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A
propos de voleurs…
Il y en a un qui s’est illustré par ses exploits rocambolesques.
En 1923, André Malraux est au Cambodge, alors colonie
française. Il écrira à l’issue de ce voyage La
voie royale, un récit d’aventures initiatique. Malraux
visite le
petit temple de Banteay Srei et y est particulièrement sensible
à la statuaire. Tellement sensible qu’il fait découper
quatre sculptures d’Apsaras afin de les ramener avec lui.
L’écrivain cambrioleur est pris la main dans le sac par des
autorités de Phnom Penh qui récupèrent les
trésors et l’enferment quelques temps en résidence
surveillée avant de le laisser regagner la Métropole.
L’affaire a de quoi dresser les cheveux sur la tête, surtout
quand on sait que quelques décennies plus tard,
l’intéressé deviendra ministre de la culture, en charge,
entre autres, de la protection du patrimoine. C’est cocasse, grotesque,
mais doit être remis dans le contexte de l’époque. Malraux
n’a pas volé pour revendre, comme le font les pillards
habituels. Il a volé par passion, comme le faisaient alors
nombre d’artistes et d’intellectuels. Picasso n’avait il pas dans son
entourage une connaissance qui passait au Louvre une fois par semaine
faire son marché comme on va aux puces ou aux Galeries Lafayette? |
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1. Banteay Srei sous la pluie
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| Le
nom de Banteay Srei est une appellation récente qui signifie
«citadelle des femmes» en référence a la
délicatesse du décor sculpté qui n’aurait pu
être fait que par des femmes (?). Situé à 20km
d’Angkor, ce petit temple n’est pas une fondation royale mais l’œuvre
d’un certain Yajnavaraha, conseiller du roi Rajendravarman puis gourou
de Jayavarman V. On y arrive après avoir franchi plusieurs gopura - portails
finement ouvragés. Sa silhouette se
dégage discrètement du fond tapissé d’arbres
tandis que la pluie qui tombe en abondance semble faire un écran
supplémentaire dans le paysage. Le temple est relativement
petit, construit sur un seul niveau. Il est composé de trois
tours précédées d’un vestibule – mandapa – et
entourées de deux bibliothèques dans lesquelles
étaient entreposés les textes sacrés. |
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| 2.Banteay
Srei |
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Banteay
Srei nous remet à une échelle plus humaine.
Tandis qu’Angkor Wat et le Bayon instaurent un culte du colossal, ici,
on sent un espace plus intime, plus proche de nous. C’est comme la
chapelle des Scrovegni de Giotto que certains préfèrent
au gigantisme de Michel-Ange à la Sixtine. Il faut dire qu’on
n’a beau tourner, regarder, méditer, s’arrêter, nul
défaut, nul accident ne vient perturber l’œil. Le temple, dans
un remarquable état de conservation, est parfait. Les motifs
sculptés atteignent un sommet dans le raffinement et
l’invention. Les apsaras, qui jouent ici le rôle de gardiennent –
d’où la dialectique féministe – qui avaient plu à
Malraux sont sublimes.
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| 3. Banteay
Srei |
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Et
puis il y a les scènes en relief sur les linteaux.
Peut on résister à la vue de Reahou, démon qui a
bu la liqueur d’immortalité, et qui fut puni par Vishnou qui le
découpa? On voit sa tête et ses deux bras flotter au
milieu de rinceaux de flammes! Que dire, à propos, de flammes,
de cette extraordinaire incendie de la forêt Khandava? C’est sur
la façade Est de la bibliothèque Nord. L’incendie a
été allumé par le dieu Agni qui voulait tuer le
naga Taksaka. Tandis que les oiseaux tentent de fuir le brasier, Indra,
dieu du ciel montant son éléphant tricéphale
Airavata, crée la pluie pour étreindre les flammes. C’est
alors qu’Agni demande l’aide de Krishna et de son frère Balarama
qui lancent des flèches pour empêcher l’eau de tomber. On
comprend alors que les stries qui ressemblent à des averses sont
des flèches, tandis que la pluie est représentée
comme un plan d’eau horizontal suspendu.
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| 4. Banteay
Srei |
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Parmi
les autres scènes intéressantes, citons, sur la
façade Ouest de la bibliothèque Nord, Shiva tuant son
oncle Kamsa qui l’avait poursuivi et tourmenté, et, sur la
façade Est de la bibliothèque Sud, le démon Ravana
(têtes et bras multiples) agitant le mont Kailasa ou Shiva et Uma
sont installés. Ceux qui n’ont pas encore eu l’occasion d’aller
sur place peuvent prendre la direction du musée Guimet, à
Paris. Dans la grande galerie au rez de chaussée de cet
établissement consacré aux arts d’Asie, se trouve un
fronton du temple de Banteay Srey, porche du gopura III Est. Y figure
une scène du Mahabharata au cours de laquelle deux jeunes
premiers, Asura Sunda et Upasunda, se disputent la belle Tilothama.
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| 5. Banteay
Srei |
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LA SUITE DU RECIT |
Texte: Gregory Buchakjian. Photos:
Zeina Abirached (2), Gregory Buchakjian (3-5), Patrick
Kassardjian (1)
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