| > ALLER VENIR |
| Difficile de retrouver aujourd’hui la
trace du mur de Berlin. Allez
à la porte de Brandebourg, suivez la ligne au sol vers la
droite, direction
le Reichstag. Et souvenez-vous que la Porte de Brandebourg était
à
l’Est, le Reichstag à l’Ouest, mais tous deux effectivement
inaccessibles
à l’époque. |
| Le meilleur endroit pour voir le mur
est la East Side Gallery. Prendre le S-Bahn jusqu’à Ost Bahnhof
et longer les quelques kilomètres de mur jusqu’au pont de
l'Oberbaumbrücke. De quel côté du mur
êtes-vous? |
| D’autres pans du mur se trouvent dans
des endroits disparates qu’il
est assez difficile de dénicher, souvent dans des quartiers
encore
isolés... Quelques petites expéditions en perspective. Y
a-t-il
encore des bunkers ou restes de tunnels à découvrir? |
| > LIRE |
| 13
août 1961: la construction du mur de Berlin. Dossier
Arte-Thema avec des interviews, une chronologie, et la recherche des
traces du mur. |
| Die Berliner Mauer
site multilingue avec une galerie virtuelle de 200 (très belles)
photos. |
| Wall-Berlin,
site trilingue (allemand, anglais, français) en collaboration
avec le Deutsche Historisches Museum Berlin et le Mémorial de
Caen. Des galeries et des articles autour de mur et de son histoire. |
| Berlin:
à la recherche du mur, article par Baudouin Eschapasse,
Routard Mag, avril 2002. |
| Galerie Noir, le site de Thierry Noir, un des
artistes de la East Side Gallery, avec des articles intéressants. |
|
|
|
| Un
beau matin de 1961, les habitants de Berlin se sont
réveillés avec un mur au beau milieu de leur ville.
Certes, l’ancienne capitale prussienne était divisée de
facto en quatre zones d’occupations depuis la fin de la seconde guerre
mondiale. Certes, l’Allemagne n’était
plus un état, mais deux, une République
Fédérale
d’Allemagne, dite aussi Allemagne de l’Ouest d’une part, et une
République
Démocratique d’Allemagne, dite aussi Allemagne de l’Est, de
l’autre.
Certes, la ligne de démarcation entre les deux états
était
une véritable passoire, tant il y avait des gens qui voulaient
quitter
la RDA. C’est à cette dernière que revient la glorieuse
initiative
de faire construite le Mur de Berlin, que nombreux appelleront aussi
"Mur
de la Honte", dans le but premier d’assurer sa survie, car un
état
vidé de ses habitants n’en est plus un. Bien que l’ouvrage ne
fut
pas achevé en une seule nuit (ce qui eut été
utopique),
les travaux furent réalisés en vitesse, sans crier gare,
pour
mettre tout le monde sur le fait accompli. C’est d’ailleurs un des
aspects
les plus choquants dans cette affaire. |
|
| Berlin
n’est pas la seule ville à avoir été
divisée en deux. Trois exemples contemporains, tous
situés en Méditerranée Orientale, peuvent
être cités. Nicosie, d’abord, qui est coupée
jusqu’aujourd’hui par une ligne verte séparant deux secteurs
(l’un grec, l’autre turc) depuis l’invasion turque en 1974 (1).
Beyrouth, qui
fut divisée en deux secteurs antagonistes lors de la guerre de
1975-1990. Dans ces deux cas, la division des villes s’est
matérialisée par un no man’s land, des remblais de sables
et containers faisant office de fortifications. Troisième
exemple, celui de Jérusalem,
divisée entre Israël et la Jordanie en 1948,
réunifiée
de force en 1967, mais qui n’en a pas pour autant fini avec les murs
puisque
la ville se retrouve actuellement séparée de ses environs
qui appartiennent à l’autorité palestinienne par la
construction
de ce que le gouvernement de M. Sharon appelle pudiquement une
"clôture
de sécurité", ouvrage qui par son ampleur se rapproche
plus
de la Grande Muraille de Chine que du Mur de Berlin, même s’il
partage
avec ce dernier le surnom de "Mur de la Honte". |
|
| Le
mur de Berlin est une construction relativement modeste par son aspect.
Nombreux touristes qui s’y rendirent dans les années 60-70 ne
manquèrent pas
de marquer leur déception quant aux proportions de l’ouvrage.
N’empêche que le mur était suffisamment redoutable pour
faire frémir. Il était accompagné d’un dispositif
sécuritaire dont la description fait froid dans le dos.
