BARON & BARON > CARNETS & RECITS DE VOYAGES > ARMENIE > 2005, IIe PARTIE [D'EGLISES EN MONASTERES]
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Deuxième partie du récit de voyage en Arménie de Ariane Delacampagne: A la découverte des églises arméniennes, du Lac Sevan à Etchmiadzin.
Samedi 25 juin : visite du monastère Haghartsine, au nord-est du pays. A la sortie de la ville, un « Aquapark » propose des ventes de bouées et de serviettes de bain, ce qui est ironique dans ce pays enclavé et dénué de plages, excepté pour celles qui bordent le lac Sevan.

Nous nous retrouvons sur des routes de campagne. Nous grimpons en altitude et nous traversons une région agricole bucolique (si on oublie les cinq réacteurs de la centrale nucléaire de Medzamor, qui  a dû être remise en marche après le déclenchement de la guerre avec l’Azerbaïdjan). Nous passons devant l’aigle de Vaspourakan, dédié au combat héroïque de Van, durant le Génocide de 1915. Nous passons également près de la région de Tsaghkadzor (« vallée de fleurs ») Nous voyons sur la route des champs d’obsidienne, pierre volcanique noire, marron ou orange, qui étincelle au soleil.

Après avoir traversé la région du Lac Sevan, où de jeunes garçons nous font signe en tendant les bras pour indiquer qu’ils ont du ichkhane (truite, dont la pêche est strictement réglementée), nous nous dirigeons vers le nord-est, dans la région de Dilijan, qui est parmi les plus boisées d’Arménie. Le contraste est saisissant : après avoir pris un tunnel de 2,5 km, construit aux frais du milliardaire californien Kirk Kirkorian, nous débouchons sur l’équivalent d’une petite Suisse.

Nous passons dans une région où les dirigeants soviétiques mettaient des villas et chalets à la disposition des artistes et des intellectuels, comme le compositeur russe Chostakovitch. La région de Dilijan a été déclarée Parc national en 2002, dans le but de protéger une faune et une flore particulièrement riches.

monastère Haghartsine
monastère d'Haghartsine
Nous passons ensuite non loin des villages de Lermontov, de Semionov et de Fioletovo. Ils sont peuplés de Molokan, descendants de ces « Vieux croyants » de Russie centrale qui ont fui leur pays du temps de Catherine II après avoir été persécutés pour leurs croyances religieuses. Ils s’abstenaient de respecter les jours de jeûne suivis par les fidèles de l’église orthodoxe et buvaient du lait, d’où leur nom de Molokan, de moloko (« lait », en russe). Nous n’en croisons malheureusement aucun sur la route, les hommes sont réputés pour leurs longues barbes blanches et les femmes pour leur tenue traditionnelle.

Nous nous dirigeons vers le Dilijan, une des régions les plus boisées d’Arménie. Nous prenons à un moment une petite route, serpentant dans les sous-bois. Derrière les hêtres touffus, nous distinguons les toits coniques rouges du monastère d’Haghartsine. Le monastère est entouré de montagnes hautes de 3000 mètres. Dès que nous arrivons sur le site, nous voyons des femmes en costume traditionnel. Le monastère aux murs rustiques de pierre blanche est composé de trois églises, d’un narthex, d’une chapelle et d’un réfectoire. L’ensemble a été édifié autour de la modeste église Saint Grégoire (XII-XIII°siècle). L’endroit est idyllique. Le monastère se fond complètement avec le paysage. Ses dimensions modestes sont touchantes. Nous entendons le torrent qui passe, plus bas. Nous voyons un ensemble de ruches près du petit chalet de bois vert, résidence du prêtre et de sa famille, ainsi que des bouts de tissus noués aux arbres en guise de vœux. Nous remarquons en descendant le cadran solaire et les aigles sculptés sur l’église principale. Les églises sont sombres, percées d’une étroite ouverture qui permet à la lumière de tomber de manière quasi-mystique. Le type de foi qui soulève les montagnes, apprécie Christian, qui a été enfant de chœur dans sa jeunesse. Quelques jeunes allument des bougies. Nous visitons enfin le réfectoire, édifice en longueur construit par l’architecte Minas, moins sombre que les églises : ce serait un décor idéal pour le Parsifal de Wagner.

