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> LES GENS
Les Argentins
D'après le guide, "un argentin, c'est un italien qui parle espagnol, qui aimerait être anglais et qui se comporte comme un français". On ne comprend pas la fin de la phrase, peut être leur propension à se plaindre les rend-elle proches des français? En ce moment de crise économique intense, ils ont effectivement des raisons de se plaindre... Au bout de 5 minutes de discussion, un argentin s'arrange toujours pour expliquer de quel pays européen viennent ses ancêtres. Ce qui lui vaut la réputation de snob auprès de ses voisins latinos. Malgré tout, les Argentins sont faciles d'accès et accueillants. On a été invités à partager de nombreuses fois le mate, la boisson rituelle du Nord au Sud du pays. On a dîné avec des Argentins plusieurs fois et impossible de voyager en train ou d'entrer chez un petit commerçant sans être emporté dans une longue discussion sur le foot, la crise, la politique... Les Argentins ont la tchache et sont très curieux, même si au Nord du pays, la population à forte majorité indienne reste plus distante. Avis aux célibataires, les Argentines sont en grande majorité très belles et très chics malgré une petite tendance à l'anorexie.
Les Argentins et les Chiliens
Evidemment, les Argentins vouent aux chiliens une haine "ancestrale". Après l'indépendance, le Chili (fine bande de terre à peine vivable) s'est étendu vers l'Ouest aux dépens de l'Argentine, surtout en Patagonie. Pendant la guerre des Malouines - désastre national -, les avions de sa Très Gracieuse Majesté ont pu décoller et se ravitailler en toute impunité sur le territoire chilien avant de bombarder l'armée argentine. Cet épisode est à l'origine du soutien sans faille de Margaret (Thatcher) à Augusto (Pinochet).
Juanito le cycliste
(pour mieux préserver sa famille, nous avons préféré utiliser un pseudo)
Les voyages sont souvent riches de rencontres mais en Patagonie, nous avons du supporter Juanito. Nous avons rencontré Juanito sur la route entre El Calafate et El Chalten en Patagonie. Equipé d'un VTT et d'une tenue aux couleurs de l'Argentine, il avait décidé d'entreprendre la traversée de l’Amérique d'Ushuaia à l'Alaska en 1000 jours. Des El Calafate, on le retrouvait déjà à bord d'un bus (!), nous contant ses exploits en tout genre. Chanteur à ses heures (les oreilles des passagers ont du supporter des extraits du folklore gaucho), cycliste de renom paraît-il (il aurait participé au Tour de France dans l'équipe de France, cherchez l'erreur!), et cuisinier de prestige ayant fait ses études en Suisse auprès des plus grands maîtres. 
Le couple Menem / Bolocco
D'origine syrienne, Carlos Menem a été président de la République argentine pendant 10 ans. Il symbolisait le retour de la stabilité et de la croissance dans son pays. Depuis, il accumule les ennuis et démontre que la classe politique argentine n'échappe pas à la corruption. "Emprisonné" dans la superbe propriété d'un de ses amis, il est en attente de jugement pour trafic d'armes illégal avec la Croatie et l'Equateur et enrichissement personnel. Sa famille étant par ailleurs impliquée dans de sombres histoires de drogue. Sa vie sentimentale défraie elle aussi la chronique. Playboy de 75 ans, il a quitté sa femme Zulema pour épouser en secondes noces une présentatrice chilienne de 35 ans, ancienne Miss Univers. Le mariage de l'année, qualifié perfidement de "platonico" ("plata para ella, tonico para el", "l'argent pour elle, le tonique pour lui"). Imaginez Jacques Chirac quittant Bernadette pour une union improbable avec Adriana Karembeu. Malgré les affaires et la prison, il compte se présenter aux prochaines élections. A suivre, donc...
Les gauchos
Les Américains ont leurs cow-boys, les Argentins leurs gauchos. Monté sur un fougueux pur-sang, le gaucho résume le rêve argentin: la conquête des grands espaces et la solitude sans fin de la pampa. Enchapeauté et vêtu d'un poncho, il a fière allure entouré de ses chiens patagons. Généralement métissé, le gaucho a une réputation d'indomptable rebelle: les gauchos se sont souvent soulevés contre l’Etat et ont été sévèrement punis.
