BARON & BARON > CARNETS & RECITS DE VOYAGESTUNISIE > RECIT DE VOYAGE 2001 [AU CAFE DES DELICES]
"Au Café des délices”, la  Tunisie 
par Carla Henoud
Le voyage en Tunisie… Sous l’égide de deux barons drôlement complémentaires,  heureusement inclus dans le forfait, un baron du jour spécialiste des pierres en tous genres et l’autre, baron de la nuit spécialisé dans les incendies nocturnes. Il y avait ceux qui savaient tout, ceux qui voulaient tout savoir et ceux qui en savaient assez! Les retardataires, les impatients, les gourmands et les gourmets, les top models très classe et les démodés inclassables, les nerveux et les plus tolérants, les bavards à la voix plus ou moins aiguë, n’en déplaise aux mélomanes, et les amoureux du silence, pour une minute au moins. L’espionne journaliste déguisée en miss élégance avec chaussettes - camouflage assorties pour l’occasion, la danseuse de ventre, en français dans le texte, surnommée Marianne, criant haut et fort "arabyon ana" et "ya leil ya ein", les amoureux de Peynet souvent en retard pour le petit –déjeuner,  les désespérément à la recherche des trois S, sieste, soleil et sexe, les incontournables, les toujours souriants, les toujours rouspétant, les discrets, les distraits. Il y avait aussi des images, des couleurs, impressions retenues, images ramenées, souvent les mêmes pour tous, merci Claude, et le souvenir d’une longue ballade de plusieurs jours rythmée par des oliviers à perte de vue, bercée par la voix inoubliable d’un Fathi insatiable souvent confondu avec Cesaria Evora; des déserts variés, traversés par des ombres venues de nulle part, en route pour on ne sait où,  des déserts pas tout à fait les mêmes ni tout à fait différents, du sable plein les yeux, un ciel criblé de lumières, assommé de nuages, en route pour Tozeur, tôt le matin; des villes fantômes vidées de toute présence et qui semblaient emprunter à notre passage une part de notre âme et de nos émotions, pour reprendre vie, un instant … Et puis des souks pleins de charme, surprenantes impasses aux portes colorées, ponctuées par des visages d’enfants, pressés d’aller rejoindre leur nulle part ; des cafés inoubliables et des moments inoubliables, avec leur parfum encore très présent, contrastant avec Djerba pas si douce que ça et Hammamet au charme surfait et racoleur. Et enfin, Sidi Bou Said, et les derniers instants toujours trop courts, Sidi qui a volé au ciel son bleu le plus pur pour colorer ses fenêtres, ses portes, ses façades et nos humeurs.
Tunisie, "Terre toute en douceur", certes, mais n’en déplaise aux guides en général bien avisés, pas vraiment une  terre où  "la rencontre avec la population est toujours empreinte de courtoisie et de gentillesse". 
Le retour au Liban… Les bagages pleins de souvenirs, des cannes, des chapeaux, des couvertures, une magnifique femme sur un non moins magnifique chameau, des marionnettes et… une poignée de poussière de désert, poussière d’ange, cadeau d’un marchand de sable imaginaire pour nos futures nuits d’insomnie en quête de rêves… de voyage bien sûr!
> LES MOTS
La Tunisie est un pays bi linguistiquement correct. Les francophones n’auront pas de mal a se faire comprendre même dans les coins les plus reculé, idem pour les arabophones du Proche-Orient (qui en revanche ne comprennent que dalle à ce que disent les marocains). La Tunisie peut se vanter de son système éducatif qui impose une scolarisation gratuite et obligatoire. En résulte un faible taux d’analphabétisation. Le pays est doté de bibliothèques municipales bien entretenues, y compris dans des coins aussi reculés que Ghomrassen. Cette rigueur n’empêche pas l’émergence d’expressions locales auxquelles le visiteur aura droit dès sa descente d’avion:
-les gazeaux, les gazelles!
-c’est moins cher que gratuit!
-c’est gratuit jusqu’à la caisse!
-aujourd’hui c’est moins cher que demain! (idéalement il aurait fallu venir hier)
> LES CHOSES
A chaque pays ses objets. Nous allons parler d’art, et plus précisément de sculpture publique, puisque chaque ville peut s’enorgueillir de posséder un style propre. L’école de Gabès est ainsi marquée par l’expressionnisme allemand, ses monuments ont des formes dynamiques et tourmentées. Est-ce l’influence de Erich Mendelssohn et de la mosquée en spirale de Tunis ? Plus stables et rassurants sont les pots de toutes tailles qui ornent les ronds-points de Tozeur. A Nabeul, c’est une variante du même objet, cette fois avec un conifère planté dedans, qui est le symbole de la ville. Plus baroque est l’attribut de Hammamet sa voisine, avec, à la porte des remparts, une composition de sirènes et néréides qui auraient mieux fait de rester dans l’eau. Toujours à Hammamet, mais en intérieur, la Statue de la Liberté dorée qui reçoit les noctambules au Manhattan!
> LA FAUNE
Observations et théories d’Edouard:
Le chameau: il chie sur le chemin de l’aller, pas au retour. C’est un système de petit poucet (ou de fil d’Ariane) pour ne pas perdre sa trace dans le désert.
La mouche: une mouche en détresse ne reçoit aucune aide de ses compagnons, pourtant nombreux. Il n’y a aucune solidarité entre les mouches!
La chèvre: en cas de bagarre entre chèvres blanches, la chèvre noire n’intervient pas, elle garde sa neutralité. Edouard compte entreprendre un tour du monde pour vérifier si ces observations édifiantes effectuées en Tunisie peuvent s’appliquer ailleurs et s'avérer universelles.
> LES GENS
Les tunisiens. Ne sont pas d’un abord franchement facile. Ils montrent face à l’étranger (même s’il est aussi francophone et arabe qu’eux) une espèce de méfiance qui peut s’avérer assez désagréable. Ne généralisons toutefois pas. En revanche, ce peuple fait preuve d’une ouverture sans bornes sur lez choses relatives au sexe. Ainsi les femmes de Chebika, dans le grand sud, eurent pour comme première réaction, en apprenant que nous étions libanais, de s’extasier sur la réputation de grandeur de notre attribut. Les aventures stripteasesques de Baron lors de son massage à Jerba feront légion. Coté hommes, c’est pire (ou mieux?). Nombreuses sont les occidentales en mal d’aventure à l’avoir compris et de venir à Jerba pour se faire quelques gazeaux. Ce n’est pas nous qui l’avons inventé, il suffit de voir le film Bezness!
Habib Bourguiba, dit l’ancien. Est en Tunisie ce que Bolivar est au Venezuela. Le père de la nation. Dans chaque ville, l’artère centrale porte son nom (et le boulevard périphérique, celui de l’environnement!). Bien que destitué par Ben Ali, il garde une grande popularité. Nous avons rencontré Hejer, une de ses filles. Professeur de maths, elle a ouvert une magnifique boutique d’art et d’antiquités à Sidi Bou Saïd.
Zine el Abidine Ben Ali, dit le jeune. Depuis qu’il a mis à la retraite Bourguiba en 1987, le président Ben Ali donne, à travers ses portraits omniprésents, une image de jeune fringuant, sorte de George Clooney de la politique arabe (il n’a pas du voir Oh Brother where are thou? des frères Coen). Ben Ali n’a que 64 ans.
Erwin Rommel dit le lion du désert. A séjourné dans une maison du centre de Tozeur ainsi qu’à la villa de George Sebastian à Hammamet. Winston Churchill, Frank Lloyd Wright, Le Corbusier ont également habité la maison, mais pas tous en même temps. A propos de lion, notre route a croisé celle d’un autre, celui de Damas, Bachar el Assad, en visite officielle à Tunis, pavoisée de drapeaux syriens.
Et nous et nous et nous!
Jihane est revenue sur le scénario que Carla a imaginé suite à son entretien avec Marie Moarbes. C’est vrai que nous aurions été des otages incontrôlables. Voici le rôle de chacun. 
Adib: le type qui fait le clown histoire de distraire les kidnappeurs pendant que Baron et Baron préparent leur ‘escape plan’.
Caline: si quelqu’un OSE toucher à UN SEUL cheveu de son frère, il aura affaire à elle. 
Carla: journaliste d’un jour, journaliste pour toujours, même et surtout dans les moments les plus graves. Plus tard, elle sera invitée à toutes les émissions télévisées pour faire part de son témoignage au monde entier (t'massel souret lebnen bel’alam kello).
Charles: 'qu’est ce que je suis venu faire dans cette galère?'
Claude: la Marianne du désert, avec l’aide de Patrick, elle mettra le feu… Walah'neha!
Daisy: elle, elle est contente, ça tombe bien, comme ça elle a une excuse pour ne pas rentrer, pour profiter du soleil et pour se libaniser encore plus.
Edouard: le type qui s’occupe des négociations mais n’arrive à ABSOLUMENT RIEN!!!
Dima: tant que Fathi est là, elle ne  craint rien!
Fathi: ‘ça vous apprendra à ne pas suivre mes conseils et à vouloir toujours en faire à votre guise!’
Gilles: ça tombe bien, de toutes façons il n’avait pas de place réservée sur son vol de retour.
Greg: le type qui fera un exposé sur l’histoire des prises d’otages dans le monde depuis le XIXe siècle et leur impact sur l’art néo-classico-post-moderne naïf.
Joëlle: celle qui croit fermement qu’ils vont tous tomber amoureux d’elle et nous relâcher par la suite.
Maha: en cas de conflit avec l’ennemi, demandez son aide, il suffit qu’elle s’éloigne un peu pour qu’ils se mettent à la suivre. Peut-être arrivera-t-elle à les semer un jour?
Patrick: excusez-moi, mais où on peut faire la fête, ici?
Samir: le type qui observe, analyse, et déduit… mais on ne saura que l’essentiel.
Walid: le type qui fait la grève de la faim pour obtenir des nanas.
par Jihane, la petite fille sur le chameau...
PROLOGUE - Aéroport de Amman
Une vraie ruine, sombre et délabrée, avec, en prime, le marché de Calcutta pour passer d’un terminal à l’autre. Le vol pour Tunis est annoncé avec une escale à Casablanca (!). Edouard en profite pour entraîner toute la troupe dans le VIP lounge à l’aide d’une carte American Express. Canapés moelleux, décor décent, Carla se méfie, va aux nouvelles, et apprend qu’il sera débité 20USD / personne... à moins de prendre la fuite. Nous embarquons alors sur un airbus A320 dont l’équipage a laissé aux passagers le soin de s’installer comme des grands. S’en suivent des bagarres: un bonhomme pas très conciliant (assis derrière Jihane!) tabasse une femme qui prend la fuite à l’arrière de l’appareil. Pendant que les passagers jouent aux chaises musicales sous l’arbitrage de Baron, l’appareil ne peut pas décoller à cause d’un blessé qui cherche une place pour étaler sa jambe. Il veut s’étendre au sol, entre le cockpit et la classe affaires, avant de se retrouver installé entre les deux classes, son postérieur sur un siège éco, sa jambe traversant le rideau, en affaires.

