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Une escapade au pays des mille et une nuits. En route à la découverte de vieux palais dans une des plus anciennes villes du monde qui essaye tant bien que mal de garder le modernisme au-delà de ses murailles. par Claude Abou Chedid
> pour les infos pratiques et les bonnes adresses, consultez notre page Damas City Guide
 
Route de Damas. Nom chargé d’histoire. Entassées dans un gros taxi (vieille Ford d’un autre temps) Abed, notre chauffeur fonce à toute allure sur ce bitume qu’il connaît si bien. Les frontières n’ont plus aucun secret pour lui. La verdure du Liban, ses vallées et sa plaine si fertile laissent la place à un paysage plus désertique, plus aride. Damas se dessine au loin. Nous y sommes.
Bab Sharqui – couvent Saint Paul: Austère comme seul un couvent peut si bien le paraître Une sœur nous accueillera sans sourire aux lèvres, mais plutôt comme une business woman affairée. Chambre sans grand intérêt. Aux dires de certaines le couvent Mar Elias situé juste à côté, assure un accueil et un standing supérieur. Nous avons hâte de rentrer dans la  vieille ville, de s’engouffrer dans ses ruelles, s’y perdre et humer les odeurs de jasmin et d’oranger "naringe". Une fois Bab Sharqui franchit, nos pas nous mènent vers une première porte ouverte: la maison Na’ssan. Nous découvrons le bassin central, bassin traditionnel de toutes ces anciennes demeures, puis le "Salamlik" ou salon de réception ouvert sur la cour et des mosaïques sur les murs. Personne. Le silence hormis le gazouillement des oiseaux. Une sensation d’interdit nous fait frémir. Nous sommes encore novices pour ces visites "forcées". Il nous est pourtant difficile de sortir de cette première maison.
Nous nous retrouvons dans une ruelle au charme européen. Des antiquaires par-ci par-là, astiquant inlassablement leurs petits meubles, leurs cuivres. On dirait que le temps n’a pas de prise sur eux. Nous sentons dans leur regard une sorte de bonheur; est-ce la nostalgie de leur passé qu’ils tentent de retrouver en caressant leurs objets de marqueterie? A l’extrémité de cette ruelle apparaît la chapelle Ananias, un des hauts lieux de l’histoire des chrétiens. Saint Paul, en route vers Damas, a été frappé par l’apparition de Dieu. Ananias aida Paul devenu aveugle, et c’est paraît-il dans cette grotte que Paul retrouva la vue et devint disciple de Jésus. La chapelle, une grotte aux pierres noircies par les milliers de bougies allumées en remerciements, prières, complaintes, suppliques, dans l’espoir que la fumée arrive au Seigneur  pour exaucer leurs vœux. Ce lieu est si chargé d’histoire que des frissons nous parcourent et c’est avec émotion que nous retrouvons la lumière du jour.
Nous reprenons la "Rue Droite". Nos regards sont fascinés par les façades, surtout  par un balcon en bois sculpté que nous pensons être la façade de Beït Chaoui. Personne pour le confirmer, pas la moindre porte: nous restons sur notre soif. Nous nous dirigeons alors vers le quartier juif Harat El Yahud, quartier désaffecté, dû au retour en Israël de la plupart des juifs de Damas. Impossible de trouver Beït Lisbûni, des moucharabiehs nous font penser que peut être il doit s’agir de cette maison, mais nous trouvons porte close. Un très vieux monsieur, qui porte une oreillette pour mal-entendant, nous fait signe de le suivre. Nous traversons un passage assez sinistre, des portes en ferraille s’ouvrent à peine, nous enjambons des gravats et nous voici tout à coup à l’air libre dans une cour grandiose, mais désaffectée. Et pourtant, tout au fond un groupe de femmes papotte, sirotant du café tout en épluchant des  légumes. Nous sentons que nous dérangeons, mais personne ne fait plus attention à nous et après un bref salut, elles reprennent leurs tâches ménagères. Encore quelques pas dans des monceaux de saleté et nous découvrons, enfoui sous les arbres un palais qui n’a malheureusement plus rien de ses fastes d’antan. Un chat prend le soleil sur le rebord de ce qui  reste du bassin central. Un gigantesque figuier s’est chargé de prendre possession des lieux. Tout est figé, le temps s’est arrêté. Le Monsieur à l’oreillette nous indique une autre porte toute rouillée et qui ne laisse passer qu’une demi-personne à la fois! Et là, sous les gravats de toute sorte, nous découvrons les deux autres cours ou plutôt ce qu’il en reste. Des linteaux d’arcades sculptés reposent au sol. On ne  sait plus trop quoi penser. Le souffle coupé par tant de beauté, nous nous désolons de voir ce site laissé à l’abandon. Notre guide inopiné est amusé de notre étonnement. Il veut nous garder ,refuse tout bakchich et nous raccompagne jusqu’à l’allée centrale. Quelques pas plus loin, nous longeons une synagogue fermée, nous continuons notre recherche de Beït Stambuli (ou Niyadû) mais vainement Ce quartier est comme mort, on ne perçoit aucun signe de vie. Un sentiment de malaise nous prend. Nous comprenons que nous sommes arrivées à la limite de ce quartier lorsque nous retrouvons l’animation des rues.
