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> ALLER / VENIR
Prendre des taxis fera l’affaire pour qui veut circuler en ville. Veiller à négocier le prix à l’avance. En cas de trajets à répétition, une bonne astuce est de se mettre d’accord avec un chauffeur sur les parcours et sur un forfait. Pour qui veut aller se balader dans l’île, il sera préférable et plus drôle de louer une voiture (les grandes compagnies de location de voitures sont présentes dans le pays et ont notamment des comptoirs à l’aéroport).
> DORMIR
Bahreïn offre au visiteur un hébergement assez varié dans lequel on distinguera, en gros, deux catégories : Les petits hôtels / pensions pour routards et les palaces de luxe pour hommes d’affaires. Pour la première catégorie, nous n’avons pas d’adresse particulière à recommander. Le mieux est de se diriger dans le centre de Manama, du côté du marché et de jeter un coup d’œil aux établissements (mieux vaut visiter les chambres et s’assurer de la propreté) avant de faire son choix. Pour la seconde, nombre d’établissements affiliés aux chaînes internationales proposent des prestations facturées, comme il se doit, au prix fort. Nous avons sélectionné deux hôtels qui se distinguent du lot par le fait qu’ils possèdent un accès direct à la mer.
The Ritz-Carlton, Bahrain Resort & Spa (ex. Le Méridien) est probablement la meilleure adresse de Bahreïn. Le voyageur routard ou esthète maudira sans doute notre choix en arrivant devant le bâtiment à la façade fort peu avenante et en entrant dans l’atrium, espace issu de ce que l’architecture des années 1970-1980 ont fait de pire. A ce premier contact catastrophique, le Ritz Carlton offre des chambres d’un excellent niveau de confort, des salles de bains proprement superbes avec leurs tonalités noirâtres et, surtout, un des plus beaux accès à la mer du pays. L’hôtel possède un immense parc de verdure dans lequel sont nichées des villas en bois blanches de style colonial et qui se déploie sur une crique bordée par une plage de sable fin. L’endroit est réellement enchanteur et justifie amplement le prix élevé (à partir de 250 USD) des nuitées.
Situé non loin de l’aéroport international le Novotel Al Dana Resort Bahrain a été construit dans un style inspiré de l’architecture locale (murs ocre, balcons en bois…) avec des pavillons autour desquels serpentent des lagons artificiels. Moins luxueux et plus kitsch que le Ritz Carlton, il s’avère néanmoins agréable et propice au farniente. Nuitées à partir de 160 USD.
> MANGER
La palette culinaire disponible dans la ville est très vaste et permet de bien manger pour tous les goûts et toutes les bourses, du petit snack dans un centre commercial au grand restaurant palatial. Ne pas manquer de manger du poisson et des fruits de mer (les eaux du Golfe sont très riches) et de s’aventurer dans les saveurs orientales, de l’Arabie à la Chine en passant par l’Iran et l’Inde.
Le quartier de Adliya concentre une bonne partie des bonnes adresses de Manama. Un de nos favoris est La Ventana, un café salon de thé à la déco bariolé – murs peints, objets ethniques – qui change régulièrement (ne pas manquer la visite des toilettes, aussi grandes que le restaurant, avec une baignoire). On y mange des salages extravagants, gigantesques et entièrement bios avec des ingrédients frais et de première qualité et des desserts maison (prix très raisonnables). Une bonne ambiance et une bonne bouffe sont aussi au rendez vous chez Coco’s, tendance mexicaine, juste à côté.
Le restaurant asiatique Monsoon (toujours à Adliya, tel: 17749222) est considéré comme un des meilleures tables. L’aménagement intérieur annonce le grand jeu : grande salle tout en bois comme l’architecture de l’Asie du Sud Est. La carte est immense et on s’y perd mais le personnel, très attentif est généralement de bon conseil. Un repas fastueux coûtera autour de 40 USD.
> BOIRE / DANSER
Un des lieux de rendez vous nocturnes les plus prisés de la ville est le Traders Vic’s, un restaurant polynésien qui fait aussi bar avec orchestre, attenant au Ritz Carlton. Ambiance sympa et décontractée. En face de ce dernier, non pas côté cour mais côté jardin, se trouve un lieu assez magique : Un pavillon posé sur l’eau avec des rideaux qui volent au vent dans la nuit, des fauteuils, une belle lumière et une musique un peu lounge. Ce lieu est un club privé niché dans les jardins, en principe réservé aux membres et à leurs invités. Rien ne vous empêche de tenter votre chance, le contrôle n’est pas très strict. Il suffit d’avoir l’air sur de soi, de se donner la consistance d’un habitué et de saluer cérémonieusement le personnel avant qu’il n’ait eu le temps de réagir. Les bars de nuit ferment à deux heures du matin. 
