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Batalha se trouve au centre du Portugal, à mi-chemin entre Lisbonne (118km N) et Coimbra (82 km S), et non loin du lieu de pèlerinage qu’est Fatima (17 km), des autres hauts lieux de l’architecture médiévale que sont Alcobaça (20 km) et Tomar (55 km), du charmant village balnéaire de Nazaré (28 km) et de la ville fortifiée d’Obidos (45 km). Batalha est accessible par la route, depuis l’autoroute A1, des panneaux indiquent la sortie à prendre.
Le site est ouvert tous les jours de 9h à 17h (18h en été) sauf jours fériés.
> DORMIR
La Mestre Afonso Domingues Pousada (tel: 244 76 52 60, fax: 244 76 52 47) est une belle maison juste en face de l’abbaye. La décoration intérieure raffinée et le service soigné en font un lieu de séjour très agréable.
> MANGER / BOIRE
 Des buvettes et cafés à proximité du site permettent de se restaurer.
> LIRE
William Beckford, Souvenirs d'Alcobaça et Bathala, éditions José Corti, 1989. Journal de bord d’un anglais au Portugal à la fin du XVIIIe s.
SUR INTERNET 
Site internet officiel (en portugais) de la commune de Batalha: www.cm-batalha.pt
> ACHETER
La boutique du monastère vend de nombreux souvenirs, des reproductions et des diapositives. Beaucoup de verroterie chez les marchands à proximité du monastère.
Batalha... Bataille. Drôle de nom pour un monastère!
Batalha n’est pas vraiment un endroit ou l’on vient pieusement et simplement prier la Vierge. Bâti en pleine campagne, ce chef-d’œuvre de l’architecture médiévale européenne a plutôt une vocation politique. Un peu d’histoire: Aljubarrota, 15 août (jour de la fête de la Vierge!) 1385, l’armée portugaise du roi João I anéantit, à l’issue d’un combat particulièrement saignant, ses puissants adversaires espagnols. C’est un moment de gloire dans l’histoire du Portugal. Avant le combat, le roi avait fait le voeu, en cas de victoire, de remercier la Vierge en lui construisant une église qui surpasserait toutes les autres réalisations. C’est ainsi que sera fondé, à 15km du lieu de l’évènement, le ‘Monastère de la Bataille’ avec l’Eglise Notre Dame de la Victoire.
Construit à partir de 1388, Batalha est l’expression géniale de l’architecture manuéline, ce style dérivé du gothique et qui est propre au Portugal. Comme à Belém (Jéronimos) et à Tomar, on est sidéré par la richesse ornementale et la complexité graphique qui en découle. La première chose que découvre généralement le visiteur est la façade sud, c’est à dire les murs extérieurs des chapelles inachevées, de la nef et de la chapelle du Fondateur. On a droit a un enchevêtrement de volumes, de fenêtres, de colonnes de toutes formes dimensions, d’aiguilles et de balustrades qui constitue une composition presque illisible mais franchement fascinante. Il y a tant de détails qu’on pourrait la regarder ad vitam aeternam. En revanche, quand on se retrouve face à la façade principale (coté ouest), précédée d’une vaste esplanade, on distingue clairement, côte à côte, l’église (à gauche) et la chapelle du Fondateur (à droite). La façade occidentale de l’église est tripartite, avec un corps central, dans lequel se trouve le portail. La partie centrale est plus haute que les deux parties latérales. Cette différence de niveau correspond à la hauteur de la nef centrale, plus importance que celles des deux collatéraux. Entrons à l’intérieur pour découvrir la nef, très sobre et de proportions monumentales: 80m de long, 32 m de haut. La toiture est composée, comme dans les cathédrales gothiques, de voûtes en ogives. Sur la droite se trouve la fameuse chapelle du fondateur, plus tardive, couverte d’une merveilleuse coupole étoilée. 
batalha
Sur le flanc gauche de la nef se trouve le cloître royal. Un jardin presque carré avec une galerie qui en fait le tour. La galerie ouvre sur le jardin par des arcs brisés. C’est typique des monastères médiévaux. Ce qui est, en revanche, exceptionnel, ce sont les remplages, ces réseaux d’arabesques qui furent insérés dans les arcs au XVe siècle par l’architecte Boytac, auteur du monastère des Jéronimos à Belém. Ainsi, dans chaque travée, 5 ou 4 colonnes finement ciselées se prolongent comme si elles étaient des arbres, par ce qui semble ressembler terriblement à des moucharabiehs! A chaque fois, le dessin, tant des colonnes, que des remplages, est différent, donnant à ce savant mélange des mondes gothique et arabo-islamique, une incroyable richesse iconographique. C’est d’autant plus incroyable que l’architecture, en pierre, semble vouloir ressembler au jardin (végétal). Notons que le rôle du jardin dans un cloître est une sorte de représentation du paradis, vision partagée avec les musulmans. En effet, le mot paradis provient du perse, Fardous, qui veut dire jardin, et le mot jardin lui-même est cousin de Janna, jardin en arabe, qui est aussi synonyme de paradis.
Le dernier point fort de la visite, et non des moindres, est l’ensemble des chapelles inachevées. Le roi Duarte, fils de João I (cité plus haut) fit construire des chapelles destinées à abriter les sépultures royales. Batalha aurait pu devenir l’équivalent portugais de Saint-Denis, près de Paris, ou sont enterrés les rois de France. On prolongea donc le choeur de l’église par un appendice de plan octogonal auquel se greffent 7 chapelles, le 8e côté étant le passage entre le choeur et le complexe funéraire. Ce complexe ne fut jamais terminé, car les successeurs à se désintéressèrent de Batalha, tantôt au profit du monastère des Jéronimos de Belém, tantôt à celui de Tomar. Résultat, les chapelles royales ne furent jamais occupées et surtout, ne reçurent jamais de toiture, puisque les travaux s’arrêtèrent au départ des voûtes. Elles possèdent toutefois une richesse ornementale tout à fait incroyable, et le summum est atteint avec la grande porte qui les relie à l’église. Construite au début du XVIe siècle, au moment ou la renaissance commence, avec sa rigueur, à conquérir l’Europe, cette porte gigantesque est un hymne à la déraison, au fantastique et à l’exubérance. Chant du cygne  d’un style artistique qui n’est plus à la mode, elle marque une espèce d’apothéose interrompue, et, paradoxalement, une invitation au voyage. Peut-être inspirée de l’ornement islamique, avec les motifs de muqarnas qui ornent les palais andalous, elle semble se tourner vers les orients lointains. On pense à l’Inde, aux temples de Khajurâho, voire à Angkor. Ce chef-d’oeuvre a priori anachronique, et c’est là le paradoxe, semble aussi annoncer les extravagances du baroque que les portugais exporteront à partir du siècle suivant (le XVIIe) dans le monde entier, de Macao à Salvador de Bahia, au Brésil, en passant, évidement par Goa.
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