Les façades des maisons sont repeintes, nous nous enhardissons dans ces rues lorsqu’une petite porte en bois nous interpelle. Les murs sont trop hauts par rapport aux autres maisons, il doit y avoir des merveilles derrière. Nous sonnons. Le visage avenant d’une blondinette se penche d’une des fenêtres de ce qui nous semble être la maison voisine. Elle nous demande de patienter. Une minute plus tard la voici nous ouvrant la porte de ce qui en fait se trouve être l’ensemble de sa maison familiale. Nous entrons dans Beït Dahdah. D’origine libanaise, cette famille vit à l’heure actuelle entre le Liban et la Syrie. Plus ou moins conservée la maison est dotée d’un beau salamlik. Le bassin trône au centre de la cour. Une des salles de réception, nous montrera combien la décoration pouvait être chargée à l’époque. Cette salle transformée en magasin, expose des objets ayant appartenus au grand-père (il faut y croire! tellement ils paraissent neufs et cela entache le charme des lieux). L’esprit n’arrive pas à s’envoler malgré le jasmin qui embaume l’air, et tous les pots de géranium et autres petites plantes disposées aux quatre coins de la cour. N’étant guère acheteur, nous ne serons pas retenues. Nous préférons retrouver l’authencité des ruelles. Nous remontons vers le centre de la vieille ville en suivant le bourdonnement incessant de la circulation automobile au loin.

Nous atteignons Maktab Anbar, entièrement rénové et appartenant au gouvernement. Cet ancien palais comprend trois cours. Jardins bien entretenus: c’est un vrai plaisir pour le regard. Des écoliers en uniformes gambadent dans les allées des jardins. Un immense bassin aux robinets en forme d’hippocampe  occupe le centre de la plus grande des cours. Les bougainvilliers roses ne savent plus ou grimper, tellement ils sont grands. Les mosaïques de pierres colorées formant les différentes arcades se font la concurrence par la diversité de leurs coloris ou la façon dont sont agencés les dessins géométriques. Nos estomacs criant famine nous finirons notre matinée attablées dans le restaurant de Beït Jabri, ancienne demeure damascène. Le bruit de la fontaine, l’odeur des narguilés, le brouhaha des bavardages des damascènes, nous reposent. Nous voici transportées dans les temps anciens. L’ouïe, l’odorat, la vue et enfin le goût sont en éveils  et nous voguons en imagination vers une autre époque. Il nous sera difficile après notre café à la cardamome de pouvoir s’extirper de cet endroit.
