Une
escapade au pays des mille et une nuits. En route à la
découverte
de vieux palais dans une des plus anciennes villes du monde qui essaye
tant bien que mal de garder le modernisme au-delà de ses
murailles.
par Claude Abou Chedid
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| > pour les infos pratiques et les
bonnes adresses, consultez notre page Damas
City Guide |
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| Route
de Damas. Nom chargé d’histoire. Entassées dans un gros
taxi (vieille Ford d’un autre temps) Abed, notre chauffeur fonce
à toute allure sur ce bitume qu’il connaît si bien. Les
frontières n’ont plus aucun secret pour lui. La verdure du
Liban, ses vallées et sa plaine si fertile laissent la place
à un paysage plus désertique, plus aride. Damas se
dessine au loin. Nous y sommes. |
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| Bab
Sharqui – couvent Saint Paul: Austère comme seul un couvent peut
si bien le paraître Une sœur nous accueillera sans sourire aux
lèvres, mais plutôt comme une business woman
affairée. Chambre sans grand intérêt. Aux dires de
certaines le couvent Mar Elias situé juste à
côté, assure un accueil et un standing supérieur.
Nous avons hâte de rentrer dans la vieille ville, de
s’engouffrer dans ses ruelles, s’y perdre et humer
les odeurs de jasmin et d’oranger "naringe". Une fois Bab Sharqui
franchit, nos pas nous mènent vers une première porte
ouverte: la
maison Na’ssan. Nous découvrons le bassin central, bassin
traditionnel
de toutes ces anciennes demeures, puis le "Salamlik" ou salon de
réception ouvert sur la cour et des mosaïques sur les murs.
Personne. Le silence hormis le gazouillement des oiseaux. Une sensation
d’interdit nous fait frémir. Nous sommes encore novices pour ces
visites "forcées". Il nous est pourtant difficile de sortir de
cette première maison. |
Nous nous retrouvons dans une ruelle au charme
européen. Des antiquaires par-ci par-là, astiquant
inlassablement leurs petits meubles, leurs cuivres. On dirait que le
temps n’a pas de prise sur eux. Nous sentons dans leur regard une sorte
de bonheur; est-ce la nostalgie de leur passé qu’ils tentent de
retrouver en caressant leurs objets de marqueterie? A
l’extrémité de cette ruelle apparaît la chapelle
Ananias, un des hauts lieux de
l’histoire des chrétiens. Saint Paul, en route vers Damas, a
été
frappé par l’apparition de Dieu. Ananias aida Paul devenu
aveugle,
et c’est paraît-il dans cette grotte que Paul retrouva la vue et
devint disciple de Jésus. La chapelle, une grotte aux pierres
noircies
par les milliers de bougies allumées en remerciements,
prières,
complaintes, suppliques, dans l’espoir que la fumée arrive au
Seigneur
pour exaucer leurs vœux. Ce lieu est si chargé d’histoire que
des
frissons nous parcourent et c’est avec émotion que nous
retrouvons
la lumière du jour.
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| Nous
reprenons la "Rue Droite". Nos regards sont fascinés par les
façades, surtout par un balcon en bois sculpté que
nous pensons être la façade de Beït Chaoui. Personne
pour le confirmer, pas la moindre porte: nous restons sur notre soif.
Nous nous dirigeons alors vers le quartier juif Harat El Yahud,
quartier désaffecté, dû au retour en Israël de
la plupart des juifs de Damas. Impossible de trouver Beït
Lisbûni, des moucharabiehs nous font penser que peut être
il doit s’agir de cette maison, mais nous trouvons porte close. Un
très vieux monsieur, qui porte une oreillette pour
mal-entendant, nous fait signe de le suivre. Nous traversons un passage
assez sinistre, des portes en ferraille s’ouvrent à peine, nous
enjambons des gravats et nous voici tout à coup à l’air
libre dans une cour grandiose, mais désaffectée. Et
pourtant, tout au fond un groupe de femmes papotte, sirotant du
café tout en épluchant des légumes. Nous
sentons que nous dérangeons, mais personne ne fait plus
attention à nous et après un bref salut, elles reprennent
leurs tâches ménagères. Encore quelques pas dans
des monceaux de saleté et nous découvrons, enfoui sous
les arbres un palais qui n’a malheureusement plus rien de ses fastes
d’antan. Un chat prend le soleil sur le rebord
de ce qui reste du bassin central. Un gigantesque figuier s’est
chargé de prendre possession des lieux. Tout est figé, le
temps s’est arrêté. Le Monsieur à l’oreillette nous
indique une autre porte toute
rouillée et qui ne laisse passer qu’une demi-personne à
la fois! Et là, sous les gravats de toute sorte, nous
découvrons
les deux autres cours ou plutôt ce qu’il en reste. Des linteaux
d’arcades sculptés reposent au sol. On ne sait plus trop
quoi penser. Le souffle coupé par tant de beauté, nous
nous désolons de voir ce site laissé à l’abandon.
