| > ALLER / VENIR |
| Longer l’Euphrate de sa source
à son embouchure est impossible. Aucune route ne fait ce
parcours de bout en bout et la navigation fluviale est impossible
vu le nombre de barrages. Il faut donc voir l’Euphrate par tranches.
Pour se rendre au Nemrut Dagi Milli Parki, le plus simple est de
prendre la route Gaziantep-Adiyaman-Kahta, et de là, commencer
l’ascension. On peut aussi retrouver l’Euphrate à Birecick,
à mi-chemin entre Gaziantep et Sanliurfa. Ces régions
sont assez proches pour ceux qui viennent de Syrie, d’Iran ou
d’Antioche. Sinon, le mieux est de prendre un vol pour Gaziantep (petit
aéroport desservi depuis Ankara et Istanbul) et de continuer par
la route. Pour ceux qui viennent de la Cappadoce, il vaut mieux prendre
la route de Malatya, plus au nord. |
| L’Aéroport international le
plus proche de l’Euphrate est celui d’Alep, en Syrie. Vols
directs Syrian Air depuis Paris et
Beyrouth, 4 vols British Airways depuis Londres. A 1h de route de la
frontière turque, Alep constitue aussi un excellent point de
départ pour
découvrir la partie syrienne du fleuve. On a le choix entre la
route de Deir Hafir-Meskené qui mène à Raqqa via
le Lac Assad, et la route Al Bab-Tal Ahmar qui permet de
découvrir
le fleuve plus au nord. La tranche syrienne de l’Euphrate est la plus
facile
à parcourir, le territoire n’étant pas montagneux et les
routes en bien meilleur état. Il est également possible,
pour ceux qui y tiennent, de joindre Deir Ezzor par avion, mais le plus
logique est de faire la boucle Alep-Raqqa-Deir Ezzor [extension Doura
Europos-Mari]
retour par Palmyre. Pour passer la frontière entre Raqqa et
Sanliurfa
via Harran, il y a un petit poste frontière qui ferme en fin
d’après
midi. Les douaniers turcs risquent de refuser le passage de votre
véhicule
et vous envoyer à Alep. Donc, à ne prendre que si on est
piéton! Pour la partie irakienne, c’est plus compliqué,
nous
vous en reparlerons une autre fois! |
| > DORMIR |
| Au Nemrut Dagi, à Gaziantep,
à Deir Ezzor, voir
nos pages consacrées à ces lieux. Nous n'avons pas
essayé les établissements de Raqqa, mais, selon le Guide
du Routard qui n’est pas le plus exigeant en matière de
prestations, ”le ménage n’a pas du être fait depuis le
passage des croisés” (sic). Sans aller à ces
extrêmes, l’Hotel Karnak est assez décent pour passer la
nuit. |
| > MANGER |
| Trouver une adresse dans une des
villes mentionnées plus haut ou foncer sur Alep. |
| > BOIRE / DANSER |
| Siroter un verre sur les bords du
fleuve, c'est possible dans
les cafés de Deir Ezzor. A Qal'at el Jabbar il y aussi une
petite
cafétéria pour prendre une boisson gazeuse dans ce
décor
surréaliste. |
| > LIRE |
Euphrate,
le pays perdu, Bernard Noel et Hugues Fontaine, Actes Sud, 2000, un
bel
album de photos.
|
| Euphrate, splendeurs et
misères d'un fleuve, un
des 15 articles préférés des lecteurs de la revue Géo
(n. 282, 2002). |
The
Crossing Place, A Journey among the Armenians, Philip Mardsen,
1994,
ed. Flamingo, sur les traces de l'histoire des armeniens.
|
SELEUCIE - ZEUGMA
Des articles sur les missions archéologiques
françaises à Seleucie-Zeugma: La
mission
de Zeugma-moyenne vallée de l'Euphrate et Mission archéologique de Zeugma - moyenne
vallée de l'Euphrate. |
RAKKA
Ar Raqqah (Rakka) city, greatestcities.com |
HALABIYÉ
Halabiyya-Zenobia, 2 tomes, Jean Lauffray,
ed. IFAPO. |
DOURA EUROPOS
Les relevés des fouilles archéologiques de Doura
Europos, (P. Leriche, Doura Europos, Etudes I-IV)
édités par la maison Geuthner / IFAPO. |
MARI
Mari : Métropole de l'Euphrate, au IIIe et au
début du IIe millénaire av JC, Jean-Claude
Margueron, ed. Picard, 2004. Ouvrage important
et
récent
qui constitue une mise à
jour
des connaissances sur le site et son histoire. |
Mari sur l'Euphrate, Dossiers
d'Archéologie 186, 1984. Plus pointus, mais très
agréables à consulter pour la beauté des planches,
les Mission Archéologique de Mari, par A. Parrot: Le
Palais, I architecture, II peinture, III documents; Les Temples
d'Ishtar;Le Trésor d'Ur. Voir aussi Tombes et
Nécropoles de Mari par M. Jean Marie. Tous ces ouvrages sont
disponibles auprès de l'Institut Français
d'Archéologie de Beyrouth.
