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> ALLER / VENIR
Vienne est assez excentrée par rapport à l’Europe Occidentale. Elle aussi proche d’Istanbul que de Paris! Schwerin, son aéroport est le hub de Austrian Airlines dont le réseau dessert très correctement les villes d’Europe, d’Asie et les USA. L’aéroport est relié par bus à plusieurs points de la ville dont le city air terminal, (le plus central). 
Circuler dans Vienne n’est pas très compliqué. Il suffit de se repérer par rapport au ring qui l’encercle. On peut en faire le tour en tramway très pratique et agréable (à pied, c’est assez pesant). Pour les quartiers plus périphériques, on peut compter sur le métro (u-bahn) et le train régional (s-bahn). Il est conseillé de prendre une tageskarte plutôt que des tickets à l’unité. La Vienna Card permet d’emprunter pendant 72h le réseau des transports en commun, offre 50% de réduction sur le bus de l’aéroport et une remise à l’entrée de certains musées. Les taxis sont un peu moins chers qu’à Paris et certains sont prêts à négocier le prix pour de longs trajets.
> DORMIR
L’ancienne capitale des Habsbourg offre aux nababs les fastes de l’empire dans toute leur splendeur dans des palaces aussi imposants que légendaires disposés autour du ring. Rendez-vous des têtes couronnées, l’Imperial mérite son nom. A coté de la Hofburg, le Sacher est surtout célèbre pour sa restauration, et, en face de l’Opéra, le Bristol est aussi une adresse réputée. Un peu en retrait, l’Im Palais Schwarzenberg est plus intimiste (!) mais non moins somptueux. Ces adresses ne sont recommandables que pour ceux qui ne comptent plus leur argent, ou ceux qui veulent se contenter de la visite ou de la nostalgie...
"Madame Sacher avait reçu en son établissement, avec l’espionnage et la discrétion voulue, tout ce que l’Europe comptait de princes et de maréchaux, de grands d’Espagne et de pachas turcs, d’altesses russes et de cardinaux roumains. C’était elle qui avait jadis divulgué à Grossmama, en visite chez ses fils, la recette de la Sacher Torte, un gâteau au chocolat fourré de groseilles que nos cuisinières mettaient encore religieusement au four pour nos repas d’anniversaire." Louise Weiss, Mémoires d’une Européenne, II, 1919-34.
Vienne offre de nos jours des adresses au charme plus contemporain. Das Triest est une ancienne gare reliant Vienne à Trieste transformée en design hotel par les bons soins du célèbre Sir Terence Conran. Le mobilier sobre et élégant côtoie les souvenirs de la grandeur impériale du lieu. Au cœur de la capitale, face à la cathédrale, Do & Co installé un hôtel de luxe dans le Haas Haus de Hans Hollein. Une adresse de prestige et des chambres avec une vue imprenable. Dans cette cour joue aussi The Levante Parliament, à mi chemin entre l’hôtel, la galerie d’art et l’espace de création industrielle.
Nous avons logé dans un établissement d’un tout autre calibre, la Pension Dr Geissler (1, Postgasse 14, tel. 5332803, fax. 5332635). La façade a inspiré "Vladivostok avenir radieux" (sic) aux rédacteurs du Routard pourtant pas vraiment snobs. Réception au 8e étage, chambres dispersées sur tous les étages. Avec ou sans douche, mais toujours sans salle de bains, la douche et le lavabo étant dans la chambre! WC au palier, confort un peu spartiate mais propre et accueil sympathique. L’emplacement idéal en plein centre et à deux pas du Triangle des Bermudes. Juste en face l’Hotel Post (1, Fleischmarkt 24), est une meilleure affaire. Prix (presque) identiques mais confort plus "civilisé" d'après le Rough Guide et Gaby.