Notre guide inopiné est amusé de notre étonnement.
Il veut nous garder ,refuse tout bakchich et nous raccompagne
jusqu’à
l’allée centrale. Quelques pas plus loin, nous longeons une
synagogue
fermée, nous continuons notre recherche de Beït Stambuli
(ou
Niyadû) mais vainement Ce quartier est comme mort, on ne
perçoit
aucun signe de vie. Un sentiment de malaise nous prend. Nous comprenons
que nous sommes arrivées à la limite de ce quartier
lorsque
nous retrouvons l’animation des rues. |
Les
façades des maisons sont repeintes, nous nous enhardissons dans
ces rues lorsqu’une petite porte en bois nous interpelle. Les murs sont
trop hauts par rapport aux autres maisons, il doit y avoir des
merveilles derrière. Nous sonnons. Le visage avenant d’une
blondinette se penche
d’une des fenêtres de ce qui nous semble être la maison
voisine.
Elle nous demande de patienter. Une minute plus tard la voici nous
ouvrant
la porte de ce qui en fait se trouve être l’ensemble de sa maison
familiale. Nous entrons dans Beït Dahdah. D’origine libanaise,
cette
famille vit à l’heure actuelle entre le Liban et la Syrie. Plus
ou moins conservée la maison est dotée d’un beau
salamlik. Le bassin trône au centre de la cour. Une des salles de
réception, nous montrera combien la décoration pouvait
être chargée à l’époque. Cette salle
transformée en magasin, expose des objets ayant appartenus au
grand-père (il faut y croire! tellement ils paraissent neufs et
cela entache le charme des lieux). L’esprit n’arrive pas à
s’envoler malgré le jasmin qui embaume l’air, et tous
les pots de géranium et autres petites plantes disposées
aux quatre coins de la cour. N’étant guère acheteur, nous
ne serons pas retenues. Nous préférons retrouver
l’authencité des ruelles. Nous remontons vers le centre de la
vieille ville en suivant le bourdonnement incessant de la circulation
automobile au loin.
Nous atteignons Maktab Anbar, entièrement rénové
et appartenant au gouvernement. Cet ancien palais comprend trois cours.
Jardins bien entretenus: c’est un vrai plaisir pour le regard. Des
écoliers en uniformes gambadent dans les allées des
jardins. Un immense bassin aux robinets en forme d’hippocampe
occupe le centre de la plus grande des cours. Les bougainvilliers roses
ne savent plus ou grimper, tellement ils sont grands. Les
mosaïques de pierres colorées formant les
différentes arcades se font la concurrence par la
diversité de leurs coloris ou la façon dont sont
agencés les dessins géométriques. Nos estomacs
criant famine nous finirons notre matinée attablées dans
le restaurant de Beït Jabri, ancienne demeure damascène. Le
bruit de la fontaine, l’odeur des narguilés, le brouhaha des
bavardages des damascènes, nous reposent. Nous voici
transportées dans les temps anciens. L’ouïe, l’odorat, la
vue et enfin le goût sont en éveils et nous
voguons en imagination vers une autre époque. Il nous sera
difficile
après notre café à la cardamome de pouvoir
s’extirper
de cet endroit.
