| > A BRAGA |
| Braga n’est pas suffisamment
éloignée de Porto pour que ça vaille la peine d’y
passer la nuit. Toutefois, nous ne pourrons pas empêcher les
amateurs de sensations forte de descendre (ou plutôt de monter)
au Castelo do Bom Jesus, un château
néo-gothique du XVIIIe siècle perché aux environs
de la ville, près de la
célèbre église éponyme. C’est un
endroit
extraordinaire tant à l’extérieur, façades
romantiques
dans la forêt rappelant les demeures princières de
Bavière,
qu’à l’intérieur avec des salons somptueux. Pour le
farniente,
sachez que l’hôtel possède une superbe piscine. |
| Sites officiels de la Municipalité de Braga
et de l’Universidade do
Minho. Braga
Virtual contient, en portugais, un guide des princpales
attractions de la ville. |
| > A BUÇACO |
| Dormir au Buçaco Palace doit
être une expérience hors du commun. le site
internet |
| > A COIMBRA |
| Nous avons logé à l’hôtel Oslo,
moderne, convenable et central, mais assez ordinaire. Si votre budget
le permet,
choisissez sans hésiter le superbe Hôtel
Astoria. Ce dernier appartient au groupe Alexandre de Almeida,
une des rares chaînes d’hôtels privées et
familiales, qui possède
également le Buçaco Palace. |
| Sites internet: Câmara Municipal de
Coimbra (portugais), Région de Tourisme du Centre
(français disponible) et Université de Coimbra. |
| > A FATIMA |
| Santuário de
Fátima, le site internet officiel (il y en a un paquet
qui ne le sont pas), version française disponible. |
| > A OBIDOS |
| L’adresse de référence
à Obidos est évidement le Castelo Pousada,
aménagé dans l’ancien château. Architecture
manuéline, jardin intérieur, l’endroit est très
agréable et il faut
réserver à l’avance. |
| Site internet de la Camara Municipal d’Obidos
avec des pages en français et un agenda des
évènements. |
| > A SINTRA |
| Les nababs qui souhaitent prolonger
leur séjour dans ces modestes lieux pourront s’accommoder de la
frugalité du Tivoli Palácio de Seteais.
En ensemble palatial du XVIIIe s composé d’un corps central en
forme
d’arc de triomphe encadré de deux ailes néoclassiques. A
l’intérieur,
lustres en cristal, tentures flamandes et mobilier régence ne
font
qu’accentuer la misère que procurent jardins, piscine, tennis
privé
et cuisine gastronomique. Dans un autre registre, Sintra compte nombre
de
demeures classées et autres manoirs qui font hôtels, comme
la Casa
Miradouro,
superbement rénovée et la Quinta das Sequoias
qui est un lodge en plein dans la forêt. Ne pas manquer de
prendre le thé dans la bibliothèque. |
| Le site internet de la Collection Berardo
permet de visionner l’ensemble des collections par artistes ou par
mouvements. |
| Le site internet de la Camara Municipal de Sintra.
Bonne présentation, contenu consistant et pages d'infos
touristiques en français. |
| > LES 6 MEMBRES DE
L'EXPEDITION |
| Claude : hotmail ! |
| Greg : Baron |
| Jean-Paul : la victime |
| Marielle : le pingouin |
| Patrick : Baron |
| Yasha : la mauvaise conscience
de Baron |
|
|
|
| 23
/ 12 / 00 – lisbonne -
Il
pleut des cordes sur Lisbonne. Un taxi grincheux nous dépose sur
traversa da Gloria, ruelle perpendiculaire à l’Avenida de
Libertade, qui n’a de glorieux que le nom: Entre un garage et une
gargote peu inspirante, l’entrée fort discrète de la
residencia Roma, QG portugais de B&B. Premier contact avec la
Baixa, “ville basse”, enchâssée entres les
collines abruptes du Barrio Alto et de l’Alfama. Toutes les grandes
places
sont en chantier: A Restauradores, la gare néo manuéline
du
Rossio, couverte de bâches, semble moins attrayante que dans les
cartes
postales. Quasiment invisibles et impraticables, Rossio et Figueira
sont
creusées de partout. De là partent les rues
parallèles,
commerçantes et animées, vers la célèbre
Praça
de Commercio qui se prolonge, par des marches, dans les eaux du Tage.
Là
aussi, ni Tage, ni Mahal, mais tranchées et grues!
|
|
| ci-dessus, Claude au musée du Chiado, Jean Michel
Wilmotte arch, Lisbonne |
| -Allons
voir le quartier du Chiado. Ici, le chantier de reconstruction
après l’incendie de 1985 est arrivé à son terme.
