| > ALLER / VENIR |
| Baalbeck se trouve au nord de la
vallée de la Bekaa. Depuis Beyrouth, prendre l’autoroute
Beyrouth-Damas, jusqu’à Chtaura. Après le Mac Do,
bifurquer sur la gauche (panneau indicateur), puis c’est tout droit.
Depuis Damas et la frontière syrienne, se diriger vers Beyrouth
jusqu’à Chtaura, puis prendre la route de Baalbeck sur la
droite. Le tronçon Zahlé-Baalbeck est assez
encombré et fatigant, surtout la nuit ou il est mal
balisé. |
| D’autres routes permettent de
rejoindre Baalbeck: Depuis Bickfaya, par Dour-Choueir-Bois de
Boulogne-Zahlé, ensuite on reprend l’itinéraire
cité plus haut. Routes de montagne depuis Faraya Mzaar-Ouyoun al
Simane et depuis Becharré-les Cèdres par le col d’Ainata
(2600m). Attention, en hiver, ces itinéraires sont
enneigés et difficilement praticables. |
| Pour ceux qui ne sont pas
motorisés, il y a la possibilité de prendre un taxi
à la journée, qui est toutefois assez onéreuse.
Bien plus économique, le transport en commun par taxi-service
jusqu’à Chtaura et de là, un changement de
véhicule pour Baalbeck. La meilleure affaire serait, au risque
de sacrifier son indépendance, de prendre un tour
opérateur comme Nakhal ou Tania Travel qui propose des forfaits
1 journée incluant Baalbeck et Anjar avec un déjeuner
à Zahlé. Enfin, le Festival de Baalbeck assure, les soirs
de spectacles, des navettes au départ de Beyrouth. |
| > DORMIR |
| L’inoubliable Hôtel Palmyra
(tel: 08 370230) est
une adresse de charme par excellence. Un établissement
centenaire
qui montre amplement son age. Mobilier ancien, lustres, objets de
fouilles,
tentures, la déco n’a pas changé depuis la guerre de
14-18.
Le lobby et les salons sont craquants. Mais l’absence de
rénovation
a son prix: Les escaliers tombent en ruine, les salles de bains
ressemblent
à celle de votre grand-mère et les chambres sont assez
déglinguées. Dormir au Palmyra a quelque chose de
mythique. D’abord, la vue spectaculaire sur les temples romains, qui,
la nuit, sont éclairés juste
pour vous. Si vous n’avez pas la chance de tomber sur une chambre
avec
vue, vous pourrez vous installer dans le petit salon du 1er
étage
(intéressantes peintures modernes sur les murs) ou sur la
terrasse
qui lui est attenante, on a l'air de flotter en l'air. Le Palmyra a vu
défiler
sous son toit un fantastique chapelet de
célébrités
internationales. Si le Kaiser Guillaume II de Prusse n’a pu y
séjourner
(il est venu quelques années avant l’ouverture), l'hôtel a
compté, parmi ses clients, rien de moins que le
Général de Gaulle,
Jean Cocteau, Louis Aragon, Miles Davis, Ella Fitzgerald et Herbert von
Karajan... |
A quelque pas de là se trouve l'Annexe
du Palmyra. Une belle maison transformée en hôtel. Les
cinq chambres ont chacune une déco différente et sont
distribuées autour d'un agréable salon dans lequel vous
pourrez feuilleter des livres anciens posés sur la
cheminée. Nous avons logé dans une des deux chambres
donnant sur les ruines. Elle est ornée
d'une tableau signé Shart représentant des nouveaux
mariés, et, dans la salle de bains, il y a des aquarelles
coquines! A l'Annexe,
vous avec tout le confort moderne qui manque au Palmyra, dans un cadre
magnifique. Chaque objet, chaque meuble, mérite le détour
et semble avoir une histoire. Il y a aussi un adorable patio
ombragé pour prendre
le café.
|
Si vous souhaitez loger à
Baalbeck à moindre frais, de nombreuses pentions se regroupent
dans le quartier. Elles sont les unes plus glauques que les autres,
comme la Pension Jammal, une des plus réputées.
Chambre à 12USD. En revanche, l'Hotel
de la Mémoire, qui se veut chic et luxueux (mais qui
n'est qu'un étalage de mauvais gout et de maladresses) et
à éviter à tout prix.
|
| > MANGER / BOIRE |
| Vous pourrez déguster à
Baalbeck le traditionnel mezzé libanais. Sachez que les
spécialités locales sont la kebbé (viande
hachée et blé concassé) et
la sfiha baalbakié (petites pâtes, comme des mini pizzas,
couvertes de viande hachée aromatisée). |
La salle à manger du Palmyra
a quelque chose de
délicieusement désuet. Le service est assuré par
un
personnel presque aussi vieux que les murs. Jusqu’aux années
1990,
on y trouvait un certain nombre de vétérans de la guerre
de
14-18!. Les amateurs d’art ne manqueront pas cette adresse dont
les
murs sont tapissés de dessins de Jean Cocteau. En
êté,
la jardin de l'hôtel est très agréable. Encore
mieux, celui de l'annexe, situé en retrait est un havre de paix
et de fraicheur. On y sert un des meilleures petits déjeuners du
monde - labné, confiture d'abricots, pain au saj, etc.
