| > ALLER / VENIR |
| L'Aéroport International de
Tunis-Carthage, à 10km de la ville, est le plus important du
pays. Le hall de départ a été rénové
dans un style néo-ottoman qui lui confère des allures de
gare du XIXe siècle. Contrôles de polices longs et
interminables, surtout en haute saison: prévoir, au
départ, une bonne longueur d'avance! Tunisair assure
des vols pour l'Europe (beaucoup), le Maghreb et le Proche-Orient
(bof), et sa filiale Tuninter dessert Jerba, Sfax et Tozeur
depuis le terminal des
lignes intérieures. |
| A Tunis, on peut circuler à
pied (entre la Medina et l'avenue Bourguiba), en bus ou en tramway. Les
taxis ne sont pas chers mais, à certaines heures, risquent
d'être difficiles à dénicher. |
| > DORMIR |
| Nous avons logé au Carlton
(31, av. Bourguiba, tel: 330664, fax: 338168), un hôtel qui a une
vertu
rare en Tunisie, celle de respecter le nombre d'étoiles qu'il
affiche
(trois). Chambres et salles de bains propres, emplacement idéal,
petit
déjeuner correct. Ça reste une excellente adresse pour
qui
veut loger au coeur de la capitale. |
| Ceux qui cherchent quelque chose de
plus luxueux risquent d'être déçus. Ils auront le
choix entre l'International (av. Bourguiba) architecture
carcerale blanc-bleu des années 1960, aquariums de poissons au
bar et faune bizarre dans les chambres, le Hilton,
très éloigné, et la Maison Blanche (av.
Mohamed V), qui ne propose que des suites. L'adresse la plus chic de
Tunis: très cher et très prétentieux, surtout au
regard de l'accueil.
On retiendra une sensuelle façade galbée et des salons
pleins
de meubles damascènes. Dans le même quartier, on pourra
plutot
choisir l'Abou
Nawas, qui ne prétend pas être un hotel de charme
mais
propose les services et le confort d'un bon établissement
urbain. |
| Les meilleures adresses de Tunis se
trouvent en fait sur les côtes de Carthage (voir notre page) et
de Sidi Bou Said. C’est un vrai bonheur de
séjourner à Dar Said, une ancienne demeure blanche aux portes
bleues et aux patios ombragés, rénovée avec
goût. L’endroit, doté de 24 chambres, possède une
superbe hammam et une piscine dans le jardin. |
| > MANGER |
| Essaraya (dans la Medina, tel: 560310) est une
merveilleuse adresse pour un repas
festif. Sublime demeure palatiale au décor des mille et une
nuits,
cuisine traditionnelle de qualité (couscous, ragoût de
mouton
aux fruits secs...) au son d'un joueur de quanun. Dar el Jeld
(tel:
560916, fermé le dimanche), dans le même genre, jouit
également
d'une excellente réputation. |
| Nous citons rarement les adresses des
lieux à éviter en toutes circonstances, mais celle-ci est
si terrible qu'il faut tout faire pour que personne n'y aille. La Brasserie
de la Maison Blanche: la nourriture est infecte, le poisson pas cuit,
l'accueil insupportable et l'addition salée. Mieux vaut mourir
de faim que d'y mettre les pieds. |
| > BOIRE / DANSER |
| Trouver un endroit sympa en ville
n'est pas une chose évidente. C'est plutot dans les banlieues,
que les tunisois sortent prendre l'air... et un verre. A Sidi Bou
Saïd, deux adresses s'imposent: le célèbre Café
de nattes, au bout de la rue principale,
qu'il surplombe du haut de ses escaliers. Magnifique salle ou les gens
sont
assis presque par terre et, en fin d'après midi,
débordent
sur les marches, à l'extérieur. Plus excentré, le Café
Sidi Chebaane est le fameux café des délices
de Patrick
Bruel (du moins tel qu'il en apparaît dans le clip de la
chanson). Des
terrasses blanches qui surploment la mer. Un endroit magnifique, une
vue
grandiose, le pied. Dans ces deux endroits, on consommera
(évidement) une chicha + un thé à la menthe. Sans
modération, ce sont deux des meilleures adresses du pays. |
| Pour ce qui est du clubbing et
des soirées, tout est
répertorié dans le site internet de Tunis La Nuit. |
