BARON & BARON > TOUT BARON & BARON > CARNETS & RECITS DE VOYAGES > PORTUGAL > DECEMBRE 2000: RÉCIT DE VOYAGE
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> A BRAGA
Braga n’est pas suffisamment éloignée de Porto pour que ça vaille la peine d’y passer la nuit. Toutefois, nous ne pourrons pas empêcher les amateurs de sensations forte de descendre (ou plutôt de monter) au Castelo do  Bom Jesus, un château néo-gothique du XVIIIe siècle perché aux environs de la ville, près de la célèbre église éponyme.  C’est un endroit extraordinaire tant à l’extérieur, façades romantiques dans la forêt rappelant les demeures princières de Bavière, qu’à l’intérieur avec des salons somptueux. Pour le farniente, sachez que l’hôtel possède une superbe piscine.
Sites officiels de la Municipalité de Braga et de l’Universidade do Minho. Braga Virtual contient, en portugais, un guide des princpales attractions de la ville.
> A BUÇACO
Dormir au Buçaco Palace doit être une expérience hors du commun. le site internet
> A COIMBRA
Nous avons logé à l’hôtel Oslo, moderne, convenable et central, mais assez ordinaire. Si votre budget le permet, choisissez sans hésiter le superbe Hôtel Astoria. Ce dernier appartient au groupe Alexandre de Almeida, une des rares chaînes d’hôtels privées et familiales, qui possède également le Buçaco Palace. 
Sites internet: Câmara Municipal de Coimbra (portugais), Région de Tourisme du Centre (français disponible) et Université de Coimbra.
> A FATIMA
Santuário de Fátima, le site internet officiel (il y en a un paquet qui ne le sont pas), version française disponible.
> A OBIDOS
L’adresse de référence à Obidos est évidement le Castelo Pousada, aménagé dans l’ancien château. Architecture manuéline, jardin intérieur, l’endroit est très agréable et il faut réserver à l’avance.
Site internet de la Camara Municipal d’Obidos avec des pages en français et un agenda des évènements.
> A SINTRA
Les nababs qui souhaitent prolonger leur séjour dans ces modestes lieux pourront s’accommoder de la frugalité du Tivoli Palácio de Seteais. En ensemble palatial du XVIIIe s composé d’un corps central en forme d’arc de triomphe encadré de deux ailes néoclassiques. A l’intérieur, lustres en cristal, tentures flamandes et mobilier régence ne font qu’accentuer la misère que procurent jardins, piscine, tennis privé et cuisine gastronomique. Dans un autre registre, Sintra compte nombre de demeures classées et autres manoirs qui font hôtels, comme la Casa Miradouro, superbement rénovée et la Quinta das Sequoias qui  est un lodge en plein dans la forêt. Ne pas manquer de prendre le thé dans la bibliothèque.
Le site internet de la Collection Berardo permet de visionner l’ensemble des collections par artistes ou par mouvements.
Le site internet de la Camara Municipal de Sintra. Bonne présentation, contenu consistant et pages d'infos touristiques en français.
> LES 6 MEMBRES DE L'EXPEDITION 
Claude : hotmail !
Greg : Baron
Jean-Paul : la victime
Marielle : le pingouin
Patrick : Baron
Yasha : la mauvaise conscience de Baron
23 / 12 / 00 – lisbonne -

Il pleut des cordes sur Lisbonne. Un taxi grincheux nous dépose sur traversa da Gloria, ruelle perpendiculaire à l’Avenida de Libertade, qui n’a de glorieux que le nom: Entre un garage et une gargote peu inspirante, l’entrée fort discrète de la residencia Roma, QG portugais de B&B. Premier contact avec la Baixa, “ville basse”, enchâssée entres les collines abruptes du Barrio Alto et de l’Alfama. Toutes les grandes places sont en chantier: A Restauradores, la gare néo manuéline du Rossio, couverte de bâches, semble moins attrayante que dans les cartes postales. Quasiment invisibles et impraticables, Rossio et Figueira sont creusées de partout. De là partent les rues parallèles, commerçantes et animées, vers la célèbre Praça de Commercio qui se prolonge, par des marches, dans les eaux du Tage. Là aussi, ni Tage, ni Mahal, mais tranchées et grues! 

ci-dessus, Claude au musée du Chiado, Jean Michel Wilmotte arch, Lisbonne
-Allons voir le quartier du Chiado. Ici, le chantier de reconstruction après l’incendie de 1985 est arrivé à son terme. Alvaro Siza a fait un boulot remarquable. Son collègue Jean Michel Wilmotte a signé la réalisation du Museu de Chiado. Nous avons  la chance de tomber sur une expo consacrée à Man Ray.