Ballade dans les rues étroites et sans nom, essayant de se diriger par rapport à un plan approximatif qui ne retrace pas tous les chemins. Nous arrivons enfin à Beït Nizam, une petite porte couleur brique est fermée. Le ferronnier voisin sort de son échoppe et nous dit de sonner. Nous attendons patiemment. Ne voyant rien venir, le jeune ferronnier s’en vient à notre secours et le voilà vociférant le nom du gardien, lui demandant de se réveiller car il a des Visiteurs! Un jeune homme brun aux cheveux longs et aux yeux verts nous ouvre la porte. Il ne semble pas très enchanté de nous voir. Cela peut se comprendre puisqu’il faisait la sieste! Nous pénétrons dans une maison très ressemblante par sa richesse à Maktab Anbar, cette maison appartient également au gouvernement. Dix minutes se sont écoulées et voyant notre intérêt et notre ébahissement devant ces magnifiques plafonds peints, il commence à s’intéresser à nous et à nous montrer les désastres commis dans les jardins par un agronome trop zélé. On sent l’homme de la campagne désespéré d’avoir vu un agronome couper un bougainvilliers vieux de plusieurs années et haut de plusieurs mètres. Il se prend d’amitié pour nous, je dirai plutôt qu’il est heureux de nous voir apprécier la beauté des lieux. Il ira donc chercher chez son supérieur les clés ouvrant toutes les salles donnant sur la cour centrale. Et là sautillant d’un pied sur l’autre, sortant ses orteils de sa sandale, sourire fier aux lèvres il nous regardera nous émerveiller à chaque ouverture de porte.
Une qâ’a nous surprendra par toute la dorure utilisée sur les murs et les plafonds. Une autre salle nous étonnera par le détail des peintures, mais surtout par le mélange des styles, enfin une dernière pièce nous apparaîtra magnifique par sa sobriété. Toutes ces salles suivent la même architecture. En effet dans tous les palais...
 
"La fontaine de la cour était toujours placée dans l’alignement de la pièce principale de la demeure – l’iwân – qui n’est pas à proprement parler une pièce, mais une vaste et haute alcôve fermée sur trois côtés seul le quatrième étant ouvert sur la cour. L’iwân est toujours situé sur le côté sud de la demeure avec son ouverture au nord, pour bénéficier de la fraîcheur: c’est le séjour d’été, où le propriétaire et sa famille, ou ses invités ou ses associés s’installent pour se délasser et fumer le narguilé. Pour une aération optimale, l’iwân est la plus vaste pièce de la résidence: il s’étend en hauteur sur deux étages et il est le plus souvent orné de plafonds superbement peints, de pâtes de pierre colorées, de pierres sculptées et incrustées, de murs peints à fresques et d’un sol à marqueterie de marbre dont les motifs sont aussi élaborés que ceux d’un tapis. De l’autre côté de la cour par rapport à l’iwân se trouve la deuxième pièce en importance de la demeure: le qâ’a, ou salle de réception d’hiver fermée. Située au nord de la maison, elle ouvre sur le sud pour bénéficier au maximum du soleil hivernal: c’est la pièce la plus glorieuse de la maison damascène, où la décoration se surpasse: le visiteur occidental y est transporté dans l’univers des Mille et Une nuits. Le qâ’a est en deux parties: une entrée de plein pied avec la cour, dallée de pierre ou de marbre et nommée ‘ataba, avec très souvent une petit fontaine de marbre (fasqiya) au milieu. On y remarque parfois, sur le mur en face de la porte, une niche en forme de mihrab – appelée masabb- qui n’a aucune fonction religieuse mais qui sert simplement à entreposer narguilés, cruches à eau, etc. Cette niche est habituellement richement ornementée avec des mosaïques de marbre et une voûte décorée de fines stalactites (muqarnas). La deuxième partie de la pièce est la mastaba où l’on s’assied, séparé de l’’ataba par une grande arcature ouverte et située à une soixantaine de centimètres au-dessus du niveau de celui-ci. Cette plate-forme de pierre ou de marbre était recouverte de tapis et de kilims, avec un long cordon de