| > ACHETER |
| Les souks regorgent de produits plus
ou moins intéressants. Le must de Tunis, la chéchia,
le chapeau traditionnel en laine rouge ou noire, que l'on trouve chez
les artisans regroupés dans la Nahj Sidi Bou Arouss. Notre
adresse préférée est chez Mohamed ben Youssef
(tel: 563404). Les étuis d'emballage des chapeaux sont fabuleux:
on y vante (en arabe) "l'élégance, la sainteté du
travail et la durabilité du produit" (sic). |
| Les amateurs d'antiquités iront
faire le tour des élégantes galeries de Carthage, et tous
ceux qui aiment les belles chosent iront courrir à la galerie
d'Art Lella Salha (tel: 01747539) à Sidi Bou. Hejer
Bourguiba, l'adorable propriétaire de ce magasin-atelier d'art
propose, de magnifiques tissus anciens (dont de précieux voiles
de mariage), des tableaux sur bois et sur verre de Osman Khedraoui, un
des grands peintres naifs du pays, et plein d'autres choses qui sont un
plaisir des yeux! |
| > ECOUTER / VOIR |
| Tunis est loin d'être un
désert culturel. La ville bénéficie d'une
création théâtrale, cinématographique et
artistique assez importante. Notre coup de coeur est le choregraphe Imed
Jemaa qui a reussi a créer un répertoire de danse
contemporaine dans un univers arabe. Son spectacle Dar Ellil
(2001) est un dialogue d'oppositions entre l'homme et la femme, une
remise en question du role
de chacun dans la société arabe, l'image de l'"Eve"
transgressée dans un espace tangent, à la fois
représentatif et abstrait. En automne 2003: Tunis Art
Contemporain (voir plus bas) 8 artistes Tunisiens et 8 artistes
Français réunis dans La Médina de Tunis pour un
dialogue entre passé et présent, traditions et nouveaux
outils artistiques. |
| > LIRE |
| Ville
de Tunis.com, actualité et agenda culturel du grand
Tunis. |
| 24 heure à Tunis, un
récit très vivant par Anne-Marie Cattelain-le Du, Grands
Reportages, n.268, mai 2004, dans le dossier "Tunisie Authentique". |
| Tunis: prophets of boom, Eric
Enno Tamm, Wallpaper 38, mai 2001. Une ville arabe: La
médina de Tunis, Mika Ben Miled, Bruno Fourure, Viviane
Bettaïeb, ed. Paris Méditerranée 2000. Tunis
histoire d'une ville, P. Sebag, L'Harmattan 1998. Du même
auteur, les amateurs d'histoire pourront consulter Tunis au XVIIe
siècle (1992). |
| Un excellent article sur l'histoire
urbaine de Tunis: "Tunis la blanche" par Serge Santelli, in Architecture
Françaises Outre-Mer,
'Institut français d'architecture / Mardaga 1992. |
| Tunis: articles et banques images sur Archnet, dont L'architecture residentielle européene en Tunisie,
Serge Santelli, Environmental Design: Journal of the Islamic
Environmental Design Research Centre 1-2 (1994-95): 130-35. |
| On ne saurait assez recommander
l'excellent Tunis et Alger au
XVIIIe siècle par Joseph Cuoq, Jean-Michel Venture De
Paradis, ed. Actes Sud - Sindbad 1999. Coup de coeur pour Tunis, la
ville et ses monuments, les guides Cérès, Tunis 1980,
très ancien, mais très bien fait, avec de belles images... |
| Le site officiel de la Bibliothèque
Nationale de Tunisie, qui possède de précieux
manuscrits provenant de mosquées et de madrasas. Certains livres
sont numérisées et consultables en ligne. |
| Tunis Art
Contemporain Une rencontre internationale d’art contemporain
au cœur d’un patrimoine majeur de la Tunisie, La Médina de
Tunis. |
|
|
|
Lundi
midi, à bord d'un taxi qui fonce entre le port de La Goulette et
l'avenue Bourguiba:
-C'est
drôle, comme Tunis me rappelle Athènes.
-avec
les montagnes en moins...
-peut
être une Athènes aplatie. Elles ont toutes les deux ce
rapport avec la
mer. Elles ne sont pas en bord de mer mais sont des villes maritimes.
regarde, d'un coté la lagune, de l'autre ce port de La
Goulette...
-comme
Le Pirée. Des villes qui ont des ports avec un nom
précédé par un article!