Dégustation de douceurs à la Confetteria Nacional, fameux jaunes d’œufs enrobés de sucre pour préparer la fièvre du samedi soir pour les deux Baron (qui ne manquent pas de faire l’acquisition d’un ‘shot’ particulièrement corsé pour leur ami Ralph), alors que Claude préfère se refaire une santé (au lit). A la découverte des lieux de la nuit lisboète. On sort très tard dans cette ville. Dîner (pas avant 22h) chez Casanova avant de passer au Lux, le bar le plus branché de la ville. Déco design et faune éclectique. 

24 / 12 / 00 – lisbonne -

Veille de Noël, ici c’est déjà férié. Seul le site de l’Exposition Universelle, appelé solennellement Parc des Nations, est ouvert aujourd’hui. Belle promenade architecturale à travers les pavillons, visite de l’océanorium ou nous rencontrons Joe Hayeck, et déjeuner pantagruélique dans une des gargotes du site. La cuisine portugaise dans ce qu’elle à de moins diététique. Nous ne savons pas encore à quel point ce repas est précieux.

Réveillon de noël. Tous les lisboètes sont partis festoyer en famille. Les rues sont désertes. Tous les restaurants de la ville sont fermés. Fermés aussi, snacks, boulangeries, épiceries, supermarchés et même Mac Do. Joe Hayeck nous téléphone pour le confirmer. Il n’y a que les hotels cinq étoiles qui servent quelque chose jusqu’à 21h30. La residencia Roma nous a offert une galette. Ce sera notre dîner de Noël. Seule activité envisageable pour la soirée, la messe de minuit à la Cathédrale de Sé.
22h20: Claude et les deux Baron attendent un bus sous un abribus de l’Avenida de Libertade engloutie par un déluge. 
22h40: Claude et les deux Baron attendent un taxi sous un abribus de l’Avenida de Libertade engloutie par un déluge.
23h00: Claude et les deux Baron attendent la police touristique sous un abribus de l’Avenida de Libertade engloutie par un déluge.
23h20: Claude et les deux Baron attendent les Tartares sous un abribus de l’Avenida de Libertade engloutie par un déluge.
23h40: Claude et les deux Baron n’attendent plus Godot sous un abribus de l’Avenida de Libertade engloutie par un déluge.
24h00: Messe de Noël à trois, trempés jusqu’aux os, dans la chambrée. 

25 / 12 / 00 – lisbonne / porto -

Noël. Férié et morose. Pour ne rien changer, il pleut. Promenade dans les ruelles désertes du Barrio Alto et du Chiado. Pause jus d’orange frais au bar du Regency, l’hôtel que vient d’achever Alvaro Siza dans le cadre de son projet de reconstruction du quartier.

Retour dans la Baixa. La faim se fait sentir et, hormis les gargotes et attrape touristes, tout est fermé. Nous choisissons celui qui parait le moins minable et le moins cher (sans commentaires) avant de prendre le train pour Porto. Nous sommes à bord d’un ‘Alfa Pendular’, le TGV portugais: la grande classe. 
Arrivée à la grande gare de Porto, très éloignée du Centre et ou les taxis se font aussi rares que les bus. Après moult pérégrinations, nous rejoignons enfin la Residencia Paco de Acucar avant de faire un petit tour en ville pour trouver quelque chose à dîner. Comme nous sommes un lendemain de veille de Noël, et qu’à Noël vous vous êtes, en principe suffisamment gavés, tous les restaurants de Porto sont fermés. Seul un kiosque, sur Praça da Libertade nous servira des saucisses tièdes sous la pluie glaciale. C’est justement l’atmosphère que nous retrouvons dans notre chambre, qui aurait été charmante en d’autres temps. C’est clair, notre residencial n’est pas une adresse hivernale, d’ailleurs nous sommes les seuls clients!

ci-dessus, Lisbonne, azulejos
26 / 12 / 00 – porto -

Porto est une ville charmante et intéressante. Pour le premier adjectif, il concerne surtout les montées incessantes des escaliers escarpés sous une pluie battante. N’empêche que l’ascension jusqu’à la cathédrale médiévale est bien récompensée, notamment par une vue panoramique. Porto réserve toujours des (plutôt) bonnes surprises: Des rives du Douro dominées par l’extraordinaire pont construit par Gustave Eiffel et qui a l’air suspendu en l’air, au quartier de l’université, la ville regorge de monuments fort étonnants, comme ces églises baroques aux façades entièrement couvertes d’azulejos, ces carreaux de céramique bleue. Ces même azulejos tapissent d’ailleurs le hall de la gare de Sao Bento et c’est assez spectaculaire... 

