BARON & BARON > TOUT BARON & BARON > CARNETS & RECITS DE VOYAGES > SYRIE > L'APPAT FAIT ENTRER EN PRISON
LISEZ LES RECITS DE VOYAGE EN SYRIE: 2004 [UNE NUIT AU HAMMAM], 2004 [PALAIS DE DAMAS] & 2002 [L'EUPHRATE]
VISITEZ NOS PAGES KRAK DES CHEVALIERS, HAMA, ALEP CITY GUIDE ET ALEP BIMARISTAN ARGHUN 
récit de voyage rédigé par Zeina Abillama
Les 13 membres de l’équipage :

Caroline C: la révoltée
Caroline M:  La  banquière du fauché
Ed:  Le G.O local
Jihad:  Le jouisseur des hammams
Jihane:  La photographe des crânes dégarnis
Joëlle :  L’anticipée
Leyla :  La concurrente d’Amani
Maurice: Le soi-disant fauché
Patrick:  Baron
Stéphanie:  La touriste amoureuse
Valérie:  La discrète sans-papier
Yasha: La révélation
Zeina:  La surprise de dernière minute

 
JOUR I: l'appât fait entrer en prison

4h30: Rassemblement à Badaro. 13 noctambules les cheveux en pétards grimpent au bord d’un minibus. Je ne les connais pas tous mais les découvrirai… Un chauffeur (Nabil) un peu saoul et assez drôle pour commencer, nous emmène. Cesaria Evora, les Beatles, Morisette s’en suivent.
1ère pause: Knéyfé et croissants s’imposent chez le Hallab à Tripoli. Au total, 3500LL/pers.

8h00: Problèmes à la douane libanaise. Le passeport de Valérie expire dans quelques heures…Panique! Et sous l’enseigne «L’appât fait entrer en prison», il ne nous restait que le charme des 9 filles du groupe… laisser-passé accordé.
8h45: Problème à la douane syrienne. Le passeport de Maurice a été oublié d’être tamponné… Panique! Aller-retour aux douanes… perte de temps et Edouard nous attend déjà depuis une demi-heure.

10h30 : Dans un dédale de routes trop étroites, nous arrivons enfin au premier stop de la journée :  le fameux et imposant Krak des Chevaliers (XII-XIII Siècle). Retrouvailles des amoureux pour Edouard et Jihane, pause-pipi pour les autres.

Une des plus impressionnantes constructions militaires franques du Proche-Orient, Qala’at El Husn se distingue par son merveilleux état de conservation. Sa principale originalité est d’offrir une double enceinte de défense due à sa facilité d’accès: la première compte 13 tours et celle de l’intérieur 5. Elle se présente comme un seul bloc compact, différent des constructions de l’époque, avec le corps du château centre entouré d’une basse-cour, cet ouvrage dégage en même temps un sentiment de puissance et d’étrange beauté par son équilibre et son harmonie. A l’intérieur, la grande salle des Chevaliers et la galerie accuse un très beau style gothique et confirme l’étonnante unité architecturale de l’ensemble, compte tenu du nombre d’architectes qui sont intervenus sur près de 2 siècles.

12h30 : Etape pause-déjeuner à Hama. Belle ballade guidée par un local péché dans la rue qui nous montra les quelques curiosités de la ville d’une façon très perspicace.

Notre périple se poursuivra, sans plus tarder, en direction d’Alep pour s’arrêter à Maarat El Nu’maan, réputée pour sa vaste collection de mosaïques (Ve et VIème siècles) découvertes dans la région et installée dans un caravansérail du XVIème s.

Pas de bol, il est déjà 16h00 et le musée vient de fermer! Quelques livres syriennes persuaderont les gardes de nous rouvrir les portes. Très belle visite. L’ironie de la situation est que l’entrée de ce musée se trouve exactement en face d’un Khan où réside la police secrète! Ni vu, ni connu!

Nous continuons notre parcours à travers un magnifique paysage d’oliveraies et de douces collines duquel jaillit d’anciens villages romains, byzantins, arabes du IIIème au VIème s. apr. J-C: les Villes Mortes.

Au cœur du massif calcaire au Nord, on compte des dizaines de villes mortes. Abandonnées à partir du VIIIème siècle pour des raisons économiques ou à la suite de séismes, elles sont cultivées par les bédouins. Les plus connues restent: Sergilla, Al Bara, Ebla.

Arrivée sur Al Bara: tout se cache dans la végétation et la rocaille. Le luxe des constructions et surtout des tombeaux (pyramidaux pour la plupart et richement ornés) étonne. L’architecture la plus spectaculaire du site est l’imposante Maison des Officiers qui n’a perdu que son toit. 

