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Ce parcours, Baron & Baron en rêvaient depuis leur première expédition sur les bords de l’Euphrate (1997), au cours de laquelle ils étaient descendus de Deir Ezzor jusqu’à la frontière irakienne. Il s’agissait, cette fois, de remonter le fleuve jusqu’au Barrage Assad et, de là, franchir les plaines agricoles du croissant fertile jusqu’à Harran, en Turquie... Il y aurait des moments forts, comme l’ascension du mythique Nemrut Dagi et le retour aux sources à Gaziantep, dont sont originaires les deux Baron. Ce qui n’était pas vraiment prévu au programme, c’était les rencontres. Avec les bédouins de la steppe, les kurdes de Turquie et puis les turcs eux-mêmes. Loin d’Istanbul et d’Ankara, ceux du coeur du pays anatolien. Ceux de Gaziantep, qui cherchent la modernité, l’émancipation et l’ouverture sur l’Europe, ceux de Sanliurfa, profondément orientaux, et dont la langue étrangère la plus parlée est l’arabe, avec un accent syrien! Ces régions sont au coeur des drames historiques et des tensions internationales. Entre les conflits de l’Irak et du Proche-Orient, les problèmes des minorités et la volonté d’intégration à l’Union Européenne d’une Turquie qui reste, ce qui parait surréaliste vu de Bruxelles, point de passage terrestre entre la Syrie et l’iran.
Mais en deçà de l’histoire avec un grand H, notre histoire fut un grand moment de voyage, de magnifiques paysages, de grandes étapes gastronomiques et des aventures cocasses et hilarantes. On reviendra!

 

Mercredi 1er mai 2002
Lever matinal pour un jour férié. Léa a fait le chauffeur pour rassembler tout le monde. Les uns sont venus en pyjama, les autres ont apporté leur oreiller. En route! Escale à Tripoli, pour prendre le petit déjeuner chez Hallab. Sur la table, un flacon contenant un liquide transparent. Sans doute un désinfectant, se dit Sami qui s’en asperge les mains. Eh ben non, mon cher Pons Pilate, ce n’est pas pour s’en laver les mains, c’est du qatr, sirop sucré pour arroser les pâtisseries orientales!!! Le même Sami, dont le nom est celui d’une grande famille politique, sera aussi la vedette lors du passage aux douanes, puisque sa profession sera annoncée comme “étudiant en stylisme”... 
Palmyre, midi. On y arrive via la vue panoramique depuis la Citadelle de Fakhreddine. Il devait s’y dérouler un festival qui semble avoir été annulé à cause de la situation. Aujourd’hui journée assez relax. Après-midi au bord de la piscine de l’Hôtel Cham Palace, avec une partie de water polo pour le moins mouvementée à laquelle se joint un groupe de français et de françaises. Entre gardien de but, défense, et attaquant(e)s, ça chauffe (bien que l’eau soit glacée). Dialogue des cultures ou choc des civilisations? Egratignures, déchirures, et plus seront au rendez-vous pour certains. D’autres, plus romantiques, préféreront une ballade parmi les ruines au coucher de soleil... Le soir, nous allons dîner à la terrasse de l’hôtel Zenobia, avec son cadre agréable et son buffet décevant, ou nous sommes rejoints par nos nouveaux amis français. 

Jeudi 2 mai 2002
La ville de Palmyre est un site archéologique admirable et immense que l’on visite et re-visite sans s’en lasser! Du camp de Dioclétien à la grande colonnade, notre petit groupe arpente, à pied, les vestiges de la cité de Zénobie sous un soleil matinal. Sami a l’art de dénicher les excavations en toutes sortes (nécropoles, citernes, passages secrets...). Notre excursion se poursuit au Musée Archéologique, toujours aussi poussiéreux, mais toujours aussi passionnant. Ensuite, retour sur l’immense temple de Bel, et sur le nouveau Musée des Arts et traditions Populaire installé dans l’ancien siège de la garnison française de l’époque du Mandat.