Alvaro Siza a fait un boulot remarquable. Son collègue Jean
Michel Wilmotte a signé la
réalisation du Museu de Chiado. Nous avons la chance de
tomber
sur une expo consacrée à Man Ray.
Dégustation
de douceurs à la Confetteria Nacional, fameux jaunes d’œufs
enrobés de sucre pour préparer la fièvre du samedi
soir pour les deux Baron (qui ne manquent pas de faire l’acquisition
d’un ‘shot’ particulièrement corsé pour leur ami Ralph),
alors que Claude préfère se refaire une santé (au
lit). A la découverte des lieux de la nuit lisboète. On
sort très tard dans cette ville. Dîner (pas avant 22h)
chez Casanova avant de passer au Lux, le bar le plus branché de
la ville. Déco design et faune éclectique.
24
/ 12
/ 00 – lisbonne -
Veille
de Noël, ici c’est déjà férié. Seul le
site de l’Exposition Universelle, appelé solennellement Parc des
Nations, est ouvert aujourd’hui. Belle promenade architecturale
à travers les pavillons, visite de l’océanorium ou nous
rencontrons Joe Hayeck, et
déjeuner pantagruélique dans une des gargotes du site. La
cuisine
portugaise dans ce qu’elle à de moins diététique.
Nous
ne savons pas encore à quel point ce repas est précieux.
Réveillon
de noël. Tous les lisboètes sont partis festoyer en
famille.
Les rues sont désertes. Tous les restaurants de la ville sont
fermés. Fermés aussi, snacks, boulangeries,
épiceries, supermarchés et même Mac Do. Joe Hayeck
nous téléphone pour le confirmer. Il n’y a que les hotels
cinq étoiles qui servent quelque chose jusqu’à 21h30. La
residencia Roma nous a offert une galette. Ce sera notre dîner de
Noël. Seule activité envisageable pour la soirée,
la messe de minuit à la Cathédrale de Sé.
22h20:
Claude et les deux Baron attendent un bus sous un abribus de l’Avenida
de
Libertade engloutie par un déluge.
22h40:
Claude et les deux Baron attendent un taxi sous un abribus de l’Avenida
de
Libertade engloutie par un déluge.
23h00:
Claude et les deux Baron attendent la police touristique sous un
abribus
de l’Avenida de Libertade engloutie par un déluge.
23h20:
Claude et les deux Baron attendent les Tartares sous un abribus de
l’Avenida
de Libertade engloutie par un déluge.
23h40:
Claude et les deux Baron n’attendent plus Godot sous un abribus de
l’Avenida
de Libertade engloutie par un déluge.
24h00:
Messe de Noël à trois, trempés jusqu’aux os, dans la
chambrée.
25
/ 12
/ 00 – lisbonne / porto -
Noël.
Férié et morose. Pour ne rien changer, il pleut.
Promenade dans
les ruelles désertes du Barrio Alto et du Chiado. Pause jus
d’orange frais au bar du Regency, l’hôtel que vient d’achever
Alvaro Siza dans le cadre de son projet de reconstruction du quartier.
Retour
dans la Baixa. La faim se fait sentir et, hormis les gargotes et
attrape touristes,
tout est fermé. Nous choisissons celui qui parait le moins
minable
et le moins cher (sans commentaires) avant de prendre le train pour
Porto.
Nous sommes à bord d’un ‘Alfa Pendular’, le TGV portugais: la
grande
classe.
Arrivée
à la grande gare de Porto, très éloignée du
Centre et ou les taxis se font aussi rares que les bus. Après
moult pérégrinations, nous rejoignons enfin la Residencia
Paco de Acucar avant de faire un petit tour en ville pour trouver
quelque chose à dîner. Comme nous sommes un lendemain de
veille de Noël, et qu’à Noël vous vous êtes, en
principe suffisamment gavés, tous les restaurants de Porto sont
fermés. Seul un kiosque, sur Praça da Libertade nous
servira des saucisses tièdes sous la pluie glaciale. C’est
justement l’atmosphère que nous retrouvons dans notre chambre,
qui aurait été charmante en d’autres temps. C’est clair,
notre residencial n’est pas une adresse hivernale, d’ailleurs nous
sommes les seuls clients!
|
|
| ci-dessus, Lisbonne, azulejos |
| 26
/ 12 / 00 – porto -
Porto
est une ville charmante et intéressante. Pour le premier
adjectif, il concerne surtout les montées incessantes des
escaliers escarpés sous une pluie battante. N’empêche que
l’ascension jusqu’à la cathédrale médiévale
est bien récompensée, notamment par une vue panoramique.