|
|
|
|
| "Un
fleuve sortait d'Eden pour arroser le jardin et de là il se
divisait pour former quatre bras. Le premier s'appelle le Pishôn:
il contourne tout le pays de Havila, où il y a l’or; (...) Le
deuxième fleuve s’appelle le Gishôn ; il contourne tout le
pays de Kush. Le troisième fleuve s’appelle le Tigre: il coule
de l’Orient à Ashur. Le quatrième fleuve est l’Euphrate."
L’Ancien Testament |
L’Euphrate*
prend sa source dans les hauts plateaux d’Anatolie, près de la
ville d’Erzurum. Il traverse les territoires de trois états
Turquie, Syrie et Irak où il rejoint, au sud de Bagdad, le
Tigre. La réunion de ces deux fleuves forme alors le Chott el
Arab, frontière naturelle entre l’Irak et l’Iran, qui se jette
dans le Golfe Arabo-Persique, au sud de ce qui fut le port de Bassora.
Les eaux de l”Euphrate sont sources de vie dans des terres arides.
Elles sont aussi, par leur rareté, source de conflits. La Syrie
a irrité l’Irak, son frère ennemi,
en y construisant le barrage de Tabarka. A son tour, la Turquie, en
amont, a réalisé deux ouvrages: le Barrage de Keban, au
nord de
Malatya, et le Barrage Atatürk, près d’Urfa, à
quelques
kilomètres de la frontière syrienne, créant ainsi
de grands réservoirs de retenue, au grand dam de ses deux
voisins
arabes.
Voyager
le
long ou autour de l’Euphrate est une expérience intense. La
région, qui a une histoire lourde et chargée, offre des
paysages grandioses. On peut, sans hésiter parler de sublime tel
que l’envisagent les romantiques allemands. On pense à Goethe,
à Friedrich, à Schinkel. En Turquie, au sommet du Mont Nemrut
Dagi, à 2200 m. d’altitude, on découvre, serpentant
entre les pics montagneux partiellement couverts de neige, les cours de
l’Euphrate et du Tigre. Les deux fleuves qui prennent tous deux leurs
sources dans les montagnes d’Anatolie se sépareront pour se
retrouver en Irak, au sud de Bagdad. L’Euphrate a un aspect
imprévisible et sauvage. En chemin d’Adyaman au Mont Nemrut, le
voyageur passe sur un pont romain qui traverse un cours de rapides et
de cascades d’eau glacées se fracassant contre les rochers.
Construit sous Septime Sévère, le pont était
flanqué de
4 colonnes, 2 à chaque bout. Les colonnes honoraient l’empereur,
son épouse, et ses deux fils Geta et Caracalla. Des 4 colonnes,
il reste 3. Pourquoi? La réponse est à Rome. Caracalla
fit assassiner son frère. Et donc retirer sa colonne. Encore une
fois, l’Euphrate joue son rôle de livre d’histoire. Plus au sud,
le fleuve s’est assagi, maîtrisé de force par le barrage
Atatürk. Il devient un grand lac dont les contours, difficiles
à délimiter, s’enfoncent entre les montagnes verdoyantes.
Pour le traverser, il y a un passage de bacs. C’est alors une promenade
en bateau assez bucolique, intermède permettant de frayer avec
la population rurale de la région, en majorité kurde.
L’Euphrate est aussi témoin d’évènements tragiques
de l’histoire contemporaine, du génocide des arméniens
à l’exode des kurdes.
- les
cités englouties -
La
construction du barrage a eu des conséquences pour le moins
dramatiques pour le patrimoine culturel de la région. Non loin
de Gaziantep se trouvaient deux grandes cités antiques: Appamée
(à ne pas confondre avec son homonyme en Syrie) et Seleucie-Zeugma.
