| Ce parcours, Baron & Baron en
rêvaient depuis leur première expédition sur les
bords de l’Euphrate (1997), au cours de laquelle ils étaient
descendus de Deir Ezzor jusqu’à la frontière irakienne.
Il s’agissait, cette fois, de remonter le fleuve jusqu’au
Barrage Assad et, de là, franchir les plaines agricoles du
croissant
fertile jusqu’à Harran, en Turquie... Il y aurait des moments
forts, comme l’ascension du mythique Nemrut Dagi et le retour aux
sources
à Gaziantep, dont sont originaires les deux Baron. Ce qui
n’était
pas vraiment prévu au programme, c’était les rencontres.
Avec les bédouins de la steppe, les kurdes de Turquie et puis
les
turcs eux-mêmes. Loin d’Istanbul et d’Ankara, ceux du coeur du
pays
anatolien. Ceux de Gaziantep, qui cherchent la modernité,
l’émancipation
et l’ouverture sur l’Europe, ceux de Sanliurfa, profondément
orientaux,
et dont la langue étrangère la plus parlée est
l’arabe,
avec un accent syrien! Ces régions sont au coeur des drames
historiques et des tensions internationales. Entre les conflits de
l’Irak et du Proche-Orient, les problèmes des minorités
et la volonté d’intégration à l’Union
Européenne d’une Turquie qui reste, ce qui parait
surréaliste vu de Bruxelles, point de passage terrestre entre la
Syrie et l’iran. |
| Mais en deçà de
l’histoire avec un grand H, notre histoire fut un grand moment de
voyage, de magnifiques paysages, de grandes étapes
gastronomiques et des aventures cocasses et hilarantes. On reviendra! |
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|
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Mercredi 1er mai 2002
Lever
matinal pour un jour férié. Léa a fait le
chauffeur pour rassembler tout le monde. Les uns sont venus en pyjama,
les autres ont apporté leur oreiller. En route! Escale à
Tripoli, pour prendre le petit déjeuner chez Hallab. Sur la
table, un flacon contenant un liquide transparent. Sans doute un
désinfectant, se dit Sami qui s’en asperge les mains. Eh ben
non, mon cher Pons Pilate, ce n’est pas pour s’en laver les mains,
c’est du qatr, sirop sucré pour arroser les pâtisseries
orientales!!! Le même Sami, dont le nom est celui d’une grande
famille politique, sera aussi la vedette lors du passage aux douanes,
puisque sa profession sera annoncée comme “étudiant en
stylisme”... |
| Palmyre,
midi. On y arrive via la vue panoramique depuis la Citadelle de
Fakhreddine. Il devait s’y dérouler un festival qui semble avoir
été annulé à cause de la situation.
Aujourd’hui journée assez relax. Après-midi au bord de la
piscine de l’Hôtel
Cham Palace, avec une partie de water polo pour le moins
mouvementée
à laquelle se joint un groupe de français et de
françaises. Entre gardien de but, défense, et
attaquant(e)s, ça chauffe (bien que l’eau soit glacée).
Dialogue des cultures ou choc des
civilisations? Egratignures, déchirures, et plus seront au
rendez-vous
pour certains. D’autres, plus romantiques, préféreront
une
ballade parmi les ruines au coucher de soleil... Le soir, nous allons
dîner
à la terrasse de l’hôtel Zenobia, avec son cadre
agréable
et son buffet décevant, ou nous sommes rejoints par nos nouveaux
amis français.
Jeudi
2 mai 2002
La
ville de Palmyre est un site archéologique admirable et immense
que l’on visite et re-visite sans s’en lasser! Du camp de
Dioclétien à la grande colonnade, notre petit groupe
arpente, à pied, les vestiges de la cité de
Zénobie sous un soleil matinal. Sami a l’art de dénicher
les excavations en toutes sortes (nécropoles, citernes, passages
secrets...). Notre excursion se poursuit au Musée
Archéologique, toujours aussi poussiéreux, mais toujours
aussi passionnant. Ensuite, retour sur l’immense temple de Bel, et sur
le
nouveau Musée des Arts et traditions Populaire installé
dans
l’ancien siège de la garnison française de
l’époque du
Mandat.