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Ballade
dans les rues étroites et sans nom, essayant de se diriger par
rapport à un plan approximatif qui ne retrace pas tous les
chemins. Nous arrivons enfin à Beït Nizam, une petite porte
couleur brique est fermée. Le ferronnier voisin sort de son
échoppe et nous dit de sonner. Nous attendons patiemment. Ne
voyant rien venir, le jeune ferronnier s’en vient à notre
secours et le voilà vociférant le nom du gardien, lui
demandant de se réveiller car il a des Visiteurs! Un jeune homme
brun aux cheveux longs et aux yeux verts nous ouvre la
porte. Il ne semble pas très enchanté de nous voir. Cela
peut se comprendre puisqu’il faisait la sieste! Nous
pénétrons
dans une maison très ressemblante par sa richesse à
Maktab
Anbar, cette maison appartient également au gouvernement. Dix
minutes
se sont écoulées et voyant notre intérêt et
notre ébahissement devant ces magnifiques plafonds peints, il
commence à s’intéresser à nous et à nous
montrer les
désastres commis dans les jardins par un agronome trop
zélé.
On sent l’homme de la campagne désespéré d’avoir
vu
un agronome couper un bougainvilliers vieux de plusieurs années
et
haut de plusieurs mètres. Il se prend d’amitié pour nous,
je
dirai plutôt qu’il est heureux de nous voir apprécier la
beauté
des lieux. Il ira donc chercher chez son supérieur les
clés
ouvrant toutes les salles donnant sur la cour centrale. Et là
sautillant
d’un pied sur l’autre, sortant ses orteils de sa sandale, sourire fier
aux
lèvres il nous regardera nous émerveiller à chaque
ouverture de porte.
Une qâ’a nous surprendra par toute la dorure utilisée sur
les murs et les plafonds. Une autre salle nous étonnera par le
détail des peintures, mais surtout par le mélange des
styles, enfin une dernière pièce nous apparaîtra
magnifique par sa sobriété. Toutes ces salles suivent la
même architecture. En effet dans tous les palais... |
"La fontaine de la cour était toujours placée
dans l’alignement de la pièce principale de la demeure –
l’iwân – qui n’est pas à proprement parler
une pièce, mais une vaste et haute alcôve fermée
sur
trois côtés seul le quatrième étant ouvert
sur
la cour. L’iwân est toujours situé sur le
côté
sud de la demeure avec son ouverture au nord, pour
bénéficier
de la fraîcheur: c’est le séjour d’été,
où
le propriétaire et sa famille, ou ses invités ou ses
associés s’installent pour se délasser et fumer le
narguilé. Pour une aération optimale, l’iwân est la
plus vaste pièce de la résidence: il s’étend en
hauteur sur deux étages et il est le plus souvent orné de
plafonds superbement peints, de
pâtes de pierre colorées, de pierres sculptées et
incrustées, de murs peints à fresques et d’un sol
à marqueterie de marbre dont les motifs sont aussi
élaborés que ceux d’un tapis.
De l’autre côté de la cour par rapport à
l’iwân
se trouve la deuxième pièce en importance de la demeure:
le
qâ’a, ou salle de réception d’hiver fermée.
Située
au nord de la maison, elle ouvre sur le sud pour
bénéficier au maximum du soleil hivernal: c’est la
pièce la plus glorieuse
de la maison damascène, où la décoration se
surpasse:
le visiteur occidental y est transporté dans l’univers des Mille
et Une nuits. Le qâ’a est en deux parties: une entrée de
plein
pied avec la cour, dallée de pierre ou de marbre et
nommée
‘ataba, avec très souvent une petit fontaine de marbre (fasqiya)
au milieu. On y remarque parfois, sur le mur en face de la porte, une
niche
en forme de mihrab – appelée masabb- qui n’a aucune fonction
religieuse
mais qui sert simplement à entreposer narguilés, cruches
à eau, etc. Cette niche est habituellement richement
ornementée avec des mosaïques de marbre et une voûte
décorée
de fines stalactites (muqarnas). La deuxième partie de la
pièce est la mastaba où l’on s’assied,
séparé de l’’ataba par une grande arcature ouverte et
située à une soixantaine de centimètres au-dessus
du niveau de celui-ci. Cette plate-forme
de pierre ou de marbre était recouverte de tapis et de kilims,
avec
un long cordon de coussin (diwân) régnant sur trois
côtés. Les hôtes se déchaussaient avant de
monter s’asseoir sur
le mastaba où l’on servait toutes sortes de douceurs et de
sorbets;
du café parfumé à la cardamone, du thé
infusé avec des fleurs sauvages et, naturellement,
l’inévitable pipe à eau. La maison damascène ne
connaît ni salle à manger, ni salon, ni séjour,
etc.: chaque pièce, y compris le qâ’a, pouvait être
instantanément adaptés aux fonctions
requises. Les plats pouvaient être apportés sur des
plateaux
faciles à débarrasser, une fois le repas pris; la nuit
venue,
on pouvait tout aussi bien sortir le couchage des armoires murales et
la
pièce devenait instantanément une chambre à
coucher.
