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Le Bimaristân se trouve au coeur d'Alep, à mi-chemin entre Bab Qinnesrin (au sud) et la Grande Mosquée (au nord). Ouvert du mercredi au lundi de 8h30 à 17h00.
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Maristan of Arghun (Bimaristan al-Kamili, Bimaristan Arghoni, Maristan Arghoun article et galerie d'images sur Archnet Digital Library.
"si un jour nous sommes malheureux, nous tâcherons d'être élégants", Laure Moghaizel
Dans le film Amadeus de Milos Forman, le compositeur Antonio Salieri raconte l'histoire de Wolfgang Amadeus Mozart depuis sa cellule dans un hôpital d'aliénés. Homme de haut rang, Salieri bénéficie d'une chambre décente, quoique assez sombre. Mais son interlocuteur, un jeune prêtre, est arrivé ici après avoir traversé des couloirs sordides ou s'entassaient des êtres vivants dans un état de déchéance tel qu'il était difficile d'y voir encore un semblant d'humanité. Des images atroces tout droit sorties des visions infernales de Jérôme Bosch et qui correspondent à l'idée qu'on se fait de l'hôpital psychiatrique dans l'Europe d'avant le XXe siècle . Ce genre d'institution ou l'on était emprisonné et enchaîné, qui ne servait qu'à isoler les personnes souffrant de désordres mentaux. Aucune ambition de soigner, aucun espoir de guérir. La prison à vie. En revanche, dans les hôpitaux du monde arabo-musulman, les malades mentaux étaient traités comme des êtres humains et véritablement soignés avec un objectif de réinsertion sociale. Le Bimaristân Arghun al Kamili à Alep en est un des plus admirables exemples.
ALEP, BIMARISTAN ARGHUN AL KAMILI
Bimaristân Arghun al Kamili, Alep, plan
L'origine du mot "bimaristân" est perse: "bimar" veut dire malade et "stan" veut dire lieu ou maison (1). Construit en 1354 par l'émir Argun al Kamili, le bimaristân est un des monuments historiques les plus importants d'Alep et du monde arabe. Sa conception architecturale répond à un programme très précis qui consiste à pourvoir les patients d'un environnement dispensant calme et sérénité - eau, lumière, plantes, musique - avec un plan qui correspond au parcours du patient dans sa thérapie.

Tout commence à l'entrée. Le Bimaristân se trouve au coeur d'Alep, à mi-chemin entre Bab Qinnesrin (au sud) et la Grande Mosquée (au nord). Depuis la rue, on distingue la très belle porte ornée d'alvéoles qui s'enfonce vers l'intérieur. C'est là que le patient, accompagné de sa famille, franchit un seuil et comprend la nature de son mal. C'est un moment difficile. L'entrée permet d'accéder à la grande cour centrale. Un vaste espace rectangulaire avec, face à face, deux iwans d'une part, et, de l'autre, deux galeries de colonnes corinthiennes soutenant des arcs brisés. Ces derniers sont reliés par des poutres en bois placées entre le chapiteau et le départ de l'arc afin d'assurer une meilleure stabilité à l'édifice. Au centre de la cour, un bassin. Rien, en apparence, ne dit que nous sommes dans une institution psychiatrique.
alep bimaristan arghun al kamili
Bimaristân Arghun al Kamili, Alep, cour centrale. remarquer le détail des poutres
La cour à iwan avec bassin rappelle l'architecture domestique syrienne, les maisons et palais de Damas et Alep, à la différence près que dans cette dernière, il n'y a généralement qu'un seul iwan, orienté vers le sud. Autre point commun avec les plans des maison, la volonté de boucher les perspectives. De l'entrée on ne voit que la cour et de la cour on ne voit rien. C'est une gradation des espaces du public au privé à travers des obstacles visuel et auditifs. Pour poursuivre le parcours, il faut traverser la cour en diagonale et rejoindre le coin le plus éloigné par rapport à l'entrée. De là, une porte et un petit couloir au bout duquel il y a... un mur. Mais ce n'est pas une impasse. Ce petit couloir croise à 90 degrés le couloir de circulation principal qui dessert les cellules des malades. On compare souvent l'architecture des hôpitaux psychiatriques à celle des prisons. Dans les deux cas, des individus qui ont un problème avec la société sont enfermés dans des cellules. Mais la comparaison s'arrête là. La prison est un lieu de visiblité, un espace dans lequel le gardien doit pouvoir contrôler le maximum de prisonniers, d'où le principe du Panopticon (2). Ici, au contraire, nous sommes dans un espace presque aveugle, très étroit et très haut. On perçoit beaucoup plus avec le toucher (les murs en pierre), et l'ouie qu'avec la vue. Ce couloir ce circulation dessert trois cours autour desquelles sont aménagées les cellules.