Porto réserve toujours des (plutôt) bonnes surprises: Des
rives du Douro dominées par l’extraordinaire pont construit par
Gustave Eiffel et qui a l’air suspendu en l’air, au quartier de
l’université, la ville regorge de monuments fort
étonnants, comme ces églises baroques aux façades
entièrement
couvertes d’azulejos, ces carreaux de céramique bleue. Ces
même
azulejos tapissent d’ailleurs le hall de la gare de Sao Bento et c’est
assez
spectaculaire...
|
Nous
déjeunons dans un petit restaurant du centre qui malgré
sa simplicité, s’avère fort appréciable
après tous les repas manquants des jours
précédents. Ensuite, l’après midi est
consacrée au Porto d’Alvaro Siza, le plus fameux architecte
portugais, qui y réside et travaille. Nous donnons à un
taxi l’adresse de son agence. Pas
que nous espérons une audience, mais simplement voir l’immeuble
qui
a été conçu par le maître. Intrigué
par
cette demande, le chauffeur nous demande si nous sommes en quête
de
Siza. A notre réponse affirmative, il nous raconte qu’il est,
non
seulement un de ses fans, mais aussi un des ses chauffeurs
attitrés.
Et voila que Baron se met à jubiler, apprenant que le
siège
sur lequel il est assis a été maintes fois foulées
par
les augustes fesses de son architecte préféré.
Après
un stop à l’école d’architecture de Porto,
également
dessinée par Siza, nous faisons un crochet du coté du
front
de mer, en dehors de la ville, près de l’embouchure du Douro.
Curieuse
image que celle du linge suspendu sur la corniche entre les
réverbères
futuristes! C’est au cours de cette pose que notre chauffeur nous ouvre
le
coffre de son véhicule qui est plein de publications
consacrées
a Alvaro. Toute une bibliographie roulante. Et si nous avions des
bagages,
nous les aurions mis ou? Dernière étape de ce
pèlerinage,
la Fondation Serralves pour l’art contemporain. Dans un grand parc,
deux
bâtiments sont ouverts au public. La villa du collectionneur
Serralves,
aux façades roses, avec des maîtres de l’art moderne
portugais,
et le nouveau musée, construit par Siza, ou sont
conservées
des oeuvres de maîtres contemporains. On y présente
également
des expositions temporaires. La librairie est très bien
achalandée,
mais nous nous dirigeons vers le café au 1er étage. Mais
Baron
s’arrête tout d’un coup:
-Mon
dieu, regarde le type, là!
-le
barbu grisonnant qui est avec une dame? Et alors?
-C’est
Alvaro Siza! Et la femme à côté de lui, c’est son
épouse, une artiste très connue!
Mais
nous connaissons tous les blagues à la Baron. Celui-ci, pour
nous convaincre, nous entraîne à la librairie, sort une
monographie et nous montre sa photo. En effet, c’est bien lui! Retour
au café. Nous nous installons à la table juste à
côté du couple convoité. Baron, aussi tendu que
s’il avait vu une apparition divine (Fatima, c’est pourtant pas
aujourd’hui), feuillette la brochure consacrée à
l’architecture des lieux, en espérant une intervention du saint
personnage. Et l’autre baron de lui renchérir:
-Si
si, il a jeté un coup d’œil en ta direction. Very sharp!
Mais
ce n’est pas tout. Il faut briser la glace. Alors, Baron se risque:
-Excuse
me, are you Alvaro Siza ?
Cette
question, il l’a déjà entendue mille fois, le monsieur.
Mais Alvaro
Siza il n’est pas!
Pour
nous
remettre de cette déconvenue, nous allons dîner chez
Lapin, un
des restaurants les plus réputés de Porto. Les crevettes
y
sont excellentes et l’ambiance très sympa.
|
|
| ci-dessus, Alavao Siza, le musée Serralves, Porto |
| 27
/ 12 / 00 – braga / porto -
Les
paysages du Nord du Portugal sont toujours engloutis sous les
inondations. C’est le Delta du Mékong! Remember Can Tho? Of
course. A Braga, c’est un déluge ininterrompu. De la petite
gare, il faut marcher -ou plutôt nager-
pour rejoindre le centre ville. En chemin, Baron achète le
parapluie
le plus kitsch du voyage (fameux manche doré). Braga est une
ville
conservatrice et religieuse, avec des palais baroques et des
églises
en qui en font sa célébrité. Il s’en dégage
une
certaine austérité qui contraste avec le bonheur de vivre
et
le dynamisme de Porto. Heureusement que certaines interventions
architecturales
viennent dépoussiérer ce paysage urbain un peu
suranné.