Tradition oblige en Syrie, nous quittons le site à bord d’une camionnette les uns sur les autres avant de reprendre la route, direction Deir Ezzor. C’est la deuxième visite de Baron & Baron dans cette ville lointaine et paumée. Visite obligée du Mémorial du Génocide Arménien, avec, comme guide, le Père Vasken (photo ci-dessous). La crypte funéraire est toujours aussi glaciale, avec son ossuaire et ses urnes de terre ramenées de villes et villages arméniens évacués lors de la déportation. Après cette visite émouvante, nous proposons au Père Vasken de se joindre à nous à dîner. Il nous conseille le restaurant Al Mouhandissin (les ingénieurs), au bord du fleuve.

Et le fleuve, l’Euphrate, presque une mer intérieure, nous y allons, traversant le célèbre pont suspendu devenu uniquement piéton. C’est un lieu de promenade animé, ce vendredi après-midi, surtout que Baron, a organisé avec les jeunes du coin un concours de plongeon! Mais nous ne sommes pas à Acapulco, Baron. Qu’importe, faisons de Deir Ezzor l’Acapulco de l’Orient! Quelle ambiance du tonnerre!

Les retrouvailles avec Deir Ezzor passent par l’Hôtel Furat Cham Palace. Le masseur du fitness club n’a pas changé et demande même à Baron des nouvelles de son camarade d’alors, un grand maigre... Le grand maigre en question, devenu barbu, se la coule douce en bonne compagnie au bord de la piscine de l’hôtel qui surplombe un coude de l’Euphrate. Coucher de soleil, Martini bianco, cigare, lectures poétiques... 

Mais on traîne et le temps passe! Bientôt 21h, nous allons être en retard à notre rendez-vous avec le père Vasken. Vite des taxis! Ils y mettent du temps ces taxis! Normal, ils étaient à un mariage, et ils finissent à arriver, illuminant la nuit Deir Ezzoriote de leurs banderoles multicolores et bariolées. Ah les fastes de l’Orient! En revanche, le restaurant Al Mouhandissin n’est pas très illuminé. Même très obscur. Panne de courant électrique. Drôle d’ambiance. Il n’y a même pas des bougies. De toutes façons, il n’y a personne. Pas même le père Vasken, que nous attendons comme Godot mais qui semble nous avoir posé un lapin. Ne traînons pas ici. Nous traversons à nouveau le fameux pont, direction la rive gauche, sur laquelle nous apercevons des cafés en bord de mer (pardon, du fleuve) ou il y a un peu plus d’ambiance. Nous choisissons Al Jisr Al Kabir (le grand pont), une gargote en plein air avec pas mal de monde. Il y a même une grande table de libanais avec l’architecte Grégoire Serof et ses amis. Le mezzé est correct, l’ambiance bon enfant, mais c’est sans compter avec la communauté Grecque Orthodoxe qui doit chaque année nous concocter un vendredi saint explosif. Même ici, au fin fond de la Syrie, nous avons droit à l’orage. Tout d’un coup, il pleut des cordes et le courant électrique se coupe! Le personnel de l’établissement, très rapide, déménage les tables (avec leur contenu, photo ci-dessous), dans une petite salle intérieure. Nous nous retrouvons dans cet endroit éclairé à la lueur des bougies. On se croirait dans ces tavernes du XVIIe siècle qu’ont peint les artistes caravagesques de l’époque dans leurs toiles sombres. Bref tout va bien, jusqu’au rétablissement du courant. “Ne regardez surtout pas autour de vous!” dit Emile. Autour de nous, que des mines patibulaires (on voit bien la différence entre les voir en peinture et les voir en vrai!), et, pas une seule femme, excepté celles qui sont à notre table, en train de boire de la bière et de fumer du narguilé! 