> MANGER
La gastronomie viennoise peut être en soi le but du voyage. Manger (et boire) dans cette ville est un cérémonial inoubliable qui s’opère à toute heure du jour. Plat célébrissime associé à Vienne, le fameux schnitzel (escalope), dont la réputation n’est pas usurpée. Une tranche (mais quelle tranche!) ultra fine accompagnée de sa traditionnelle salade de pommes de terre. Ce légume est l’ingrédient principal d’une soupe elle aussi viennoise et assez fameuse. On trouvera enfin un autre étalage de plats en sauce (plus ou moins carnivores) dont le goulasch hongrois.
Autre gloire nationale le café et le chocolat viennois. Et les viennoiseries! On dit que le croissant y a été inventé d’après les emblèmes des ottomans. En tout cas, les pâtisseries, torte, et autres strudel, constituent ici une quasi-obligation que les voyageurs (et leur balance) devront prendre en considération.
Ces délices sont servis dans des lieux qui valent le détour pour leur seule ambiance. Les cafés viennois sont des institutions centenaires. Certains sont légendaires, comme Sacher (Philhamonikerstrasse, 4), dans l’hôtel du même nom, ou fut inventée la célèbre sachertorte. Non moins légendaire, Demel (Kohlmarkt, 14) fournisseur des rois et des empereurs, propose, dans un décor spectaculaire (préférer la salle du fond, plus dégagée) un choix époustouflant de gâteaux. Les plus téméraires choisiront l’Anna Demel Torte, dont la tranche, haute de près de 20 cm dont plus de 50% de chocolat! Autres adresses fameuses, le Café Central (Herrengasse), avec son immense salle aux colonnes gothiques, et l’excellent Café Schwarzenberg (sur la place du même nom) qui sert une version au poulet du schnitzel, et ceci, bien avant la crise de la viande.
> BOIRE / DANSER
La vie nocturne se concentre dans le quartier dit du Triangle des Bermudes, au nord du centre historique. Des bars et clubs sont regroupés sur deux ou trois rues arpentées par une faune jeune et bon enfant qui, le samedi soir, fait la tournée des grands ducs. Les amateurs d’architecture commenceront au Rote Angel (Rabensteig, 5), un des premiers projets de Coop Himmelblau avec sa désormais célèbre porte enfoncée dans le mur. L'ambiance n'est malheureusement plus ce qu'elle était. Ceux qui n’ont pas encore dîné pourront passer au Ma Pitom (Seitenstettengasse, 5) qui sert une cuisine élémentaire mais correcte. Les tables hautes du bar sont sympas et l’ambiance jeune et décontractée est propice aux bonnes rencontres.
> ÉCOUTER / VOIR
La ville de Mozart et de Mahler garde son prestige de capitale musicale. Les concerts y florissent en cours d’année, mais ce n’est pas une raison pour aller écouter n’importe quoi. Les halls d’hôtels sont tapissés d’affiches proposant des prestations dans des lieux prestigieux (Schonbrunn, Hofburg...), elles sont le plus souvent exécutées par des orchestres touristiques, plus proches des mariachis du Mexique que de la Philharmonique de Berlin, parfois en costumes d’époque (laquelle?) avec un programme immuable: Ein Klein Nacht Musik (La petite Musique de Nuit) de Mozart et le Beau Danube Bleu de Johan Straus. A fuir! Ce sera évidement bien plus difficile de dénicher des places pour les spectacles de haut niveau, mais le jeu vaut la chandelle. La Philharmonique de Vienne est un des orchestres les plus côtés au monde, et ses concerts se déroulent généralement dans l’intéressante Grosser Saal du Musikverein en forme de boite de chaussures. Encore plus chic, l’Opéra. Bien que fréquenté par les touristes, il reste un lieu de rendez-vous de la société viennoise. Les spectacles sont là aussi du meilleur niveau, mais les places difficiles à obtenir. A moins d’avoir déjà réservé, il faut venir le jour même faire la queue deux heures avant le spectacle. Pour les germanophones, Vienne est aussi une ville théâtrale très intéressante.