C’est la cas du marché municipal et du café qui lui est
adjacent
qui ont été conçus par Edouardo Souto da Moura. Ce
disciple
d’Alvaro Siza utilise avec intelligence et bonheur les structures
métalliques
qui sont devenues sa marque de fabrique. Pas de maniérisme ni
d’états
d’âmes, mais un design intelligent et épuré.
Le
monument le plus spectaculaire de Braga se trouve à
l’extérieur de la ville. Le Bom Jesus da Monte est une
cathédrale du XVIIIe s perchée sur une colline et
précédée d’un gigantesque escalier
monumental chef d’œuvre de la théâtralité
baroque. Impossible de faire l’impasse sur ce lieu qui est desservi par
l’autobus
des transports publics. En chemin, dans une banlieue de la ville, la
circulation (déjà pas terrible) est
irrémédiablement bloquée par un accident de
voiture. Encore qu’accident est un grand mot pour le
flirt qui a opposé deux véhicules qui ont gardé
leur
position au milieu de la rue en attendant l’arrivée des experts.
Les
passagers du bus sont débarqués et doivent rejoindre
à
pied la route principale et attendre. Faire de l’auto stop? Vous n’y
pensez
pas, les gens du coin vous prennent pour damnés. C’est
finalement
le même autobus qui fini par arriver et nous emmener, à
Bom
Jesus, point de départ aval des fameux escaliers (avis aux
téméraires) et du funiculaire qui atteint le sommet en 30
secondes. Spectaculaire. Au sommet, la vue est grandiose,
l’église pas franchement belle.
|
|
| ci-dessus, Porto, marché de Bolhao |
| Retour
à Porto, épuisés et trempés, pour faire un
gros dodo.
Cloclo et Baron, de plus en plus en manque de Hotmail, errent quelque
temps
dans le centre ville à la recherche d’un cybercafé ou ils
passeront une partie de la nuit.
28
/ 12
/ 00 – porto – marco de canaveses – buçaco
Tôt
le matin, nous arrivons à l’Alfandega pour visiter le
musée de transports qui a été
aménagé en 2000 par l’architecte Edouardo Souto da Moura.
Le musée est encore fermé à cette heure-ci, mais,
à force de négocier, nos obtenons l’autorisation de jeter
un coup d’œil sur les lieux imposants et déserts.
Aéroport
de Porto. Jean-Paul, qui arrive sur le vol de la Swissair (qui existait
encore), est attendu avec impatience et a droit à un accueil
festif. Nous
comptons sur son permis de conduire suisse pour louer une voiture. Mais
notre
JP a oublié son permis de conduire à Beyrouth ou à
Genève. La seule autre personne qui a permis de conduire
international sous la main, c’est Baron. Manque de pot, Baron ne sais
conduire que des voitures à boite automatique. Allez trouver une
bagnole pareille à l’aéroport de Porto en dernière
minute, en pleine période de vacances! Nous tombons finalement,
chez Sixt, sur une vieille Ford Escort qui sera notre home pour
les trois jours suivants.
|
|
| ci-dessus, Marco de Canaveses, l'église Sainte Marie,
Alvaro Siza |
| En
route pour
Marco de Canaveses. 50 km d’autoroute, puis la sortie annoncée,
tout
va bien. Et puis, un embranchement: Tout droit, Marco, à droite,
Canaveses! Et Marco de Canaveses dans tout ça, on coupe la poire
en deux? Au
pif, nous allons à droite, peut être par réflexe de
compter sur le nom de famille? Bref, errance dans les près et
les collines du Douro, mais point d’agglomération à
l’horizon. 30 minutes plus tard, retour sur nos pas, il fallait compter
sur le prénom. Marco de Canaveses est une bourgade sans
histoires jusqu’au jour ou elle décida de se doter d’une
église moderne. Et de confier la tache à Alvaro
Siza, rien de moins. Le projet, achevé en 1999, est un des
derniers
grands chefs-d’œuvre de l’architecture religieuse du IIe
millénaire. Dans une structure basée sur le plan
basilical rectangulaire, Siza a savamment et sobrement joué avec
les courbes, les ouvertures et les
sources de lumière. Le baptistère est un tour
carrée recouverte de céramique blanche avec le
Baptême du Christ en azulejo dessiné par Siza en personne.
A noter qu’on peut acheter sur place, des livres, de beaux tee-shirts
(une fois n’est pas coutume) et des carreaux d’azulejos signés
Siza reproduisant le Baptême du Christ.
