se
penche ver le sol et ramasse quelque chose. On dirait un caillou mais
c’est un peu plus allongé. Il nous explique que c’est un
ossement humain. Un fragment parmi des millions de fragments. Je me
penche à mon tour vers la terre que je n’avais pas vraiment
regardée jusqu’à présent et je me rends compte que
des fragments comme ça il y en a partout, comme des cailloux ou
des feuilles mortes, et que nous sommes en train de marcher dessus
depuis que nous avons commencé la visite. |

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| 2. Choeung
Ek (Killing Fields), Stupa du Souvenir. Au premier plan, les fosses
communes |
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La
pagode qui se trouve au milieu de tout ça a été
construite en 1988. Elle renferme les reliques de ces victimes,
crânes, ossements, vêtements, qui ont été
soigneusement classés, numérotés et posés
sur des étagères superposées. Après
l’invasion vietnamienne et la chute du régime de Pol Pot, on a
exhumé à partir de 1980 ces restes anonymes qui
constituent aujourd’hui une macabre installation. Je me souviens de la
visite du mémorial du Génocide Arménien à
Deir Ezzor, en Syrie. Dans la crypte d’une chapelle, étaient
exposés des ossements trouvés dans la région.
Là bas, les vestiges étaient épars, car le
génocide arménien avait eu cette particularité
d’être disséminé. Les corps étaient
jetés dans l’Euphrate, dans des grottes, au fin fond du
désert, ce qui rend leur découverte plus
problématique (et permet, entre autres, à la Turquie de
continuer à nier l’existence d’une extermination
programmée). Tandis qu’au Cambodge, ce ne sont pas les
pièces à conviction qui manquent. Elles sont là,
témoignent au grand jour, s’exhibant à qui veut bien les
voir et attendent toujours que justice soit faite. Et elles risquent
d’attendre encore.
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| 3. Choeung
Ek (Killing Fields), Stupa du Souvenir. Les restes de 8000 êtres
humains |
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L’ambiance
n’est pas à la joie sur le chemin du retour.
Le chauffeur a branché la radio sur Rfi (Radio France
Internationale) pour faire plaisir à ses passagers. Car comme la
majorité de ses compatriotes, il ne parle ni ne comprend un mot
de français. Rfi consacre un long dossier à
l’enquête internationale sur l’assassinat de l’ancien premier
ministre libanais Rafic Hariri. On évoque la création
d’un tribunal international et ça en fait tout un plat. Ici, au
Cambodge, plus d’un million de personnes ont été
massacrées sans raison aucune et aucune forme de justice n’est
venue troubler la quiétude des anciens bourreaux. Nous avons
d’ailleurs rendez vous sur leur ancien lieu de travail puisque notre
prochaine étape est la prison de haute sécurité
S21, dite aussi Tuol Sleng, l’endroit ou séjournaient les
actuels habitants des charniers de Choeung Ek.
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| 4. Phnom Penh, musée
Tuol Sleng. Noter les barbelé pour empêcher les
prisonniers de sauter
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Tuol
Sleng était le lycée Tuol Svay Prey. Comme on n’avait
plus besoin de lycées sous un régime qui bannissait toute
forme de connaissance et d’intelligence, on a affecté une
nouvelle fonction. Une prison de haute sécurité pour
enfermer les personnes dangereuses à la stabilité de
l’état. Celles qui pouvaient préparer des complots pour
le compte de la CIA, du MI6 (services de renseignements de sa gracieuse
majesté), du KGB ou éventuellement des trois qui se
seraient réunis pour faire chuter la république des
honnêtes travailleurs et y instaurer une dictature au service de
l’impérialisme. Tuol Sleng a reçu à ses heures de
gloire (1975-1979) plus de 17000 pensionnaires dont seul sept sortirent
vivants. Et il ne faut surtout pas croire que c’était le seul
établissement de ce genre dans le pays, seulement le plus
prestigieux.
Ici aussi, une guide, qui a proposé ses services, nous
emmène à travers les bâtiments de l’ancien
lycée. Dans la cour, on nous montre les tombes de prisonniers
dont les corps ont été découverts par les soldats
vietnamiens lors de leur arrivée sur les lieux. Les derniers
martyrs de Tuol Sleng.