Deux cités jumelles, situées face à face,
séparées par l’Euphrate. Seleucie-Zeugma était une
ville hellénistique qui connut son age de gloire à
l’époque romaine. Bien que connu depuis le XIXe siècle,
le site ne fut jamais fouillé de manière extensive
jusqu’à l’annonce de la construction
du barrage. Des fouilles localisées sont entamées dans
l’urgence par des archéologues français et turcs. Les
découvertes sont fantastiques. Sous les décombres, la
ville présente des infrastructures urbaines intactes.
Canalisations, égouts. Non moins spectaculaires, les villas
romaines, aux sols entièrement couverts de mosaïques. La
qualité est stupéfiante. Des chefs d’œuvres sont
exhumés en 4e vitesse pour être transférés
aux musées de Gaziantep et d’Adiyaman. Mais ils ne constituent
qu’une part infime de la cité qui a disparu à tout jamais
sous les eaux du lac de retenue. Si on peut saluer le sauvetage du
patrimoine nubien en Egypte, (plus spectaculaire ?), on peut
franchement parler ici de patrimoine en péril.
-
vers le Lac Assad -
Imperturbable,
le fleuve poursuit son cours. Le paysage change. On le retrouve au nord
est d’Alep dans un cadre enchanteur et verdoyant, comme une apparition
miraculeuse. L’Euphrate devient ce fleuve nourricier, source de vie et
de cultures. C’est après avoir traversé la
frontière
syrienne que l’Euphrate prend définitivement le chemin de l’Est,
de l’Antique Mésopotamie. Perçant l’aridité du
désert
arabe, il est à l’origine d’une bande, plus ou moins large, de
zones
agricoles. C’est le Croissant Fertile, la Jazira
(île), qui relie la Méditerranée au Golfe Persique.
Il fut à l’origine d’alliances et de conflits entre les pays de
la
région, stratégies savamment orchestrées par
certaines
grandes puissances anglo-saxonnes. Mais continuons notre parcours. La
politique
peut difficilement échapper. Après le Barrage
Atatürk
en Turquie, le Barrage de Tabarka avec le Lac Assad en Syrie (rappelons
aux
amateurs le Lac Nasser en Egypte!). Paysage surréaliste. La
blancheur
du paysage encadre les eaux bleu turquoise (couleur intense par beau
temps)
de ce lac artificiel long de 80 km. La cerise sur le gâteau,
c’est
la citadelle de Qalaat el Jabbar. Construite par les Arabes,
elle
surplombait le fleuve. Depuis 1975, elle s’est retrouvée dans
les
eaux, comme un îlot relié à la terre ferme par une
route.
Ce n’est, certes, pas le Mont Saint-Michel, mais c’est une très
belle promenade.
-
à Raqqa -
La
route descend ensuite sur Rakka. Fondée par le
célèbre calife abbasside Haroun el Rachid, Rakka est
décrite comme étant une cité merveilleuse, pleine
de palais somptueux et de jardins
luxuriants. Ceci est le passé. Aujourd’hui Rakka est une ville
paumée, poussiéreuse, sale, qui n’a
d’intérêt
que pour les nomades de passage. Rakka n’a même pas la chance
d’être
construite sur les bords du fleuve pour avoir quelque chose de
bucolique
qui puisse briser sa grise tristesse. Rares sont les monuments qui
évoquent sa gloire d’Antan. On cite la Porte de Bagdad et les
remparts. Pas de
quoi s’extasier. Mais d’apprécier le plan originel de la ville
qui était circulaire. Tout comme pour Bagdad, les architectes
abbassides
ont pensé Rakka en cité idéale. De ce plan
circulaire
il reste que pour circuler dans Rakka, on a le sentiment de tourner en
rond, de se perdre et de revenir à son point de départ...