Nous déjeunons dans un petit restaurant du centre qui malgré sa simplicité, s’avère fort appréciable après tous les repas manquants des jours précédents. Ensuite, l’après midi est consacrée au Porto d’Alvaro Siza, le plus fameux architecte portugais, qui y réside et travaille. Nous donnons à un taxi l’adresse de son agence. Pas que nous espérons une audience, mais simplement voir l’immeuble qui a été conçu par le maître. Intrigué par cette demande, le chauffeur nous demande si nous sommes en quête de Siza. A notre réponse affirmative, il nous raconte qu’il est, non seulement un de ses fans, mais aussi un des ses chauffeurs attitrés. Et voila que Baron se met à jubiler, apprenant que le siège sur lequel il est assis a été maintes fois foulées par les augustes fesses de son architecte préféré. Après un stop à l’école d’architecture de Porto, également dessinée par Siza, nous faisons un crochet du coté du front de mer, en dehors de la ville, près de l’embouchure du Douro. Curieuse image que celle du linge suspendu sur la corniche entre les réverbères futuristes! C’est au cours de cette pose que notre chauffeur nous ouvre le coffre de son véhicule qui est plein de publications consacrées a Alvaro. Toute une bibliographie roulante. Et si nous avions des bagages, nous les aurions mis ou? Dernière étape de ce pèlerinage, la Fondation Serralves pour l’art contemporain. Dans un grand parc, deux bâtiments sont ouverts au public. La villa du collectionneur Serralves, aux façades roses, avec des maîtres de l’art moderne portugais, et le nouveau musée, construit par Siza, ou sont conservées des oeuvres de maîtres contemporains. On y présente également des expositions temporaires. La librairie est très bien achalandée, mais nous nous dirigeons vers le café au 1er étage. Mais Baron s’arrête tout d’un coup:
-Mon dieu, regarde le type, là!
-le barbu grisonnant qui est avec une dame? Et alors?
-C’est Alvaro Siza! Et la femme à côté de lui, c’est son épouse, une artiste très connue!
Mais nous connaissons tous les blagues à la Baron. Celui-ci, pour nous convaincre, nous entraîne à la librairie, sort une monographie et nous montre sa photo. En effet, c’est bien lui! Retour au café. Nous nous installons à la table juste à côté du couple convoité. Baron, aussi tendu que s’il avait vu une apparition divine (Fatima, c’est pourtant pas aujourd’hui), feuillette la brochure consacrée à l’architecture des lieux, en espérant une intervention du saint personnage. Et l’autre baron de lui renchérir:
-Si si, il a jeté un coup d’œil en ta direction. Very sharp!
Mais ce n’est pas tout. Il faut briser la glace. Alors, Baron se risque:
-Excuse me, are you Alvaro Siza ?
Cette question, il l’a déjà entendue mille fois, le monsieur. Mais Alvaro Siza il n’est pas!

Pour nous remettre de cette déconvenue, nous allons dîner chez Lapin, un des restaurants les plus réputés de Porto. Les crevettes y sont excellentes et l’ambiance très sympa.

ci-dessus, Alavao Siza, le musée Serralves, Porto
27 / 12 / 00 – braga / porto -

Les paysages du Nord du Portugal sont toujours engloutis sous les inondations. C’est le Delta du Mékong! Remember Can Tho? Of course. A Braga, c’est un déluge ininterrompu. De la petite gare, il faut marcher -ou plutôt nager- pour rejoindre le centre ville. En chemin, Baron achète le parapluie le plus kitsch du voyage (fameux manche doré). Braga est une ville conservatrice et religieuse, avec des palais baroques et des églises en qui en font sa célébrité. Il s’en dégage une certaine austérité qui contraste avec le bonheur de vivre et le dynamisme de Porto. Heureusement que certaines interventions architecturales viennent dépoussiérer ce paysage urbain un peu suranné. C’est la cas du marché municipal et du café qui lui est adjacent qui ont été conçus par Edouardo Souto da Moura. Ce disciple d’Alvaro Siza utilise avec intelligence et bonheur les structures métalliques qui sont devenues sa marque de fabrique. Pas de maniérisme ni d’états d’âmes, mais un design intelligent et épuré.