Le trajet en bus fut à la limite de la fatigue. Nous arrivons finalement à l’hôtel Amir Palace d’Alep, vers 19h30. Repos et douches pour les membres de l’équipage, question de reprendre des forces avant la méga fiesta  du soir, tandis que Baron et Jihad se faufilèrent au Hammam Yalbogha Al Nasri pour s’offrir un des plus beaux plaisirs du voyage!

22h00 : ballade à pied (assez angoissante pour quelques-uns à cause des ruelles vides du peuple et mal éclairées) vers le quartier chrétien de Jdeidé pour aller dîner. Beit Wakil est une belle demeure du XVIème s réaménagée en hôtel de charme, possédant 16 chambres de style "1000 et une nuits". Pour dîner, on s’installe dans le patio parfumé de jasmins : le mezzé est exquis, chaque plat est d’une subtilité enchanteresse et la créativité flirte sans cesse avec l’art de la grande gastronomie alépine. Merci Edouard pour cette très bonne adresse!

A noter que Beit Wakil, Sissi et autres restaurants du même quartier possèdent tous de belles caves voûtées dans leur sous-sol, aménagées en pubs. Jadis, elles servaient aux chrétiens de fuire et de se cacher de l’oppression arabe puisqu’elles étaient toutes reliées entre elles, faisant office d’un labyrinthe astucieux, parsemé de pièges. Quelques verres dans le nez et c’est parti pour une ambiance de tonnerre. Tout le groupe commença à chanter et à danser sur les chaises, aux rythmes d’une musique arabe endiablée, avant de se défouler sur une semi-piste de danse que le propriétaire du lieu nous arrangea aux dépend de quelques tables. Nous fîmes l’attraction principale du resto et en particulier Leila qui n’a pas arrêté de se dandiner d’une façon très sexy et qui fut la cible de tous les regards des locaux! Wella’a néha!

JOUR II: le conflit des imams!

9h30: Après le petit-déjeuner buffet, dispersion du groupe : une partie est allée visiter le monastère de Saint-Siméon, Leila et Stéphanie ont choisi les couettes de l’Hôtel Amir,tandis que Baron et Yasha ont préféré une ballade urbaine dans Alep, du Musée archéologique et son imposante entrée monumentale composée de trois cariatides du Xeme s. av.J.C au - Quartier arménien et chrétien de Jdeidé.

13h00: Meeting-point à la place Jdeidé avec le groupe et Abou Ayman (tel.021/ 333 61 11), notre guide local indiqué par Mme Ziadé qui l’a déniché dans un de ses multiples voyages en Syrie. Ce dernier, bien qu’il s’avéra assez cher lors de la paye (1500 livres syriennes pour une journée au total), détenait les clefs de quelques demeures-palais qu’il nous était assez difficile de visiter sans sa présence.

Visite de Beit Ghazalé (1), Beit Ajiqbash, ou musée des Arts et Traditions populaires, continuation de la ballade vers Bab El Nasr (Porte de la Victoire), via la merveilleuse Beit Jomblatt pour atteindre la Madrassa Othmaniyé. Dans ce lieu hautement religieux (une école coranique), la présence de Yasha, qui ne s'était pas voilée, a provoqué un incident assez singulier, une querelle entre deux imams. Le premier, tolérant, ne voyait pas de problèmes à accueillir les visiteurs, le second, visiblement moins ouvert, y était fermement oppposé et menaçait d'accuser son collègue (pourtant hierarchiquement supérieur) auprès des autorités. Ils faillirent en venir aux mains fut-ce l'interevention inattendue d'Abou Ayman, notre guide, qui se révéla être un ancien officier de la Police Secrète!

Après cette visite bien pimentée et un repos bien mérité, dîner dans un des plus connu resto d’Alep, Wannes: un espace pour homme et un espace pour femme étaient séparés par une paroi en moucharabieh, tandis que nous, nous fîmes placés dans l’espace réservé aux familles et aux touristes. Disposition très archaïque et drôle, mais le mezzé restait mémorable: spécialités alépines d’une grande finesse! Une seule personne boudait dans tout ce festin: Maurice. Assis en bout de table à sa propre volonté, nous comprimions à la fin, que le chauffeur de taxi l’avait mis de mauvaise humeur car il lui à fait le tour de la ville avant de le parachuter au restaurant… Arnaque en bonne  et due forme! Toutes les boites de nuit fermée pour l’occasion (fête de l’Adha, mais aussi le vendredi équivaut à un dimanche dans les pays musulmans), nous rentrâmes tranquillement à l’hôtel.