> LIRE
GUIDES
Le Guide Voir consacré à Vienne est plein de beaux schémas et d’image à ouvrir les appétits les plus récalcitrants. Dans un tout autre esprit, le guide Autrement propose une anthologie littéraire et des promenades non traditionnelles. 
Vienne romantique et contemporaine, Antoine Ozee, Grands Reportages, n. 277, fevrier 2005. Ce dossier, qui reprend les thèmes des bals et des cafés, s'intéresse aussi au MuesumsQuartier dans "Le MQ, rafraichisseur d'esprit".
Vienne l'impératrice du XXIe siècle, Marc Dolizet, Grands Reportages, mars 1999, n. 206, aborde les thèmes intemporels de la ville que sont les bals d'empires (entre Johan Strauss et les Rolling Stones), l'école d'équitation espagnoles (425 ans de tradition) et couleur café (résidence secondaire).
Arte on tour à Vienne, dossier Thema.
ART & ARCHITECTURE
Vienne, le Guide de l’architecture contemporaine, Ingerid Helsing Almaas, Ellipsis-Konemann 1995, est un bel outil pour faire découvrir les belles choses qui n’est pas dans les guides touristiques. 
Century City: Art and Culture in the Modern Metropolis - Vienna 1908-1918 City in Analysis, la manifestation d'ouverture de la Tate Modern à Londres.
Dossier Vienne: au coeur d'une nouvelle Europe / la crise des musées, Art Press, 272, octobre 2001.
INTERNET 
info.wien.at, l'office du tourisme de Vienne (en français)
Fondation Generali
MAK - Musée des Arts Appliqués et d'Art Contemporain
Museumsquartier: Architekturzentrum Wien, MUMOK musée d’art contemporain / Collection Ludwig, Collection Leopold, et Kunsthalle.
Museum Liechtenstein
Albertina
Naturhistorisches Museum
Vienna Hofburg Appartements impériaux, Musée Sisi et Collection d'argenterie.
Hofmobiliendepot Musée impérial du meuble
Château de Schönbrunn (Schönbrunn Palace), Musée pour enfants (Children's Museum), Jardin du prince héritier (Privy Garden), Labyrinthe (Maze and Labyrinth) et Gloriette avec Terrassee panoramique.
Le ciel est gris. Aussi gris que les façades qui meublent le ring et ses environs. Façades qui n’ont pas du être ravalées depuis la chute de l’Empire Austro-hongrois et qui évoquent sa grandeur perdue. Vienne est une évocation permanente, obsessionnelle. Non pour la quantité de vielles bâtisses, mais à cause de leur présence. Aussi grandioses et imposantes que Vienne est petite. Aussi petite que Genève, mais plus monumentale que Paris, cette ville semble porter des habits trop grands.
- autour du ring -
Ce ring – anneau –ceinture la ville, il délimite sa partie centrale des quartiers périphériques. Comme celui de Beyrouth, mais de manière moins violente, cette ligne circulaire est à la fois un axe de circulation giratoire et une frontière avec un dedans et un dehors. C’est enfin, last but not least, une vitrine de la puissance des Habsbourg et de leur empire. C’est sur le Ring qu’ont été édifié les monuments les plus somptueux de Vienne. Les temples de la culture [l’Opéra, le Burgtheater, l’Université, et, face à face, le Kunsthistorsiches Museum - Musée d’Histoire de l’Art - et le Naturhistorisches Museum - Musée d’Histoire Naturelle]; mais aussi et surtout les citadelles du pouvoir avec l’immense complexe de la Hofburg et du Neue Burg. 