Tradition
oblige en Syrie, nous quittons le site à bord d’une camionnette
les uns sur les autres avant de reprendre la route, direction Deir
Ezzor. C’est la deuxième visite de Baron & Baron dans cette
ville lointaine et paumée. Visite obligée du
Mémorial du Génocide Arménien, avec, comme guide,
le Père Vasken (photo ci-dessous). La crypte funéraire
est toujours aussi glaciale, avec son ossuaire et ses urnes de terre
ramenées de villes et villages arméniens
évacués lors de la déportation. Après cette
visite émouvante, nous proposons au Père Vasken de se
joindre à nous à dîner. Il nous conseille le
restaurant Al
Mouhandissin (les ingénieurs), au bord du fleuve.
|
| Et
le fleuve, l’Euphrate, presque une mer intérieure, nous y
allons, traversant le célèbre pont suspendu devenu
uniquement piéton. C’est un lieu de promenade animé, ce
vendredi après-midi, surtout que Baron, a organisé avec
les jeunes du coin un concours de plongeon! Mais nous ne sommes pas
à Acapulco, Baron. Qu’importe, faisons de Deir Ezzor l’Acapulco
de l’Orient! Quelle ambiance du tonnerre!
Les
retrouvailles avec Deir Ezzor passent par l’Hôtel Furat Cham
Palace. Le masseur du fitness club n’a pas changé et demande
même à Baron des nouvelles de son camarade d’alors, un
grand maigre... Le grand maigre en question, devenu barbu, se la coule
douce en bonne compagnie au bord
de la piscine de l’hôtel qui surplombe un coude de l’Euphrate.
Coucher de soleil, Martini bianco, cigare, lectures
poétiques...
Mais
on
traîne et le temps passe! Bientôt 21h, nous allons
être en retard à notre rendez-vous avec le père
Vasken. Vite des taxis! Ils y mettent du temps ces taxis! Normal, ils
étaient à un mariage, et ils finissent à arriver,
illuminant la nuit Deir
Ezzoriote de leurs banderoles multicolores et bariolées. Ah les
fastes de l’Orient! En revanche, le restaurant Al Mouhandissin n’est
pas
très illuminé. Même très obscur. Panne de
courant
électrique. Drôle d’ambiance. Il n’y a même pas des
bougies.
De toutes façons, il n’y a personne. Pas même le
père
Vasken, que nous attendons comme Godot mais qui semble nous avoir
posé
un lapin. Ne traînons pas ici. Nous traversons à nouveau
le
fameux pont, direction la rive gauche, sur laquelle nous apercevons des
cafés en bord de mer (pardon, du fleuve) ou il y a un peu plus
d’ambiance.
Nous choisissons Al Jisr Al Kabir (le grand pont), une gargote en plein
air avec pas mal de monde. Il y a même une grande table de
libanais
avec l’architecte Grégoire Serof et ses amis. Le mezzé
est
correct, l’ambiance bon enfant, mais c’est sans compter avec la
communauté
Grecque Orthodoxe qui doit chaque année nous concocter un
vendredi
saint explosif. Même ici, au fin fond de la Syrie, nous avons
droit
à l’orage. Tout d’un coup, il pleut des cordes et le courant
électrique
se coupe! Le personnel de l’établissement, très rapide,
déménage les tables (avec leur contenu, photo
ci-dessous), dans une petite salle
intérieure. Nous nous retrouvons dans cet endroit
éclairé
à la lueur des bougies. On se croirait dans ces tavernes du
XVIIe
siècle qu’ont peint les artistes caravagesques de
l’époque
dans leurs toiles sombres. Bref tout va bien, jusqu’au
rétablissement
du courant. “Ne regardez surtout pas autour de vous!” dit Emile. Autour
de nous, que des mines patibulaires (on voit bien la différence
entre
les voir en peinture et les voir en vrai!), et, pas une seule femme,
excepté celles qui sont à notre table, en train de boire
de la bière et de fumer du narguilé!
|
Vendredi
3 mai 2002
Les
recommandations de Baron & Baron sont on ne peut plus claires.
N’étant en mesure de garantir aucune pause déjeuner, le
buffet petit-déjeuner du Cham Palace sera l’unique source
d’alimentation. Donc, pas de quartier pour faire des réserves,
même si cela doit choquer les autres clients! Et voila.
Départ pour notre long périple vers
la frontière turque. 1er arrêt, Halabiyé, la
citadelle
de Zénobie dominant l’Euphrate sur un site majestieux. Ensuite,
direction Résafé – Sergiopolis. Photo de groupe dans la
basilique paléochrétienne, puis pause pipi
derrière les murs encore debouts de cette dernière. C’est
à ce moment précis que Elda, qui n’a pas encore
relevé le pantalon, se retrouve nez à nez avec M. Nasser
Saidi, ancien ministre libanais des finances. Il y a des rencontres
comme ça, au
bon endroit, au bon moment. Pendant que les uns ramassent, dans ce
cadre lunaire, des cailloux ou des tessons de céramique
byzantine, et que d’autres sont partis à la recherche de notre
bus qui a disparu quelque part autour du périmètre de ce
site immense, nous entendons dire que le poste frontière
syro-turc au nord de Rakka pourrait fermer en après midi.