Miradors, barbelés électrifiés, champs de mines,
surveillance maximale dépassant les limites de
la paranoïa. Tout pour faire comprendre aux berlinois qu’on les a
enfermés en prison. Ce qui est terrible dans cette histoire
c’est que c’est une prison à double face. D’une part, les
berlinois de l’est, y étaient enfermés et devaient user
de stratagèmes follement imaginatifs (à voir au
musée Haus am Checkpoint Charlie) pour s’en échapper, et
d’autre part, ceux de l’ouest étaient littéralement
encerclés par cette clôture et ne pouvaient entrer et
sortir de leur ville que par la voie des airs. Cette rhétorique
carcérale fonctionnait aussi bien au niveau physique (vous ne
pouvez pas entrer ou sortir) que psychologique (vous êtes sous
notre contrôle). Sans compter, qu’au niveau
urbain, le mur est une ligne qui vient, presque aléatoirement,
redessiner
la morphologie de Berlin. |
|
Que
reste-t-il du mur aujourd’hui?
Pas
grand chose. Dès sa chute et la réunification de
l’Allemagne, on s’est empressé de le faire disparaître.
Normal, de une c’est un symbole d’oppression, de deux, il fallait bien
reconstruire. On a alors démonté cette chose qui a
cristallisé les tensions Est-Ouest
en morceaux, les plus grands devinrent des mini-monuments qu’on envoya
un
peu partout, les plus petits allaient être vendus comme
souvenirs, ou
ils furent mélangés à des faux. Allez trouver un
expert
pour faire certifier un fragment du mur de Berlin! De
l’intervention architecturale la plus célèbre de Berlin,
il reste aujourd’hui quelques brides, des pans de murs branlants, et le
tracé au sol que l’on peut suivre à partir de la Porte de
Brandebourg. Et puis il y a un tronçon de quelques
kilomètres dans l’Est de la ville. Pour cela, il faut se rendre
à Ost Bahnhof (Gare de l’Est, ex. Haupt Bahnhof) et prendre sur
la gauche par deux fois. La route longe alors la désormais
célèbre East Side Gallery. Le mur a été
couvert
de fresques au début des années 1990. De jeunes artistes
participèrent
à cette passionnante opération. Certains pans, sur
lesquels
sont représentées en série des têtes de
profil
avec des couleurs vives en aplat et un large cerne noir furent
attribuées,
à tort, à Keith Haring qui était alors en train de
mourir
du sida. Il a fallu que le véritable auteur de ces fresques nous
contacte
pour que nous nous rendions compte que nous avions été
piégés
par la rumeur. Le peintre est français, il s’appelle Thierry
Noir
(photo ci-dessus). Son site internet (cf. ci contre) raconte d’ailleurs
l’histoire
du projet. La East Side Gallery comporte d’autres segments plus ou
moins
réussis, dont le l’inévitable l’inévitable The
Wall,
inspiré de la pochette de l’album éponyme des Pink Floyd,
l’illustre Baiser de Brejnev et Honecker et le sympathique Japanese
Sector qui ouvre en trompe-l’oeil sur le Mont Fuji. |
| Exposées
aux intempéries, à la pollution et au vandalisme des
touristes qui veulent emporter un morceau authentique du mur, les
fresques de la
East Side Gallery sont dans un état préoccupant. Elles ne
sont protégées par aucun cadre ou organisme qui veille
à leur conservation, pas plus que les pans de murs qu’elles
couvrent par ailleurs. Des collectifs regroupant des artistes (parmi
les auteurs des peintures) se sont mobiliser pour organiser la
restauration et la conservation de la East Side Gallery. La situation
reste délicate, car une bonne partie de la population
berlinoise, à commencer par les riverains, ne serait pas
fâchée de voir disparaître cette relique des jours
noirs de leur histoire. Sans compter les promoteurs... Mais c’est
justement d’histoire qu’il s’agit et, qu’on le veuille ou non, le mur,
ou plutôt celui qui en reste, en est un témoignage
capital. C’est un lieu de mémoire, et il doit le demeurer, car
personne n’a le droit d’oublier ce qui s’est passé, même
si ce n’est pas agréable. On appelle ça le devoir de
mémoire, et les habitants de villes sinistrées, qu’il
s’agisse de Berlin, ou de Dresde, de Beyrouth ou de Sarajevo, doivent
apprendre à vivre avec pour mieux construire l’avenir. |
| (1)
cf. notre page: http://www.baronbaron.com/chypre/nicosie.html |
| 1998-2004, Baron & Baron, tous
droits réservés. >> CONTACTEZ
NOUS |
|