- Hofburg + Neue Burg -
Véritable ville dans la ville, labyrinthe orwellien aux façades angoissantes, le complexe Hofburg et cie est visité par les gens pour diverses raisons. Les nostalgiques, qui marchent sur les traces de Sissi impératrice dans les appartements royaux. Les amateurs d’archéologie qui cherchent à Vienne l’équivalent du Pergamon Museum de Berlin iront au Musée d’Ephèse. Dans des espaces baroques courbes et déserts apparaît une immense frise antique de 40m de long dont les motifs sculptés se détachent de manière presque surréaliste du décor des salles qui semblent sortir d’un film de Peter Greenaway. Le visiteur déjà dérouté se retrouvera, au hasard de ses déambulations dans des galeries habitées par des armées de soldats en armures ou des collections d’instruments de musique, puisque le Musée d’Ephèse communique de l’intérieur avec les deux musées consacrés aux spécialités qui viennent d’être citées. Entre l’entrée du Musée d’Ephèse et le ring se trouve l’accès à l’indispensable Musée Ethnographique. Ici, l’aile courbe de la Neue Burg s’achève par un pavillon dont l’intérieur s’articule autour d’une cour couverte, à la manière d’un palazzo florentin. Les collections couvrent les arts d’Orient, d’Asie, d’Afrique (magnifiques statuettes et masques) et des Amériques. La collection mexicaine dite de Maximilien est le clou de la visite et couvre toutes les civilisations qui se sont succédées sur ce territoire: les Olmèques, Téotihuacan, Monte Alban, les Mayas, et surtout les Aztèques avec la somptueuse parure considérée à tort comme celle de Montezuma, dans une vitrine à l’éclairage spectaculaire. Arrivés sur Josefsplatz, de l’autre cotés du bâtiment, les esprits curieux auront le courage d’arpenter les escaliers de la Bibliothèque Nationale aux horaires mystérieux. Leurs efforts seront récompensés par la Prunksaal construite par Fischer von Erlach. Des proportions vertigineuses, une perspective à couper le souffle, des détails baroques somptueux, bref une expérience inoubliable. Ceux qui aiment les rituels assisteront, juste à coté, aux spectacles (ou aux répétitions, pourquoi payer le prix fort pour voir la même chose?) de la célèbre Ecole d’Equitation Espagnole. Il faudra aussi entrer dans l’Augustinerkirche, pas vraiment pour son architecture, et puis il y a tellement d’églises dans Vienne, mais pour le fascinant cénotaphe en marbre blanc réalisé par le génial Antonio Canova, champion du Néoclassicisme. Des personnages se dirigent lentement vers l’intérieur obscur d’une inquiétante pyramide. brrr.

- l'empereur et l'architecte -
A l’extrémité occidentale de la Hofburg, la porte principale s’ouvre sur Michaelerplatz. En face, une banque, dans un immeuble simple et élégant. Normal dirions nous. Pourtant, cet immeuble provoqua des drames. Construit par Adolf Loos en 1909, il fut considéré comme une atteinte à l’empereur François Joseph et à son goût. Encore faut-il qu’il en ait eu! François Joseph ne dit rien. Il fit simplement fermer les rideaux du palais donnant sur la place ou il ne mit plus jamais les pieds. Cette réaction est révélatrice. François Joseph n’a peut être pas de goût, il n’est toutefois pas stupide. Il ne peut ignorer que l’apparition de l’architecture de Loos et son Crime et Ornement n’est pas qu'une fantaisie d’artiste illuminé. Elle annonce une ère nouvelle, celle de la modernité et sonne le glas d’une période révolue. L’Empire n’a plus que quelques années à vivre...