Une grande demeure damascène pouvait posséder deux
mastabas
de part de d’autre de l’’ataba central; dans certains cas exceptionnel
–
comme à Beït as-Sibaï et BeÎt al-Jabri – on
pouvait
même avoir trois sections de mastaba, de chaque côté
de l’’ataba et derrière ce dernier. Dans quelques maisons, le
qâ’a
était aménagé au dessus du cellier, dont on
atteignait
la porte d’entrée par une volée de quelques marches.
Plusieurs
grandes maisons possédaient plusieurs qâ’a: Bëit
al-‘Abd
en avait exceptionnellement six: d’autres petites pièces plus ou
moins polyvalentes (murabba’) se répartissaient autour de la
cour
intérieure, presque toutes aussi joliment
décorées. Au premier étage se trouvait
habituellement une sorte de galerie (tarma), ouverte ou fermée,
faisant le tour de la maison et sur laquelle ouvraient les chambres. Au
sommet du bâtiment était souvent aménagée
une pièce unique sorte de kiosque ou de pergola ouvrant sur le
toit." (description
extraite de l’ouvrage de Brigid Keenan, Damas, aux
éditions Place des Victoires).
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La visite de Beit Nizan terminée notre guide
n’acceptera aucun geste de notre part; sa fierté est
blessée, nous promettons de revenir.
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Il
nous est impossible de visiter Beït El Qouatli en cours de
rénovation.. Par contre, nous nous engouffrons dans Beït El
Sibaï. Malheureusement un film est en cours de tournage et nous
n’aurons l’autorisation de visiter que la cour dans un silence total.
Dommage, cette demeure recèle des splendeurs et une
authenticité qui lui donnent plus de vie que les
précédentes maisons.
Retour dans l’agitation de la ville. Nous traversons un marché
et là au détour d’une ruelle, une petite porte
grisâtre avec une plaque dorée: Centre Culturel Danois. On
sonne. Ouverture électrique. Nous sommes à
l’intérieur dans un calme et un silence absolu. Un petit
escalier en pierre jaunâtre fait face à la porte, nous
descendons les quelques marches, sur notre droite apparaît une
mini cour avec une fontaine. Nous continuons notre descente, courbons
la tête pour passer sous une arcade et là… Nous nous
retrouvons dans la cour centrale de Beït El Aqqad. Rien ne
déroge à l’architecture de base, toujours le grand bassin
central, des jasmins, un oranger, tout y est.. Assis sur la mastaba,
des journalistes interviewent un grand jeune homme blond. Nous faisons
le tour de la cour, admirons
le tapis de pierre encadré verticalement sur le mur, nous
passons
dans les pièces adjacentes. L’une d’entre elles a un plafond
peint
de couleur bleu ciel, gris et blanc: nous trouvons que cela fait
danois,
en fait nous nous trompons lourdement, ce plafond reflète
un
autre style de décoration damascène, nous en verrons de
similaire
le lendemain. La rénovation est sans faille. En redescendant les
hautes marches d’une des salles, en commentant à haute voix nos
impressions,
nous nous apercevons à notre grande confusion que nous avons
interrompu l’interview de ce jeune homme qu’à l’unanimité
nous trouvons beau comme un Dieu avec ses fines moustaches et sa barbe
blondes! Impossible d’aligner trois mots d’anglais pour nous excuser,
nous sommes hypnotisées par son regard d’un bleu azur. Il nous
faut pourtant quitter. Retour sur un nuage peut être mais retour
tout de même à travers
les passages grouillants des souks, en route vers le couvent.
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Réveil
matinal, ma Sœur n’octroie aucune grasse matinée! Il nous faut
quitter la chambre au plus tard à 9 heures. On se retrouve
devant une table de cantine pour le petit déjeuner ou
plutôt ce qui
semble être un encas matinal. C'est tant bien que mal que
nous
avalons un quignon de pain et notre nescafé, lorsqu’un tout
jeune
homme vient s’assoire à notre table, et s’installe sans crier
gare.