Nous retournons dans la région du lac Sevan. C'est une vision magique. La région a été déclarée Parc national en 1978. C'est un des plus grands lacs de montagne du monde, à 1900 mètres d’altitude. Au printemps, les eaux quadruplent de volume, d’où l’importance du lac pour l’écologie du pays. L’habitat compte 1700 espèces de plantes et 270 espèces d’oiseaux, mais de nombreuses espèces sont menacées d’extinction. Les problèmes ont commencé dans les années 1930, quand le gouvernement soviétique, obsédé par l’idée d’assécher le lac, a cherché à diminuer la surface du lac de 80% en vue de faire place à de grandes plaines agricoles fertiles tout en fournissant de l’électricité à la plus petite des républiques soviétiques, pauvre en ressources énergétiques. Mais le lac Sevan a pâti de ces desseins grandioses, rien ne pouvant compenser le déficit énorme en eau ainsi provoqué. A la fin des années 1960, le niveau du lac avait baissé de 19 mètres et le volume d’eau de plus de 40%, à tel point que l’île aux oiseaux, sur la pointe nord, visitée pour ses deux églises médiévales, est devenue une presqu’île. Les scientifiques essaient aujourd'hui de restaurer l’équilibre écologique du lieu. En raison des pénuries énergétiques, on a beaucoup pompé dans l’eau du lac. Ce n'est qu’avec la remise en marche de la centrale nucléaire de Medzamor que la situation s'est améliorée. La surface des eaux du lac a légèrement remonté, bien qu’on ne puisse pas vraiment revenir aux niveaux antérieurs à 1930.

Nous sommes au pied des églises. Nous commençons la grimpette sous le soleil ardent. Nous passons devant les œuvres d’un peintre qui a réussi à mettre le Lac Sevan et le Mont Ararat sur la même toile. Une femme âgée ouvre un livre et se met à psalmodier des prières dès que nous approchons. Avec de bons yeux, on distingue un dictionnaire arméno-russe ! Nous lui donnons une pièce pour ses valeureux efforts. L’endroit est envahi de touristes, non seulement arméniens, mais aussi japonais et indiens.

Les deux églises ne présentent pas un grand intérêt artistique mais l’endroit est magique. Le lac s’étend à perte de vue. Nous avons le sentiment d’avoir la tête dans les nuages. Nous avons à nos pieds des tapis de fleurs. Un peintre expose des marines devant le mur d’enceinte. On voit en contrebas la Maison des écrivains. Sartre, de Beauvoir et d’autres comme Mandelstam ou Bitov ont dû y séjourner. C'est vrai qu’on peut éprouver de la nostalgie pour un système qui valorisait tant ses intellectuels.

Lac Sevan
Eglise sur les bords du Lac Sevan
Nous descendons jusqu'à la plage bordant le lac. Des jeunes font du pédalo. Un navire jette l’ancre. Des gens rassemblés sous une tente en toile écoutent l’un d’entre eux raconter une histoire qui semble comique, d’après les éclats de rire. Atmosphère bucolique. J’avais gardé de mon premier voyage le souvenir d’une Arménie austère ; je vois des gens heureux, célébrant la vie : c’est rassérénant.

Dimanche 26 juin : réveil à 9h30. A 11 heures, le chauffeur de l’agence, Artine, vient nous chercher pour nous emmener au monastère de Hripsimé (618), du nom d’une sainte martyrisée au IV° siècle. L’église est d’une élégance particulière, sur le plan architectural, avec ses murs de couleur ocre. Elle a été construite d’après le plan de la croix inscrite dans un carré et a servi de modèle à toute une lignée d’édifices religieux en Transcaucasie, d’où son importance. On dit même que les églises arméniennes ont été des précurseurs de l’art roman en Occident (thèse de Baltrusaitis, aujourd’hui contestée).

Nous admirons à l’intérieur la vaste coupole percée d’étroites fenêtres, qui permettent à la lumière de filtrer. Nous arrivons au moment de la messe. Nous écoutons de beaux chants liturgiques d’une tristesse infinie. Nous distinguons des nonnes, au premier rang, vêtues de noir des pieds à la tête. La chorale est constituée de jeunes femmes vêtues de longues robes bleues, une voilette en dentelle sur les cheveux. Elles ont des voix angéliques.