Impossible de dégoter des infos précises. Que faire?
Prendre le risque de se retrouver bloqués, et poursuivre le
parcours comme prévu, vers le Lac Assad, ses eaux turquoise en
plein
milieu desquelles est plantée la citadelle de Kal’at el Jabbar,
ou
foncer directement vers la frontière et assurer la visite de
Harran et la nuit a Urfa? C’est la loi de la raison qui l’emporte,
après moult
concertations. Nous passons par Rakka, ville encore plus
paumée que Deir Ezzor, poussiéreuse et aride bien que
plantée entre Euphrate et champs agricoles. Un gendarme nous
interpelle pour nous demander une bouteille d’eau minérale.
Alors que nous achevons de tourner en rond (Rakka, a l’origine
Abbasside, est dotée d’un plan circulaire), nous parvenons
à trouver la route qui mène à la frontière
turque. Une heure de ligne droite à travers les plaines
agricoles irriguées par des canaux détournés de
l’Euphrate. Nous sommes en plein “Croissant Fertile”. Et puis, la
frontière. Le cadre est champêtre, voire bucolique. Un
petit poste frontière de campagne avec ses fonctionnaires
débonnaires et des enfants qui gambadent dans les près
(nous sommes vendredi, jour férié en Syrie). C’est Nabil
qui s’est dévoué pour descendre du bus faire les
formalités (on a préféré laisser les
arméniens et les grecs à l’écart, cette fois!). Il
entre, en petite tenue (caleçon et t shirt) dans le petit
bâtiment de la police des frontières syrienne, pour en
ressortir aussitôt derrière un fonctionnaire en uniforme.
Ledit fonctionnaire enjambe une petite mobylette rouge, suivi par
Nabil, et ils s’en vont tous deux en direction du poste
frontière turc, juste en face! On se croirait dans un film
italien des années 60. Un quart d’heure plus tard, la mobylette
et ses deux occupants sont de retour. Et quel est le résultat de
ce manège? Nous ne pouvons pas entrer en Turquie!
C’est
très compliqué. Pour entrer en Turquie, nous avons besoin
d’une assurance et de faire traduire le triptyque du véhicule.
Pour traduire le triptyque en turc, la seule personne habilitée
est l’imam d’Akçakale, le patelin du coin. Mais l’imam a pris
son week-end, il ne sera pas là avant lundi. Et de toutes
façons, il n’y a pas à ce poste de préposé
pour s’occuper des assurances de véhicules. D’ailleurs, “les bus
ne sont pas autorisés à traverser la frontière par
ce poste. Ils sont trop grand et le portail trop petit!” “Mais ce n’est
pas un bus Karnak, c’est un minibus!”, a protesté Nabil.
“Dans ce cas, vous pouvez passer la frontière à pied, et
votre minibus attendra en Syrie”, nous disent-ils.
Bref.
Le seul moyen pour s’en sortir de ce casse tête chinois est de
faire un petit détour. Petit. Juste 200 km jusqu’à Alep.
De là on rejoint Gaziantep en pleine nuit. Adieu la ville
historique de Harran. La prochaine fois, on viendra à pied!
21h00,
nous dînons chez Wannes à Alep. Les agapes sont
somptueuses. Goûtez moi ce kebap aux aubergines, et, encore plus
fort, ce kebab au lait caillé et aux oeufs que seule Elda a su
dénicher! Pendant que Baron cherchait, sans succès un
partenaire pour un dessert, Léa et Emile ont acheté des
chocolats, juste au cas ou. Nous reprenons la route vers la Turquie.
23h30, Nabil et Baron se présentent au poste de police
syrien. “Mais nous ne pouvons pas vous faire passer maintenant. Nous
sommes entre hier et demain, enfin, vous avez compris, il faut attendre
que minuit pour que les ordinateurs passent à la nouvelle date.
Sinon, vous sortez d’ici un jour, vous entrez chez les turcs le
lendemain, ça ferait désordre”. Donc, Nabil et
Baron, rejoints par Emile, attendent minuit, pendant que les officiers
syriens leur ont offert du thé! Nous sortons enfin de Syrie.