dimanche 8 avril 2001 -  TUNIS
15h00 – Aéroport de Tunis-Carthage
La longueur des files d’attente au contrôle de police est à l’image du délai pris par les autorités pour délivrer des visas à certains. Questions: 
"-écrivez-vous des livres?" 
"-Qu’est ce que vous enseignez?" 
"-si vous êtes architecte, pourrez vous me faire les plans de ma maison?"
No comment. Retrouvailles avec Daisy, sans valises, Gilles,et, pour Baron, un ami de Genève qui passait par là. Fathi, notre guide, paraît stressé et n’a pas envie de rigoler. Pas de temps à perdre, direction le musée du Bardo! Comme dans tous les monuments du pays, il faut, en plus du billet d’entrée, s’acquitter d’un dinar de droit de photographie. Venus voir les plus belles oeuvres, nous devons rabouler Fathi qui se lance dans un interminable discours sur la création du monde depuis la Préhistoire! Ce dimanche après-midi s’achève dans les ruelles désertes de la médina rythmées par un nombre impressionnant de coiffeurs arborant fièrement leurs diplômes et par le gardien ivre mort du Tourbet el Bey qui nous invite à visiter, moyennant un dinar /personne, à visiter le monument dont il a la garde (hors heures de visite) sous son regard concupiscent et masturbateur. 