Nous visitons ensuite l’église de Gayaneh (630), située selon la tradition à l’emplacement où la chrétienne aurait subi le martyre au début du IV° siècle. L’église a été entièrement restaurée au XVII° siècle. Nous voyons un homme traîner une brebis qui sera certainement sacrifiée tout à l’heure. Il la fait poser devant nous pour que je puisse la photographier…

Nous entrons à l’intérieur, qui nous enchante moins que celui de la première église. Les enfants de chœur chantent carrément faux. Nous ne nous attardons pas, pour pouvoir assister à la fin de la messe à la cathédrale d’Etchmiadzine. Ce dernier édifice est le centre de pèlerinage des Arméniens de tout le pays. Etchmiadzine signifie « descente du Fils unique », en référence à la vision de Saint Grégoire l’illuminateur, auquel un ange serait apparu pour désigner l’emplacement de la cathédrale. L’enceinte du monastère comprend la cathédrale, l’ancien et le nouveau palais du catholicos, ainsi que des bâtiments conventuels et des jardins entourant un bassin. La cathédrale est théoriquement le plus ancien édifice chrétien d’Arménie, étant donné qu’elle date du IV° siècle, mais elle a été détruite et reconstruite à plusieurs reprises, notamment au XVII° siècle.

A l’intérieur, nous voyons un grand nombre de prêtres et de séminaristes en noir. Les fidèles sont debout, au milieu d’un grand va-et-vient. C'est peut-être ainsi que se déroulait la messe aux premiers temps de l’histoire. Seuls les ecclésiastiques de haut rang sont assis près de l’autel. Nous écoutons le magnifique chœur d’hommes et de femmes. La tristesse des chants ferait fondre les cœurs les plus endurcis. Au centre, les fidèles se prosternent tour à tour devant une Bible qui semble particulièrement vénérée. Nous écoutons le début du sermon, qui est administré aujourd'hui non pas par le Catholicos, mais par un évêque frêle, aux cheveux anthracite, portant d’épaisses lunettes. Les prêtres ouvrent et referment le rideau sur l’autel, comme dans une pièce de théâtre. La coupole centrale, édifiée en 1627 et reposant sur quatre piliers, est magnifique, avec ses fresques aux couleurs vives réalisées dans le style persan par une dynastie de peintres arméniens. Les fresques ont été restaurées depuis peu. A la fin, les fidèles s’alignent pour prendre la communion. L’évêque s’agenouille pour leur donner le pain et le vin consacrés car il n’existe pas de marches leur permettant de monter sur l’estrade. L’église commence à se vider.

Etchmiadzine
Messe à Etchmiadzine
Nous ressortons vers 13 heures. Nous nous asseyons sur un banc, près de dames âgées, en robes imprimées à fleurs qui leur tombent jusqu’aux chevilles. La nef de la cathédrale a été dotée au XX° siècle d’une aile de style néoclassique russe, aménagée en musée, qui contient des objets de culte (ce musée est fermé le dimanche). Le Trésor compte des reliques telles que la « Lance de la Passion » dont la pointe, qui aurait transpercé le Christ, aurait été rapportée de Jérusalem par l’apôtre Thaddée (un des deux apôtres qui ont évangélisé l’Arménie) – ainsi que des vêtements sacerdotaux brodés, des tiares incrustées de pierres précieuses, des sceptres couverts de pierreries, des tapis de culte, etc. En quittant le complexe, nous repassons par la rue Issy-les-Moulineaux (sic), du nom de la ville de France jumelée avec Etchmiadzine.

Nous faisons en chemin un arrêt à Zvartnotz, très curieuse église en forme de rotonde réduite en ruines par un séisme en 930. Il n’en reste malheureusement pas grand-chose, mais le peu qui en reste mérite d’être vu.

Nous retournons à Yérévan pour prendre le chemin de Garni, à l’est de la capitale (28 km). Nous voyons la chaîne volcanique de Kegham, dominant la plaine de l’Ararat, mais le mont n'est pas visible, aujourd'hui. Nous traversons un village dont les routes se sont affaissées en raison des intempéries, ce qui pose un sérieux problème aux automobilistes. Le chauffeur manœuvre prudemment.

Après avoir longé des montagnes recouvertes de basalte, nous arrivons au village de Garni, à 1400 mètres d’altitude. Le temple, perché sur un plateau, offre une vue panoramique sur des chaînes montagneuses verdoyantes. Le site est magnifique, il surplombe la rivière Azad. Nous voyons des gens pique-niquer en contrebas, au milieu des cascades.