Le monument le plus spectaculaire de Braga se trouve à l’extérieur de la ville. Le Bom Jesus da Monte est une cathédrale du XVIIIe s perchée sur une colline et précédée d’un gigantesque escalier monumental  chef d’œuvre de la théâtralité baroque. Impossible de faire l’impasse sur ce lieu qui est desservi par l’autobus des transports publics. En chemin, dans une banlieue de la ville, la circulation (déjà pas terrible) est irrémédiablement bloquée par un accident de voiture. Encore qu’accident est un grand mot pour le flirt qui a opposé deux véhicules qui ont gardé leur position au milieu de la rue en attendant l’arrivée des experts. Les passagers du bus sont débarqués et doivent rejoindre à pied la route principale et attendre. Faire de l’auto stop? Vous n’y pensez pas, les gens du coin vous prennent pour damnés. C’est finalement le même autobus qui fini par arriver et nous emmener, à Bom Jesus, point de départ aval des fameux escaliers (avis aux téméraires) et du funiculaire qui atteint le sommet en 30 secondes. Spectaculaire. Au sommet, la vue est grandiose, l’église pas franchement belle. 

ci-dessus, Porto, marché de Bolhao
Retour à Porto, épuisés et trempés, pour faire un gros dodo. Cloclo et Baron, de plus en plus en manque de Hotmail, errent quelque temps dans le centre ville à la recherche d’un cybercafé ou ils passeront une partie de la nuit.

28 / 12 / 00 – porto – marco de canaveses – buçaco

Tôt le matin, nous arrivons à l’Alfandega pour visiter le musée de transports qui a été aménagé en 2000 par l’architecte Edouardo Souto da Moura. Le musée est encore fermé à cette heure-ci, mais, à force de négocier, nos obtenons l’autorisation de jeter un coup d’œil sur les lieux imposants et déserts.

Aéroport de Porto. Jean-Paul, qui arrive sur le vol de la Swissair (qui existait encore), est attendu avec impatience et a droit à un accueil festif. Nous comptons sur son permis de conduire suisse pour louer une voiture. Mais notre JP a oublié son permis de conduire à Beyrouth ou à Genève. La seule autre personne qui a permis de conduire  international sous la main, c’est Baron. Manque de pot, Baron ne sais conduire que des voitures à boite automatique. Allez trouver une bagnole pareille à l’aéroport de Porto en dernière minute, en pleine période de vacances! Nous tombons finalement, chez Sixt, sur une vieille Ford Escort qui sera notre home pour les trois jours suivants.

ci-dessus, Marco de Canaveses, l'église Sainte Marie, Alvaro Siza
En route pour Marco de Canaveses. 50 km d’autoroute, puis la sortie annoncée, tout va bien. Et puis, un embranchement: Tout droit, Marco, à droite, Canaveses! Et Marco de Canaveses dans tout ça, on coupe la poire en deux? Au pif, nous allons à droite, peut être par réflexe de compter sur le nom de famille? Bref, errance dans les près et les collines du Douro, mais point d’agglomération à l’horizon. 30 minutes plus tard, retour sur nos pas, il fallait compter sur le prénom. Marco de Canaveses est une bourgade sans histoires jusqu’au jour ou elle décida de se doter d’une église moderne. Et de confier la tache à Alvaro Siza, rien de moins. Le projet, achevé en 1999, est un des derniers grands chefs-d’œuvre de l’architecture religieuse du IIe millénaire. Dans une structure basée sur le plan basilical rectangulaire, Siza a savamment et sobrement joué avec les courbes, les ouvertures et les sources de lumière. Le baptistère est un tour carrée recouverte de céramique blanche avec le Baptême du Christ en azulejo dessiné par Siza en personne. A noter qu’on peut acheter sur place, des livres, de beaux tee-shirts (une fois n’est pas coutume) et des carreaux d’azulejos signés Siza reproduisant le Baptême du Christ.