- coupoles baroques et art-nouveau -
Dans cette ville en tourmente qui danse encore des valses surannées de Straus, la modernité est en train de prendre forme. Elle se hisse derrière le flambeau de la Sécession, mouvement dont le nom en dit long et auquel est associé le pavillon du même nom. Situé dans un quartier inquiétant du sud du Ring, ce petit bijou été construit par Joseph Maria Olbrich avec la vocation d’abriter des expositions d’art moderne, qu’il assure toujours. Au sous-sol, Gustav Klimt a peint sa célèbre frise Beethoven avec la volonté de créer une Gesamtekunstwerk – oeuvre d’art totale – alliant peinture, musique et architecture. La Sécession est une structure simple et blanche couverte de motifs art-nouveau et coiffée d’une fascinante coupole de feuilles dorées. Non loin de là, au sud du ring, un autre édifice à coupole marque le paysage: la Karlskirche – église Saint Charles – de Fischer von Erlach (celui de la Bibliothèque!). Contraste saisissant entre un manifeste à la modernité, sobre et discret, face à cette façade baroque, qui de peur de passer inaperçue, est flanquée de deux minarets torses, en souvenir peut-être, au passage des ottomans, mais sans aucune utilité fonctionnelle ou sémantique. Entre la Secession et l'Opernring, se trouve l’Akadmie der Bidende Kunste (Académie des Beaux-Arts). Un bâtiment rouge si imposant dont on peut se demander comment font des étudiants en art pour l’ignorer. Adolf Hitler n’a pas eu l’occasion de se poser cette question puisqu’il fut (malheureusement pour l’humanité) recalé. L’intérieur est relativement vétuste, ce qui, ici devient un bienfait. Au rez de chaussée on peut voir de temps à autres des expositions (d’artistes invités ou de travaux d’étudiants) fort intéressantes. Les collections de peinture sont au 2e étage. Quel luxe d’avoir, entre salles de classes et ateliers, une galerie abritant quelques chefs-d’œuvre dont le Triptyque du Jugement Dernier de Jérôme Bosch et le pathétique Tarquin et Lucrèce de Titien. Rien à dire, Vienne est richement dotée. Il suffit d’aller, juste à coté, à l’Albertina, unes des plus riches collections de dessins au monde qui organise des expositions de premier ordre, ou de se précipiter au Museum Liechtenstein abritant dans le palais du même nom les collections d’art baroque (fameux tableaux de Rubens dont une Venus au mirroir bien charnue) des princes d’un des plus pays du monde.

- autour de karlsplatz -
A cette paire aussi imposante que spectaculaire répond une autre, celle des deux petits pavillons de métro réalisés par le grand Otto Wagner. Ils ont, depuis leur insertion dans ce site, changé de fonction, sans forcément perdre en substance. Ce quartier du sud du Ring est décidément assez déroutant. Entre la Karlspltatz et la Sécession, la Kunsthalle a l’air d’avoir été parachutée sur un terrain vague. Salle d’expo temporaires d’art contemporain, elle semble, avec ses échafaudages, inachevée bien que fort décrépie. Profitons en pour inviter les amateurs à se diriger vers la Fondation Generali, sur Wiedener Hauptstrasse, plus au sud. Dans un immeuble bourgeois et discret, on peut y découvrir, au gré de la programmation, des expositions et des installations de grande qualité. On a eu droit, ces emps, à Gordon Matta Clark, Vivencias, avec des artistes d'Amérique latine, et Shopping. Retour, vers Karlsplatz, au Historisches Museum dont l’architecture austère post-apocalyptique fera fuir plus d’un. Dans les salles sombres et désertes, les rares visiteurs auront le loisir de découvrir statues médiévales et blasons, mais le 1er étage retiendra l’attention avec une grande maquette de la ville de Vienne (très utile pour se repérer) et quelques oeuvres de Egon Schiele.