La
route continue vers Villa Real. On grimpe en altitude et le temps
empire à vue d’œil. Bonjour le brouillard. Pas idéal pour
se balader dans les collines du coin. Jean Paul a faim, donc
arrêt au Mac Do. Le temps
que le Solar de Mateus, château baroque du domaine produisant ce
célèbre vin rosé, et but de notre excursion, ait
fermé ses portes! La
route de montagne étant trop dangereuse pour continuer
directement sur Coimbra, il faut revenir sur Porto. Nous aurons fait
200km de route sous pluie et brouillard pour un Mac Do!
Cap
vers le sud. Avant Coimbra, il est prévu de faire une pause
à Buçaco. La localité est célèbre
pour son hôtel, le plus extravagant du pays. Le Buçaco
Palace est une folie néo-gothique construite à la fin du
XIXe s par un architecte italien (Luigi Manini) au milieu d’un immense
parc boisé. L’arrivé de nuit n’est
pas des plus rassurantes et les fantômes semblent au rendez-vous.
L’endroit est vraiment extraordinaire, la déco est un sommet du
kitsch et l’accueil est aussi froid qu’au dortoir de la Marine à
Vladivostok. On dérange? Dans le salon, Mona Ayoub (selon Baron)
et ses amis grignotent un mezzé, au restaurant, des japonais
dégustent un repas qui parait aussi insipide qu’onéreux.
Charmante ambiance. Pause dans les canapés du bar, mais personne
ne de daigne de venir nous abreuver. Tant pis, quittons cet endroit.
|
|
| ci-dessus, Coimbra |
| Arrivés
à Coimbra en pleine nuit (il doit être 23h) sans
réservation, les deux Baron font le tour des hôtels de la
ville, laissant Claude et Jean Paul roupiller sur la banquette
arrière de la ford. Les adresses se suivent et ne se ressemblent
pas! Ici, c’est fermé, normal, on est
en période de fêtes. Ailleurs, c’est complet, mais on nous
propose
de loger à coté, dans une espèce d’annexe que les
hôteliers
annoncent être leur appartement privé. Ils nous
emmènent
dans des sortes de chambres (ou plutôt un grenier) auxquelles on
accède
par une échelle en bois et qui sont séparées par
des
tentures! Nous faisons entre-temps des allées et venues à
l’hôtel
Astoria, le plus bel établissement de la ville, ou nous tentons
de
négocier au rabais une suite pour quatre personnes. Mais les
lustres,
les belles boiseries et la vue sur le Rio Mondego ne seront pas au
rendez-vous
de notre budget et nous débarquons finalement à
l’Hôtel
Oslo, propre et sans histoires. Tout le monde se jette au lit sauf
l’inépuisable
Baron qui tient à prendre un verre en ville et se retrouve au
café
Central avec une ambiance du tonnerre et un débat public (en
portugais,
évidement) sur la mondialisation.
29
/ 12
/ 00 – coimbra – batalha – fatima - obidos -
Comme
toute ville portugaise qui se respecte, Coimbra est escarpée. Si
Lisbonne et Porto sont respectivement les Alpes et la Cordillère
des Andes, Coimbra c’est l’Everest. Et au sommet se trouve
l’université, la
plus ancienne du pays. C’est à l’instar de Padoue et d’Oxford,
un
de ces endroits cultes du savoir en Europe. L’université de
Coimbra
a été fondée en 1290 et son histoire est
intimement
liée à celle de la cité. Elle a d’ailleurs pour
voisines
les deux cathédrales, la Sé Velha (cathédrale
vieille)
de style roman, presque fortifiée (ne pas manquer, à
l’intérieur,
le retable flamand du XVe s et le cloître) et la Sé Nova
(cathédrale
nouvelle) dont l’intérieur est doté d’un riche
décoration
baroque. Mais la visite la plus spectaculaire est sans doute celle de
la
Bibliothèque Joanine, joyau de l’université de Coimbra,
avec
son exubérance théâtrale, ses plafonds peints et
ses
rayonnages vertigineux. Cette réalisation du début du
XVIIIe
siècle est, curieusement, anonyme... Plus
équilibrée
et classique paraîtra l’architecture du Museo Machado de Castro,
qui
était en fait palais épiscopal, avec sa cour
entourée
d’une galerie à portiques sur deux étages et sa superbe
vue
plongeante sur la ville. Finalement, toutes ces beautés sont les
récompenses
d’une ascension matinale qui fut haletante... Pour la descente, ce sera
presque
les pieds devant!