- intermède: les nuits pas chaudes de Tunis -
Nous errons entre l’avenue Bourguiba et la Place de la Victoire, dans un froid polaire, à la recherche d’un taxi. Peine perdue, il faudra remonter à travers les ruelles désertes de la médina pour arriver à Essaraya, une des meilleures adresses de Tunis. Quelque part, au détour d’un nahj, le sol est éclairé de bougies. Le chemin a ainsi été tracé pour une soirée de mariage à Essaraya, qui est donc réservé. Il faut trouver autre chose. Les snacks de l’avenue ne sont pas très appétissants, le Bagdad tente de nous attirer par l’entremise de son portier chinois, mais nous décidons d’aller à la Maison Blanche. Toujours pas le moindre taxi à l’horizon, mais Baron croise un fourgon qui décharge des matelas et qui accepte de nous emmener à destination. Tous enfermés dans le camion, la nuit, comme des voyageurs clandestins chinois, redoutant le sort funeste qui nous attend. Funeste ne sera pas le traitement que nous fera subir le chauffeur, mais l’accueil que nous réserve le personnel (qui se rhabille par échelons) de la Brasserie de l’hôtel mentionné ci dessus:
-Pas de pizzas, pas de pâtes! (alors qu’il n’y a pratiquement que ça dans le menu)
-Pourquoi?
-Parce que! (pendant qu’il est en train de remettre sa cravate)
Commençons par le vin. Charles commande du blanc qui s’avère rosé, pour arroser un poisson grillé mais cru, des frites qui datent de l’époque d’Hannibal et qui baignent dans [censure]. Enfin, après plusieurs heures d’attentes et de protestations, et un repas frugal et détestable, une addition salée (ce sera la plus chère du voyage), nous refusons de payer intégralement. Nous quittons ce lieu inhospitalier mais, en pleine avenue Mohamed V, sommes poursuivis par le maître d’hôtel qui nous contraint de régler notre solde.
 

lundi 9 avril 2001 - DOUCCA - CARTHAGE - SIDI  BOU SAID
Randonnée pour Dougga, à travers les plaines et les collines agricoles. Les champs de blé encore verts sont bercés par un vent frais. Sur le chemin du retour, nous rencontrons une petite fille qui vend du pain préparé par les femmes des villages avoisinants et cuit sur de la pierre. Cet en-cas permet à Joelle de patienter jusqu’au déjeuner qui nous attend à Sidi Bou Saïd. Comme pour rattraper le repas de la veille, et faire une pause entre deux grands sites archéologiques (Dougga et Carthage), le magnifique salon du Kan Zaman est un cadre propice pour déguster enfin une cuisine tunisienne riche et raffinée. Ceux qui ont commandé du couscous sont surpris par des portions gargantuesques. Baron et Charles ne comprennent pas comment ils n’ont pas pu finir leur assiette!

Retour à Sidi après une visite de Carthage ou Baron a la bonne idée d’appliquer des feuilles de capri sur ses tempes. La villa du Baron d’Erlanger, Centre des Musiques Arabes et Méditerranéennes est fermée les lundis, mais les connexions baronesques et un petit sourire au gardien permettent aux portes de s’ouvrir et à nous de visiter ce lieu magique avec ses jardins. Il faut finir cette journée en beauté, comme au café Sidi Chabaane, avec ses terrasses surplombant la mer, sa chicha et son thé à la menthe, avant de partir pour l’aéroport et s’envoler pour Tozeur-Nefta.

mardi 10 avril 2001 - "ESCAPADE AVENTURE"
Metlaoui est le point de départ du célèbre Lézard Rouge, train beylical qui a été remis en service pour faire découvrir aux touristes les gorges du Selja. Les wagons (avec un décor d’époque) sont envahis par la foule qui vient admirer ce lieu que nous laissons à Charles le soin de décrire:

"Au fond des merveilleux canyons couleur jaune et ocre coulait une eau
noire comme un mauvais jour, une eau d'égouts autour de laquelle gambadaient des touristes lâchés comme un troupeau de chèvres et tout à leur admiration béante du moindre objet de curiosité. La vie se mourait tout alentour: l'herbe avait disparu du fond de la vallée et les quelques palmiers encore debout perdaient leurs dernières feuilles. La désolation était intense et s'étalait jusqu'au débouché du canyon, là où l'eau de la mort allait se perdre dans quelque relief de terre stérile. C'était le prix à payer pour débarrasser les minerais de phosphate qui faisaient la richesse du pays des métaux lourds qu'ils contenaient. Les pays riches, principaux acheteurs du précieux minerai, n'admettaient plus que l'on polluât davantage leurs beaux pâturages et le Gouvernement, dans sa grande sagesse et du fond de ses palais ombragés, avait ordonné que des quantités continuelles de Cadmium se déversent jour après jour dans l'infinité plate et misérable du désert".