Moment d’étonnement, silence gêné avant d’entamer
un
semblant de conversation . Oh surprise! Le jeune homme est un
prêtre, il s’excuse de ne pas porter sa soutane, il est en
vacances d’où sa tenue baba-cool. Don Antoine de son
prénom arrive de France pour une quinzaine de jours en vacances
à Damas. Assez imbu de lui, il n’aura de cesse de nous conter
son dîner de la veille avec l’archevêque de Damas. Voyant
notre manque d’intérêt, il nous quitte, après un
échange d’adresses... Nous lui souhaitons bonne chance dans son
périple mystique. Nous le retrouverons plus tard vautré
à l’entrée du couvent, pendu à son
téléphone portable: a-t-il réellement
trouvé sa voie?
Nous avons hâte de revivre nos expériences de la veille.
Avant de franchir les murailles de la vieille ville nous
décidons de nous diriger vers l’Ouest de l’enceinte. Nous voici
devant la mosquée Takiya Al Sulaemaniya, construite par le
fameux architecte ottoman Sinan. Elle se dresse fièrement
entourée de jardins et de divers bâtiments et nous nous
bornerons à la visiter de l’extérieur.. Nous serons
étonnées par la présence d’avions Mig ainsi que
d’un Soyouz dispersés dans les jardins. Des couples se tiennent
par la main en déambulant dans les jardins où
une petite buvette donne un aspect européen à ces lieux.
Une allée rénovée, où se trouve une
madrassa et un magnifique caravansérail au sol
déformé par le passage des années, ou par un
tremblement de terre, forme le souk des artisans.
En sortant de ces allées, nous nous retrouvons à
déambuler dans la ville moderne qui n’a aucun
intérêt, pour s’arrêter à la gare de Hedjaz,
magnifique monument: plafond en bois incrusté, guichets
d’époque, tout cela donne envie de prendre un train qui nous
transporterait dans les temps anciens. Ce ne sera malheureusement pas
possible, il n’y a en fait plus de train ni de rails….Tout est en
rénovation, juste à l’arrière de la gare un trou
béant nous fait croire que tout cela n’est qu’un rêve. Des
passagers attendent, mais nous n’arrivons pas à comprendre ce
qu’ils attendent vraiment. Aucune locomotive ou train à
l’horizon, juste de la terre et un grand trou! Rue Fakhri Baroudi, rue
bordée de ce qui devraient être
de magnifiques maisons. Des portes closes, cadenassées, mais des
façades qui laissent bien deviner l’opulence des lieux. Enfin
nous
trouvons tout de même Beït Baroudi, avec une entrée
qui
ressemble plus à une entrée d’université
qu’à celle d’une maison. En effet c’est une antenne de
l’université des Beaux-Arts. Une fois le portail franchit nous
retrouvons l’agencement architectural de ces palais damascènes.
Un gentil gardien (légèrement collant) se fera un devoir
de nous conduire dans toutes les salles de cette maison. La cour
centrale est moins riche que celles déjà visitées,
les façades, par contre, sont en bois sculpté. La salle
de réception du rez-de-chaussée comprend des fresques
murales bien endommagées et curieusement d’un style
européen, représentant la place de la Concorde à
Paris, ainsi que le Bosphore. Des petits escaliers nous mènent
à l’étage où, une des salles nous étonnera
par son style plutôt Renaissance. Des morceaux de plafond peint
traînent par terre en attendant une restauration qui à
l’air de se faire attendre. Ce palais appartenait à un
mécène et toutes les maisons accolées faisaient
parties du palais d’origine. La finesse des peintures nous laisse
imaginer ce que devait être cette demeure du temps de sa
splendeur.