La route continue vers Villa Real. On grimpe en altitude et le temps empire à vue d’œil. Bonjour le brouillard. Pas idéal pour se balader dans les collines du coin. Jean Paul a faim, donc arrêt au Mac Do. Le temps que le Solar de Mateus, château baroque du domaine produisant ce célèbre vin rosé, et but de notre excursion, ait fermé ses portes! La route de montagne étant trop dangereuse pour continuer directement sur Coimbra, il faut revenir sur Porto. Nous aurons fait 200km de route sous pluie et brouillard pour un Mac Do!

Cap vers le sud. Avant Coimbra, il est prévu de faire une pause à Buçaco. La localité est célèbre pour son hôtel, le plus extravagant du pays. Le Buçaco Palace est une folie néo-gothique construite à la fin du XIXe s par un architecte italien (Luigi Manini) au milieu d’un immense parc boisé. L’arrivé de nuit n’est pas des plus rassurantes et les fantômes semblent au rendez-vous. L’endroit est vraiment extraordinaire, la déco est un sommet du kitsch et l’accueil est aussi froid qu’au dortoir de la Marine à Vladivostok. On dérange? Dans le salon, Mona Ayoub (selon Baron) et ses amis grignotent un mezzé, au restaurant, des japonais dégustent un repas qui parait aussi insipide qu’onéreux. Charmante ambiance. Pause dans les canapés du bar, mais personne ne de daigne de venir nous abreuver. Tant pis, quittons cet endroit.

ci-dessus, Coimbra 
Arrivés à Coimbra en pleine nuit (il doit être 23h) sans réservation, les deux Baron font le tour des hôtels de la ville, laissant Claude et Jean Paul roupiller sur la banquette arrière de la ford. Les adresses se suivent et ne se ressemblent pas! Ici, c’est fermé, normal, on est en période de fêtes. Ailleurs, c’est complet, mais on nous propose de loger à coté, dans une espèce d’annexe que les hôteliers annoncent être leur appartement privé. Ils nous emmènent dans des sortes de chambres (ou plutôt un grenier) auxquelles on accède par une échelle en bois et qui sont séparées par des tentures! Nous faisons entre-temps des allées et venues à l’hôtel Astoria, le plus bel établissement de la ville, ou nous tentons de négocier au rabais une suite pour quatre personnes. Mais les lustres, les belles boiseries et la vue sur le Rio Mondego ne seront pas au rendez-vous de notre budget et nous débarquons finalement à l’Hôtel Oslo, propre et sans histoires. Tout le monde se jette au lit sauf l’inépuisable Baron qui tient à prendre un verre en ville et se retrouve au café Central avec une ambiance du tonnerre et un débat public (en portugais, évidement) sur la mondialisation.

29 / 12 / 00 – coimbra – batalha – fatima - obidos -

Comme toute ville portugaise qui se respecte, Coimbra est escarpée. Si Lisbonne et Porto sont respectivement les Alpes et la Cordillère des Andes, Coimbra c’est l’Everest. Et au sommet se trouve l’université, la plus ancienne du pays. C’est à l’instar de Padoue et d’Oxford, un de ces endroits cultes du savoir en Europe. L’université de Coimbra a été fondée en 1290 et son histoire est intimement liée à celle de la cité. Elle a d’ailleurs pour voisines les deux cathédrales, la Sé Velha (cathédrale vieille) de style roman, presque fortifiée (ne pas manquer, à l’intérieur, le retable flamand du XVe s et le cloître) et la Sé Nova (cathédrale nouvelle) dont l’intérieur est doté d’un riche décoration baroque. Mais la visite la plus spectaculaire est sans doute celle de la Bibliothèque Joanine, joyau de l’université de Coimbra, avec son exubérance théâtrale, ses plafonds peints et ses rayonnages vertigineux. Cette réalisation du début du XVIIIe siècle est, curieusement, anonyme... Plus équilibrée et classique paraîtra l’architecture du Museo Machado de Castro, qui était en fait palais épiscopal, avec sa cour entourée d’une galerie à portiques sur deux étages et sa superbe vue plongeante sur la ville. Finalement, toutes ces beautés sont les récompenses d’une ascension matinale qui fut haletante... Pour la descente, ce sera presque les pieds devant! 