|
Notre adresse
préférée est Assyla, juste en face du
Palmyra. L’endroit est composé de deux niveaux. Le niveau
supérieur (au niveau de la rue) est une terrasse sous une
tonnelle, mais c’est le niveau inférieur (descendre par les
escaliers) qui
est vraiment génial. Des fauteuils, des canapés et des
tables
sont installés sur une pelouse juste en face d’une colonnade
romaine
avec un grand arc. On se croirait dans un film de Peter Greenaway
(pensez
à la scène du repas dans Le Ventre de l’Architecte /
The
Belly of an Architect devant le Panthéon, à Rome. Le
coucher
du soleil y est fantastique pour déguster un petit vin blanc ou
un
thé vert, vous y verrez l’astre solaire éclairer à
contre jour les colonnes corinthiennes avant de disparaître
derrière
le Mont Liban (3000 m d’altitude). La nuit c’est encore mieux pour
savourer
un petit mezzé. Outre l’éclairage des monuments antiques,
des
chandelles sont dispersées sur les tables et dans les arbres.
Bref,
c’est un des restaurants-bars les plus romantiques que nous
connaissions. Ouvert uniquement en période de festival, c’est
une adresse glamour qui draine
tous
les people venus prendre l’apéritif avant ou
après le
spectacle.
|
| Pour un mezzé complet dans un
endroit plus populaire, allez dans un de restaurants qui se trouvent
sur le boulevard de Ras el Ain, en centre ville. Ce sont des
guinguettes en bord de rivière, comme on en trouve à
Zahlé et Anjar. Nourriture gargantuesque à prix
modérés et ambiance typique garantis. |
Dans
le prolongement de l'hôtel Palmyra se trouve un petit café
situé en contrebas de la rue, à l'ombre des arbres. Un
jardin agréable pour siroter un café dans les tumultes de
la ville.
|
| > ECOUTER / VOIR |
| Le Festival International de Baalbeck
fut, de 1955 à 1974, un rendez-vous culturel majeur. Maurice
Béjart y présentait, en 1ere mondiale, ses
créations les plus audacieuses. Bob Wilson venait voir Louis
Aragon alors que Sviatoslav Richter, pour beaucoup le plus grand
pianiste du monde, jouait Rachmaninov dans le temple de Bacchus. Sans
oublier les habitués comme Karajan, Fairouz et les frères
Rahbani
et la légendaire Oum Koulsoum. La guerre du Liban (1975-1990) a
mit
un frein aux festivités. Le festival a reprit ses
activités
dans les années 1990. Même si le Liban a bien perdu de son
lustre, et Baalbeck de son glamour, on a eu droit a des soirées
mémorables comme la chorégraphie de Merce Cunningham au
son du muezzin, la Tosca de Puccini avec l’excellent José Cura,
le charisme de Sting ou la
poésie de Fabio Biondi et de sa musique baroque. Le festival se
tient
chaque année en juillet-aout, site internet: www.baalbeck.org.lb |
| > ACHETER |
| Assyla (cité plus haut
sous la rubrique manger /boire, en face du Palmyra) est aussi une
élégante boutique d’artisanat local. On y trouvera de
beaux cafetans, des abayas (robes d’intérieur) des sacs à
main et autres accessoires, ainsi que quelques livres. Les produits
sont de belle qualité et les prix en conséquence. |
| > LIRE |
| Nombreux ouvrages sont
consacrés à Baalbleck: A la découverte de
Baalbeck 1898-1998, Margarete van Ess, ed. Deutsch
Archaologishes Institut, 1998, est un ouvrage récent et
admirablement bien conçu disponible en français, en
allemand et en anglais. Van Ess est également l’auteur, avec
Thomas Weber, du Baalbek. Im Bann römischer
Monumentalarchitektur (en allemand), ed. Philipp von Zabern,
Mainz 2000. La monographie classique sur Baalbeck, Baalbek
heliopolis cite du soleil de Nina Jidéjian, ed. Dar
El-Machreq a été réactualisée en 1999.