> ACHETER
Comme leurs voisins des pays du Golfe, les bahreïnis sont des amoureux du shopping et shopping malls, ces centres commerciaux –– beaucoup moins grands et luxueux ici que leurs homologues de Dubaï - dans lesquels on retrouve les grande marques occidentales, de Mango à Marks & Spencer. Leur visite s’impose même si vous ne voulez rien acheter, car ces lieux sont un théâtre du mode de vie local. L’autre incontournable, c’est la vieille ville de Manama et ses souks que l’on surnomme aussi marché indien ou little Bombay. Ambiance pleine de senteurs et de rencontres hautes en couleur.
Quelle différence entre une ville du Golfe et une autre ville du Golfe? Aucune, répondra le commun des mortels, excluant d’emblée Dubaï et ses gloires. Les autres? Manama, Koweït, Doha, Abou Dhabi? Et bien les autres rêvent de devenir Dubaï. Que vous soyez à bord d’un avion de Qatar Airways ou de Gulf Air, le magazine de bord sera rempli d’accroches publicitaires vantant des projets immobiliers grandioses s’envolant dans les airs ou s’étalant sur terre et sur mer. A Dubaï ils font les Palm Islands et The World, et bien ici ils ont lancé Lulu Island (non pas Lulu comme l’opéra d’Alban Berg, mais Lulu prononcé Loulou, signifiant perle) avec ses tours, ses villas, ses lagons et son yacht club. Youmna me confirmera d’ailleurs que le gros du travail de l’agence de pub pour laquelle elle bosse est l’immobilier.
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Bahrein, Manama, la skyline dominée par le World Trade Centre (à gauche) et le Bahrain Financial Harbour (à droite)
Bahreïn vue du ciel, en milieu de journée. La lumière est crue et gluante. Dans la brume émergent des pyramides pointues telles des cristaux gigantesques. On croirait voir une image de synthèse ou une peinture post romantique. Bahreïn s’est elle aussi lancée dans la course aux gratte ciels. Deux projets concurrents et presque jumeaux en cours d’achèvement dominent désormais la skyline. Deux projets de tours jumelles de hauteurs quasi identiques. D’une part le Bahrain Financial Harbour (260 m de haut, 53 étages) et de l’autre le Bahrain World Trade Centre (240 m de haut, 50 étages), plus intéressant car ses tours ressemblent plus à des lames aiguisées et sont reliées par trois passerelles sur lesquelles seront installées des éoliennes. Cet ouvrage est signé WS Atkins & Partners, l’agence à qui on doit certains des immeubles les plus remarquables de Dubaï comme le célèbre hôtel Burj Al Arab. Encore Dubaï, toujours Dubaï, mais pourquoi ? Et bien, c’est simple. Bahreïn, comme les Emirats Arabes Unis, mais aussi le Qatar, Oman et les autres, sont de plus en plus conscients de l’épuisement prochain de leurs ressources en hydrocarbures. Pour suppléer à ce futur manque, ils n’ont d’autre choix que de développer des activités économiques basées sur le secteur tertiaire : Finance, services, tourisme etc. La concurrence est impitoyable entre les cités états et même, au sein de ces dernière, entre les entreprises. D’où cette situation tout à fait inédite de cette double paire de tours jumelles côte à côte.

Qal'at Bahrein
La sortie de l’aéroport, lui-même moderne mais sans plus, ne laisse pourtant pas présager cette science fictionnalisation de la cité. Les portions d’autoroutes et de grands boulevards cohabitent avec des artères relativement modestes, encombrées, bordées d’immeubles parfois vétustes et décrépis et sur lesquelles roulent des véhiculent qui ne sortent pas tous les derniers modèles de Porsche et Lexus. Bahreïn n’est pas un pays dont tous les citoyens sont milliardaires et passent leur temps à se tourner les pouces en attendant de prendre des vacances à Beyrouth ou sur la côte d’Azur. Une immense majorité de bahreïnis travaille, certains sont même touchés par le chômage. Si vous rencontrez un bahreïni vêtu du costume traditionnel qu’arbore une bonne partie de la population, vous aurez du mal à savoir si il est chauffeur de taxi ou ministre. De là à voir dans ce pays le royaume du communisme et de la société égalitaire, non! 