ci-dessus, Batalha
Retour à la ville basse, ses rues piétonnes et commerçantes, pour faire une petite pause avant de récupérer la ford au parking de l’hôtel. C’est alors que nous quittons Coimbra en milieu de journée pour visiter Batalha, un des points forts de notre voyage. Après une route sans histoire, nous arrivons donc à Batalha, qui n’est pas une agglomération avec une église, mais plutôt un village construit autour d’une cathédrale (un peu le genre de rapport qu’il y a entre El Jem en Tunisie, et son amphithéâtre. L’abbaye de Batalha a été construite pour commémorer une bataille qui a opposé, en 1385, le Portugal à l’Espagne. Elle se trouve à peu près sur les lieux du drame, ce qui explique son emplacement singulier. C’est donc avant tout un monument commémoratif construit par une volonté royale. Batalha est un des plus beaux exemples de l’architecture manuéline, ce style typiquement portugais dérivé du gothique. La façade extérieure est d’une complexité étonnante avec des entrelacs, ses formes serpentines animant les fenêtres. A l’intérieur, la nef est immense, imposante et stricte. Sur sa droite se trouve la Chapelle du Fondateur, de plan carré (superbe coupole étoilée), et sur la gauche, le fabuleux cloître royal avec ses arcs ornés de remplages en dentelle de marbre qui semblent être une interprétation chrétienne des moucharabiehs arabo-musulmans. On notera que chaque travée possède une décoration qui lui est propre, ce qui rend la richesse de ce langage graphique encore plus impressionnante. Enfin, il y a les chapelles inachevées, destinées à recevoir les sépultures royales. Entre-temps, Batalha et sa bataille héroïque n’étaient plus à la mode, et les souverains ont préféré rester post mortem dans la capitale. Il résulte un espace octogonal desservi par un portail monumental d’une profusion baroque et par 7 chapelles (le plan rappelle un nid d’abeille) mais qui n’a jamais été couvert par une quelconque toiture. Nous avons eu la chance de visiter les lieux après la pluie (à propos, c’est la première journée de beau temps du voyage!) et le sol couvert d’eau faisait un effet de mirroir. Batalha est vraiment grandiose, une des plus belles expériences architecturales du voyage, qui pourtant n’en manque pas.
ci-dessus, Fatima
Grand dilemme: Batalha est à mi-chemin entre Nazaré, vers l’ouest, et Fatima, vers l’est. Il faut choisir entre la station balnéaire, avec ses plages et restaurants de pêcheurs, et le sanctuaire de la Vierge miraculeuse pour se laver de nos péchés! Le conflit entre le vice et la vertu. Si les deux Baron estiment avoir vu assez d’églises, Jean-Paul aimerait, pour une fois, aller dans un lieu de culte pour y prier, et non pour se soumettre aux goûts architecturaux des deux Baron et à leurs remarques "regarde le détail de la porte, ça ne te rapelle pas la mosquée de Potsdam?", "tu as vu ça? c’est du land art!". Donc, une fois n’est pas coutume, c’est la vertu qui l’emporte. La ville de Fatima, qu’on atteint au terme d’une route assez tortueuse (Dieu nous protège en nous ayant épargné de ses averses), est un ensemble d’hôtels et de magasins de bondieuseries qui s’organisent autour du sanctuaire. En période de pèlerinage, elle doit être grouillante, ce qui n’est pas vraiment le cas aujourd’hui. D’immenses photos en noir et blanc des enfants à qui  la Vierge est apparue en 1917 sont accrochées sur la façade de l’église. Celle-ci est précédée d’une immense  esplanade qui malgré ses allures staliniennes, ne manque pas d’imposer une certaine émotion. Le terre plein est traversé par une ligne dallée de marbre réservée aux pénitents qui achèvent un pèlerinage en se déplaçant à genoux. Cette ferveur est très impressionnante. C’est alors que le jour tombe que nous quittons Fatima (après avoir sacrifié à l’inévitable achat de souvenirs), direction, Obidos, puis Lisbonne.

La dernière étape de cette longue journée sera, avant de rentrer sur Lisbonne, Obidos. Il fait nuit lorsque nous arrivons dans cette ville fortifiée perchée sur une colline, et ça n’arrange pas les choses pour Baron qui manœuvre la Ford avec difficulté dans les ruelles étroites et escarpées avant de se décider de la parquer quelque part. Obidos est une ville médiévale comme on les aime, traversée par la rua Direita, plus ou moins droite, le long de laquelle se trouvent de nombreuses boutiques qui vendent des articles en coton, la spécialité artisanale locale. Nous allons jeter un coup d’oeil du côté du Château, transformé en Pousada et faisons une petite tournée des cafés et restaurants qui semblent bien accueillants. Mais nous ne dînerons pas là, les clubs de fado de la capitale nous appellent! Retour, donc, sur Lisbonne, et fin de ce parcours routier. La Ford trouve miraculeusement une place sur traverso de Gloria, juste en face de la Residencia Roma ou nous faisons notre retour triomphant, puisque nous partîmes à trois, nous voila quatre à présent, en attendant de passer à six. 

