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| « Sur l’azur
profond du ciel, sur la verdure intense des forêts de
l’arrière plan de
cette solitude, ces grandes lignes d’une architecture à la fois
élégante et majestueuse me semblèrent, au premier
abord, dessiner les
contours gigantesque du tombeau de toute race morte! (…) Peut-on
imaginer tout ce que l’art architectural a peut-être
édifié de plus
beau, transporté dans la profondeur de ces forêts, dans un
des pays les
plus reculés du monde du monde, sauvage, inconnu, désert,
où les traces
des animaux sauvages ont effacé celles de l’homme (…) Nous
mîmes une
journée entière à parcourir ces lieux, et nous
marchions de merveille
en merveille, dans un état d’extase toujours croissant. (…) Qui
nous
dira le nom de ce Michel-Ange de l’Orient qui a conçu une
pareille
œuvre, en a coordonné toutes les parties avec l’art le plus
admirable,
en a surveillé l’exécution de la base au faîte,
harmonisant l’infini et
la variété des détails avec la grandeur de
l’ensemble et qui, non
content encore, a semblé chercher partout des difficultés
pour avoir la
gloire de les surmonter (…) » |
| C’est en des
termes qui ne cachent pas son émerveillement que Henri Mouhot,
premier
occidental à voir les temples khmers, décrit Angkor Wat (1). On était au
XIXe siècle, l’occident finissait de découvrir – et
coloniser – le
monde. Le Cambodge était alors une contrée perdue et
insalubre aux
confins de l’Indochine. Il y eut ensuite la France colonisatrice et ses
fastes tropicaux, le roi Sihanouk (acte I) et son cinéma, la
piste Ho
Chi Minh et sa guerre américaine, les khmers rouges et leurs
atrocités,
avec la re-disparition du pays des parcours touristiques. Enfin, le roi
Sihanouk (acte II), la paix retrouvée, toujours la misère
et le retour
des touristes. |
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1. Angkor Wat, vue vers l'ouest depuis le
sommet
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| Le
monde entier se précipite aux portes d’Angkor Wat, comme il le
fait au pied des pyramides de Gizeh, du Taj Mahal et du
Parthénon. Comme ces lieux célébrissimes, Angkor
Wat est le landmark d’une civilisation toute entière, voire le
symbole d’un pays puisque la silhouette inoubliable du temple figure
sur le drapeau national, au même titre que le cèdre pour
le Liban. Cette gloire, cette médiatisation à outrance ne
sont pas disproportionnées. Au cœur d’Angkor, le plus grand site
archéologique du monde, le temple d’Angkor Wat – temple de la
cité – est probablement le plus grand lieu de culte jamais
construit. Une enceinte rectangle de 1,5 x 1,3 km, un édifice
central de 332 x 258 m (42 m de haut). Seul le temple de Karnak en
Egypte peut soutenir la concurrence. |

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| 2. Angkor Watt |
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La
représentation du monde.
Construit entre 1131 et 1150 par le souverain Suryavarman II, le temple
dédié Vishnou représente l’univers selon la
cosmographie hindoue. Les douves qui l’entourent sont les océans
enserrant la terre tandis que les galeries concentriques
représentent les chaînes de montagnes au cœur desquelles
se dresse la pyramide centrale, le Mont Mérou, centre de
l’univers. Contrairement aux autres temples khmers, Angkor Wat est
orienté vers l’Ouest (au lieu de l’Est) ce qui a laissé
à penser qu’il s’agirait d’un temple funéraire.
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| 3. Angkor
Wat, statue de Vishnou
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| Au-delà
des douves se trouve le mur d’enceinte enserrant le complexe du temple.
De longues galeries alternées par des gopura – pavillons. Dans
celui de l’angle Sud Ouest (à droite par rapport à
l’entrée) se trouve une statue de Vishnou de 3,25 m de haut
sculptée dans un seul bloc de grès. Les huit bras de la
divinité tiennent une massue, une lance, un disque, une conque
et autres objets. Lorsque la religion du royaume khmer est
passée de l’hindouisme au bouddhisme, la statue a
été réemployée en Avalokitésvara (2) et
demeure un objet de vénération. Les fidèles
déposent à ses pieds des mèches de cheveux
déposées par des fidèles en remerciement à
un vœu exaucé. |
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| 4. Angkor
Wat |
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La
carte postale. Silhouette du temple, inoubliable, au bout de la
perspective de la chaussée longue de 325 m qui y mène.