Bahrein, maisons colorées près du fort portugais
A partir du vieux centre de Manama, l’urbanisation se développe sur de nouveaux quartiers en périphérie, comme Al Seef, ou crèchent dans des immeubles flambants neufs des banques et des palaces. Certains quartiers sont si neufs qu’on a plutôt l’impression qu’il s’agit d’un désert habité, tant on n’y voit rien d’autre que la platitude des étendues de sable. Youmna a tenu à me montrer là où elle habite. Alors que nous roulions non loin du Ritz Carlton, elle m’a montré un immeuble de quatre étages planté au milieu de nulle part, dans la solitude d’une plaine pas même desservie par une route goudronnée. «C’est ici» me dit-elle comme si c’était une blague. Pour le moment, il n’y a rien d’autre que la poussière. Dans un an ou deux, ce sera un joli quartier. En poussant plus loin dans cette banlieue désespérément plate, on atteint une des principales attractions touristiques, Qal’at Bahreïn. Des nombreux forts portugais de l’archipel, celui-ci est le plus grand et le mieux conservé. Construit vers le XVIe siècle sur un tertre occupé depuis plusieurs millénaires, il vient de subir d’importants travaux de restauration. L’édifice compte nombre de détails intéressants comme une belle galerie d’arches près de l’entrée et offre une belle vue sur une palmeraie voisine. A proximité du fort se trouve un village ou un quartier (?) constitué d’une rue longiligne avec des maisons peintes. Les décors reproduisent des formes géométriques, des motifs floraux, des poissons et des volatiles. Deux petites mosquées situées à chacune des extrémités sont également dotées de ces visuels un peu naïfs avec des inscriptions coraniques et des motifs architecturaux en trompe l’œil. Cet îlot est habité par une communauté de chiites qui sont la faction majoritaire dans la démographie du pays. Il suffit de passer dans certains quartiers de Manama pour s’en rendre compte. On se croirait presque dans la banlieue sud de Beyrouth, en version miniature et les destructions en moins. Sur une rue passante trônait un arc de triomphe portant l’inscription «Nasr min Allah» - La victoire divine – slogan du Hezbollah libanais après sa guerre contre Israël de juillet 2006, encadrée de deux portraits de Sayyed Hassan Nasrallah, leader de ce parti. Pour qui allait dans ce pays paisible pour échapper un peu aux tensions politiques secouant actuellement le pays du cèdre, c’était réussi. Surtout que la veille, à la descente d’avion, nous avions croisé un homme portant un incroyable tee shirt arborant le double portrait de Saad Hariri (le fils) et Rafic Hariri (le père) sur fond noir (le saint esprit), image encadrée elle-même des têtes des deux hommes en alternance sur le coton du vêtement. 
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Bahrein, Manama, le marché aux épices
La ville de Manama a pourtant un certain dépaysement à offrir. Derrière la grande avenue sur laquelle trônent les buildings dont certains, remontant aux années 1960-1970, se distinguent par l’élégance de leurs façades de moucharabiehs en béton faisant office de pare soleil, se trouve Bab al Bahreïn (la porte de Bahreïn), une construction de facture orientalo colonialisante au-delà de laquelle s’ouvre le quartier des souks, que l’on surnomme parfois Little Bombay au vu de la quantité de marchands et de marchandises venus d’Inde. Le souk n’est pas un ensemble architectural digne d’intérêt, comme ses prestigieux homologues de Damas ou d’Ispahan. Ce sont des quartiers densément couverts d’immeubles sans age et sans charme aucun – un nouveau souk «à l’ancienne» serait en projet – au pied desquels se succèdes échoppes et magasins en tous genres. C’est plus Barbès que Khan al Khalili et ce n’est pas plus mal car on ne se sent pas dans un décor pour touristes. Dans ce dédale d’animation urbaine, apparaissent pourtant, au coins de rues, des images transportant le voyageur dans l’image fantasmagorique de l’orient, tel ce café aménagé sous un auvent de toile beige et auquel sont installés, sur deux rangées de sièges se faisant face, des bahreïnis tout de blanc vêtus sirotant leur chicha (narguilé). Autres moments forts de la ballade, le marché aux épices, riche en couleurs et en parfums, et le marché de l’or dont les vitrines débordent de bracelets et colliers brillants de tous leur feux.
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Bahrein, Manama, le marché aux épices
 Il y a dans cette ville autre chose à voir que des centres commerciaux et des piscines d’hôtels, même si il n’y a pas de quoi dédaigner la magnifique plage privée du Ritz Carlton se déployant sur un lagon ou une crique artificielle et qui constitue un lieu de repos et de méditation idéal. Une autre construction en bord de mer mérite qu’on s’y attarde, il s’agit du Musée National. Construit sur un promontoire non loin de la route de l’aéroport par un bureau d’architectes allemand, il constitue le premier jalon d’un pôle culturel qui devrait comporter une bibliothèque nationale. Le musée, que nous n’avons pas visité, est un bel ensemble de volumes en béton dont les surfaces massives rappellent un peu le travail de Louis Kahn. Non loin de là se trouve Muharraq, une zone qui semble avoir été étrangère aux développements de la modernité. On peu y déambuler entre ruelles poisseuses et esplanades décrépies tout droit sorties des westerns de John Huston ou de Sergio Leone. Muharraq compte un nombre considérable de maisons centenaires, pour la plupart assez délabrées, parfois rénovées, comme la maison Oraifi, que l’artiste Rashid Al-Oraifi a transformée en musée destiné à l’exposition des son œuvre sculpté – des figures en bronze vaguement inspirées par les arts tribaux du Caucase et de l’Asie Centrale. 