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Notre
guide veut nous entraîner vers la suite de Beït Baroudi qui
se trouve être aujourd’hui une école pour
handicapés: Madrassa Shadligiya. Nous sortons donc de Beït
Baroudi et suivons notre guide par une route datant des romains. Une
petite niche par-ci, un
petit escalier à franchir par-là et comme par magie nous
nous
retrouvons dans un autre quartier. Un dernier escalier nous fera
franchir un très beau portique cette fois bien restauré
et nous nous retrouvons dans une cour centrale de belle proportion ce
qui nous fait penser qu’elle devait être la cour centrale de
Beït Baroudi. Des arcades sculptées et peintes à
dominante bleue. La beauté des lieux nous a fait tout d’abord
oublier où nous étions, lorsque tout à coup nous
découvrons un jeune enfant en pleurs dans un
recoin et derrière toute une classe d’handicapés. Tant de
beauté et tant de douleurs qui se côtoient au quotidien,
nous
font réfléchir. De jeunes musulmanes
dévouées nous accueillent chaleureusement. Nous
comprenons qu’il s’agit d’une école fondée par des
associations caritatives. Il y en a trois dans le pays. Ces
jeunes femmes nous entraîneront dans une immense cuisine pour
nous offrir le café de bienvenue. Un ancien puits se trouve sur
notre gauche près de l’entrée et face à nous une
gigantesque
cheminée nous laissent deviner ce que devaient être les
festins
de l’époque. L’accueil est si chaleureux, les sourires si
avenants
que nos cœurs se serrent en se rendant compte de la difficulté
de
leur vie. En sortant nous retrouvons l’enfant puni en pleure, toujours
dans
son coin, nous n’osons rien faire, notre lâcheté nous fait
fuir. Des sentiments trop forts et si contradictoires nous font garder
le
silence un petit moment..
Sur nos pas, en direction de la vieille ville, nous poussons des
portes dans l’espoir de découvrir encore des merveilles. Notre
curiosité est insatiable. Beït El Hijazi est en pleine
rénovation,
ce sera bientôt un restaurant. Parmi les ouvriers et les gravas
nous admirons les plafonds peints ainsi que les sculptures des arcades
si diverses.
Ensuite Al M’ahad El Musiqui n’est plus comme son nom l’indique un
conservatoire de musique, mais uniquement une maison de la jeunesse.
Le bassin central a disparu, la cour est assez exiguë, du bois
résiste sur les façades, un vieil homme toussant
à fendre l’âme nous ouvre le cadenas de la porte de la
salle d’apparat. Un fouillis indescriptible gâche la
beauté des lieux. Des instruments de musique, des
petits meubles, des chaises ont été posés
çà et là, mais dans la pénombre on
distingue les peintures sur les murs et le plafond. Il fait sombre, les
fenêtres étant
fermées par leurs volets en bois travaillé. Au milieu du
mur, face à la mastaba sort un gros tuyau qui devait être
relié à un poêle. Nous sentons bien qu'il y a un
trésor
enfoui là, qui ne demande qu’à ressurgir après un
bon nettoyage.
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| Nous sommes juste à
l’entrée de la rue Droite, tout proche du Centre Culturel
Danois, cela nous rappelle le beau jeune homme blond! Mais tout
d’abord, une des maisons accolées à Beït A’qqad qui
était fermée la veille, nous attire et nous
décidons d’aller tenter notre chance aujourd’hui. De
l’allée centrale nous nous engouffrons dans un couloir
étroit, parmi les échoppes, ce couloir ne semble mener
nulle part ou bien vers des entrepôts, heureusement nous ne
sommes pas seules, des
femmes voilées vont et viennent. Au bout du chemin, une petite
porte en métal à l’air de mener vers un taudis. Nous
passons
la tête et nous nous retrouvons à l’air libre, au soleil
dans
une cour enfouie sous la végétation qui à pris la
liberté de s’étaler partout et ce depuis des
années.
Dans un coin un vélo, sur son porte-bagages un panier où
des œufs chauffent au soleil. Personne. Le gazouillement des oiseaux
dans
l’oranger nous donne l’impression d’être dans la campagne.
Soudain,
un grand homme vêtu d’un pantalon noir et d’une chemise d’un
blanc
immaculé, portant le bonnet musulman sur la tête s’encadre
dans une porte. Ni avenant, ni menaçant il nous laisse faire la
tournée des lieux. Après plusieurs photographies, le
meilleur moyen d’amadouer le plus réticent des gardiens, nous le
faisons parler et nous
voici les meilleurs amis du monde.. Il nous expliquera que les œufs
chauffant au soleil sont destinés au serpent, gardien lui aussi
de la maison, il le nourrit et ce dernier ne fait de mal à
personne. Décidément les légendes liées aux
serpents sont monnaies courantes
à Damas. Le muezzin annonce l’appel à la prière,
notre élégant gardien a déjà
commencé
ses ablutions, il est temps pour nous de laisser le serpent et son ami. |
Nous
reprendrons en sens inverse le petit chemin et à la sortie la
jolie porte grise du Centre Culturel Danois nous fait un clin d’œil.