Voici le poste turc. Des autobus pleins à craquer d’iraniens et
de kurdes semblent attendre ici depuis la nuit des temps. Nos
passeports passent au contrôle de police comme des lettres a la
poste. Il semble que les arméniens et les grecs soient
désormais mieux servis que les kurdes et les iraniens. En
revanche, le monsieur de l’assurance n’est pas là. Il devrait
arriver tout à l’heure. Rien de plus vague.
Bref,
quelques heures plus tard, nous entrons dans Gaziantep. Il est 4h du
matin. Les boulevards de la ville sont déserts, aucun d’entre
nous n’y a jamais mis les pieds, ne parle un mot de turc. Nous
cherchons le centre de la ville et un des hôtels indiqués
par le Lonely Planet pour y passer la nuit (du moins ce qui en reste).
Nous tombons, à un croisement, sur deux vieux patibulaires,
à qui Baron descend demander le chemin. Ils nous indiquent la
droite et le suivent pour embarquer à bord
du bus. C’est alors que l’autre baron pique une crise, sortant tous les
autres de leur sommeil, en train d’expliquer aux 2 turcs qu’une femme
(mais qui?) était enceinte, répétant sans cesse
“Madam” et faisant de sa main un geste pour arrondir son ventre!!! En
allant vers la droite qui nous fut indiquée, nous sortons de la
ville. Il faut revenir
sur nos pas, jusqu’au carrefour des deux patibulaires et prendre
l’autre
route qui nous mène à bon port, c’est à dire
l’hôtel Kaleli. Il y a des moments ou la douche chaude et le
matelas bien ferme
valent leur poids d’or!
|
Samedi
4 mai 2002
De la
terrasse de l’hôtel, Baron & Baron contemplent, non sans
émotion, la ville de leurs aïeux. Gaziantep, autrefois
nommée
Aintab (cf. notre page consacrée à cette ville)
s’étale
sur plusieurs collines couronnées par des mosquées
ottomanes
avec coupoles et minarets. Le centre de la ville est très
animé, plein de boutiques et de cafés. Les vieux
quartiers escarpés contrastent cette modernité
très occidentalisée. C’est dans des dédales
labyrinthiques que nous partons à la recherche de la
cathédrale arménienne, croisant, ça et là,
des vieux jouant à un jeu qui semble une fusion entre les
dominos et le scrabble.
Après
un déjeuner bien garni de kebabs et autres lahmaçun, nous
sortons Gaziantep en découvrant son immense cimetière
couvrant des collines entières (cf. celui d’Istanbul, sur la
rive asiatique) et des banlieues couvertes de cités HLM
multicolores (cf. photo ci-dessus), nous prenons la direction de l’est
pour rejoindre le Nemrut Daghi via Adiyaman. Le paysage, qui devient de
plus en plus montagneux, contraste avec les plaines du croissant
fertile que nous traversions la veille. Nous sommes sur des terres
verdoyantes dont l’histoire ne cesse de s’écrire. Au creux d’un
vallon, au milieu de nulle part, nous découvrons les ruines
d’une ancienne mosquée seldjoukide. La petite salle de
prière a perdu sa toiture mais conserve de belles arches et un
mihrab. Non loin de
là, dans un creux que seuls visitent quelques chèvres, un
minaret
est planté là, tout seul. Il a sans doute
été conçu dans un but commémoratif.
|
| Nous
approchons d’Adiyaman. La route est moins escarpée, mais nous
sommes toujours entourés de montagnes parmi lesquelles nous
reconnaissons la plus haute est la plus pointue, celle qui nous
appelle, la montagne de Nemrut. L’ascension, qui commence en fin
d’après midi, est une véritable aventure qui est
ponctuée d’arrêts, comme celui du Karakus (photo
ci-dessous, cf. notre page consacrée au Nemrut Dagi Milli
Parki), et le passage du pont romain sur les rapides de l’Euphrate.
Alors
que les derniers rayons du soleil s’estompent, nous nous engouffrons
dans
cet univers minéral de lacets et de précipices
vertigineux
sur une route dont les panneaux d’indications sont devenus totalement
sibyllins.
Les seules enseignes qui pouvaient nous aider, celles indiquant ‘Nemrut
Dagi
Milli Parki’, n’ont plus cours une fois qu’on se trouve dans le parc
naturel
qui englobe toute la montagne! C’est en voyant un panneau sur
lequel
nous lisons ‘Gollu Gollu Bye Bye!’ (au revoir, avec le sourire!), que
pris
de panique, nous nous arrêtons, provoquant en quelques instants
un
embouteillage dans ce qui était il y a quelques instants un
désert.