|
|
| ci-dessus, Batalha |
| Retour
à la ville basse, ses rues piétonnes et
commerçantes, pour faire une petite pause avant de
récupérer la ford au parking de l’hôtel. C’est
alors que nous quittons Coimbra en milieu de journée pour
visiter Batalha, un des points forts de notre voyage. Après une
route sans histoire, nous arrivons donc à Batalha, qui n’est pas
une agglomération avec une église, mais plutôt un
village construit autour d’une cathédrale (un peu le genre de
rapport qu’il y a entre El Jem en Tunisie, et son
amphithéâtre. L’abbaye de Batalha a été
construite pour commémorer une bataille qui a opposé, en
1385, le Portugal à l’Espagne. Elle se trouve à peu
près sur les lieux du drame, ce qui explique son emplacement
singulier. C’est donc avant tout un monument commémoratif
construit par une volonté royale. Batalha est un des plus beaux
exemples de l’architecture manuéline, ce style typiquement
portugais dérivé du gothique. La façade
extérieure est d’une complexité étonnante avec des
entrelacs, ses formes serpentines animant les fenêtres. A
l’intérieur, la
nef est immense, imposante et stricte. Sur sa droite se trouve la
Chapelle du Fondateur, de plan carré (superbe coupole
étoilée), et sur la gauche, le fabuleux cloître
royal avec ses arcs ornés de remplages en dentelle de marbre qui
semblent être une interprétation chrétienne des
moucharabiehs arabo-musulmans. On notera que chaque travée
possède une décoration qui lui est propre, ce qui rend la
richesse de ce langage graphique encore plus impressionnante. Enfin, il
y a les chapelles inachevées, destinées à
recevoir les sépultures royales. Entre-temps, Batalha et sa
bataille
héroïque n’étaient plus à la mode, et les
souverains
ont préféré rester post mortem dans la capitale.
Il
résulte un espace octogonal desservi par un portail monumental
d’une
profusion baroque et par 7 chapelles (le plan rappelle un nid
d’abeille)
mais qui n’a jamais été couvert par une quelconque
toiture.
Nous avons eu la chance de visiter les lieux après la pluie
(à
propos, c’est la première journée de beau temps du
voyage!)
et le sol couvert d’eau faisait un effet de mirroir. Batalha est
vraiment
grandiose, une des plus belles expériences architecturales du
voyage,
qui pourtant n’en manque pas. |
| Grand
dilemme: Batalha est à mi-chemin entre Nazaré, vers
l’ouest, et Fatima, vers l’est. Il faut choisir entre la station
balnéaire, avec ses plages et restaurants de pêcheurs, et
le sanctuaire de la Vierge miraculeuse pour se laver de nos
péchés! Le conflit entre le vice et la vertu. Si les deux
Baron estiment avoir vu assez d’églises, Jean-Paul aimerait,
pour une fois, aller dans un lieu de culte pour y prier, et non pour se
soumettre aux goûts architecturaux des deux Baron et à
leurs remarques "regarde le détail de la porte, ça ne te
rapelle pas la mosquée de Potsdam?", "tu as vu ça? c’est
du land art!". Donc, une fois n’est pas coutume, c’est la vertu qui
l’emporte. La ville de
Fatima, qu’on atteint au terme d’une route assez tortueuse (Dieu nous
protège
en nous ayant épargné de ses averses), est un ensemble
d’hôtels
et de magasins de bondieuseries qui s’organisent autour du sanctuaire.
En
période de pèlerinage, elle doit être grouillante,
ce
qui n’est pas vraiment le cas aujourd’hui. D’immenses photos en noir et
blanc
des enfants à qui la Vierge est apparue en 1917 sont
accrochées
sur la façade de l’église. Celle-ci est
précédée
d’une immense esplanade qui malgré ses allures
staliniennes,
ne manque pas d’imposer une certaine émotion. Le terre plein est
traversé
par une ligne dallée de marbre réservée aux
pénitents
qui achèvent un pèlerinage en se déplaçant
à
genoux. Cette ferveur est très impressionnante. C’est alors que
le
jour tombe que nous quittons Fatima (après avoir sacrifié
à
l’inévitable achat de souvenirs), direction, Obidos, puis
Lisbonne.
La
dernière étape de cette longue journée sera, avant
de rentrer sur Lisbonne, Obidos. Il fait nuit lorsque nous arrivons
dans cette ville fortifiée perchée sur une colline, et
ça n’arrange pas les choses pour Baron qui manœuvre la Ford avec
difficulté dans les ruelles étroites et escarpées
avant de se décider de la parquer quelque part. Obidos est une
ville médiévale comme on les aime, traversée par
la rua Direita, plus ou moins droite, le long de laquelle se trouvent
de nombreuses boutiques qui vendent des articles en coton, la
spécialité artisanale locale. Nous allons jeter un coup
d’oeil du côté
du Château, transformé en Pousada et faisons une petite
tournée des cafés et restaurants qui semblent bien
accueillants. Mais nous ne dînerons pas là, les clubs de
fado de la capitale nous appellent! Retour, donc, sur Lisbonne, et fin
de ce parcours routier. La Ford trouve miraculeusement une place sur
traverso de Gloria, juste en face de la Residencia Roma ou nous faisons
notre retour triomphant, puisque nous partîmes à trois,
nous voila quatre à présent, en attendant de passer
à six.