- au Belvédère -
Egon Schiele, venons-en! C’est dans l’Osterreiche Galerie que se trouvent, avec Klimt et Kokoschka, certaines de ses plus belles toiles. L’Osterreiche Galerie niche au Belvédère, charmant ensemble palatial, moins oppressant que la Hofburg et moins kitsch que Shonbrunn. Le Belvédère est constitué de deux bâtiments, le Belvédère supérieur et le Belvédère inférieur, reliés par un jardin à la française orné de fontaines. Le Belvédère supérieur est une des plus grandes attraction touristiques de la ville. Les foules se précipitent dans ses salons aux boiseries dorées pour se prosterner face aux portraits de femmes bourgeoises et guindées de Gustav Klimt et accéder à l’illumination suprême avec son Baiser, aussi scintillant que les enseignes lumineuses de Shanghai. Ils s’émouvront ensuite au spectacle de l’œuvre pathétique Oskar Kokoschka le tourmenté amant de la sulfureuse Alma Mahler. Ils pourront enfin constater l’étendue du caractère pornographique de la peinture d’Egon Schiele sans forcément savoir que ce sont ses dessins, qui ne sont pas exposés ici, qui l’ont mené en prison pour ce délit. On visite généralement le Belvédère supérieur avant le Belvédère inférieur. Tout simplement parce que c’est plus agréable de descendre les jardins plutôt que de les arpenter, et de profiter ainsi du magnifique panorama qu’ils offrent sur la ville. Le Belvédère inférieur n’attire que les amateurs d’art baroque autrichien. Les autres ne connaissent pas Franz Xavier Messerschmitt, sculpteur génial qui a réalisé une série de Caractères et d’Expressions d’une puissance époustouflante. La promenade débouche sur l’élégante Schwarzenberg Platz bordée de beaux palais, d’élégantes ambassades (France, Yougoslavie) avec, en son centre, le très stalinien Monument Soviétique qui rappelle le passage de l’armée rouge dans la Vienne en ruines de 1945.

- en quête de modernité -
La structure du Ring et la disposition des monuments incite à tourner en rond. Dernière intervention en date, l’installation du Museumsquartier. Initié en 1994 ce "Beaubourg autrichien" - Otto Kapfinger dixit - s'est achevé en 2001. Dans des anciennes écuries construites par Fischer von Erlach père et fils, on a regroupé un nombre considérable d'institutions culturelles et artistiques autrefois dispersées dans des locaux pas forcement commodes. On retrouve une médiathèque, l'Architekturzentrum Wien, un musée d’architecture, le MUMOK musée d’art contemporain / Collection Ludwig, jusque là divisé dans deux lieux, qui se retrouve dans le batiment conçu par le cabinet Ortner & Ortner, la Collection Leopold, qui rassemble un ensemble incomparable d’œuvres de Egon Schiele et la Kunsthalle, lieu d'expositions temporaires. Ce projet ambitieux a permis de donner à la scène contemporaine  viennoise - jusque là dynamique mais fragmentée - une vitrine de stature internationale.

Au moment ou le Museumsquartier voyait le jour, un autre projet architectural d'une ampleur non moins considérable était en cours: Celui des Gasomètres. Il s'agit de quatre immenses cuves construites à la fin du XIXe siècle et laissées à l'abandon depuis un moment, qui furent réaménagées en espaces habitables. Chaque édifice fut confié à un architecte: Le gazomètre A pour Jean Nouvel, le B pour Coop Himmelb(l)au qui ont greffé une tour qui vient s'aggriper sur la vieille construction en brique, le C pour Manfred Wehdorn et le D pour Wilhelm Holzbauer.

Longtemps, le flambeau de la modernité a été brandi par une institution dont on n'attendait pas tant, le Musée des Arts Appliqués. Le MAK - Musée des Arts Appliqués – est le réceptacle de collections de mobilier biedermeyer si chères à l’histoire de cette ville, de décors collections jugenstil et d’objets islamiques et asiatiques. On voit mal ce que l’art contemporain vient faire là dedans, mais c’était sans compter avec Peter Noever, grand ami et chantre des architectes déconstructivistes qui a pris la direction de la maison. La scénographie a été revue, Les chaises sont alignées derrière un voile blanc et éclairées en contre-jour. Les collections sont présentées dans un contexte résolument post-moderne et la visite ne ressemble plus à l’idée que l’on se fait d’un musée d’art décoratifs. Mais ce n’est pas tout. L’institution a décidé de se mettre au service de l’art et de l’architecture contemporains, avec dès l'entrée, une maquette de la Vitra Fire Station de Zaha Hadid qui s'envole au dessus du visiteur dans le patio central. Dans les salles des étages supérieurs sont exposées photos, installations, maquettes de Gordon Matta-Clark, Richard Long et autres créateurs actuels. Derrière des façades néoclassiques, Vienne bouge! A quelques pas de là, Falkestrasse, une petite rue reliant le Ring à Dominikanerbastei. Des immeubles sages et bourgeois, au toit d’un desquels surgit une carapace de verre et d’acier. Vision science-fictionnesque, cette structure couvre le cabinet d’avocats réalisé sur la Falkestrasse en 1988 par Coop Himmelb(l)au (Wolf Prix et Helmut Swiczinsky), une des d’œuvres manifestes de l’architecture déconstructiviste.