> LES CHOSES
L'ARGENT
L'Argentine ou "Pour 100 balles, t'as plus rien". Dire que l'Argentine est un pays cher constitue un euphémisme. Buenos Aires peut soutenir la comparaison avec New York, Genève et Londres. Exemple, un yaourt vaut 1 dollar dans un supermarché, un expresso dans un café miteux avoisine les 3 dollars (plus cher qu'au Café de Flore mais sans Bernard Henri Lévy et Arielle Dombasle en voisins de table). Les déplacements en bus coûtent entre 2 et 4 fois plus cher que dans n'importe quel pays d'Amérique Latine. Louer une Peugeot rouillée de partout coûte 100 dollars la journée (essence non comprise). Pour s’en sortir, quelques conseils:
1 manger moins et se contenter de pizzas et d'empanadas à déjeuner et du "menu del dia" le soir (souvent excellent),
2 éviter les hôtels et préférer les "hospedajes", ambiance jeune ou familiale, salle de bains commune mais propre et cuisine équipée pour quelques 8 dollars par personne. 
En prime, des conseils touristiques souvent utiles: 3 Fuir les attrape-touristes. Exemple, "El tren a las nubes": Le train touristique coûte 100 dollars par passager, le train de charge, 20 dollars pour le même parcours dans une atmosphère bon enfant.
OBJETS CULTE
Le sac a mate
Un argentin digne de ce nom ne se sépare jamais de son sac à mate: une besace en cuir ou en toile équipée de compartiments sur mesure pour recevoir une calebasse, une cuillère-paille métallique, un pot de sucre, un thermos rempli d’eau chaude et un sac d’herbe à mate (chacun ayant sa marque de prédilection). Le rituel est très codifié: préparation du pot à mate pendant une semaine (il faut le laisser s’imprégner), et dosage au plus juste de l’eau, du sucre et de l’herbe. Chaque invité doit boire quelques gorgées du breuvage et le passer à son voisin (dans le sens des aiguilles d'une montre). Un retentissant "gracias" signifie "je n’en veux plus, merci".
Le drapeau
Glorifié, sanctifié à l'excès, le drapeau argentin (3 bandes horizontales bleu ciel, blanche, bleu ciel éclairé au centre d'un soleil doré) décore les tee-shirts, les survêtements et les polaires. Le jour du drapeau (fête nationale), on le retrouve même sur les frontons et les autels des églises. Cette vénération extrême a même été à l'origine d'un beau scandale en mai dernier: Cécilia Bolocco (encore elle) a "osé" poser dans une robe de fourrure aux couleurs de l'Argentine en arborant un chignon à la Evita Peron. D'un coup, les deux symboles nationaux étaient "bafoués" par une "chilienne sans vergogne".
> MANGER
Plaisirs du palais
La cuisine argentine est clairement influencée par la cuisine italienne. Amateurs de tortellini, d'agnolotti, de pizzas et de tiramisu, l'Argentine est faite pour vous. Autre tradition transalpine, la présence de glaciers artisanaux avec des parfums à faire pâlir de jalousie M. Berthillon et il signore Giolitti. Mais là où l'Argentine est vraiment numéro 1, c'est dans la viande. La préparation de la viande est élevée au rang d'art: sur la parrilla (grill) ou en asado (en broche autour d'un feu), les steaks sont toujours saignants, épais, avec l'extérieur croustillant à souhait. Le secret: ici, les bœufs mangent tout simplement de l’herbe et gambadent toute leur vie dans l’immense pampa. Seul bémol, évitez la parrillada mixta ou completa, si vous n'êtes pas branchés rognons, cœur et autres abats appétissants.
Quelques spécialités locales: les empanadas (chaussons fourres à la viande, au poulet ou au fromage) qui calent l'estomac pour quelques centavos, le dulce de leche (confiture de lait au bon goût de caramel) que l'on retrouve dans les pâtisseries, les glaces et les flans. Vous l’aurez compris, c’est le pays ou l’on a clairement le mieux mangé. Une petite mésaventure à signaler: on voulait déjeuner au marché central de Salta. On fait comme tout le monde et on a commandé un locro (soupe de mais a la viande, comme nous le précise le serveur). Une assiette fumante et bien garnie arrive sur la table prête à satisfaire notre appétit. On découvre des petites choses grasses aux formes indéfinies flottant dans la soupe. "Ce sont seulement des morceaux de pieds et d’oreilles de porc" nous dit le serveur. La digestion fut difficile. 