Nous arrivons dans une gare pleine de wagons de phosphate et embarquons à bord de nos 4x4, sur des pistes rocailleuses qui nous mènent vers le territoire algérien. La frontière est marquée par une ligne de pierres sur les collines et le poste tunisien est à portée de vue. A travers les paysages chaotiques, des marabouts sont dispersés en pleine nature. Nous arrivons à Midès, une oasis avec son ancien village en pierre suspendu au bord d’un profond ravin. Des marchands de souvenirs exposent des roses des sables et suspendent des voiles aux belles couleurs. L’acheteur prendra soin de marchander, mais aussi et surtout, de vérifier la qualité du tissu (préférer le coton au synthétique). Prochaine étape, Tamerza, un ancien village enfoncé dans une vallée, à coté de l’oasis. Tout comme Midès et Chebika, le village de Tamerza a été abandonné. Les touristes viennent dans cette oasis pour admirer des cascades pas vraiment attrayantes. Sur la colline qui surplombe le site, on a construit un hôtel de luxe, le Tamerza Palace (tel: 6-485322, fax: 785344). Nous y déjeunons au bord de la piscine. L’endroit est très agréable, la vue spectaculaire, le buffet grandiose, et l’addition astronomique! Pour digérer, reprenons la route vers Chebika, un autre village en ruines, accroché au flanc d’une  montagne et surplombant les étendues désertiques. Les enfants du coin sont très beaux et vendent des colifichets qui feront la joie de Joelle. Pour 1 dinar (ou une friandise), ils prendront fièrement la pose face aux objectifs des photographes, pendant que la lumière de cette fin d’après-midi continue de descendre. Fathi nous propose, pour le coucher de soleil, de faire une excursion à dos de chameau sur les dunes du Sahara. Ça sent un peu l’attrape touriste, mais, de toutes façons, c’était le cas pour tout le programme de cette journée, dans ces zones désertiques qui sont plus bondées que l’avenue Bourguiba de Tunis! Va donc pour la randonnée des sables avec les dromadaires (seul Baron a droit à un chameau) dont celui de Joelle se fait particulièrement bavard. Premières images du désert avec une horde de bédouines surgissant d’on ne sait ou, comme par enchantement, venant nous poursuivre pour nous vendre des poupées de chiffon! Le coucher de soleil sur la crête des dunes est très beau malgré l’agitation ambiante et les sonneries du portable de Daisy, que tenteront de calmer, en vain, les appels au silence de Dima. Sur le chemin du retour, qui se fait dans la pénombre, les relations entre Baron (l’autre) et sa monture se détériorent au point que chacun achève l’escapade tout seul, parmi les méharistes qui réclament encore un pourboire en plus des 10 dinars de supplément que nous venons de leur payer! 

- intermède: La vie nocturne à Nefta -
La Corbeille est fermée, la boite du Mirage est meublée de mâles en attente de gazelles qui ne viendront pas. La seule animation est dans le salon du Sahara Palace où des fous excités (nous) jouent à Psychologue, avec dans le rôle du psy le trio Daisy-Claude-Carla. S’en suivent d’autres jeux plus ou moins inspirés. Les Meuh et les Beuh, vous connaissez? C’est un des symptômes collectifs de la maladie de la vache folle. Et la soirée de s’achever au bord de la piscine avec Joelle qui récite par cœur des dialogues de films.

mercredi 11 avril 2001 - TOZEUR - NEFTA
Visite de Tozeur, déjeuner à la Corbeille à Nefta, où nous rencontrons un allemand venu seul de Gottingen à la recherche de quelques mosquées perdues. Nous le suivons alors dans ses pérégrinations à travers les ruelles en terre battue de Nefta, y rencontrant Abou Mohamed (qui nous raconte l’histoire de sa vie et propose à Carla de devenir sa Nième femme) et son fils Mohamed. Pendant que le vent se lève et soulève avec lui la poussière, Carla, Claude, Ed et les deux Baron s’enfoncent dans la palmeraie vivifiante mais boueuse (fameux sables mouvants) et rencontrent des enfants à leur sortie d’école. Présentations, plaisanteries, échange d’autographes et d’adresses, invitation à prendre le thé à la maison, tout cela est très sympathique et met une dose d’animation dans la torpeur de cette après-midi que nous achevons au bord de la piscine du Sahara Palace, alors que le temps continue de se gâter. Le soleil disparaît laissant à l’horizon un voile de poussière. Ces intempéries empêchent Gilles, Dima et Maha de faire leur escapade sur les lieux de la bataille du désert dans Star Wars... Et nous de paniquer pour notre traversée du lendemain. Et si nous restions  bloqués à Nefta durant une semaine?

- intermède: La vie nocturne à Tozeur -
Non contents des tentatives festives neftaiotes, nous décidons de récidiver à Tozeur, réputée plus animée. L’expédition est boycottée par Baron (ce qui provoque une crise avec Joelle). Les autres atterrissent à un des endroits les plus branchés de la terre, la boite du Club Med. Sur la piste, quelques vieux dansent sur à, à, à la queue leu leu! Eh oui, il existe encore des enregistrements de cette chanson, et, bien d’autres. Il faudra faire avec pour rigoler, ce qui compte c’est la bonne humeur!

jeudi 12 avril 2001 - LE GRAND SUD
Départ matinal. Dès 6h30, la caravane de 4x4 est déjà en route, pour la grande traversée du Sud tunisien. Au delà de Tozeur, sur la route de Kebili, le soleil se lève sur Chott el Jerid, un lac salé asséché. La lumière de l’aube donne à ce lieu rocailleux et plat qui semble s’étendre jusqu’à l’infini l’aspect des toundras que l’on trouve au nord de la Scandinavie. Soudain apparaissent les premières dunes, quelques palmiers et un signe de vie ; un marabout (alors que c’est paradoxalement un tombeau!) Le lieu a été le sujet d’une oeuvre majeure du célèbre vidéaste Bill Viola. Nous arrivons enfin à Douz, juste à temps pour le marché hebdomadaire, le plus important et le plus coloré de la région. Le marché s’installe sur une place carrée cernée de murs dont chacun  est percé d’une grande porte en son centre. Sur les étals, on trouve tout ce qui peut se vendre ou s’acheter: épices, pois chiches, babouches, amoncellements de poissons frits ou séchés, le tout au son des musiques tonitruantes dispensées par les marchands de cassettes. Ce déballage haut en couleurs attire marchands et acheteurs du désert et de ses oasis, et, depuis quelques temps, des touristes, ce qui a provoqué l’apparition de produits qui leurs sont destinés, proposés à ’prix fixes’. Plus fort que le marché traditionnel, l’activité la plus spectaculaire des jeudis matins est le marché aux bestiaux: dans immense un terrain planté de palmiers se négocient dromadaires, cervidés, ovins, volailles et autres volatiles que les acquéreurs emportent directement sous les bras, souvent avec la désapprobation manifeste de la bête concernée. Ce spectacle est des plus fascinants qui soient, un témoignage vivant des us et coutumes du grand sud tunisien, un cérémonial ancestral discrètement surveillé par la police qui contrôle les allées et venues des animaux. 