Vendredi 3 mai 2002
Les recommandations de Baron & Baron sont on ne peut plus claires. N’étant en mesure de garantir aucune pause déjeuner, le buffet petit-déjeuner du Cham Palace sera l’unique source d’alimentation. Donc, pas de quartier pour faire des réserves, même si cela doit choquer les autres clients! Et voila. Départ pour notre long périple vers la frontière turque. 1er arrêt, Halabiyé, la citadelle de Zénobie dominant l’Euphrate sur un site majestieux. Ensuite, direction Résafé – Sergiopolis. Photo de groupe dans la basilique paléochrétienne, puis pause pipi derrière les murs encore debouts de cette dernière. C’est à ce moment précis que Elda, qui n’a pas encore relevé le pantalon, se retrouve nez à nez avec M. Nasser Saidi, ancien ministre libanais des finances. Il y a des rencontres comme ça, au bon endroit, au bon moment. Pendant que les uns ramassent, dans ce cadre lunaire, des cailloux ou des tessons de céramique byzantine, et que d’autres sont partis à la recherche de notre bus qui a disparu quelque part autour du périmètre de ce site immense, nous entendons dire que le poste frontière syro-turc au nord de Rakka pourrait fermer en après midi. Impossible de dégoter des infos précises. Que faire? Prendre le risque de se retrouver bloqués, et poursuivre le parcours comme prévu, vers le Lac Assad, ses eaux turquoise en plein milieu desquelles est plantée la citadelle de Kal’at el Jabbar, ou foncer directement vers la frontière et assurer la visite de Harran et la nuit a Urfa? C’est la loi de la raison qui l’emporte, après moult concertations. Nous passons par Rakka, ville encore plus  paumée que Deir Ezzor, poussiéreuse et aride bien que plantée entre Euphrate et champs agricoles. Un gendarme nous interpelle pour nous demander une bouteille d’eau minérale. Alors que nous achevons de tourner en rond (Rakka, a l’origine Abbasside, est dotée d’un plan circulaire), nous parvenons à trouver la route qui mène à la frontière turque. Une heure de ligne droite à travers les plaines agricoles irriguées par des canaux détournés de l’Euphrate. Nous sommes en plein “Croissant Fertile”. Et puis, la frontière. Le cadre est champêtre, voire bucolique. Un petit poste frontière de campagne avec ses fonctionnaires débonnaires et des enfants qui gambadent dans les près (nous sommes vendredi, jour férié en Syrie). C’est Nabil qui s’est dévoué pour descendre du bus faire les formalités (on a préféré laisser les arméniens et les grecs à l’écart, cette fois!). Il entre, en petite tenue (caleçon et t shirt) dans le petit bâtiment de la police des frontières syrienne, pour en ressortir aussitôt derrière un fonctionnaire en uniforme. Ledit fonctionnaire enjambe une petite mobylette rouge, suivi par  Nabil, et ils s’en vont tous deux en direction du poste frontière turc, juste en face! On se croirait dans un film italien des années 60. Un quart d’heure plus tard, la mobylette et ses deux occupants sont de retour. Et quel est le résultat de ce manège? Nous ne pouvons pas entrer en Turquie!

C’est très compliqué. Pour entrer en Turquie, nous avons besoin d’une assurance et de faire traduire le triptyque du véhicule. Pour traduire le triptyque en turc, la seule personne habilitée est l’imam d’Akçakale, le patelin du coin. Mais l’imam a pris son week-end, il ne sera pas là avant lundi. Et de toutes façons, il n’y a pas à ce poste de préposé pour s’occuper des assurances de véhicules. D’ailleurs, “les bus ne sont pas autorisés à traverser la frontière par ce poste. Ils sont trop grand et le portail trop petit!” “Mais ce n’est pas un bus Karnak, c’est un minibus!”, a protesté  Nabil. “Dans ce cas, vous pouvez passer la frontière à pied, et votre minibus attendra en Syrie”, nous disent-ils.

Bref. Le seul moyen pour s’en sortir de ce casse tête chinois est de faire un petit détour. Petit. Juste 200 km jusqu’à Alep. De là on rejoint Gaziantep en pleine nuit. Adieu la ville historique de Harran. La prochaine fois, on viendra à pied!

21h00, nous dînons chez Wannes à Alep. Les agapes sont somptueuses. Goûtez moi ce kebap aux aubergines, et, encore plus fort, ce kebab au lait caillé et aux oeufs que seule Elda a su dénicher! Pendant que Baron cherchait, sans succès un partenaire pour un dessert, Léa et Emile ont acheté des chocolats, juste au cas ou. Nous reprenons la route vers la Turquie. 23h30,  Nabil et Baron se présentent au poste de police syrien. “Mais nous ne pouvons pas vous faire passer maintenant. Nous sommes entre hier et demain, enfin, vous avez compris, il faut attendre que minuit pour que les ordinateurs passent à la nouvelle date. Sinon, vous sortez d’ici un jour, vous entrez chez les turcs le lendemain, ça ferait désordre”. Donc,  Nabil et Baron, rejoints par Emile, attendent minuit, pendant que les officiers syriens leur ont offert du thé! Nous sortons enfin de Syrie. Voici le poste turc. Des autobus pleins à craquer d’iraniens et de kurdes semblent attendre ici depuis la nuit des temps. Nos passeports passent au contrôle de police comme des lettres a la poste. Il semble que les arméniens et les grecs soient désormais mieux servis que les kurdes et les iraniens. En revanche, le monsieur de l’assurance n’est pas là. Il devrait arriver tout à l’heure. Rien de plus vague. 