> LES MOTS
Parler l’Argentin
Les Argentins parlent espagnol à leur façon. Ils le prononcent avec un accent à l'italienne: "es mas barato" (c est moins cher) devient un "e ma barato" nasillard accompagne de grands mouvements à la napolitaine. Impossible pour eux de prononcer les "ll" et les "y". Résultat, "ballena" (baleine) devient "bagena" et la calle Lavalle (rue Lavalle) se transforme en "cage lavage".
> LA FAUNE
En Patagonie, les steppes infinies ne sont pas seulement peuplées de vaches et de moutons importés d'Espagne par les Conquistadores. On croise facilement des émeus (petites autruches) qui supportent les conditions climatiques les plus rudes puisqu il n'est pas rare de les voir piétiner dans la neige. Notre mascotte est le guanaco (cousin du lama) qui n'hésite pas à attaquer s'il se sent menacé ou s'il a un petit creux. On en a fait l'expérience sur la Péninsule Valdés et Philippe a du déployer toute sa force pour conserver intact son "empanada de queso". Autre animal étrange, le lapin géant au derrière noir et blanc: une tente de lapin sur un corps de biche.
En Argentine, les grands mammifères marins sont faciles à observer à certaines époques: baleines australes, otaries et éléphants de mer obèses avachis sur le sable. Le chien patagon est le fidèle compagnon du gaucho. Il est parfois livré à lui-même et croit voir en chaque touriste le reflet de son maître. Difficile d’apprécier des promenades solitaires accompagnées de ces montagnes de poil qui font fuir les flamants roses et les cygnes à col noir. 
par Aline Betschart et Philippe Acar
L'Argentine, version australe de l'Europe, offre aux amoureux de la nature des grands espaces solitaires et des monuments naturels à couper le souffle. Les descendants d’italiens, d’espagnols et de gallois, majoritaires en Argentine, ont emporté dans leur exil une architecture, une gastronomie et un art de vivre aux antipodes du monde latino.
Itinéraire 
Buenos Aires / Puerto Madryn et la Péninsule Valdés / El Calafate   et El Chalten / Salta et les environs / Iguaçu (à venir)
- Buenos Aires - 
 Notre première vision de la capitale argentine est l’aéroport dont nous avons eu le temps apprécier le confort. On y a passé la nuit sur un banc, en attendant le premier bus pour le centre ville, plus économique que le taxi. Très européenne, voire trop pour des voyageurs en mal d’exotisme, Buenos Aires n’a pas usurpé son image de capitale culturelle de l’Amérique du Sud: cinémas et théâtres à profusion, peu de musées mais beaucoup d expositions. Les Porteños sont tous élégants, souvent blonds comme les blés et traversent le monde avec une moue dédaigneuse. Leur snobisme aigu les pousse même à recruter des professionnels pour promener leurs chiens dans les parcs à l’anglaise des quartiers chics.
4 endroits nous ont marqués:
1 -  Le cimetière Recoleta ou repose Evita "don t cry for me Argentina" Péron. Son tombeau est facile à repérer, il croule sous des tonnes de fleurs.
2 -  Le Teatro Colon, opéra de style classique dans la veine de la Scala et du palais Garnier selon les architectes en charge du projet, avec ses loges grillagées destinées aux veuves qui n’avaient le droit de se divertir qu’en secret.
3 -  San Telmo, un quartier bohème alignant terrasses de cafés et boutiques d’antiquités. Un endroit idéal pour flâner et prendre un expresso et une media luna (le croissant local).
4 -  Bellas Artes: le principal musée de la ville regorge de peintures et de sculptures des plus grands maîtres européens (Van Gogh, Picasso, El Greco, Cézanne, Kandinsky, Rodin...). Au moment de notre visite, il s’y tenait une intéressante expo sur le baroque brésilien.
Par contre, la Boca, centre névralgique du tango et quartier des premiers immigrants , nous a déçus avec ses murs fraîchement ripolinés et ses faux artistes qui ont galvaudé l’héritage de Carlos Gardel, le créateur du tango, en transformant cet endroit populaire en Tangoland de pacotille.