La route reprend vers l’Est, vers les montagnes de Matmata. On grimpe. A l’entrée du village de berbère de Tamezret, les voyageurs font  une pause pour admirer les paysages vallonnés et les maisons vernaculaires s’accrochant et se fondant à la colline, avant de repartir sur Matmata. Cet endroit est célèbre pour ses habitations troglodytiques. Certaines ont servi de décor à plusieurs épisodes de la série Star Wars [la Guerre des Etoiles] de Georges Lucas, et en conservent la trace par la présence d’éléments de décor science fictionnesques. Invisibles de l’extérieur, les maisons sont encastrées autour de cratères de 5 à 10 mètres de profondeur. Le centre de l’excavation, à l’air libre, joue le rôle de cour, de grange ou de jardin, tandis que les espace habitables sont excavés à l’intérieur des parois circulaires, et protégés des températures extrêmes. Il est possible de passer la nuit dans ce genre d’habitat, puisque certains ont étés transformés en hôtels, comme le Marhala (tel: 5-230015, fax: 5-230109). Entre collines dénudées et vallées encaissées, Matmata est entourée de montagnes que nous n’allons pas tarder à voir de plus près. Nous grimpons donc sur ce qui n’est plus qu’une piste non goudronnée et impraticable sans 4x4 (bien que nous ayons rencontré quelques fous en Renault 19). Ça bouge rudement, surtout aux virages, parfois vertigineux. La chaîne montagneuse est parallèle à la côte du Golfe de Gabès. Depuis les crêtes, on découvre un splendide panorama sur les plaines côtières vides et les eaux turquoise de la Méditerranée. Ce paysage très aérien se poursuit par une descente sur Toujane, un petit village adossé aux montagnes. Les maisons sont admirablement intégrées dans le paysage. L’étroite rue principale en terre battue prend les couleurs vives des kilims que les habitants exposent à la vente. 
Nous arrivons sur Metameur, un des villages que l’on visite pour ses ghorfas ou greniers à blé [ghorfa en arabe = chambre, NDLR]. Ils sont disposés autour d’une vaste cour rectangulaire et blanche qui, écrasée par le soleil, semble surgir d’un film de Sergio Leone. Charles a même identifié le poteau sur lequel on pend des bandits qui n’ont peut être jamais existé. Les bâtiments vides (à l’exception d’une aile repeinte et transformée en hôtels) et leurs alvéoles voûtées sont à l’abandon et tombent parfois en ruines. Avant de quitter Metameur, précisons que ce nom ne provient pas d’une  insulte de la banlieue parisienne, mais des dattes [datte en arabe = tamer NDLR]. On notera enfin, que dans cette région, les propriétaires marquent les limites de leurs terres par des alignements de cactus.

- interlude: pause déjeuner à Tataouine, ou il est prouvé qu’on n'est jamais mieux servi que par soi même -
Direction plein sud. Tataouine, pour faire le plein avant de reprendre la route des ksour. Les voyagistes ont la fâcheuse manie de croire que les voyageurs ne peuvent pas manger hors d’un restaurant pour touristes. Alors que nous réclamons une boulangerie ou un snack, on nous emmène, hors de la ville, dans un endroit ou il y a le choix entre une salle à manger sinistre pour armées d’affamés aveugles, et un hôtel de ‘luxe’ dont le restaurant affiche des prix dignes des Champs Elysées. Nous arrivons enfin à nous faire déposer dans le centre de la ville. Visite chez l’épicier du coin, achalandé en fromage Président, yaourt et chips. Le pain chaud de la boulangerie sera donc le complément pour se faire des tartines en voiture, comme  des grands.

A 4 km au sud de Tataouine, dans un endroit plein de détritus, se dresse Beni Barka, un immense village fortifié. Abandonné il y a longtemps, ce ksar médiéval tombe en ruine de manière assez pathétique. La visite de ses artères courbes pleines de gravats (certains ont envie de compter les pierres?) évoquent les images d’une ville après un bombardement aérien. Alors que Carla exhibe par la fenêtre de la voiture ses chevilles ornées de chaussettes baroques, nous nous dirigeons vers Chenini, un des plus beaux villages du sud tunisien. Le paysage lui seul  est grandiose! des montages-tables que vient caresser la lumière dorée du soleil couchant. A 1km du village se trouve une mosquée blanche avec un cimetière aux tombes géantes (près de 4m). Elles sont occupées par les Sept Dormants, sept frères berbères qui furent persécutés par les romains qui les emmurèrent vivants. Ils continuèrent alors à grandir avant de se réveiller deux siècles plus tard dans une Tunisie devenue musulmane et de mourir pour de bon après avoir été béatifiés par les deux religions  (chrétienne et musulmane).

Chenini est un immense village berbère taillé sur les crêtes d’un non moins immense cirque rocheux, en bordure duquel se dresse une ancienne mosquée blanchie à la chaux, telle une mission espagnole au Nouveau Mexique. Le décor est spectaculaire, une super production hollywoodienne. Comme les autres ksour, Chenini a été abandonné, seules quelques maisons sont habitées par des familles berbères et des minorités noires. Le reste tombe en ruine et commence à ressembler à un Colisée de Rome sauvage, ou, mieux encore, à la Tour de Babel, telle que l’a peinte Pierre Bruegel l’ancien, inspiré par le même Colisée (cf. notre page sur le Kunsthistorisches Museum de Vienne). La dénivellation permet de voir les maisons du bas en plan, et aux amateurs d’architecture vernaculaire de se faire un cours grandeur nature. Les riches habitaient les quartiers du bas, laissant les hauteurs, plus exposées, aux pauvres.