Soirée fado, donc réservation d’une table au Clube de Fado, dans l’Alfama, sur les conseils de Joe Hayeck. Arrivés en cours de prestation, nous devons attendre la fin de cette dernière dans le vestibule avant de prendre place à l’intérieur. Baron entame alors une conservation avec un homme âgé dont nous dit fièrement que c’est une grande star de la chanson (il nous montre même sa photo sur le mur, avec Amalia, dans les années 50). Et il lui demande ce qu’il va nous chanter, ce soir (parce qu’il connaît tout le répertoire, Baron!). Chanter? mais je ne suis pas chanteur de fado, je suis le portier! Entre-temps, nous pouvons entrer dans la salle. Le repas est servi lors des arrêts séparant les prestations des différents chanteurs qui se succèdent durant toute la soirée. Pendant le spectacle, les lumières s’éteignent, et c’est le silence total afin ne pas perturber le concert. Le fado est une musique de sentiments et d’émotions fortes, on ne fait pas que l’écouter, on la sent. Il semble que Jean-Paul ait pris ces règles un peu trop à la lettre puisqu’en plein concert, on le voit, yeux exorbités, bouche grande ouverte, tomber dans les pommes. Emotions fortes, oui, le spectacle est à notre table, et Baron et Claude tentent de réveiller la victime alors que nos voisins nous réprimandent pour notre indécente agitation. Ce qui suit rappelle un peu la sortie de Tintin, Haddock et Milou après le passage de la Castafiore au Music Hall dans les 7 Boules de Cristal. Après avoir raccompagné les blessés de guerre à l’hôpital (pardon à l’hôtel) les deux Baron se remettent en faisant la tournée des bars sur les docks d’Alcantara, un des hauts lieux des nuits lisboètes. Si certaines boites ont un côté un peu nouveau riche, il y a en revanche toute une série de bars très intéressants. La soirée s’achève à l’Indochine, qui était alors un lieu très chaud...

30 / 12 / 00 – lisbonne – sintra -

Nous ne verrons pas les collections permanentes du musée Gulbenkian, fermé pour travaux. Nous avons droit, en revanche, à deux expositions temporaires qui viennent du Brésil. De l’art contemporain, qui est l’occasion de découvrir des artistes jeunes, très créatifs et pas forcement très connus. Encore moins connues sont les civilisations de l’Amazonie dont nous parcourons ensuite les salles ou sont exposés des objets provenant de fouilles archéologiques. Magnifiques objets en terre cuite. Pendant ce temps, Baron est parti à l’aéroport accueillir Yasha et Marielle qui constituent la 3e vague d’arrivée de ce voyage.

Le groupe étant enfin réuni au grand complet, nous prenons le train pour Sintra depuis la célèbre gare néo manuéline de Lisbonne-Rossio. Sintra est un des endroits les plus touristiques du Portugal. A une demi-heure de la capitale, c’est une succession de collines verdoyantes couvertes de châteaux extravagants. Le plus célèbre est le Palacio National, résidence royale construite entre les XIIIe et XVe s. Il est facilement reconnaissable grâce à ses deux immenses cônes qui sont en fait les cheminées d’aération des cuisines. Dans ces dernières, on pourra d’ailleurs apprécier l’échelle des marmites! Nous allons ensuite prendre l’air, à propos, c’est le premier jour du voyage sans pluie, dans les hauteurs, du côté du Palacio da Pena, un gigantesque gâteau multicolore perché au sommet d’une colline. Construit au XIXe s par un prussien, c’est un mélange entre le château de la belle au bois dormant de Disneyland et du rococo outre Rhin, bref, le summum du kitsch. Alors que la journée s’achève, nous revenons sur le centre de Sintra, aéré et très agréable. Les deux Baron entraînent Yasha au Museo de Arte Moderna. C’est un ancien casino à l’architecture assez baroque qui a été aménagé en 1997 pour accueillir la collection Berardo. Cette dernière est principalement axée sur l’art anglo-saxon de l’après 1945 (beaucoup de Pop Art). Elle possède une des fameuses Boite en Valise (Series C, 1958) et La Carte Surrealiste, Première série, vingt et une cartes (1937) de Marcel Duchamp, et un extraordinaire Oedipe et le Sphinx d’après Ingres de Francis Bacon qui aurait appartenu à Sylvester Stallone.