Les khmers ont développé le concept du temple montagne
connu en Inde(3) et lui ont
donné l’ordonnance d’un plan
symétrique en quinconce. Quatre tours d’angle (qui s’alignent
dans la vue frontale qui ne laisse paraître que deux) et une tour
centrale. Le temple est précédé de bassins dans
lesquels pousse une végétation que viennent cueillir des
vieilles femmes. A l’intérieur, de longues galeries à
portiques font le tour de l’édifice. La voûte apparente
était initialement cachée par un plafond à
caissons qui a été restauré sur un tronçon.
Face aux baies, les murs sont intégralement tapissés des
scènes sculptées en bas relief. Des images qui peuvent
s’étaler sur près de 50 m de long sans aucune
interruption, un si grand format qu’il ne peut être
embrassé d’un seul coup d’œil mais doit être parcouru par
le spectateur. Le cinéma avant le cinéma, ce n’est pas
l’image qui est animée mais celui qui la regarde.
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| 5. Angkor
Wat, Bataille de Lanka |
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Certaines
scènes représentent des passages du Mahabharata et du
Ramayana, grandes épopées hindoues. Sur la section Nord
de la galerie Ouest se trouve un des morceaux les plus spectaculaires,
la Bataille de Lanka, au cours de laquelle Rama, aidé de
l’armée de singes de Hanuman, part récupérer sa
femme Sita enlevée par Ravana (lequel a scellé une
alliance avec les démons). Cette guerre de Troie orientale est
figurée dans un gigantesque enchevêtrement de figures et
d’armes qui occupent l’espace qui se trouve totalement saturé.
Sur le mur Est, section Sud, le Barattage de la mer de lait, un grand
mythe de la création est assez mouvementé aussi. Le
jugement de Yama (galerie Sud, section Est) est une composition en
apparence plus lisible car découpée en trois frises
horizontales, celle du dessus représentant le paradis ou les
élus sont transportés à bord de palanquins tandis
que celle du bas illustre évidement les enfers ou sont
maltraités les damnés.
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6. Angkor Wat, ascension ardue pour
atteindre le sommet!
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Derrière
ces galeries d’images, le temple s’articule en quatre cours autour de
la tour centrale, cours au centre desquelles se trouve un bassin de
purification. A partir de là s’amorce la montée vers le
niveau supérieur qui reprend lui aussi cette division en quatre.
Les escaliers sont très raides. Comme sur tous les temples
khmers. Le visiteur ne peut pas s’amuser à monter avec la
désinvolture des stars sur les marches du palais des Festivals
à Cannes. Si les escaliers sont taillés de la sorte,
c’est pour obliger l’usager à faire preuve d’humilité
face à la sacralité des lieux. Et à moins
d’être un singe, on ne peut que s’incliner. Au sommet, la vue est
splendide. Alors que notre guide continue de nous expliquer des choses,
passionnantes au sujet d’Angkor Wat, Patrick ne manque de remarque les
nuages noirs qui s’approchent inexorablement. L’averse et proche, et
descendre ne sera pas chose aisée sachant qu’il n’y a qu’un seul
endroit ou une rampe a été installée pour aider
les visiteurs à la descente. Descente qui est bien plus
difficile que la montée. Gare au vertige ! Comme la visite de la
pyramide dans Tintin et les Picaros.
Sitôt la haut, sitôt
redescendus en précipitation. Il était moins une!
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7. Angkor Wat, relief d'Apsara
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| En
quelques instants, un déluge vient de s’abattre sur Angkor. La
chaussée monumentale qui précède le temple est
devenue une rivière dans laquelle nous nous ébattons
joyeusement, comme des mômes, complètement trempés.
Une sensation difficile à expliquer, tant elle semble
inappropriée de la part de personnes civilisée mais qui
exprime cet état d’extase qui s’est emparé de nous. Et
qui rappelle que dans la découverte de ces ruines grandioses,
les conditions naturelles – climat, etc., font partie des
ingrédients indispensables pour donneur aux lieux toute leur
saveur. |
NOTES
|
1) Voyage dans les Royaumes de Siam, de
Cambodge, de Laos et autres parties de l’Indochine, Henri
Mouhot, ed. Hachette, 1868. Rééd. Olizane, 1999, pp.
182-193
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| 2) Etre
ayant renoncé à la divinité afin de porter
assistance à l’humanité. |
3) Cf. nos pages sur Bhubaneshwar, Khajuraho et Konarak.
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LA SUITE DU RECIT |
Texte: Gregory Buchakjian. Photos:
Zeina Abirached (5), Gregory Buchakjian (1, 4, 6-7), Patrick
Kassardjian (2-3)
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