Pendant que la lumière continue de descendre sur ces paysages grandioses, nous remontons vers le nord, sur Ghomrassen. Bourgade assez vivante, Ghomrassen compte des maisons troglodytiques adossées à la falaise, mais s’est développée sur la plaine, avec sa place du marché et sa bibliothèque municipale à l’entrée de laquelle trône l’Universalis. Dans les ruelles escarpées du vieux village, l’accueil est plutôt rude: un vieillard pas très compréhensif et des chiens assez sauvages. La mosquée est, en revanche toujours en usage, et sa cour blanche et propre contraste avec le laisser aller du coin. Au sommet de la falaise, inaccessible à cause d’un glissement de terrain, se trouve le marabout de Sidi Arfa, un homme saint local. 

Fin de parcours sur le chemin de Jerba que nous atteignons vers 20h, après avoir emprunté la chaussée romaine qui relie l’île au continent. Nous logeons au Mari Queen, un resort balnéaire situé en bordure de mer dans la ‘zone touristique’. hôtel n’est pas spécialement mauvais (même si la déco des chambres est un peu kitsch), mais Baron et Baron on droit au désormais inévitable syndrome de Huê.

- anthropologie voyagistique: le syndrome de Huê –
Lors d’un voyage dépassant une semaine, les participants commencent à éprouver, à mi-parcours, les effets de la fatigue. Surtout après une journée aussi longue que celle que nous venons de passer. Ils doivent donc reporter cette lassitude sur quelque chose, et s’attaquent à hôtel ou ils viennent d’arriver, alors qu’ils ont séjourné dans bien pire sans rien dire. Ce phénomène a été observé pour la 1ere fois à Huê, au Vietnam. 

- la soirée des retrouvailles -
Caline, Samir, Walid et Adib arrivent enfin à Jerba vers minuit. Tout le monde traîne dans le salon de l’hôtel, mais pour Walid, pas question, de perdre son temps. Il embarque Baron et Ed au Pasino, le nouveau casino de Jerba. Il y a près de quatre clients, une ambiance folle. Laissons les perdre leurs dinars, Caline va vous conter leur histoire sur les deux journées qu’ils ont passé sans nous.

- l’histoire de Caline, Samir, Walid et Adib, par Caline -
"Amman-Tunis: toutes les femmes se jettent sur Saber el Roubahi ou Rabeh el Soubahi, je ne sais pas. Arrivée à Tunis, sortie VIP pour rattraper l'avion de 15h pour Jerba. Raté; pas de valise d'Adib. Taxi pour Sidi Bou Saïd: succulents beignets. Retour à l'aéroport pour rattraper de nouveau l'avion pour Jerba de 18h encore raté, pas de place. Cette fois taxi pour Sun Palace: après avoir mis un plan d'attaque pour trouver un taxi, visite du shoping mall Araf, puis dîner dans un resto huppé avec la jet set tunisienne. Le seul resto où il y avait des nanas. Retour à l'aéroport et cette fois opération réussie: on vole pour Jerba et chou hel Jerba! Rencontre avec le groupe endormi. Le lendemain, petit déjeuner et vol de sandwich de fromage pour le déjeuner sur les conseils de Baron pour Adib, Samir et Caline. 4x4 pour les Ksour et Matmata: superbe journée. Adib s’endormait uniquement pendant les trajets les plus montagnes russes. Saïd notre guide nous achète des cornes grecques delicatessen de la région [cornes de gazelles, NDLR] et super déjeuner typique à Matmata dans une chambre d'une maison troglodytiques. Pas eu besoin des sandwichs volés. Chemin vers Gabès, point de rencontre avec vous. Après une heure d'attente à tourner dans le souk, vous voila pour visiter... eh bien les souks!"

vendredi 13 avril 2001 - JERBA -  SFAX
C’est la matinée plage et détente. Mais avec le froid qu’il fait qui d’autre que Baron ose se jeter dans la piscine? Ce dernier vient de subir un massage qu’il n’est pas prêt d’oublier, il boitera jusqu’à la fin du voyage. Promenade en bord de mer, sur les plages sablonneuses. Quelques russes (ou scandinaves) tentent de tremper leurs pieds dans la mer. En début d’après midi, nous nous lançons à la découverte de l’île, avec ses menzels traditionnels éparpillés entre les palmiers, sa célèbre synagogue, fermée pour la paques juive, et Homt Souk, l’agréable capitale et seule agglomération de Jerba. Le retour sur le continent se fera par bac. L’attente est longue, ce qui donne amplement le temps aux gentils organisateurs de préparer le déjeuner présidentiellement baronesque: Tartines au fromage Président, à déguster sur les rochers, au bord de la mer, pendant que Jihane fait de jolis croquis sur son carnet. Après une traversée brève, le bus se lance sur les plaines arides et vides de cette côte monotone et déprimante qui s’étend jusqu’aux montagnes lointaines au sommet desquelles nous étions la veille. Nous arrivons à Gabès, le but du voyage pour Edouard, où nous attendent depuis une heure Caline  et ses amis. Fathi nous montre la grande mosquée, un horrible et interminable chantier financé par un mécène (!) privé, alors que la mosquée intéressante de Gabès est celle de Sidi Boulbaba, à l’extérieur de la ville, avec ses belles arcades et son cimetière. Bref, nous nous rabattons sur le marché assez typique avec ses montagnes de henné, ses artisans et son ambiance colorée. Nous reprenons la route vers Sfax, pendant que Edouard et Charles se relaient pour nous exposer les vertus industrielles de la ville et que nous découvrons, dans la nuit, les silhouettes grandioses et inquiétantes des raffineries de phosphate, énormes monstres d’acier crachant des fumées peu rassurantes.