coussin (diwân) régnant sur trois côtés. Les hôtes se déchaussaient avant de monter s’asseoir sur le mastaba où l’on servait toutes sortes de douceurs et de sorbets; du café parfumé à la cardamone, du thé infusé avec des fleurs sauvages et, naturellement, l’inévitable pipe à eau. La maison damascène ne connaît ni salle à manger, ni salon, ni séjour, etc.: chaque pièce, y compris le qâ’a, pouvait être instantanément adaptés aux fonctions requises. Les plats pouvaient être apportés sur des plateaux faciles à débarrasser, une fois le repas pris; la nuit venue, on pouvait tout aussi bien sortir le couchage des armoires murales et la pièce devenait instantanément une chambre à coucher. Une grande demeure damascène pouvait posséder deux mastabas de part de d’autre de l’’ataba central; dans certains cas exceptionnel – comme à Beït as-Sibaï et BeÎt al-Jabri – on pouvait même avoir trois sections de mastaba, de chaque côté de l’’ataba et derrière ce dernier. Dans quelques maisons, le qâ’a était aménagé au dessus du cellier, dont on atteignait la porte d’entrée par une volée de quelques marches. Plusieurs grandes maisons possédaient plusieurs qâ’a: Bëit al-‘Abd en avait exceptionnellement six: d’autres petites pièces plus ou moins polyvalentes (murabba’) se répartissaient autour de la cour intérieure, presque toutes aussi joliment décorées. Au premier étage se trouvait habituellement une sorte de galerie (tarma), ouverte ou fermée, faisant le tour de la maison et sur laquelle ouvraient les chambres. Au sommet du bâtiment était souvent aménagée une pièce unique sorte de kiosque ou de pergola ouvrant sur le toit." (description extraite de l’ouvrage de Brigid Keenan, Damas, aux éditions Place des Victoires).
La visite de Beit Nizan terminée notre guide n’acceptera aucun geste de notre part; sa fierté est blessée, nous promettons de revenir.
Il nous est impossible de visiter Beït El Qouatli en cours de rénovation.. Par contre, nous nous engouffrons dans Beït El Sibaï. Malheureusement un film est en cours de tournage et nous n’aurons l’autorisation de visiter que la cour dans un silence total. Dommage, cette demeure recèle des splendeurs et une authenticité qui lui donnent plus de vie que les précédentes maisons.

Retour dans l’agitation de la ville. Nous traversons un marché et là au détour d’une ruelle, une petite porte grisâtre avec une plaque dorée: Centre Culturel Danois. On sonne. Ouverture électrique. Nous sommes à l’intérieur dans un calme et un silence absolu. Un petit escalier en pierre jaunâtre fait face à la porte, nous descendons les quelques marches, sur notre droite apparaît une mini cour avec une fontaine. Nous continuons notre descente, courbons la tête pour passer sous une arcade et là… Nous nous retrouvons dans la cour centrale de Beït El Aqqad. Rien ne déroge à l’architecture de base, toujours le grand bassin central, des jasmins, un oranger, tout y est.. Assis sur la mastaba, des journalistes interviewent un grand jeune homme blond. Nous faisons le tour de la cour, admirons le tapis de pierre encadré verticalement sur le mur, nous passons dans les pièces adjacentes. L’une d’entre elles a un plafond peint de couleur bleu ciel, gris et blanc: nous trouvons que cela fait danois, en fait nous nous trompons  lourdement, ce plafond reflète un autre style de décoration damascène, nous en verrons de similaire le lendemain. La rénovation est sans faille. En redescendant les hautes marches d’une des salles, en commentant à haute voix nos impressions, nous nous apercevons à notre grande confusion que nous avons interrompu l’interview de ce jeune homme qu’à l’unanimité nous trouvons beau comme un Dieu avec ses fines moustaches et sa barbe blondes! Impossible d’aligner trois mots d’anglais pour nous excuser, nous sommes hypnotisées par son regard d’un bleu azur. Il nous faut pourtant quitter. Retour sur un nuage peut être mais retour tout de même à travers les passages grouillants des souks, en route vers le couvent.