Soirée
fado, donc réservation d’une table au Clube de Fado, dans
l’Alfama, sur les conseils de Joe Hayeck. Arrivés en cours de
prestation, nous devons attendre la fin de cette dernière dans
le vestibule avant
de prendre place à l’intérieur. Baron entame alors une
conservation avec un homme âgé dont nous dit
fièrement que c’est
une grande star de la chanson (il nous montre même sa photo sur
le
mur, avec Amalia, dans les années 50). Et il lui demande ce
qu’il
va nous chanter, ce soir (parce qu’il connaît tout le
répertoire,
Baron!). Chanter? mais je ne suis pas chanteur de fado, je suis le
portier!
Entre-temps, nous pouvons entrer dans la salle. Le repas est servi lors
des
arrêts séparant les prestations des différents
chanteurs
qui se succèdent durant toute la soirée. Pendant le
spectacle,
les lumières s’éteignent, et c’est le silence total afin
ne
pas perturber le concert. Le fado est une musique de sentiments et
d’émotions
fortes, on ne fait pas que l’écouter, on la sent. Il semble que
Jean-Paul
ait pris ces règles un peu trop à la lettre puisqu’en
plein
concert, on le voit, yeux exorbités, bouche grande ouverte,
tomber
dans les pommes. Emotions fortes, oui, le spectacle est à notre
table,
et Baron et Claude tentent de réveiller la victime alors que nos
voisins
nous réprimandent pour notre indécente agitation. Ce qui
suit
rappelle un peu la sortie de Tintin, Haddock et Milou après le
passage
de la Castafiore au Music Hall dans les 7 Boules de Cristal.
Après avoir raccompagné les blessés de guerre
à l’hôpital (pardon à l’hôtel) les deux Baron
se remettent en faisant la tournée des bars sur les docks
d’Alcantara, un des hauts lieux des nuits lisboètes. Si
certaines boites ont un côté un peu nouveau riche, il y a
en revanche toute une série de bars très
intéressants. La soirée s’achève à
l’Indochine, qui était alors un lieu très chaud...
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/ 00 – lisbonne – sintra -
Nous
ne
verrons pas les collections permanentes du musée Gulbenkian,
fermé pour travaux. Nous avons droit, en revanche, à deux
expositions temporaires qui viennent du Brésil. De l’art
contemporain, qui est l’occasion
de découvrir des artistes jeunes, très créatifs et
pas forcement très connus. Encore moins connues sont les
civilisations de l’Amazonie dont nous parcourons ensuite les salles ou
sont exposés des objets provenant de fouilles
archéologiques. Magnifiques objets en terre cuite. Pendant ce
temps, Baron est parti à l’aéroport accueillir Yasha et
Marielle qui constituent la 3e vague d’arrivée de ce voyage.
Le
groupe étant enfin réuni au grand complet, nous prenons
le train pour Sintra depuis la célèbre gare néo
manuéline de Lisbonne-Rossio. Sintra est un des endroits les
plus touristiques du Portugal. A une demi-heure de la capitale, c’est
une succession de collines verdoyantes couvertes de châteaux
extravagants. Le plus célèbre est le Palacio National,
résidence royale construite entre les XIIIe et XVe s. Il est
facilement reconnaissable grâce à ses deux immenses
cônes qui sont en fait les cheminées d’aération des
cuisines. Dans ces dernières, on pourra d’ailleurs
apprécier
l’échelle des marmites! Nous allons ensuite prendre l’air,
à
propos, c’est le premier jour du voyage sans pluie, dans les hauteurs,
du
côté du Palacio da Pena, un gigantesque gâteau
multicolore
perché au sommet d’une colline. Construit au XIXe s par un
prussien,
c’est un mélange entre le château de la belle au bois
dormant
de Disneyland et du rococo outre Rhin, bref, le summum du kitsch. Alors
que
la journée s’achève, nous revenons sur le centre de
Sintra,
aéré et très agréable. Les deux Baron
entraînent
Yasha au Museo de Arte Moderna. C’est un ancien casino à
l’architecture
assez baroque qui a été aménagé en 1997
pour
accueillir la collection Berardo. Cette dernière est
principalement
axée sur l’art anglo-saxon de l’après 1945 (beaucoup de
Pop
Art). Elle possède une des fameuses Boite en Valise
(Series
C, 1958) et La Carte Surrealiste, Première série,
vingt
et une cartes (1937) de Marcel Duchamp, et un extraordinaire Oedipe
et le Sphinx d’après Ingres de Francis Bacon qui
aurait appartenu à Sylvester Stallone.