Bref, quelques heures plus tard, nous entrons dans Gaziantep. Il est 4h du matin. Les boulevards de la ville sont déserts, aucun d’entre nous n’y a jamais mis les pieds, ne parle un mot de turc. Nous cherchons le centre de la ville et un des hôtels indiqués par le Lonely Planet pour y passer la nuit (du moins ce qui en reste). Nous tombons, à un croisement, sur deux vieux patibulaires, à qui Baron descend demander le chemin. Ils nous indiquent la droite et le suivent pour embarquer à bord du bus. C’est alors que l’autre baron pique une crise, sortant tous les autres de leur sommeil, en train d’expliquer aux 2 turcs qu’une femme (mais qui?) était enceinte, répétant sans cesse “Madam” et faisant de sa main un geste pour arrondir son ventre!!! En allant vers la droite qui nous fut indiquée, nous sortons de la ville. Il faut revenir sur nos pas, jusqu’au carrefour des deux patibulaires et prendre l’autre route qui nous mène à bon port, c’est à dire l’hôtel Kaleli. Il y a des moments ou la douche chaude et le matelas bien ferme valent leur poids d’or!

Samedi 4 mai 2002
De la terrasse de l’hôtel, Baron & Baron contemplent, non sans émotion, la ville de leurs aïeux. Gaziantep, autrefois nommée Aintab (cf. notre page consacrée à cette ville) s’étale sur plusieurs collines couronnées par des mosquées ottomanes avec coupoles et minarets. Le centre de la ville est très animé, plein de boutiques et de cafés. Les vieux quartiers escarpés contrastent cette modernité très occidentalisée. C’est dans des dédales labyrinthiques que nous partons à la recherche de la cathédrale arménienne, croisant, ça et là, des vieux jouant à un jeu qui semble une fusion entre les dominos et le scrabble.

Après un déjeuner bien garni de kebabs et autres lahmaçun, nous sortons Gaziantep en découvrant son immense cimetière couvrant des collines entières (cf. celui d’Istanbul, sur la rive asiatique) et des banlieues couvertes de cités HLM multicolores (cf. photo ci-dessus), nous prenons la direction de l’est pour rejoindre le Nemrut Daghi via Adiyaman. Le paysage, qui devient de plus en plus montagneux, contraste avec les plaines du croissant fertile que nous traversions la veille. Nous sommes sur des terres verdoyantes dont l’histoire ne cesse de s’écrire. Au creux d’un vallon, au milieu de nulle part, nous découvrons les ruines d’une ancienne mosquée seldjoukide. La petite salle de prière a perdu sa toiture mais conserve de belles arches et un mihrab. Non loin de là, dans un creux que seuls visitent quelques chèvres, un minaret est planté là, tout seul. Il a sans doute été conçu dans un but commémoratif.

Nous approchons d’Adiyaman. La route est moins escarpée, mais nous sommes toujours entourés de montagnes parmi lesquelles nous reconnaissons la plus haute est la plus pointue, celle qui nous appelle, la montagne de Nemrut. L’ascension, qui commence en fin d’après midi, est une véritable aventure qui est ponctuée d’arrêts, comme celui du Karakus (photo ci-dessous, cf. notre page consacrée au Nemrut Dagi Milli Parki), et le passage du pont romain sur les rapides de l’Euphrate. Alors que les derniers rayons du soleil s’estompent, nous nous engouffrons dans cet univers minéral de lacets et de précipices vertigineux sur une route dont les panneaux d’indications sont devenus totalement sibyllins. Les seules enseignes qui pouvaient nous aider, celles indiquant ‘Nemrut Dagi Milli Parki’, n’ont plus cours une fois qu’on se trouve dans le parc naturel qui englobe toute la montagne!  C’est en voyant un panneau sur lequel nous lisons ‘Gollu Gollu Bye Bye!’ (au revoir, avec le sourire!), que pris de panique, nous nous arrêtons, provoquant en quelques instants un embouteillage dans ce qui était il y a quelques instants un désert. Baron & Baron, descendus du bus, interpellent alors les automobilistes qui tentent de leur expliquer, dans un mélange de turc et de kurde, les directions à prendre pour arriver à bon port.
Il fait nuit. Nous sommes sans doute sur la bonne route, mais quelle route! Baron, assis, à coté du chauffeur, est aussi vert que s’il était dans une montagne russe. Il est plus de 21h quand nous arrivons à l’hôtel Euphrat, le plus proche du sommet. Après le dîner, succulent et copieux, il y a ceux qui vont dormir, et ceux qui vont tenter la nuit blanche dans l’espèce de vestibule qui sépare les quatre chambres qui nous ont été allouées. Ceux qui ne dorment pas vont enfin pouvoir s’adonner aux joies de la narguilé grâce au kit prévu à cet effet par Sami.