Réveil matinal, ma Sœur n’octroie aucune grasse matinée! Il nous faut quitter la chambre au plus tard à 9 heures. On se retrouve devant une table de cantine pour le petit déjeuner ou plutôt ce qui semble être un encas matinal. C'est tant bien que mal  que nous avalons un quignon de pain et notre nescafé, lorsqu’un tout jeune homme vient s’assoire à notre table, et s’installe sans crier gare. Moment d’étonnement, silence gêné avant d’entamer un semblant de conversation . Oh surprise! Le jeune homme est un prêtre, il s’excuse de ne pas porter sa soutane, il est en vacances d’où sa tenue baba-cool. Don Antoine de son prénom arrive de France pour une quinzaine de jours en vacances à Damas. Assez imbu de lui, il n’aura de cesse de nous conter son dîner de la veille avec l’archevêque de Damas. Voyant notre manque d’intérêt, il nous quitte, après un échange d’adresses... Nous lui souhaitons bonne chance dans son périple mystique. Nous le retrouverons plus tard vautré à l’entrée du couvent, pendu à son téléphone portable: a-t-il réellement trouvé sa voie?

Nous avons hâte de revivre nos expériences de la veille. Avant de franchir les murailles de la vieille ville nous décidons de nous diriger vers l’Ouest de l’enceinte. Nous voici devant la mosquée Takiya Al Sulaemaniya, construite par le fameux architecte ottoman Sinan. Elle se dresse fièrement entourée de jardins et de divers bâtiments et nous nous bornerons à la visiter de l’extérieur.. Nous serons étonnées par la présence d’avions Mig ainsi que d’un Soyouz dispersés dans les jardins. Des couples se tiennent par la main en  déambulant dans les jardins  où une petite buvette donne un aspect européen à ces lieux. Une allée rénovée, où se trouve une madrassa et un magnifique caravansérail au sol déformé par le passage des années, ou par un tremblement de terre, forme le souk des artisans.

En sortant de ces allées, nous nous retrouvons à déambuler dans la ville moderne qui n’a aucun intérêt, pour s’arrêter à la gare de Hedjaz, magnifique monument: plafond en bois incrusté, guichets d’époque, tout cela donne envie de prendre un train qui nous transporterait dans les temps anciens. Ce ne sera malheureusement pas possible, il n’y a en fait plus de train ni de rails….Tout est en rénovation, juste à l’arrière de la gare un trou béant nous fait croire que tout cela n’est qu’un rêve. Des passagers attendent, mais nous n’arrivons pas à comprendre ce qu’ils attendent vraiment. Aucune locomotive ou train à l’horizon, juste de la terre et un grand trou! Rue Fakhri Baroudi, rue bordée de ce qui devraient être de magnifiques maisons. Des portes closes, cadenassées, mais des façades qui laissent bien deviner l’opulence des lieux. Enfin nous trouvons tout de même Beït Baroudi, avec une entrée qui ressemble plus à une entrée d’université qu’à celle d’une maison. En effet c’est une antenne de l’université des Beaux-Arts. Une fois le portail franchit nous retrouvons l’agencement architectural de ces palais damascènes. Un gentil gardien (légèrement collant) se fera un devoir de nous conduire dans toutes les salles de cette maison. La cour centrale est moins riche que celles déjà visitées, les façades, par contre, sont en bois sculpté. La salle de réception du rez-de-chaussée comprend des fresques murales bien endommagées et curieusement d’un style européen, représentant la place de la Concorde à Paris, ainsi que le Bosphore. Des petits escaliers nous mènent à l’étage où, une des salles nous étonnera par son style plutôt Renaissance. Des morceaux de plafond peint traînent par terre en attendant une restauration qui à l’air de se faire attendre. Ce palais appartenait à un mécène et toutes les maisons accolées faisaient parties du palais d’origine. La finesse des peintures nous laisse imaginer ce que devait être cette demeure du temps de sa splendeur.