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Bimaristân Arghun al Kamili, Alep, cour des femmes, coupole oblongue
Au bout du couloir, à gauche en venant de la cour centrale, se trouve la plus petite cour, celle qui est réservée aux cas "difficiles". C'est la seule qui ait une rhétorique "carcérale" puisque les cellules ont toutes des barreaux. Les deux autres cours étaient destinées aux cas plus "normaux". Une pour les hommes, l'autre pour les femmes. Ces deux cours se distinguent par la forme de leur plan. Celle des hommes est carrée, celle des femmes rectangulaire, avec un iwan. Pour le reste, la disposition est assez classique, avec des cellules autour et une fontaine au centre. Chacune des deux cours est couverte d'une spectaculaire coupole trouée d'un immense occulus. Cette ouverture zenithale crée des alternances d'ombre et de lumière. La lumière naturelle n'atteint jamais directement les cellules et la cour jouit d'une éclairage adouci. Cet élément architectural que l'on connaissait au Panthéon de Rome est donc ici repris à des fins thérapeutiques: Filtrer la lumière. Et aussi l'eau, qui l'orsqu'il pleut, s'écoule directement dans le bassin de la fontaine. L'élément "eau" est très présent. Il est pacificateur, tant par ses vertus sonores que sa faculté de rafraichir les lieux. L'unicité de l'enveloppe - sol, murs, plafonds, avec un seul matériau utilisé, la pierre - met en exergue la manipulation de ces éléments ponctuels que sont la lumière et l'eau. 
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Bimaristân Arghun al Kamili, Alep, cour des hommes, coupole
Dernière étape du parcours: la sortie. Habituellement que ce soit dans une maison, un palais, un lieu de culte, une usine, une banque ou un hôpital, l'entrée est aussi la sortie (nous ne parlons pas des issues de secours). Pas au Bimaristân Argun. Le patient sort, lorsqu'il est gueri, avec dignité. La page est tournée, il ne doit pas retourner pas sur ses pas. Par conséquent, il n'emprunte pas le même passage que celui par lequel il est entré... Dernier détail qui montre le raffinement et la complexité du bâtiment qui resta en activité jusqu'au début du XXe siècle. Un projet sur lequel les architectes et les médecins ont travaillé main dans la main. Un projet dont les espaces, les murs, les matériaux - l'architecture - racontent les visions et les idées géniales des commanditaires. Une leçon d'humanisme 400 ans avant la déclaration universelle des droits de l'homme. 
Retour à Vienne, ville où se déroulent les évènements du film Amadeus et ville de Freud, le père de la psychanalyse. L’artiste allemande Rebecca Horn a été invitée il y a quelques années à intervenir sur le hall du théâtre d’un asile psychiatrique de la ville, le seul endroit de l’établissement ou les patients et leurs parents pouvaient se rencontrer. Horn a installé des miroirs, créant un jeu de relations par images interposées. Chacun pouvait voir et toucher son être cher par l’intermédiaire de son reflet. De petits marteaux frappaient contre les miroirs à rythmes irréguliers. Ils représentent des piverts, d’où le titre de l’œuvre, Ballet der Spechte (Ballet des piverts). L’oiseau, comme le patient, vole vers sa propre image. Une version retravaillée de cette installation se trouve dans les collections de la Tate Modern, à Londres.
NOTES:
(1) Veut aussi dire, par extension de lieu, pays. Ainsi, les pays turcophones d'Asie centrale ont tous un nom qui se termine par "stan": Ouzbekistan, Turkmenistan, Kazakhstan, etc. La zone elle même se nomme d'ailleurs le "Turkestan", pays des turcs, d'ou ils sont originaires. Aussi, le nom arménien d'Arménie est "Hayastan", pays des hays ou arméniens.
(2) Au sujet des architectures carcérales, consulter le site CTRL [SPACE] rhétoriques de la surveillance de Bentham à Big Brother: http://ctrlspace.zkm.de/e/
2004-2005, Josianne Torbey (illustration), Gregory Buchakjian (photos), Josianne Torbey, Baron & Baron (texte), tous droits réservés. >> CONTACTEZ NOUS