Anecdote: nous avons retrouvé la maison ou vécurent les grands-parents et la mère de Philippe à la fin des années 40. Alors qu’émus, nous prenions des photos, nous avons été sévèrement interrompus par un couple de vieux grincheux qui nous ont pris pour des voleurs s’apprêtant à cambrioler l’endroit!

- Puerto Madryn et la Péninsule Valdés - 
Apres 20 heures de bus, notre rêve se réalise. Nous sommes en Patagonie dans les pas d "illustres personnages tels que Nicolas Hulot et Florent Pagny" (bien sur!). Surprise de taille: des baleines australes batifolent à 100 m de la plage. Les voiliers dans le port ont l’air bien ridicules à coté de ces mammifères éléphantesques. Les habitants de Puerto Madryn sont blasés et on est les seuls à s’émerveiller avec nos jumelles à l’affût d’une tête, d’une nageoire ou d’un saut du monstre marin. Balade sur la Péninsule Valdés pour observer des éléphants de mer. Pour les pingouins, c était trop tôt ou trop tard.

- Sud de la Patagonie: El Calafate et El Chalten -
 Le grand sud patagonien offre des paysages monotones et glacés surtout aux mois de mai - juin. Cependant, changement de décor coté andin où on trouve forets et parcs. Grosse déception, malgré toute la bonne volonté du monde, nous n’avons pas pu faire le trekking du Fitzroy, superbe parc près d El Chalten. Trop de neige! On s’est contentés de courtes balades. En résumé, la Patagonie doit se visiter en saison (janvier, février).

L’un des clous du séjour demeure le Perito Moreno, un glacier de plusieurs kilomètres de large et de 30 mètres de haut. Vu depuis un bateau à partir du lac Argentina ou des passerelles parcourues à pied, c’est une merveille de la nature aux subtils dégradés de blanc et de bleu. Régulièrement, des blocs de glace se décrochent et tombent dans le lac. Le spectacle, sonore autant que visuel, donne lieu à des enchaînements étourdissants de craquements et de ploufs amplifiés par l’écho des montagnes voisines.

- Salta et les environs -
Après un détour par le Chili, nous sommes allés à Salta, au Nord à deux pas de la frontière bolivienne. La ville la plus coloniale du pays n’a pas les attraits des vieilles cités mexicaines et andines. Mais la vie y est nonchalante et plus agréable qu’à Buenos Aires. La population est ici à majorité indienne.

La quebrada de Cafayate, un canyon à la formation géologique bizarre, nous a épatés. On a eu le temps d admirer les 47 km de rochers gris, bleutés ou ocres, les fleuves tourmentés et les oasis, perchés sur nos bicyclettes. Un condensé d’Atlas marocain et de Colorado avec des rochers aux noms évocateurs: El Sapo (le crapaud), los Castillos (les Châteaux), la Garganta del diablo (la gorge du diable)... Philippe nous a fait un remake de la Grande Vadrouille, marchant comme Louis de Funès à côté de son vélo pas techniquement au point (une machine infernale à la chaîne défaillante).

On a aussi voyagé à bord d’un train de charge (El tren a las nubes: le train vers les nuages) reliant Salta à la frontière chilienne en traversant les Andes. A certains moments du trajet, le train est obligé de faire des allers retours pour gravir les pentes en escaliers. On a convaincu le chauffeur de nous laisser faire une partie du parcours dans la locomotive de tête. A l’air libre, le passage des tunnels et des ponts suspendus, ça décoiffe! Tout comme la nuit à San Antonio de los Cobres: 4000 m d’altitude, -10 degrés et pas de chauffage. Dans les environs, on a parcouru un désert de sel et escaladé le pont de la Polvorilla, impressionnant dispositif ferroviaire ressemblant plus à une montagne russe qu’à un pont classique.

Iguaçu (récit à venir, car nous y passerons via le Brésil)

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