- interlude: les nuits sfaxiotes -
A l’hôtel Abou Nawas nous rencontrons un autre groupe de libanais. Dîner au Petit Navire, restaurant de poissons fréquenté par la bourgeoisie sfaxiote. Service lent mais accueil charmant et d’une rare courtoisie. On nous offre, en guise d’amuse gueule, moult ripailles pour faire taire les estomacs les plus affamés. La digestion se fera en parcourant les rues de la  ville à pied, du port à la Médina, à la recherche du café Diwan, qui sera évidement fermé. Entre-temps, nous rencontrons des fêtards complètement allumés qui manquent de peu d’embarquer Edouard avec eux!

samedi 14 avril 2001 - EL JEM - KAIROUAN
Un groupe d’irréductibles se lance à la visite très matinale de la Médina de Sfax. Contrairement à nos habitudes, nos Sésame ouvre-toi ne fonctionnent pas. Le gardien du Dar Jallouli est incorruptible, et le petit garçon que nous rencontrons n’a pas suffisamment d’influence politique auprès de l’imam de la Grande Mosquée. Après un petit déjeuner avec une guide allemande, nous prenons le chemin d’El Jem. Le parcours sera semé de violences verbales entre Baron qui tente de faire son speach sur le théâtre dans l’Antiquité, Fathi, qui étale de plus en plus ses discours, et certains auditeurs peu disciplinés. A El Jem, nous rencontrons Carl et Youmna Baladi qui font le parcours inverse. Visite du grandiose colisée romain suivie d’une pause glace que Caline instaurera en rituel après chaque visite. Au musée, mosaïques, parc archéologique et reconstitutions de villas romaines. Baron (pas celui qui avait été endommagé la veille, l’autre), tombe sur un glissement de terrain et s’écorche le genou. Aujourd’hui, B&B seront clopin clopan! Nous repartons sur Kairouan. Après le bassin des Aghlabides, la Grande Mosquée, et la Zaouïa de Sidi Sahbi (mausolée du barbier), Fathi nous laisse à la Kasba, à la porte de la vieille ville, dans laquelle nous nous enfonçons dans l’avenue Ali Belhaouane à la recherche d’un endroit pour déjeuner. Notre choix s’arrête sur le Restaurant de la Jeunesse, une petite gargote à moitié dans la rue avec de la musique rap et encore une fois des bricks au menu. Les agapes traînent plus que prévu, nous sommes en retard au point de rendez-vous. Grosses colères de ceux qui nous attendent depuis une  heure, Fathi va bouder dans son coin. L’après midi les esprits se calment, le groupe se disperse dans les rues à la recherche de beaux tapis de Kairouan (en vain). Dégustation de pâtisseries chez Segni pendant qu’Adib faisait des pas de danse au son des cassettes des échoppes d’à coté, attirant une foule autour de lui. Pendant ce temps, Carla, Claude et Baron vont à la recherche du cadeau idéal pour Jihane dont c’est l’anniversaire, ils choisissent un magnifique chameau en peluche monté d’une princesse, avec deux paniers de part et d’autre.
17h00, au café de la place pour déguster un thé à la menthe et des chichas rapportées des cafés d’à côté.

- opéra: les folles nuits d’Hammamet -
Nous y arrivons en début de soirée, dans ce gigantesque hôtel (que nous massacrons suffisamment dans notre page sur Hammamet pour en reparler ici) Riu Méhari. Dîner chez Achour, le plus célèbre restau de poissons de la ville. Plein d’ambiance, mais bondé. Nous sommes relégués dans l’annexe, avec plein de groupes et la musique de Dalida. Repas animé, le groupe est au grand complet, une fois n’est pas coutume, pour souffler les bougies de Jihane qui, selon la formule publiée par les magazines mondains, ‘a rassemblé quelques amis triés sur le volet pour fêter son anniversaire dans sa résidence secondaire à Hammamet!’ Saturday night fever, chacun suit ses instincts. Walid entraîne Samir au casino (plus branché que celui de Jerba) tandis que les fêtards se pressent au Manhattan, la boite la plus chaude de Tunisie, aux dires mêmes du très sérieux Guide Bleu! Plusieurs barricades et portes métalliques avant de pénétrer dans l’immense salle qui commence à se remplir d’une faune hétéroclite sous le regard imperturbable d’une statue de la Liberté dorée trônant au fond de la piste et dont le kitsch n’est dépassé que par celui des stroboscopes aux lasers très années 1980 et aux effets de fumée directement sortis des spectacles de Michael Jackson dans ses heures de gloire. Pour obtenir une table il faut commander une bouteille. 
-Vodka. Absolut, de préférence 
-euh
-Stolichnaya? Smirnoff?
-euh
-c’est bon, ce que vous avez!
Ce qu’ils ont c’est de la vodka tunisienne, autant dire, de l’alcool à brûler! En revanche, elle est accompagnée de jus d’orange pressé! Bon, tout le monde (chauffé au jus d’orange, plein de vitamines) sur la piste, entre les tunisiens partis en chasse de belles blondes venues du nord et les tunisiennes qui font enfin leur apparition avec des micro robes aux décolletés plongeants dévoilant de partout leurs formes généreuses...

dimanche 15 avril 2001 - HAMMAMET - NABEUL
Il fait froid et gris. Au bord de la piscine du Riu, les touristes allongés sur des chaises longues sont emmitouflés dans les couvertures en laine de leurs chambres à coucher! Les nageurs ont été faire trempette dans la piscine couverte + chauffée. Sur la plage déserte, des quidams proposent aux rares promeneurs d’acheter un palmier ‘il est très beau!’ (Carla) ou de faire une ballade à dos d’âne ou de dromadaire dans la campagne (merci on a déjà donné) mais suivie d’une séance photo en habits traditionnels (donc c’est sensé être nous, les ânes!). Visite de la ville, bondée de touristes. Un peu de culture! La villa de George Sebastian est un havre de paix. Beaux espaces, jardins verts sur la mer, amphithéâtre de Chemetov. Nous quittons Hammamet en beauté, direction Nabeul!