Dimanche 5 mai 2002
02h30: les cloches sonnent dans la nuit!
02h31: Baron hurle dans la nuit. Ne vous réveillez pas! c’est pas l’heure! réveillant par la même occasion ceux qui n’avaient pas été réveillés par la cloche.
04h00: les cloches sonnent, non sans raisons (certains reconnaîtront la citation), à la bonne heure.
04h30: Une horde d’ectoplasmes mal réveillés et emmitouflés comme s’ils allaient au Pole Nord s’engouffre dans les voitures de l’hôtel.
05h00: Tout le monde descend - pour monter! La scène est surréaliste. En pleine obscurité, se forme une procession interminable et silencieuse, minée par le froid et la fatigue, qui s’avance péniblement sur les pentes pierreuses et verglacées de la montagne pour arriver au sommet avant le lever du soleil. On croirait participer à un rituel d’un autre age, peut être imaginé par L’Empereur Antiochos qui est enterré ici?

06h00: Le sommet, terrasse est. Nous ne verrons pas les statues colossales baignées par la lumière du soleil levant, celle ci est cachée par les nuages! L’ambiance n’en est pas moins magique. Frigorifiés, ainsi que les quelques touristes japonais qui ont fait le voyage, nous tentons de participer à une danse folklorique à laquelle nous invitent de jeunes kurdes. Rencontre coquine, au bout d’un doigt, entre notre Emilio et une belle kurde, qui semble fiancée puisqu’elle n’arrêtait pas de lui indiquer la direction d’un homme baraqué assis plus loin. Décidément, c’est le voyage de toutes les rencontres pour notre cher Emile! 

Au delà de l’aspect archéologique, l’endroit nous rappelle immanquablement les conflits passés et à venir que cette région est destinée à subir. Peuplée majoritairement de kurdes dans une Turquie qui fait le grand écart entre ses intérêts locaux et régionaux, et sa volonté d’adhérer à l’Europe. Du sommet nous voyons serpenter les cours d’eaux du Tigre et de l’Euphrate. On est à moins d’un an de la guerre irakienne de M. Bush! Les plaques de verglas sur lesquelles nous glissons en passant entre les deux terrasses du sommet, nous ramènent à une autre réalité. Mais... Drôle de coïncidence. Sur le chemin du retour, nous embarquons en stop un américain qui fait seul le tour de la région. La conversation vire directement vers la politique, et on entend Elda dire:
-(...) But your Bush is not very friendly!
Ah qu’il l’aime, au texan, notre amerloque. Il faisait partie de l’équipe de campagne d’Al Gore et a quitté son pays quelque temps après la défaite de son candidat démocrate (et de la démocratie, par ailleurs), errant à travers le vieux monde, de Francfort à Damas.

Pause. Le petit déjeuner est un moment sublime. Non seulement délicieux, mais en plus nous profitons de la terrasse qui domine un paysage de carte postale dans un silence que seuls viennent interrompre le bruit des torrents. Mais c’est le temps du départ, et des adieux avec cet endroit sublime et ses gens adorables (rarement accueil fut aussi chaleureux dans un endroit destiné à des touristes). Un vieil homme, magnifique, nous gratifie de chants traditionnels kurdes porteurs de fortes émotions, bien que nous ne comprenions rien à cette langue.