-et
des banlieues tentaculaires et interminables, prolongements naturels
comme les bras d'une pieuvre! |
|
-
la Medina -
Mais
Tunis n'est pas si plate qu'elle n'y paraît. Sa vieille ville de,
la Medina s'étale sur un terrain en pente limité par deux
grandes places: la Place de la Victoire en aval et la Kasbah,
ou siègent le pouvoir et les institutions étatiques en
amont. Allons vers la Kasbah: Derrière la Maison du Parti (ne
nous demandez pas lequel, il n'y en a pas 36000, de partis), grosse
chose grisâtre post-corbuséienne des années 1960,
le nouvel Hôtel de Ville, de style traditionnel,
s'ouvrent de vastes esplanades agrémentées de palais
ottomans: les ministères et le Dar el Bey, le palais du
gouvernement. On reconnaît les bâtiments officiels du fait
qu'ils portent un (des) drapeau. Ce signe indique, outre leur fonction,
qu'il est formellement interdit de les photographier. C'est comme
ça. De la Kasbah et du
Dar el Bey commence la descente dans les quartiers de la Medina. La
ville
arabe de Tunis est un réseau de quartiers avec ses ruelles et
ses
galeries couvertes dans lesquelles se regroupent les différentes
spécialités de marchands: les souks. A Souk el Attarine,
les parfumeurs proposent leurs essences, généralement des
imitations des grands noms. Le Nahj Sidi Bou Arouss, c'est l'antre au
sein de laquelle se regroupent les artisans qui fabriquent et vendent
le chéchia, le fameux chapeau de laine de Tunis. Enserrée
au milieu des souks, la Grande Mosquée de Tunis, avec
ses belles galeries hypostyles. Composée d'une salle de
prière avec une grande cour centrale, on est sensé, en
théorie, pouvoir la visiter. Nous avons tenté notre
chance, mais avons été apostrophés et
engueulés par une patrouille de la Garde Nationale, comme si
nous tentions de dévaliser les coffres de la Banque Centrale! En
lot consolation, on pourra admirer la façade orientale avec sa
belle
galerie à arcades. Très bel éclairage la nuit,
quand
les jeunes du coin jouent avec Adib au foot sur la place. En revanche,
ceux
qui veulent visiter Tourbet el Bey n'auront aucun mal à
le
faire, même s'ils se présentent en dehors des heures
d'ouverture (9h30-16h30). C'est le gardien, patibulaire et un peu
vicieux, qui vient
interpeller le voyageur errant et l'inviter, moyennant un bakhchich,
à
visiter le mausolée de princes husseinides. Pendant plusieurs
siècles, les Beys ont régné sur la Tunisie en
représentants
de l'Empire Ottoman. Ils sont enterrés, ainsi que leurs
épouses, dans ce türbe [mausolée de facture
ottomane] composé
d'un ensemble de vastes salles à coupoles richement
décorées et séparées par des cours. Les
tombes des Beys sont surmontées d'un piton un peu phallique
couvert d'un chapeau de Tunis ou d'un turban
turc. En continuant la balade en aval, on débouche enfin sur la Place
de la Victoire, vaste terre plein avec en son centre, un arc de
Triomphe, la Porte de France. Elle porte relativement bien son
nom, cette porte, puisqu'elle joue son rôle de frontière
entre la ville arabe et
la ville coloniale. |
|
-
l'avenue, de la France à Bourguiba -
La
porte de France est axée avec l'avenue du même nom qui
devient, au delà de la place de l'Indépendance, l'avenue
Bourguiba, les Champs Elysées de Tunis. Façades
coloniales, décrépies ou rénovées.
L'Ambassade de France, derrière ses jardins (alors que celle de
Grande Bretagne est en plein place de la Victoire), Cathédrale
Saint-Vincent de Paul, sévère
et surannée, avec un étrange christ crucifié dont
les
bras, projetés vers l'avant, couvrent la tête des
passants. Théâtre Municipal, presque aussi kitsch
que
celui de Saigon. Dans ce décor à la française se
sont
plantées, dans les années 1970, quelques
réalisations
architecturales, plus ou moins catastrophiques. L'effrayante tour
Africa,
qui fut pendant vingt ans l'hôtel Meridien, aujourd'hui
désaffectée.
En face, le non moins abracadabrant Hotel International, avec ses
claustras
blancs et bleus et son enseigne verte. Au bas de l'avenue,
derrière
la Place du 7 novembre, le ministère du tourisme fut pendant
plusieurs
décennies sujet de controverses: Détesté par les
uns,
salué par les autres, avec sa silhouette triangulaire dont la
pointe
est enfoncée dans le sol, tel une gigantesque table de style
international.
L'avenue Bourguiba se veut être vitrine de la Tunisie moderne.