Les salles de classe ont été
réaménagées en cellules. Il y a différents
types. Les cellules individuelles avec des murs construits en brique ou
en bois, alignées les unes à côté des
autres, et les cellules collectives ou les prisonniers étaient
couchés à même le sol les uns à
côté des autres. Et puis il y a quelques pièces
très spéciales, les chambres de torture. Le mobilier est
composé d’un lit en fer. Le prisonnier y était
attaché et subissait des choses atroces. Sur un des lits, il y a
une décoration avec un soleil rayonnant, quelle ironie du sort.
Lorsque les vietnamiens sont arrivés, les lits étaient
encore occupés par les cadavres des dernières victimes
(citées plus haut) que des oiseaux et autres charognards avaient
commencé à dépecer. Dans chaque pièce a
été accrochée une photo d’époque pour
prouver que la réalité était pire que les plus
épouvantables cauchemars. |
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| 5. Phnom Penh, musée
Tuol Sleng: chambre de torture |
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L’administration
khmère rouge gérait l’art de la torture avec un soin
inégalé dans l’histoire moderne. Certes, les hommes de la
gestapo et les gestionnaires de l’administration carcérale nazie
n’étaient pas mal dans leur genre côté sens de
l’organisation. Ici, chaque prisonnier avait un dossier avec photo,
informations diverses, procès verbal des interrogatoires, etc.
Rien d’approximatif. Comme dans tout système de ce genre, la
torture allait en crescendo. L’administration comportait des
médecins, ou plutôt des apprentis sorciers, des hommes ou
des femmes qui avaient reçu une formation médicale
sommaire de trois semaines (!) et dont la fonction était de
«réparer» les victimes après les
interrogatoires trop musclés. On était tellement
pointilleux que, non seulement on savait qu’on allait tuer tous les
prisonniers, mais, par-dessus le marché, on les tuait à
petit feu, pour en profiter au maximum. Ainsi, on torturait, on
«réparait», et ainsi de suite. Et, finalement, si le
prisonnier était encore vivant, on l’envoyait à Choeung
Ek accomplir son dernier voyage. Comme les prisonniers n’avaient plus
beaucoup d’espoir dans leur existence, leur vœu le plus cher
était de mourir le plus vite. Mais là aussi, leurs matons
avaient tout prévu. Ils avaient enveloppé les
bâtiments de fers grillagés pour empêcher les
tentatives de suicide genre grand saut par la fenêtre.
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| 6. Phnom Penh, musée
Tuol Sleng: portraits des prisonniers prhotographiés par les
khmers rouges |
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Un
des moments les plus forts de la visite est la galerie de portraits.
Des salles qui se succèdent en enfilade, avec des panneaux sur
lesquels sont accrochés des photos d’hommes, de femmes et
d’enfants. Tous les pensionnaires de la maison, photographiés
lors de leur arrivée (évidement, sinon ils seraient en
trop mauvais état). On relève sur certains portraits de
profil, un curieux détail. Une sorte de barre de fixation
derrière la tête. Ce n’est pas un instrument de torture
mais un autre aspect de la maniaquerie des tortionnaires. Ils avaient
inventé un siège spécial doté d’un
dispositif obligeant le modèle à se tenir bien droit.
Comme ça, les photos sont toutes parfaites. On regarde ces
visages qui ne connaissent pas forcément encore le sort funeste
qui les attend. Certains ont quand même un regard
épouvanté. Une intuition? Des informations qu’ils avaient
obtenues? La simple peur d’être placé en détention?
Je me souviens de ces images depuis que j’avais vu le film Baraka de Ron Friecke. Un film
sans paroles, juste des images et une bande son, qui dressait un
portrait du monde au début des années 1990. Le Cambodge y
avait la part belle puisqu’on y montrait les temples d’Angkor à
une époque ou peu nombreux étaient les touristes qui s’y
risquaient. Je me souviens encore des images du Ta Prohm sous les
racines des fromagers et des sourires du Bayon à Angkor Thom
sous la voûte étoilée. Mais je me souviens surtout
de ces visages qui m’imploraient, qui attendaient, qui pleuraient. Et
c’est peut être pour eux, pour venir leur rendre hommage, que je
suis venu jusque là, dans ce petit pays d’Asie, dans cette
capitale que les voyageurs ont délaissé au profit de Siem
Reap.