Le Kurdistan turc est une zone où l’armée veille. Outre les check points, la présence d’hommes en treillis et de véhicules militaires est quasi permanente. Le chemin vers Sanliurfa passe par l’Euphrate qu’il faut traverser en amont du barrage Atatürk. Le fleuve formant un lac de retenue, la traversée s’effectue à bord d’un bac. Ces quelques minutes sont une merveilleuse promenade tant pour la beauté de ces paysages montagneux que pour l’intérêt de rencontrer des populations kurdes dans leur quotidien (photo ci-dessous).

La route se fait jusqu’à Sanliurfa sans encombre, si ce n’est le passage par un village nommé Buçak, prononcer Buchak. Y aurait-il des liens avec les origines de Baron? La question n’intéresse personne. Plutôt se précipiter au hammam de l’hôtel Harran ou nous sommes descendus. Ce n’est, certes pas les milles et une nuits des anciens bains d’Alep, mais que de volupté! Sanliurfa (anciennement Urfa) est la ville du légendaire urfali kebab (cf. notre page qui lui est consacrée) mais attention, ne pas manger n’importe ou. La gourmandise est un pêché dont Elda sera punie, n’ayant pas su résister à la tentation d’un sandwich dans la rue. Elle ne nous avouera les faits suivis d’un dérangement intestinal qu’après le voyage!

C’est dans la confusion que nous visitons le coeur historique de la ville, les uns ayant perdu les autres, comme cela arrive souvent. C’est alors que les deux Baron et Zeina, qui se trouvent au pied de la citadelle, se sentent suivis par un drôle de bonhomme. Ils décident de monter au sommet et achètent des billets. L’inconnu fait de même. Panique. Les escaliers de la citadelle sont longs, escarpés, étroits et en intérieur, donc obscurs. Nous montons les marches 4 à 4, risquant la crise cardiaque! Nous arrivons au sommet, précédent de très peu le quidam qui a visiblement suivi notre cadence infernale. Inquiétude: au lieu de regarder la vue, pourtant spectaculaire, le monsieur nous fixe, marchant sur la corniche avec le vide derrière lui. Et si c’était un déséquilibré qui nous préparait un suicide en direct? Personne ne veut savoir, nous nous engouffrons à nouveau dans les escaliers que nous dévalons encore plus vite, faisant ressembler cette visite à celle de la "Pyramide Paztèque" dans Tintin et les Picaros

La ville est très belle. Entre ses mosquées sur l’eau et son souk où nous trouvons de beaux tapis, la pause au Gumruk Hani est des plus bienvenues. C’est l’occasion, pour Baron, de lier connaissance avec la population locale et d’acheter des chapelets à des vieux artisans qui s’installent à une table du café avec leur valise et qui en fabriquent sur place. La dernière soirée aura lieu au Gülizar Konukevi, une demeure traditionnelle ou l’on est installés dans des salons à l’ancienne, assis par terre, après avoir retiré nos chaussures, non sans grincements de dents pour certains. Le repas est fastueux, des kebabs encore et toujours, et Emile achève de digérer en se couvrant de la chemise (signée) de Baron.

Lundi 6 mai 2002
Dernier jour, le plus pénible, puisqu’il faut faire le trajet Sanliurfa-Beyrouth. La route qui longe l’Anatolie centrale, et que Donald Rumsfeld espérait, en vain, faire emprunter à ses troupes, est infernale, pleine de camions et de nids de poules. A Birecik, à mi-chemin entre Sanliurfa et Gaziantep, c’est la panne. Le pot d’échappement à rendu l’âme. C’est l’occasion d’essayer un garage à la turque (photo ci-dessus). La ville, qui se trouve sur les bords de l’Euphrate (encore), est dominée par une citadelle médiévale. Mais ce qui compte, c’est de ravitailler les estomacs... Contrairement à l’aller, le passage des frontières se fait sans encombre. C’est drôle, mais de nombreux récits de voyages concordent sur ce point: il est plus facile de sortir de Turquie que d’y entrer. A Alep, la pause déjeuner chez Sissi sera le dernier moment gastronomique du voyage. Ensuite, ce sera, dans le bus, Sami et Léa réalisant leur reality show sur la vie intime des participants et dont le contenu ne sera aucunement divulgué au public...

FIN DU VOYAGE 

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