Ce quartier, assez calme et résidentiel, ne manque pas d’attraits architecturaux. Un des jalons les plus célèbres de la Sécession viennoise est la Postparkasse (caisse d’épargne) construite par Otto Wagner au début du XXe siècle (Georg Coch Platz). La poste viennoise a gardé l’habitude de travailler avec des architectes avant-gardistes, on le voit avec ses guichets de la Fleischmarkt, non loin de là, où Adolf Krischanitz et Heinz Neumann ont aménagé en 1994 un éclairage avec des réflecteurs en acier, qui, de nuit, transforme radicalement ce vieux bâtiment du XVIIIe siècle. Cette rue se prolonge vers la région de la Grande Synagogue, dite le Triangle des Bermudes, qui (ça tombe bien) est un des hauts lieux de la vie nocturne de la ville. Les bars et pubs sont regroupés dans un périmètre assez restreint, ce qui permet aux noctambules de faire assez facilement la tournée des grands ducs, en commençant par le légendaire ‘Roter Angel’, une des premières oeuvres de Coop Himmelblau. La promenade peut se prolonger vers l’est, du coté de l’Altes Rathaus, pour rejoindre la Bourse sur le Schottenring, ou redescendre dans le centre, vers Stephansplatz.
- autour de Stephansplatz -
Vienne c’est un cercle – le ring – Stephansplatz est son centre. Avec la cathédrale – Stephansdom (Saint Etienne) – remarquable édifice gothique, gravement atteint par les bombardements de 1945, mais heureusement reconstruit par les habitants de la ville. La cathédrale marque le centre du cercle, elle reste un landmark de la ville, au delà de toutes les tendances, un élément visuel qui domine, par sa hauteur, le paysage urbain. On pourra traîner et méditer dans la nef imposante et richement décorée. Les plus courageux arpenteront les marches de la tour pour apprécier le panorama. En sortant, le promeneur appréciera l’animation de l’agréable place piétonne beaucoup plus conviviale que l’impérial Ring. Face à la cathédrale, une autre construction en hauteur marque l’attention. Façade en mur rideau, lignes courbes un peu tarabiscotées, c’est le Haas Haus ci-dessus), un centre commercial réalisé par Hans Hollein entre 1985 et 1990, un des architectes les plus audacieux, les plus controversés et les plus critiqués de la Vienne postmoderne. Un délire? Peut être, mais de toutes façons, la ville en a vu d’autres. Il suffit de faire quelques pas, vers le Graben et de découvrir la stupéfiante Colonne de la Peste plantée en son centre. Cet amas de formes et de créatures sculptées dans la plus pure tradition rococo s’élève au centre de cette place allongée bordée de beaux magasins. Le quartier est plein de bijouteries (deux ont été décorées par Hollein) et d’horlogeries. Il y a aussi, comme partout dans  cette ville, beaucoup d’églises, dont la Peterkirsche (église Saint Pierre), avec une façade assez discrète et un intérieur, quoique baroque, très propice au recueillement. Sans doute un des plus beaux lieux de culte de Vienne.
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