Baron & Baron, descendus du bus, interpellent alors les
automobilistes
qui tentent de leur expliquer, dans un mélange de turc et de
kurde,
les directions à prendre pour arriver à bon port. |
| Il
fait
nuit. Nous sommes sans doute sur la bonne route, mais quelle route!
Baron,
assis, à coté du chauffeur, est aussi vert que s’il
était dans une montagne russe. Il est plus de 21h quand nous
arrivons à l’hôtel Euphrat, le plus proche du sommet.
Après le dîner, succulent et copieux, il y a ceux qui vont
dormir, et ceux qui vont tenter la nuit blanche dans l’espèce de
vestibule qui sépare les
quatre chambres qui nous ont été allouées. Ceux
qui
ne dorment pas vont enfin pouvoir s’adonner aux joies de la
narguilé
grâce au kit prévu à cet effet par Sami.
Dimanche
5 mai 2002
02h30:
les cloches sonnent dans la nuit!
02h31:
Baron hurle dans la nuit. Ne vous réveillez pas! c’est pas
l’heure! réveillant par la même occasion ceux qui
n’avaient pas été réveillés par la cloche.
04h00:
les cloches sonnent, non sans raisons (certains reconnaîtront la
citation), à la bonne heure.
04h30:
Une horde d’ectoplasmes mal réveillés et
emmitouflés comme s’ils allaient au Pole Nord s’engouffre dans
les voitures de l’hôtel.
05h00:
Tout le monde descend - pour monter! La scène est
surréaliste. En pleine obscurité, se forme une procession
interminable et silencieuse, minée par le froid et la fatigue,
qui s’avance péniblement sur les pentes pierreuses et
verglacées de la montagne pour arriver au sommet avant le lever
du soleil. On croirait participer à un
rituel d’un autre age, peut être imaginé par L’Empereur
Antiochos qui est enterré ici?
06h00:
Le sommet, terrasse est. Nous ne verrons pas les statues colossales
baignées par la lumière du soleil levant, celle ci est
cachée par les nuages! L’ambiance n’en est pas moins magique.
Frigorifiés,
ainsi que les quelques touristes japonais qui ont fait le voyage, nous
tentons de participer à une danse folklorique à laquelle
nous
invitent de jeunes kurdes. Rencontre coquine, au bout d’un doigt, entre
notre Emilio et une belle kurde, qui semble fiancée puisqu’elle
n’arrêtait pas de lui indiquer la direction d’un homme
baraqué
assis plus loin. Décidément, c’est le voyage de toutes
les
rencontres pour notre cher Emile!
Au
delà de l’aspect archéologique, l’endroit nous rappelle
immanquablement les conflits passés et à venir que cette
région
est destinée à subir. Peuplée majoritairement de
kurdes dans une Turquie qui fait le grand écart entre ses
intérêts locaux et régionaux, et sa volonté
d’adhérer à l’Europe. Du sommet nous voyons serpenter les
cours d’eaux du Tigre et
de l’Euphrate. On est à moins d’un an de la guerre irakienne de
M. Bush! Les plaques de verglas sur lesquelles nous glissons en passant
entre les deux terrasses du sommet, nous ramènent à une
autre
réalité. Mais... Drôle de coïncidence. Sur le
chemin du retour, nous embarquons en stop un américain qui fait
seul le tour de la région. La conversation vire directement vers
la politique, et on entend Elda dire:
-(...)
But your Bush is not very friendly!
Ah
qu’il l’aime, au texan, notre amerloque. Il faisait partie de
l’équipe de campagne d’Al Gore et a quitté son pays
quelque temps après la défaite de son candidat
démocrate (et de la démocratie, par ailleurs), errant
à travers le vieux monde, de Francfort à Damas.
Pause.
Le petit déjeuner est un moment sublime. Non seulement
délicieux, mais en plus nous profitons de la terrasse qui domine
un paysage de carte postale dans un silence que seuls viennent
interrompre le bruit des torrents. Mais c’est le temps du
départ, et des adieux avec cet endroit sublime et ses gens
adorables (rarement accueil fut aussi chaleureux dans un endroit
destiné à des touristes). Un vieil homme, magnifique,
nous gratifie de chants traditionnels kurdes porteurs de fortes
émotions, bien que nous ne comprenions rien à cette
langue.