Mais
quelle Tunisie, et quelle modernité? Aucun immeuble ne date de
moins
de vingt ans, les boutiques sont assez poussiéreuses, les salles
de
cinéma, qui diffusent aussi bien du X que du Lars von Trier
n'ont
pas du être repeintes depuis l'indépendance. A
l'entrée du Bagdad, restaurant night-club, le portier, un nain
chinois, est à l'affût des clients dès 10h du
matin! On ne trouve finalement pas grand chose à faire, sur
cette avenue, si ce n'est déambuler avec la foule et attendre
que quelque chose se passe. Les bonnes adresses ne sont pas au
rendez-vous. Les métiers traditionnels sont restés dans
la Médina, les endroits branchés ont été
chercher ailleurs, soit dans des centres commerciaux chics, ou l'on a
une chance de trouver un choix de produits d'importation, soit dans les
banlieues de Carthage, La Goulette, La Marsa et Sidi Bou Said,
où les tunisois ont pris l'habitude de sortir. |
|
-
la ville
et ses doubles -
La
cité cherche ses points de survie dans ses excroissances. Elle
ne peut se suffire de son centre, qu'elle semble délaisser.
L'université est rejetée sur la route de
l'aéroport. Le campus est signalé par une tour (photo
ci-dessus) en spirale réalisée par un élève
de Erich Mendelsohn, le grand architecte de l'expressionnisme allemand.
Sa forme est inspirée de celle de l’image de la tour de Babel
(véhiculée à travers le minaret de Samarra en Irak
et la célèbre peinture de Pierre Bruegel l’ancien). Elle
représente une jeunesse qui a un langage unique, celui de la
soif de connaissance et elle est tirée vers le ciel pour
exprimer symboliquement la volonté d’atteindre le plus de
savoir. Un peu plus loin, en direction de l'aéroport, se trouve
la Cité de Sciences, un grand parc à vocation
pédagogique, inspiré, tant par le contenu que par le
contenant, par la Cité des Sciences de La Villette, à
Paris, avec une touche passablement orientalisante. |
|
-
le Musée National du Bardo -
Lui
aussi est à l'extérieur du centre. Le plus grand
musée de Tunisie
est installé dans un ensemble de bâtiments et de palais du
XIXe
s. Le visiteur déambule ainsi dans une succession de salles
hétérogènes
et parfois délabrées à travers des labyrinthes
démunis
de signalétique et sortis tout droits des délires de
Piranèse
et de Sir John Soane! Passées les nouvelles salles
préhistoriques
et les collections puniques avec les stèles du Tophet de
Carthage
(cf. notre page sur cette ville), nous arrivons au coeur du sujet,
l'art
romain, avec un ensemble somptueux de statues, et surtout, de
mosaïques.
Le Bardo se vante d'être le premier musée au monde en la
matière,
on peut le croire. Le parcours du du 1er étage est, de loin, le
plus
spectaculaire. A partir de la salle IX, un ancien patio entouré
de
colonnes, avec beaux marbres qui bénéficient d'un
éclairage
zénithal, on atteint, d'un coté, la salle X, franchement
grandiose:
Immense espace dont le sol est couvert d'une non moins immense
mosaique.
Un énorme lustre en verre ottoman est suspendu du plafond. Sur
le
mur du fond, la tête et les pieds d'une statue colossale. De
l'autre
coté, en revenant sur la salle IX, se trouve la salle XV, dite
de
Virgile. Sur le mur du fond se trouve une célèbre
mosaïque
figurant l'auteur de l'Enéide entouré de deux
muses.
Ce type de représentation physique de l'inspiration (les muses),
relève
d'une volonté, dans la culture classique, de mettre en image
l'acte
créateur. On retrouvera ce concept dans un célèbre
tableau
du XVIIe siècle, l'Inspiration du Poète, de
Nicolas
Poussin, conservé au Louvre. La salle de Virgile communique avec
une
nouvelle galerie aux lumières bleues et jaunes. Y sont sont
exposés
les objets exhumés d'un navire grec qui a coulé
près
de Mahdia en 81 av-JC. Ces salles sont captivantes tant pour la
beauté
et, parfois, l'originalité des pièces issues des fouilles
sous-marines,
que pour la scénographie audacieuse qui évoque les fonds
marins.
On débouche ensuite en pleine lumière dans les galeries
d'architecture
avec, dans le désordre, des chapiteaux ioniques sur des
consoles,
un gros mausolée en stuc provenant de Carthage, et de
très
intéressantes mosaïques à décors
géométriques.
En direction de la sortie, descente au r-d-c, avec des
céramiques
islamiques, et, sur la gauche, juste avant la boutique, une des
pièces
les plus curieuses du musée: Une statue, sans doute
funéraire,
d'un homme portant les attributs d'Hercule (le lion de
Némée).
La section est très plate et le corps très large, avec
des
disproportions et des distorsions telles qu'on a l'impression que ce
bonhomme
mal rasé est passé sous un rouleau compresseur. Mais
alors
comment expliquer sa poitrine, avec des seins franchement
féminins? |
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