Bahrein, Manama, La Fontaine Centre of Contemporary Ar

En matière de restauration et de réutilisation d’un habitat ancien, La Fontaine Centre of Contemporary Art est probablement ce que Bahreïn a de plus spectaculaire a offrir. C’est à madame Alireza, propriétaire de cette grande maison en centre ville que l’on doit cet endroit. Le bâti ancien a été agrandi par l’ajout d’extensions aux références tantôt minimalisme à la Alvaro Siza tantôt Europe Médiévale – curieux donjons aux toits coniques – mais l’ensemble de cette création de l’architecte français Jean-Marc Sinan n’est pas disparate. L’espace est articulé autour de deux cours, l’une que l’on découvre dès l’entrée, avec ses belles et sobres ouvertures et ses lampions cylindriques posés au sol comme les colonnes de Buren, l’autre, sur laquelle se déploie la terrasse du restaurant dont les canapés blancs invitent à l’hédonisme et au centre de laquelle trône une gigantesque vasque en pierre à laquelle l’établissement doit sans doute son nom. La fonction de ce centre reste en revanche un peu confuse. Officiellement dédié à l’art contemporain, dont nous n’avons trouvé nulle trace lors de notre passage, il organise en fait des expositions temporaires un peu comme une galerie d’art. Outre le restaurant, le centre comporte un spa et une salle de sport, ce qui est assez bizarre a priori mais qui finalement peut être bienvenu. L’aménagement du spa est magnifique, il est justement installé sous ces toitures en bois à la française avec une petite terrasse à piscine et chaises longues ayant vue directe sur les tours du World Trade Centre. Finalement, que La Fontaine traite d’art contemporain ou pas devient accessoire tant que ça reste un espace public propice au bien être et aux plaisirs.

Bahrein, Manama, vasque de La Fontaine Centre of Contemporary Art

Les plaisirs, Bahreïn connaît. On dit que ce minuscule pays est le baisodrome de l’Arabie Saoudite, que les habitants de la voisine Dammam profitent pas milliers du pont reliant les deux états pour venir faire la fête et se bourrer la gueule avant de s’en retourner dans le rigorisme et l’ennui mortel de leur royaume. Les restaurants, bars et pubs sont de plus en plus nombreux et ne sont pas confinés, comme dans les autres pays de la région, aux hôtels internationaux et au centre commerciaux. Le quartier de Adliya est ici l’équivalent du Gemmayzé beyrouthin. Des cafés sympas et conviviaux avec une ambiance pas trop guindée ou se mélangent sans s’agresser occidentaux et arabes. Voir des bahreïnis avec leurs femmes – dont les yeux noirs adressent, par delà le voile, des regards sulfureux - boire de l’alcool dans un lieu public est de plus en plus fréquent. Bahreïn n’est peut être pas Ibiza mais c'est depuis longtemps l'écutoire des habitants de la région de Dammam, en Arabie Saoudite. Au point que les gens de la région aient rebaptisé le King Fahd causeway reliant les deux pays "Johnnie Walker Bridge", surnom prémonitoire au vu de la campagne d'affichage de la célèbre distillerie au Liban en automne 2006 sur laquelle on voyait le personnage emblématique de la marque franchir un pont détruit avec le slogan "Keep Walking".


Bahrein, Manama, terrasse du spa, La Fontaine Centre of Contemporary Art
Et pour qui veut faire encore monter la température, il y a le summum, la Formule 1. On peut y aller en spectateur, c’est assez amusant. Et puis il y a ceux, qui à l’instar de Youmna, Olga et Jacques, ont été volontaires sur le circuit, dans les stands. Ils ont vécu une sacrée expérience, au bord même de la piste et à quelques centimètres des bolides - dont le vrombissement fait bouger la terre entière - et de leurs illustres conducteurs.
2006-2007, Gregory Buchakjian (texte & illustrations), Patrick Kassardjian (photos) pour Baron & Baron. Merci à Youmna Chaoul pour nous avoir fait découvrir la ville >> CONTACTEZ NOUS