Notre guide veut nous entraîner vers la suite de Beït Baroudi qui se trouve être aujourd’hui  une école pour handicapés: Madrassa Shadligiya. Nous sortons donc de Beït Baroudi et suivons notre guide par une route datant des romains. Une petite niche par-ci, un petit escalier à franchir par-là et comme par magie nous nous retrouvons dans un autre quartier. Un dernier escalier nous fera franchir un très beau portique cette fois bien restauré et nous nous retrouvons dans une cour centrale de belle proportion ce qui nous fait penser qu’elle devait être la cour centrale de Beït Baroudi. Des arcades sculptées et peintes à dominante bleue. La beauté des lieux nous a fait tout d’abord oublier où nous étions, lorsque tout à coup nous découvrons un jeune enfant en pleurs dans un recoin et derrière toute une classe d’handicapés. Tant de beauté et tant de douleurs qui se côtoient au quotidien, nous font réfléchir. De jeunes musulmanes dévouées nous accueillent chaleureusement. Nous comprenons qu’il s’agit d’une école fondée par des associations caritatives. Il y  en a trois dans le pays. Ces jeunes femmes nous entraîneront dans une immense cuisine pour nous offrir le café de bienvenue. Un ancien puits se trouve sur notre gauche près de l’entrée et face à nous une gigantesque cheminée nous laissent deviner ce que devaient être les festins de l’époque. L’accueil est si chaleureux, les sourires si avenants que nos cœurs se serrent en se rendant compte de la difficulté de leur vie. En sortant nous retrouvons l’enfant puni en pleure, toujours dans son coin, nous n’osons rien faire, notre lâcheté nous fait fuir. Des sentiments trop forts et si contradictoires nous font garder le silence un petit moment..

Sur nos pas, en direction de la vieille ville, nous poussons des portes dans l’espoir de découvrir encore des merveilles. Notre curiosité est insatiable. Beït El Hijazi est en pleine rénovation, ce sera bientôt un restaurant. Parmi les ouvriers et les gravas nous admirons les plafonds peints ainsi que les sculptures des arcades si diverses.
Ensuite Al M’ahad El Musiqui n’est plus comme son nom l’indique un conservatoire de musique, mais uniquement une maison de la jeunesse. Le bassin central a disparu, la cour est assez exiguë, du bois résiste sur les façades, un vieil homme  toussant à fendre l’âme nous ouvre le cadenas de la porte de la salle d’apparat. Un fouillis indescriptible gâche la beauté des lieux. Des instruments de musique, des petits meubles, des chaises ont été  posés çà et là, mais dans la pénombre on distingue les peintures sur les murs et le plafond. Il fait sombre, les fenêtres étant fermées par leurs volets en bois travaillé. Au milieu du mur, face à la mastaba sort un gros tuyau qui devait être relié à un poêle. Nous sentons bien qu'il y a un trésor enfoui là, qui ne demande qu’à ressurgir après un bon nettoyage.
Nous sommes juste à l’entrée de la rue Droite, tout proche du Centre Culturel Danois, cela nous rappelle le beau jeune homme blond! Mais tout d’abord, une des maisons accolées à Beït A’qqad qui était fermée la veille, nous attire et nous décidons d’aller tenter notre chance aujourd’hui. De l’allée centrale nous nous engouffrons dans un couloir étroit, parmi les échoppes, ce couloir ne semble mener nulle part ou bien vers des entrepôts, heureusement nous ne sommes pas seules, des femmes voilées vont et viennent. Au bout du chemin, une petite porte en métal à l’air de mener vers un taudis. Nous passons la tête et nous nous retrouvons à l’air libre, au soleil dans une cour enfouie sous la végétation qui à pris la liberté de s’étaler partout et ce depuis des années. Dans un coin un vélo, sur son porte-bagages un panier où des œufs chauffent au soleil. Personne. Le gazouillement des oiseaux dans l’oranger nous donne l’impression d’être dans la campagne. Soudain, un grand homme vêtu d’un pantalon noir et d’une chemise d’un blanc immaculé, portant le bonnet musulman sur la tête s’encadre dans une porte. Ni avenant, ni menaçant il nous laisse faire la tournée des lieux. Après plusieurs photographies, le meilleur moyen d’amadouer le plus réticent des gardiens, nous le faisons parler et nous voici les meilleurs amis du monde.. Il nous expliquera que les œufs chauffant au soleil sont destinés au serpent, gardien lui aussi de la maison, il le nourrit et ce dernier ne fait de mal à personne. Décidément les légendes liées aux serpents sont monnaies courantes à Damas. Le muezzin annonce l’appel à la prière, notre élégant gardien a déjà commencé ses ablutions, il est temps pour nous de laisser le serpent et son ami. 