Quant au bâtiment lui-même, de style romain, c’est une déception pour qui a vu Baalbek, Tyr (Liban), Palmyre (Syrie) ou Jérash (Jordanie), pour ne parler que du Moyen-Orient. Disons que le site est enchanteur et mérite à lui seul le détour. Le temple a été entièrement relevé. Il est en basalte gris et entouré de colonnes à chapiteaux ioniques. Malheureusement, les pavements de mosaïque susceptibles de présenter un intérêt se trouvent dans un musée qui est aujourd'hui fermé. D’après le guide, ces mosaïques datent du III° siècle et représentent des figures marines, entourées d’inscriptions en grec. Il paraît que dans l’une d’entre elles, les ouvriers se sont plaints d’avoir travaillé pour des prunes et ne se sont pas gênés pour le dire.

Avant de repartir, nous achetons du soudjouk et du miel. Les vendeurs proposent également des pelisses de renard qui semblent légèrement mangées par les mites. Nous faisons un arrêt dans un restaurant au décor surréaliste, en forme de sous-marin, avec des hublots géants et des lustres démentiels. Nous prenons un thé, en admirant le paysage en contrebas. Nous voyons des refuges naturels dans les rochers.

Nous arrivons au monastère rupestre de Geghart, haut lieu de l’art et du christianisme arméniens. De nombreux sacrifices rituels sont accomplis autour du monastère, d’où les nombreux agneaux et poulets vendus un peu partout sur la route. Des gens font des barbecue. Un type tient deux colombes à la main. Nous nous interrogeons sur l’usage qu’il compte en faire. Des gamins et des adultes essaient de jeter des cailloux à deux mètres du sol, dans l’espoir de les faire tomber dans un des trous naturels, creusés dans la roche. Jeu insolite.

L’aspect actuel du monastère remonte au XIII° siècle, bien qu’il date du haut Moyen Age. Des chapelles troglodytiques ont probablement été creusées dans la paroi rocheuse à laquelle est adossé cet ensemble monastique. Le nom de Geghart provient de la relique du fer de la lance romaine, qui avait percé le flanc du Christ. Elle a été conservée dans ce monastère, avant d’être exposée au musée d’Etchmiadzine. Le monastère a été fondé sous le règne des princes zakarides dont il était la propriété. Nous admirons à l’extérieur les khatchkars (croix sculptées) dans le roc ainsi que les bas-reliefs sur le tympan du portail sud, représentant des grenades et des ceps de vigne et, au-dessus de la fenêtre, un haut-relief représentant un lion combattant un buffle.

Nous entrons dans le narthex, qui témoigne d’une influence persane manifeste dans les stalactites taillées dans la coupole laissant filtrer la lumière. Au fond du narthex, nous voyons la source aux vertus peut-être miraculeuses qui serait à l’origine de la fondation du monastère. Nous entrons dans le mausolée du Prince Prochian. Nous cherchons sur un bas-relief la tête de bœuf tenant en laisse deux lions à queue de dragon, que nous avons du mal à distinguer dans la pénombre.

Nous ressortons, éblouis après toute cette obscurité. Les barbecues n’ont pas diminué d’intensité, au contraire. Les gens dansent, l’atmosphère est à la liesse. Je finis par acheter une galette aux étalages rassemblés sur le bord de la route, sur l’insistance de la vendeuse. A 1000 drams (2$), ce n’est pas la ruine (et d’ailleurs elle est délicieuse).

Nous arrivons à temps à Yérévan pour visiter brièvement le « Vernissage », avant l’heure de fermeture. C'est une foire qui a lieu tous les week-ends et qui propose des tapis, des livres anciens, des objets d’artisanat (tout compte fait, nous aurions dû acheter le T-shirt montrant Lénine en train de dire : « F… the revolution »).

    
monastere de Noravank
Monastère de Noravank

Lundi 26 juin : départ pour le monastère de Khor Virap, qui se trouve à 49 km au sud-est de Yérévan. En sortant de la ville, nous passons près de l’aéroport, puis nous longeons les casinos et les magasins de meubles (à remarquer : fauteuils de style improbable, alignés en rang d’oignon au bord de la route). Nous voyons des usines désaffectées dans les environs.