Le
Kurdistan turc est une zone où l’armée veille. Outre les
check points, la présence d’hommes en treillis et de
véhicules militaires est quasi permanente. Le chemin vers
Sanliurfa passe par l’Euphrate qu’il faut traverser en amont du barrage
Atatürk. Le fleuve formant un
lac de retenue, la traversée s’effectue à bord d’un bac.
Ces quelques minutes sont une merveilleuse promenade tant pour la
beauté de ces paysages montagneux que pour
l’intérêt de rencontrer des populations kurdes dans leur
quotidien (photo ci-dessous).
|
| La
route se fait jusqu’à Sanliurfa sans encombre, si ce n’est le
passage par un village nommé Buçak, prononcer Buchak. Y
aurait-il des liens avec les origines de Baron? La question
n’intéresse personne. Plutôt se précipiter au
hammam de l’hôtel Harran ou
nous sommes descendus. Ce n’est, certes pas les milles et une nuits des
anciens bains d’Alep, mais que de volupté! Sanliurfa
(anciennement
Urfa) est la ville du légendaire urfali kebab (cf. notre page
qui
lui est consacrée) mais attention, ne pas manger n’importe ou.
La
gourmandise est un pêché dont Elda sera punie, n’ayant pas
su résister à la tentation d’un sandwich dans la rue.
Elle
ne nous avouera les faits suivis d’un dérangement intestinal
qu’après
le voyage!
C’est
dans la confusion que nous visitons le coeur historique de la ville,
les uns ayant perdu les autres, comme cela arrive souvent. C’est alors
que les deux Baron et Zeina, qui se trouvent au pied de la citadelle,
se sentent suivis par un drôle de bonhomme. Ils décident
de monter au sommet et achètent des billets. L’inconnu fait de
même. Panique. Les escaliers de la citadelle sont longs,
escarpés, étroits et
en intérieur, donc obscurs. Nous montons les marches 4 à
4,
risquant la crise cardiaque! Nous arrivons au sommet,
précédent de très peu le quidam qui a visiblement
suivi notre cadence infernale. Inquiétude: au lieu de regarder
la vue, pourtant spectaculaire, le monsieur nous fixe, marchant sur la
corniche avec le vide derrière lui. Et si c’était un
déséquilibré qui nous préparait un suicide
en direct? Personne ne veut savoir, nous nous engouffrons à
nouveau dans les escaliers que nous dévalons encore plus vite,
faisant ressembler cette visite à celle de la "Pyramide
Paztèque" dans Tintin et les Picaros!
La
ville est très belle. Entre ses mosquées sur l’eau et son
souk où nous trouvons de beaux tapis, la pause au Gumruk Hani
est des plus bienvenues. C’est l’occasion, pour Baron, de lier
connaissance avec la population locale et d’acheter des chapelets
à des vieux artisans qui s’installent à une table du
café avec leur valise et qui en fabriquent sur place. La
dernière soirée aura lieu au Gülizar Konukevi, une
demeure traditionnelle ou l’on est installés dans des salons
à l’ancienne, assis par terre, après avoir retiré
nos chaussures, non sans grincements de dents pour certains. Le repas
est fastueux, des kebabs encore et toujours, et Emile achève de
digérer en se couvrant de la chemise (signée) de Baron.
|
Lundi 6 mai 2002
Dernier
jour, le plus pénible, puisqu’il faut faire le trajet
Sanliurfa-Beyrouth. La route qui longe l’Anatolie centrale, et que
Donald Rumsfeld espérait, en vain, faire emprunter à ses
troupes, est infernale, pleine
de camions et de nids de poules. A Birecik, à mi-chemin entre
Sanliurfa et Gaziantep, c’est la panne. Le pot d’échappement
à rendu l’âme. C’est l’occasion d’essayer un garage
à la turque (photo ci-dessus). La ville, qui se trouve sur les
bords de l’Euphrate (encore), est dominée par une citadelle
médiévale. Mais ce qui compte, c’est de ravitailler les
estomacs... Contrairement à l’aller, le passage des
frontières se fait sans encombre. C’est drôle, mais de
nombreux récits de voyages concordent sur ce point: il est plus
facile de sortir de Turquie que d’y entrer. A Alep, la pause
déjeuner chez Sissi sera le dernier moment gastronomique du
voyage. Ensuite, ce sera, dans le bus, Sami et Léa
réalisant leur reality show sur la vie intime des participants
et dont le contenu ne sera aucunement divulgué au public...
FIN
DU VOYAGE
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