Moins célèbre que Hammamet (qui pourtant en dépend administrativement), Nabeul est réputée pour sa céramique et ses agrumes. Le symbole de la ville est une sorte de pot dans lequel on a planté une sorte de conifère. Très joli monument planté en face de la gare. Et les agrumes? On trouve au marché des fleurs d’oranger que Jihane s’est empressée d’acheter et d’en couvrir toute l’équipe dans le bus qui s’est enrobé de leur savoureux parfum. Pour la céramique, c’est une toute autre histoire. Les bus déversent leurs touristes dans des ateliers de coopératives ‘ou vous ne vous ferez pas rouler’. C’est sur, pas de risque. Les artisans produisent des horreurs pour des étrangers qui croient que ce sont des choses authentiques. Au secours! Vers le centre ville, place du marché. Pas grand chose à voir, mais ce n’est pas une ville désagréable. Pause déjeuner au Restaurant du Bonheur (pl. Farhat Rached, tel :02 220563), avec la télé branchée sur l’unique chaine du pays. Omelette, brick, et spaghetti pour Walid.
-spaghetti à la viande ou au poulet?
-au poulet, en réclame Walid.
Arrivent alors, après hors d’œuvres, un plat de pâtes sauce tomate + un plat de poulet grillé avec frites et salade! Le principe est de décortiquer et de le rajouter au plat de spaghettis, selon le restaurateur. Costaud, Walid, il a gagné le gros lot (faute de l’avoir empoché au casino!) Même qu’il réclame du ketchup, ou une sauce à base de tomates pour arroser ses frites! Retour au marché, au magasin d’antiquités de Slim Ghannay (32, rue Farhat Rached, tel: 09 237842). Bric à brac de marionnettes, parfois si anciennes qu’en ruines. Carla tombe sur un appareil photo ‘Lumière’ et Baron sur une caméra 8mm ‘made in France’, tous deux garantis d’époque!

Sur la route Nabeul-Tunis, on retrouve les paysages méditerranéens verdoyants et vallonnés. Au Carlton, adieux déchirants avec Fathi qui ne nous pardonnera jamais notre manque de confiance (sic). Au lieu de profiter de ses adresses et de ses connaissances, nous avons préféré nous fier à nos guides (c’est fou la haine entre les guides vivants et les guides écrits!). Et la mosquée de Gabès?
21h, les ruelles de la médina  sont calmes et désertes. Seuls quelques jeunes, rejoints par Adib, jouent au foot près de la Grande Mosquée. Nous arrivons à travers les dédales de galeries que nous commençons maintenant à connaître, à Essaraya. On nous installe aux grandes tables de l’espace central, patio orné de céramiques et couvert d’une verrière, à côté du joueur de quanun dont les mélodies sont accompagnées de chants soufis de notre cher Adib qui s’est rapidement converti. Menu exquis, soupes, couscous, houlwa, (ragoût de mouton aux fruits secs) réservé aux vrais amateurs, n’est ce pas, Cloclo. C’est avec ce repas fastueux, arrosé, aux soins de Charles (qui fait la grève de la faim!), de grands vins, que s’annonce la fin du voyage, avec la traditionnelle série des questions adressées aux convives par Baron au sujet de leur expérience baronesque. Tapage nocturne pour les filles sur le chemin de l'hôtel alors que les garçons tentent, en vain de les faire taire. Ont-elles oublié qu’on dormait dans cette médina?

lundi 16 avril 2001 - (RE) SIDI  BOU SAID
Vite. On fonce sur Sidi Bou Saïd via les galeries de Carthage qui n’ont pas encore ouvert leurs portes. A travers les boutiques à souvenirs de Sidi, qui se ressemblent toutes, Baron découvre la galerie d’Art Lella Salha (tel: 01747539). Nommé d’après la fille de Sidi Bou Saïd, c’est un endroit  différent, qui propose beaux objets: des tissus (anciens voiles de mariées), un immense peigne à textiles en bois, et des peintures d’un artiste nommé Osman Khedraoui. Khedraoui réalise des panneaux en bois de palmier peints et sculptés à la fois, dans un style naïf. Il revient toujours sur les mêmes thèmes: le hammam, les guignols et les marchés. Reconnu et publié par le ministère de la culture, il produit peu  et impose à ses marchands des prix aléatoires, nettement inférieurs à la valeur du marché. Deux autres marchands de Sidi Bou proposaient également quelques-unes des ses d’œuvres, toutes ont été raflées par Carla et les deux Baron. Mais revenons à cette fameuse galerie, où nous avons passé le plus clair de la matinée, discutant avec la propriétaire qui n’est autre que Hajer Bourguiba, fille du président. Très modeste et sympathique, cette enseignante en mathématiques décida d’ouvrir cet endroit (qui fait aussi atelier de métiers d’art), avec le rêve de voir Sidi Bou se transformer en ville d’art, avec des vraies galeries, autre chose que les attrape touristes qui vendent du pipeau.

Départ précipité pour l’aéroport où nous attendent de nouvelles péripéties. Pour commencer, Gilles n’a pas de place sur le vol de la Swissair. Alors que son cas est réglé, nous nous retrouvons bloqués au contrôle de police, avec une file interminable! 14h20, heure théorique du décollage de notre vol pour Amman, une quinzaine de passagers de le Royal Jordanian manque à l’appel. Ceux qui les attendent se lancent dans une discussion politique sans fin avec la préposée au comptoir d’embarquement. Cette dernière critique la ‘désinvolture’ des passagers (qui sont pourtant là depuis deux bonnes heures!). Elle estime que ces contrôles sont normaux et que les ressortissants de toutes nationalités doivent être traités au même pied d’égalité, sans privilèges, quitte à faire retarder les vols. Mais alors pourquoi les arabes ont besoin de visas et subissent des contrôles stricts, alors que les suisses, canadiens et américains en sont dispensés? 
"-Ce sont des grandes puissances, nous avons besoin d’eux"

THE END

2001-2005, Baron & Baron, Charles Abdallah, Carla Henoud, Jihane Moukarzel, Caline Taleb, tous droits réservés. >> CONTACTEZ NOUS