Aujourd'hui, seul le sommet du mont Ararat est visible, le reste est couvert de nuages. Le monastère de Khor Virap (« fosse profonde ») est situé au milieu des vignobles et des vergers fertilisés par le fleuve Araxe tout proche. On peut y voir la fosse où Grégoire l’Illuminateur a été jeté pendant 13 ans, avant d’en être sorti par le roi Tiridate III, rongé par la maladie et le remords (dans une autre version de la légende, Tiridate a été transformé en sanglier). Grégoire a survécu grâce aux repas que lui procuraient les curés. D’après la légende, il a guéri le roi, qui s'est converti au christianisme, avant de convertir le pays tout entier, ce qui fait de la nation arménienne la première à avoir adopté le christianisme en tant que religion d’Etat.

Nous admirons la vaste plaine de l’Ararat, espérant voir la montagne sacrée, aujourd'hui invisible. Nous espérions avoir de ce lieu la meilleure vue sur l’Ararat, mais c'est fichu. Il est si élevé qu’il se démarque nettement de la plaine, d’où l’impression qu’il surgit de nulle part. Nous entendons en revanche toutes sortes d’oiseaux gazouiller. L’endroit regorge de spiritualité, même pour des non-croyants. Nous repartons en même temps que le prêtre, qui a fini de dire la messe et va casser la croûte. En redescendant, nous voyons deux cars de touristes qui se préparent à envahir les lieux.

Nous quittons la vallée fertile de l’Ararat. Les cigognes ont dressé des nids sur les poteaux électriques. La plaine de l’Ararat se prolonge jusqu'à la république autonome du Nakhitchevan, enclave appartenant à l’Azerbaïdjan, qui a été progressivement vidée de sa population arménienne (laquelle représentait la moitié de la population globale). Nous passons non loin de la ville-frontière de Meghri, passage obligé vers l’Iran, pour le moment condamné.

A la hauteur de Meghri, nous faisons un virage à 90° pour aller en direction du sud-est afin d’éviter le Nakhitchevan. La route traverse un paysage plus coloré et plus varié. Les versants des montagnes sont recouverts de vergers et de petits vignobles. Le village d’Areni, où on fabrique le vin du même nom, peut être considéré comme la porte du Vayots Dzor, la partie nord de l’Arménie méridionale. Depuis l’autonomisation du Haut-Karabakh, cette région qui a longtemps été négligée a pris une importance accrue, surtout après le double blocus exercé par l’Azerbaïdjan et la Turquie. Les paysages sont magnifiques, le terrain montagneux tapissé de fleurs : boutons d’or, marguerites, coquelicots, lavande. Nous croisons sur la route des camions iraniens apportant de l’essence.

A l’est d’Areni, qui longe la frontière azerbaïdjanaise (il n’existe malheureusement pas d’endroit pour faire une halte, les touristes y viennent uniquement pour des dégustations-ventes), nous bifurquons pour arriver dans une zone de beaux canyons et de grottes réputées pour leurs stalactites et des stalagmites, qui feraient la joie des spéléologues et des amateurs des chauves-souris. Les grottes sont nombreuses en Arménie, au nombre de 10 000, mais il faut vraiment être un explorateur chevronné pour s’y aventurer. Une famille vient fleurir une tombe, érigée au milieu de nulle part.

Nous commençons la grimpette et arrivons au magnifique monastère de Noravank (XII° siècle), qui se fond tout à fait dans le paysage. Il est situé au milieu de montagnes aux falaises abruptes, où pousse une maigre végétation. Les monuments, récemment restaurés, se détachent à peine des parois rocheuses des montagnes environnantes. Le monastère est entouré d’un mur d’enceinte, où grimpe la vigne. Il est composé d’un mausolée, de deux églises et d’un narthex. Une troisième église, que nous avons du mal à discerner, se dresse à l’écart, contre la muraille.

Nous admirons notamment sur un tympan une scène représentant Dieu créant à son image Adam, auquel une colombe insuffle la vie. L’édifice le plus original de ce monastère est sans doute le mausolée de la Sainte Mère de Dieu (XIV°siècle), une construction à trois niveaux très richement décorés de sculptures, avec un deuxième niveau comportant des marches pratiquées en trapèze depuis la base de l’édifice.

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2005, Ariane Delacampagne (texte et photos), pour Baron &  Baron. tous droits réservés. >> CONTACTEZ NOUS