Nous reprendrons en sens inverse le petit chemin et à la sortie la jolie porte grise du Centre Culturel Danois nous fait un clin d’œil. Curiosité, enfantillage, destinée?.Bref nous sonnons. Nous voici assises dans un bureau d’accueil avec une gentille danoise binationale (syrienne de père et danoise de mère) essayant d’avoir plus de détails sur l’interviewé aux yeux bleus d’hier. Ni une  ni deux, l’hospitalité orientale aidant, voici notre danoise appelant Jesper Berg, poête-écrivain danois vivant à Damas depuis 6 ans, pour savoir si ses écrits ont été traduits en anglais. Hélas non!

Maintenant direction Bab Touma vers le quartier chrétien. Avant de nous aventurer dans ces ruelles d’un tout autre style, nous décidons d’aller déjeuner à Beït Elyssar, ancienne demeure damascène transformée en restaurant. Quelle ne fut pas notre surprise de voir notre beau poète attablé avec un ami, sa blondeur éclairant la salle. Son regard bleu pénétrant se posa sur nous, étonné, amusé. Petite conversation, échange de coordonnées dans notre anglais approximatif. Le reverrons-nous? Sans grand espoir. En tout cas nous eûmes la joie de déjeuner dans cette cour rafraîchie par le bassin en se disant que le destin nous joue parfois des tours pendables et en s’amusant follement de ces coups du hasard. Au revoir Monsieur le Poète, qui sait le hasard le remettra-t-il peut-être sur notre route un jour prochain?

Le quartier chrétien est plus propre, plus calme et plus net que le reste de la ville. Une opulence, une richesse on du exister dans le passé, c’est ce que l’on ressent à l’approche de certains bâtiments. Bon nombre de familles riches ont du vivre dans ces quartiers. Il est 15 heures, il nous est difficile de pousser les portes, les gardiens dorment, les écoles sont fermées, les rues sont trop calmes, c’est l’heure de la sieste, il nous faudra revenir. Impossible de pouvoir se renseigner sur l’emplacement de Beït Fransa, nous longerons des ruelles aux façades si hautes qu’elles ne peuvent qu’encercler des patios de rêve. Cela fera partie de notre prochain séjour à Damas. Sur le chemin du retour nous découvrirons une vieille maison assez défraîchie mais en pleine rénovation, destinée comme tant d’autre à être transformée en petit hôtel et restaurant.. L’entrepreneur du chantier en est si fier qu’il fera arrêter de travailler les ouvriers pour nous guider vers ses trouvailles: des caves en ogives dans les soubassements de la maison. Pour finir il ira renverser de l’eau sur le sol d’une des pièces pour en révéler  l’éclat et la couleur du marbre. Sa fierté est touchante et compréhensible. Nous sommes heureuses de constater que le peuple syrien prend conscience de la richesse de son patrimoine. Reste à espérer que ces rénovations seront bien exécutées en gardant le même esprit que les premiers constructeurs.
Il est temps pour nous de sauter dans un taxi pour récupérer nos sacs du couvent où "ma sœur" nous fait des adieux chaleureux. Nous sommes devenues amies depuis le moment où nous avons été prier dans l’église du couvent Saint Paul et lorsque, sur ses conseils, nous avons visité dans le fond du jardin, la grotte se trouvant sous le chemin de Damas de l’époque romaine et dans laquelle Saint Paul eut une apparition. Nous retrouvons Abed et sa vieille Ford sur la route de Mazzeh devant une patisserie qui nous ouvre ses portes. Une fois nos achats faits nous roulons à toute allure vers Beyrouth, nos yeux encore remplis de belles images. Le silence règne dans la voiture, encore plongées que nous sommes dans nos rêves. Arrivées à bon port, retour à notre vie routinière, retrouvant nos repères et nos objets familiers, nous allumons la télévision pour écouter le Journal Télévisé meilleur moyen de transport vers la réalité... "Une bombe vient d’éclater sur la route de Mazzeh à Damas, faisant 4 morts, l’attentat n’a pas été revendiqué…" Dur retour!
Damas-Beyrouth les 26 et 27 avril 2004, Claude Abou-Chédid. tous droits réservés. >> CONTACTEZ NOUS