Retour
à Lisbonne. Ce soir, nous allons dîner au Chapito, un
restaurant bar installé dans une ancienne école de cirque
dans le quartier de l’Alfama. L’endroit est très agréable
et la cuisine est une
des plus savoureuses que nous ayons dégusté dans le pays.
Alors
que Yasha et Marielle, épuisées, et escortées par
Baron,
rentrent à l’hôtel, Claude, Jean-Paul et Baron vont
continuer
la soirée au Pavillon Chinois, un des bars les plus fabuleux du
monde.
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| ci-dessus, Lisbonne, vers Belem |
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Dernière
journée de l’an 2000 à Belém. Grands moments
à travers les innombrables musées, le fabuleux
monastère des Jéronimos,
et puis, l’image de la tour de Belém dans la tempête, avec
un
ballet d’hélicoptères survolant le site où se
déroulera
ce soir le feu d’artifice du Nouvel An. Il y a des couples qui viennent
célébrer
leurs noces et prennent la pause alors que les robes blanches semblent
s’envoler
sur les pas des explorateurs...
Et
puis la soirée du Nouvel An, justement... fut épique
!
Tout a
commencé dans un tram bondé pour aller voir les feux
d'artifice
a la tour de Belém. Très bien, les feux d’artifice, sur
le
Tage. Mais il faut revenir vers le centre. Le but était de
continuer
la soirée au Lux, la boite branchée de John Malkovitch.
Encore
faut-il pouvoir trouver un moyen de locomotion. Les trams, bus et taxis
étaient pris d'assaut de telle manière qu'il eut fallut
attendre
jusqu'au matin pour y accéder! Entre-temps, nous étions
affamés
et n’avions rien à nous mettre sous la dent (c’est presque
devenu
une habitude de ce voyage, que de mourir de faim les soirs de
fête,
ceux au cours desquels on attrape généralement une
indigestion). Nous n’avons pas d’autre choix que de marcher jusqu'a
quelque part mais
sans savoir où. 3km à pied jusqu'au pont suspendu du 25
avril,
et nous sommes pris sous une pluie diluvienne. Nous voyons un
restaurant
qui a l’air ouvert mais qui est de l’autre côté de la
route.
Il faut emprunter un pont piéton pour traverser, et avec la
bourrasque, cela relève presque de l’exploit. Marielle manque de
peu de s’envoler. Nous nous réfugions finalement dans
l'établissement, un café de zouzous avec des mômes,
des tétas et la musique démodée. Apres quelques
pas de danse, des bières et des croque-monsieur, la branche dure
du mouvement décide de profiter de l'accalmie
météorologique pour tenter de rallier un endroit plus
civilisé sur les docks d’Alcantara qui ne sont plus très
loin. Mais c’était sans compter avec
le déluge qui reprit de plus belle. Les parapluies se
démantelaient dans tous les sens, et Marielle virevoltait comme
un pingouin. Les boites et bars étaient pris d'assaut avec des
queues interminables, et vers 4h nous nous retrouvâmes à
la gare d'Alcantara jusqu'a ce qu'un tram veuille bien nous ramener
vers le centre. Ce fut humide et non traditionnel, mais je ne sais pas
si tout le monde a apprécié.
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Drôle
de journée. A peine le groupe était au complet, qu’il
commence à se séparer. La nuit de la veille ne fut pas
sans conséquences sur le mental des troupes. Baron rentre
à Beyrouth où il semble qu’il ait des affaires urgentes
à traiter. Il est tellement pressé qu’il se rend à
l’aéroport 5 heures avant le décollage de son avion. Il
manque de peu d’être rejoint par Claude et Jean-Paul qui sont
tous deux mus par un désir inexplicable de le suivre et
le manifestent au cours d’une scène surréaliste dans le
parking souterrain de l’aérogare. En fait, toute
l’équipée
est venue à l’aéroport non pas pour faire ses adieux
à
Baron, mais pour récupérer la Ford Escort et continuer le
voyage
vers l’Alentejo. Le narrateur ayant embarqué à bord du
vol
de la Lufthansa, il fait ici un appel à un des restants, Baron,
Yasha,
Marielle, Claude ou Jean-Paul, pour achever ce récit de
voyage!
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