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| 7. Phnom Penh, musée
Tuol Sleng: portraits des prisonniers prhotographiés par les
khmers rouges |
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1975
a été une année funeste pour le Cambodge et pour
le Liban, notre pays. Certes, à côté de leur
génocide, nous ne pouvons pas prétendre à un
pareil degré dans l’horreur. Depuis les évènements
du Printemps de Beyrouth, on reparle des personnes disparues au cours
des années 1975-1990. Des hommes et des femmes, de tous bords,
de toutes religions, qui ont été enlevés et puis
plus rien. Parfois, des femmes descendent manifester en silence au
centre de la capitale avec des portraits de leurs disparus dont
personne n’a plus jamais eu de nouvelles. Plusieurs milliers qui se
sont volatilisés dans la nature. Ici, à Tuol Sleng, point
de doutes, point d’interrogations. Tout le monde est bien mort, tout le
monde a bien été assassiné. Les registres et cette
exposition photographique qui ressemble aux installations de Christian
Boltanski – artiste français qui a largement bâti son
œuvre sur le travail de la mémoire - est là pour le
prouver.
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| 8. Phnom Penh, en face du musée Tuol
Sleng |
| A la sortie du musée Tuol Sleng, nos regards tombent
sur deux touristes occidentales qui descendent d’un tuk tuk.
Vêtues de robes aux couleurs claires, elles dégagent
quelque chose d’étrange après cette visite. Leur
beauté et leurs sourires semblent presque indécents dans
ce monde lugubre alors qu’elles viennent voir la même chose que
nous et qu’elles ne tarderont pas à avoir la tête
d’enterrement que nous affichons depuis un moment. Patrick les prend en
photo. En dix ans de voyages en commun, c’est la première fois
que je le vois photographier des touristes. L’image
révélera un détail étrange que personne
n’avait remarqué: la tête du motard casqué à
travers une ouverture… |
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| 9. Phnom Penh, marchande d'oeux de nuit
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La nuit est noire à Phnom Penh.
Sur les bords du lac, les badauds se promènent. Des marchands
vendent des en cas, des œufs, des insectes grillés et des
jouets. Après un dîner réparateur au Foreign
Correspondants Club, nous sommes attirés par les lumières
d’un soi disant spa qui relève plus du bordel soft et ne nous
fait pas oublier les misères de la ville. Le lendemain matin, le
réveil est rude. Nous sommes en retard pour attraper le bateau
qui doit nous emmener à Siem Reap. Nous ramassons nos affaires
dans la précipitation, une voiture nous attend pour rejoindre le
port ou nous arrivons in extremis. En chemin, nous nous rendons compte
que l’enveloppe qui se trouvait dans le coffre de l’hôtel avait
été vidée du plus clair de son contenu, peut
être par ce même réceptionniste qui, trois jours
auparavant, nous avait prévenu des dangers de la ville. |

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| 10. Le lac Tonlé Sap se gonfle
à la saison des pluies |
| Enfin à bord du bateau rapide, nous nous installons
sur le toit, espace que nous partageons avec trois françaises.
Nous parlons de la France, des français, de la crise, de leurs
mécontentements récurrents et de leur goût pour la
contestation sans savoir que quelque mois plus tard ce pays allait
s’enflammer dans la crise du CPE… Cinq heures durant, nous avons droit
aux paysages du Lac Tonlé Sap, des villages alentours
submergés mais dont les maisons restent protégées
grâce à leur construction sur des pilotis. A
l’arrivée à Siem Reap, il, y a, sur un quai minuscule,
une foule de bonshommes qui brandissent en braillant des panneaux et
des écriteaux à l’adresse des passagers du bateau. C’est
le deuxième chapitre du voyage au Cambodge, celui des temples
d’Angkor, qui s’ouvre à présent. |
| >> LIRE
LA SUITE DU RECIT |
Texte: Gregory Buchakjian. Photos:
Gregory Buchakjian (1-3, 5-6, 10), Patrick
Kassardjian (4, 7-9)
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