Curiosité, enfantillage, destinée?.Bref nous sonnons.
Nous
voici assises dans un bureau d’accueil avec une gentille danoise
binationale
(syrienne de père et danoise de mère) essayant d’avoir
plus de détails sur l’interviewé aux yeux bleus d’hier.
Ni une ni deux, l’hospitalité orientale aidant, voici
notre
danoise appelant Jesper Berg, poête-écrivain danois vivant
à Damas depuis 6 ans, pour savoir si ses écrits ont
été
traduits en anglais. Hélas non!
Maintenant direction Bab Touma vers le quartier chrétien.
Avant de nous aventurer dans ces ruelles d’un tout autre style, nous
décidons d’aller déjeuner à Beït Elyssar,
ancienne
demeure damascène transformée en restaurant. Quelle ne
fut pas notre surprise de voir notre beau poète attablé
avec un ami, sa blondeur éclairant la salle. Son regard bleu
pénétrant
se posa sur nous, étonné, amusé. Petite
conversation,
échange de coordonnées dans notre anglais approximatif.
Le reverrons-nous? Sans grand espoir. En tout cas nous eûmes la
joie
de déjeuner dans cette cour rafraîchie par le bassin en se
disant que le destin nous joue parfois des tours pendables et en
s’amusant
follement de ces coups du hasard. Au revoir Monsieur le Poète,
qui
sait le hasard le remettra-t-il peut-être sur notre route un jour
prochain?
Le quartier chrétien est plus propre, plus calme et plus net que
le reste de la ville. Une opulence, une richesse on du exister dans le
passé, c’est ce que l’on ressent à l’approche de certains
bâtiments. Bon nombre de familles riches ont du vivre dans ces
quartiers. Il est 15 heures, il nous est difficile de pousser les
portes, les gardiens dorment, les écoles sont fermées,
les rues sont trop calmes, c’est l’heure de la sieste, il nous faudra
revenir. Impossible de pouvoir se renseigner sur l’emplacement de
Beït Fransa, nous longerons des ruelles aux façades si
hautes qu’elles ne peuvent qu’encercler des patios de rêve. Cela
fera partie de notre prochain séjour à Damas. Sur le
chemin du retour nous découvrirons une vieille maison assez
défraîchie mais en pleine rénovation,
destinée comme tant d’autre à être
transformée en petit hôtel et restaurant.. L’entrepreneur
du chantier en est si fier qu’il fera arrêter de travailler les
ouvriers pour nous guider vers ses trouvailles: des caves en ogives
dans les soubassements de la maison. Pour finir il ira renverser de
l’eau sur le sol d’une des pièces pour en
révéler l’éclat et la couleur du marbre. Sa
fierté est touchante et compréhensible. Nous sommes
heureuses de constater que le peuple syrien prend conscience de la
richesse de son patrimoine. Reste à espérer
que ces rénovations seront bien exécutées en
gardant
le même esprit que les premiers constructeurs.
|
| Il est
temps pour nous de sauter dans un taxi pour récupérer nos
sacs du couvent où "ma sœur" nous fait des adieux chaleureux.
Nous
sommes devenues amies depuis le moment où nous avons
été prier dans l’église du couvent Saint Paul et
lorsque, sur ses conseils, nous avons visité dans le fond du
jardin, la grotte se trouvant
sous le chemin de Damas de l’époque romaine et dans laquelle
Saint
Paul eut une apparition. Nous retrouvons Abed et sa vieille Ford sur la
route de Mazzeh devant une patisserie qui nous ouvre ses portes. Une
fois
nos achats faits nous roulons à toute allure vers Beyrouth, nos
yeux encore remplis de belles images. Le silence règne dans la
voiture,
encore plongées que nous sommes dans nos rêves.
Arrivées
à bon port, retour à notre vie routinière,
retrouvant
nos repères et nos objets familiers, nous allumons la
télévision
pour écouter le Journal Télévisé meilleur
moyen
de transport vers la réalité... "Une bombe vient
d’éclater sur la route de Mazzeh à Damas, faisant 4
morts, l’attentat n’a pas été revendiqué…" Dur
retour! |
| Damas-Beyrouth les 26 et 27 avril
2004,
Claude Abou-Chédid.
tous droits réservés. >> CONTACTEZ NOUS |
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