JOUR III: paysage lunaire!

9h30: dernière visite d’Alep avec Abou Ayman.
Ballade fantomatique dans les souks fermés à la recherche en vain d’une savonnerie, qui se termina par la découverte du Birmistan Argun. Revisite de l’archevêché grec-catholique, mais cette fois-ci avec rencontre au sommet avec le Monseigneur l’archevêque, parent de Caroline. Bien évidemment, pause assez étalée dans le temps car ce dernier nous fit une explication de chaque icône et tableau se trouvant dans son église. Très riche témoignage de la présence chrétienne au Moyen-orient.

11h00: Check-out et direction, le Nord-Ouest, vers la frontière turque.
Par un dédale de petites routes, dans une montagne au relief quasi-karstique (roches grises déchiquetées, alternant avec des fonds de vallées verdoyants) et désertique, nous traversons,  après 4h de trajet, quelques villages druzes où nous fîmes accueillis par une foule dansant la dabké et barrant la route. Baron a dû descendre du bus pour danser avec eux mains dans la main, tandis que les filles distribuaient des bics aux jeunes enfants. Sur la crête de la montagne, on se trouve face à face à une des plus fascinantes églises de Syrie, aux proportions parfaites et dans un état de conservation remarquable: Qalb Loza.

Direction Lattaquié qui se veut un grand centre balnéaire grâce à ces quelques plages situées à 9km au nord de la ville, et dont les brochures touristiques appellent ce coin la ‘Côte d’Azur’. Sincèrement, je dirais que Lattaquié n’à rien de vraiment engageant : se révélant comme un grand port industriel avec une petite vocation balnéaire, dont les hôtels-masse de béton n’ont aucun charme et leur service laisse à désirer. En témoigne Le Méridien dans lequel nous avions réservé : longue attente dans le hall bondée d’une clientèle libano-syrienne  de nouveau-riches pailletés de la tête aux pieds. Personnels absents et petit-déjeuner buffet des moins appétissants. En tous les cas Mesdames, ne songez pas à votre string de 2cm2 mais optez plutôt à votre maillot une pièce de grand-maman.
Deux adresses, quand même,  de restaurants de poisson à ne pas manquer si vous passez par-là :  Spiro (tel. : 478238), le plus réputé et le plus chic dans sa catégorie; et Abou El Majed (tel. : 429209), moins cher que le précédant mais tout aussi bon.

JOUR IV: sur le chemin du retour...

Lattaquié restera surtout le point de départ de deux sites assez exceptionnels et très différents : Les ruines d’Ugarit et le Château de Saladin (déjà visité dans un ancien voyage Baron & Baron).
10h30: Check-out sans trop tarder et direction la cité phénicienne d’Ugarit ou Ras-Shamra. Berceau de l’alphabet s’étendant sur 36 ha dont seulement le quart a été fouillé, il est nécessaire de prendre un guide pour vous faire parler cet enchevêtrement de cailloux en état de ruines. Les points forts étant le palais royal, la bibliothèque et le caveau de Rapanou, l’énorme jarre du quartier résidentiel, et le quartier des temples. 

Vers midi, nous nous dirigions vers Tartous (2ème grand port industriel du pays et tout aussi insignifiante) pour embarquer sur l’île d’Arouad. 20 minutes agréablement branlantes en bateau pour gagner ce petit bout d’île de 800m sur 500, jadis comptoir commercial des phéniciens et où défilèrent les croisés, les grecs, les romains… Aujourd’hui, il en subsiste une vieille-ville piétonne, un château et une muraille.

Se perdre dans le dédale des passages et rues larges comme un couloir est le jeu à faire:  vous tomberez nez à nez avec des hordes de gosses (toujours prêts à être photographiés), des pêcheurs à la ligne accroupis sur les rochers, des fabricants de grosses barques de pêche à l’ancienne, des petites échoppes vendant du foul (féculents baignant dans une sauce bouillie) pas très appétissant aux passants, ou encore le château qui offrira une belle vue panoramique.
Ici, le temps semble s’arrêter et ne semble pas reprendre de sitôt. Vu le manque de restos accueillants, la visite se résumera à ça et nous choisirons de rentrer finalement à Beyrouth pour arriver en début de soirée.

FIN

(1) Nous avions écrit, par erreur, "Beit Ghazal". C'est à un internaute qui serait descendant de la famille que nous devons la rectification en Beit Ghazalé ou Ghazaleh ou Ghazala.
2000-2006, Zeina Abillamah (texte), Baron & Baron (photos), tous droits réservés. >> CONTACTEZ NOUS