Quittons cette ville. Vers le Nord, la route traverse des champs de
blé
irrigués par des canaux. Il faut venir au printemps quand ils
sont
verts et que les femmes entièrement couvertes pour se
protéger
du soleil les cultivent. Dans la région qui s’étend au
delà
de la frontière turque, se trouvent des villages traditionnels
avec des habitations de forme conique en pain de sucre. 1h de route, le
poste frontière, puis, 30 km plus loin, coté turc, la
ville
antique de Harran, au sud d’Urfa.
|
|
-
de Halabiyé à Deir Ezzor -
Mais
revenons à nos moutons. L’Euphrate poursuit son cours. A un
point il est le plus étroit, la célèbre
Zénobie fit construire la citadelle de Halabiyé pour
contrôler le trafic fluvial. Elle s’y réfugia par la
suite, lorsque, poursuivie par
les romains, elle dut fuir Palmyre. On peut apprécier
l’étendue de cette immense place forte construite sur un terrain
en pente par les imposants remparts qui sont toujours là. Une
petite ascension s’impose, pour admirer la vue et visiter une grande
salle d’époque byzantine. Un espace avec 3 étages
superposés et reposant sur des voûtes en brique. Certaines
voûtes s’étant écroulées, on peut percevoir
les 3 niveaux dans une perspective assez piranesienne. A 100 km de
Rakka, se trouve la plus langoureuse Deir Ezzor. Ville la
plus importante de la région (nous lui consacrons une page
à
part), pause obligée pour les voyageurs de passage, lieu de
mémoire pour les Arméniens. Un endroit assez bizarre.
Ceux
qui arrivent jusqu'à Deir Ezzor ont généralement
l'intention de pousser jusqu'à Doura Europos et Mari, les deux
grandes gloires locales. Sur la route qui longe l’Euphrate vers l'est
jusqu’à la frontière iraquienne, on peut faire une pause
intéressante à Qalaat el Rabbeh (à droite
après Al Mayadin). Une forteresse arabe perchée sur un
nid d'aigle et difficilement accessible. On peut toutefois atteindre la
colline de derrière et avoir une vue magnifique sur le monument
en question, mais aussi sur les rives de l'euphrate. On remarquera les
puits de pétrole, ça et là... Les plus courageux
entreprendront, accompagnés de bédouins, l'ascension de
la citadelle. Attention à la terre qui est friable.
-
Doura Europos -
A deux
heures de Deir Ezzor, Doura Europos. Fondée par le
Séleucides, elle fut, jusqu'à sa destruction au IIIe
siècle
de notre ère, une des plus grandes cités du monde. Le
site
est effectivement immense... en superficie. Mais à part une
partie
des remparts, rien ne dépasse le sol! Pour ceux qui
s’attendaient
à une réplique de Palmyre, désolés... Ne
soyons
quand même pas de mauvaise foi. Le site est splendide et
l'idée
même de cette immense cité perchée au dessus de cet
immense fleuve laisse rêveur. Et puis, vous avez vu Palmyre! Quoi
qu'il en soit, le monument le plus spectaculaire que l'on ait
découvert
ici est la Synagogue, dont les parois, recouvertes de fresques,
s’étaient effondrées comme un château de cartes (ou
un mille-feuilles), de manière à ce qu’elles furent
dégagées
quasi intactes. Cet ensemble exceptionnel à plus d’un titre – ce
type de peintures figuratives est extrêmement rare dans l’art
juif
– à été reconstitué au Musée
National
de Damas.
|
|
-
Mari -
Ceux
que Doura Europos aura déçus (mais que font-ils dans ce
bled?) ne devraient pas aller à Mari (enfin, au point ou ils en
sont...), à quelques kilomètres de la frontière,
l'extrémité orientale du pays. Ce qui est fascinant,
c'est qu'il n'y a rien. A l’arrivée sur le site, le gardien
indiquera une sorte de tas de terre en disant d'un air
désabusé:"Voici Mari". De la ville qui joua un rôle
glorieux dans l'histoire de la Mésopotamie, on a retiré
de merveilleuses statues en albâtre (aux musées de Damas,
d’Alep et au Louvre). Sur place, nous avons droit à un tas de
terre. La
ville étant bâtie en brique crue, les murs se
désintègrent littéralement une fois
exhumés. On croirait revoir la fameuse scène des fresques
antiques dans Roma de Fellini! Le Palais Royal a
été fouillé et protégé par une sorte
de chapiteau métallique. Evidement, ce n’est pas une
réplique de Versailles.
[Il
est clair que ce n’est pas une soif de belles pierres qui peut motiver
une expédition dans la région. C'est plus un
pèlerinage, une façon d’aller au bout du monde... et de
soi même.]
Après
Mari, la ville frontière d'Abou Kamal. Le fleuve entre en Irak,
pays des mythiques empires de Babylone et d’Assur, pays des ziggourats
d’Ur et de la mosquée de Samarra et de la tour de Babel. Mais
c’est
une autre histoire...
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Firat Nehri en turc, Furat ou Nahr al Furat en arabe. |
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