Retour à Lisbonne. Ce soir, nous allons dîner au Chapito, un restaurant bar installé dans une ancienne école de cirque dans le quartier de l’Alfama. L’endroit est très agréable et la cuisine est une des plus savoureuses que nous ayons dégusté dans le pays. Alors que Yasha et Marielle, épuisées, et escortées par Baron, rentrent à l’hôtel, Claude, Jean-Paul et Baron vont continuer la soirée au Pavillon Chinois, un des bars les plus fabuleux du monde.

ci-dessus, Lisbonne, vers Belem
31 / 12 / 00 – lisbonne -

Dernière journée de l’an 2000 à Belém. Grands moments à travers les innombrables musées, le fabuleux monastère des Jéronimos, et puis, l’image de la tour de Belém dans la tempête, avec un ballet d’hélicoptères survolant le site où se déroulera ce soir le feu d’artifice du Nouvel An. Il y a des couples qui viennent célébrer leurs noces et prennent la pause alors que les robes blanches semblent s’envoler sur les pas des explorateurs... 

Et puis la soirée du Nouvel An, justement... fut épique ! 
Tout a commencé dans un tram bondé pour aller voir les feux d'artifice a la tour de Belém. Très bien, les feux d’artifice, sur le Tage. Mais il faut revenir vers le centre. Le but était de continuer la soirée au Lux, la boite branchée de John Malkovitch. Encore faut-il pouvoir trouver un moyen de locomotion. Les trams, bus et taxis étaient pris d'assaut de telle manière qu'il eut fallut attendre jusqu'au matin pour y accéder! Entre-temps, nous étions affamés et n’avions rien à nous mettre sous la dent (c’est presque devenu une  habitude de ce voyage, que de mourir de faim les soirs de fête, ceux au cours desquels on attrape généralement une indigestion). Nous n’avons pas d’autre choix que de marcher jusqu'a quelque part mais sans savoir où. 3km à pied jusqu'au pont suspendu du 25 avril, et nous sommes pris sous une pluie diluvienne. Nous voyons un restaurant qui a l’air ouvert mais qui est de l’autre côté de la route. Il faut emprunter un pont piéton pour traverser, et avec la bourrasque, cela relève presque de l’exploit. Marielle manque de peu de s’envoler. Nous nous réfugions finalement dans l'établissement, un café de zouzous avec des mômes, des tétas et la musique démodée. Apres quelques pas de danse, des bières et des croque-monsieur, la branche dure du mouvement décide de profiter de l'accalmie météorologique pour tenter de rallier un endroit plus civilisé sur les docks d’Alcantara qui ne sont plus très loin. Mais c’était sans compter avec le déluge qui reprit de plus belle. Les parapluies se démantelaient dans tous les sens, et Marielle virevoltait comme un pingouin. Les boites et bars étaient pris d'assaut avec des queues interminables, et vers 4h nous nous retrouvâmes à la gare d'Alcantara jusqu'a ce qu'un tram veuille bien nous ramener vers le centre. Ce fut humide et non traditionnel, mais je ne sais pas si tout le monde a apprécié.

01 / 01 / 01

Drôle de journée. A peine le groupe était au complet, qu’il commence à se séparer. La nuit de la veille ne fut pas sans conséquences sur le mental des troupes. Baron rentre à Beyrouth où il semble qu’il ait des affaires urgentes à traiter. Il est tellement pressé qu’il se rend à l’aéroport 5 heures avant le décollage de son avion. Il manque de peu d’être rejoint par Claude et Jean-Paul qui sont tous deux mus par un désir inexplicable de le suivre et le manifestent au cours d’une scène surréaliste dans le parking souterrain de l’aérogare. En fait, toute l’équipée est venue à l’aéroport non pas pour faire ses adieux à Baron, mais pour récupérer la Ford Escort et continuer le voyage vers l’Alentejo. Le narrateur ayant embarqué à bord du vol de la Lufthansa, il fait ici un appel à un des restants, Baron, Yasha, Marielle, Claude ou Jean-Paul, pour achever ce récit de voyage! 

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