Citons enfin le Baalbek, de Laurent Abad (photos) et
Venus Khoury-Ghata (texte) ed. Unesco/Arziates, 1996, un album de
photos n&b. |
LE FESTIVAL
Les programmes du festival sont de très
beaux livres-objets. Ceux d’avant 1975 sont devenus de
véritables collectors qui font la fierté de leurs
propriétaires. Baalbeck, les riches heures du festival,
collectif,
ed. Dar-Annahar, 1994, est un somptueux album retraçant
l’histoire
du festival dans la période d’avant guerre. On y trouve
aussi
une anthologie de textes issus de carnets de voyages des XVIIIe-XIXe
siècles. |
SUR INTERNET
Baalbeck
Online est un excellent site internet (en anglais)
consacré à Baalbeck avec une carte interactive en flash,
des images, un historique, et diverses informations. Baalbeck, une cité romaine du Liban,
un article de Georges Tatte sur la bibliothèque en ligne de
Clio. Al
Mashriq / Baalbek renvoie à des articles, images et
liens consacrés à cette cité. Consultez enfin le
site internet du Festival
International de Baalbeck. |
50 ans de lumière,
galerie de photos du spectacle rendant hommage au festival de Baalbeck.
|
|
|
|
| "Balbek!
Balbek! C’était en effet la merveille du désert, la
fabuleuse Balbek qui sortait toute éclatante de son
sépulcre inconnu, pour
nous raconter des ages dont l’histoire a perdu la mémoire". Alphonse
de Lamartine, Souvenirs, impressions, pensées et
paysages
pendant un voyage en Orient (1832-3) ou Notes d’un voyageur, tome
I,
1835. |
| Baalbeck
est, pour de nombreux routards, le but d’un voyage au Liban, comme le
Taj Mahal peut l’être pour l’Inde. C’est un des sites
archéologiques
les plus spectaculaires du Proche-Orient, les deux autres étant
sans
doute Palmyre et Pétra. Mais, contrairement à ces deux
endroits,
Baalbeck n’est pas un site étendu. On n’y trouve d’ailleurs pas
toutes
ces installations qui fleurissaient dans l’empire romain, thermes,
théâtres et autres commerces disposés le long d’un
cardo (1). Seuls demeurent les temples, confirmant la nature
essentiellement religieuse de la cité. Les lieux sont
consacrés à Baal-Hadad, divinité
phénicienne, aux origines peut être mésopotamienne
voire égyptienne, dédiée au ciel et au soleil.
Comme ils l’on fait ailleurs, les romains n’ont pas manqué pas
de se servir dans le catalogue des cultes des peuples conquis, et de
s’approprier Baal-Hadad qui devint Jupiter Héliopolitain auquel
furent ajoutés deux consorts, Venus et Mercure, pour former la
triade héliopolitaine à laquelle sont
dédiés les temples de Baalbeck. Ce à quoi nous
avons affaire parait donc être une belle affaire de
métissage culturel - et cultuel - comme on en a vu à
l’époque d’Alexandre le Grand (cf. son passage chez l’oracle de
Jupiter-Amon à Sioua et son couronnement à Memphis) et,
plus près de nous, à Palmyre et sa culture hybride, avec,
notamment, son étrange temple de Bel. Ce
phénomène, si étrange qu’il puisse paraître,
faisait un peu l’affaire de tout le monde. Il permettait aux romains de
s’installer durablement dans des territoires lointains en donnant
à des peuples indigènes une certaine liberté de
culte. Le goût des romains pour ces croyances
exotiques dépassait les stricts intérêts
stratégiques puisqu’il allait jusqu’à l’importation -
n’oublions pas, par exemple, l’existence, en plein Rome, d’un culte au
dieu gréco-égyptien Sérapis... |
|
| minuit
à Baalbeck: le temple dit de Bacchus |
| après
un concert de l’ensemble Al Kindi, une nuit de pleine lune |
| Qui
a construit les temples de Baalbeck? Aucun empereur romain ne s’en est
vanté. Une chose est sure, la construction de ce titanesque
ouvrage a du s’étaler dans le temps. Ces temples, situés
hors d’un grand centre urbain, faisaient partie d’un réseau de
sanctuaires que les romains ont parsemé sur les flancs de la
montagne libanaise, du Mont Hermon au Sannine en passant par la Bekaa
(2) et qui était souvent liés à la
fertilité. Ce détail n’est pas innocent, vu le rôle
agricole de certaines contrées (3), et explique la
présence de Venus, déesse de l’amour et de la
fertilité, dans cette histoire. Ces temples, dont certains sont
à des altitudes assez levées, constituent une sorte de
trame, et Baalbeck pourrait en être la pièce
maîtresse. |
- les
hauts et les bas -
Avec
la christianisation de l’Empire Romain, c’est le début de la
fin.
Constantin fait fermer les temples, les transforme en basiliques
chrétiennes, mais ce sont surtout les destructions qui
commencent. Colonnes et autres morceaux prélevés de ci-de
là, images saccagées pour cause de crise iconoclaste,
etc. Viennent ensuite les Arabes, qui transforment le sanctuaire en
place forte militaire tout en se servant aussi dans ce qui est devenu
une carrière de construction. C’est l’abandon, l’oubli, la
ruine. Baalbeck continue toutefois d’exister dans l’imaginaire
collectif par des récits de voyageurs qui ne cessent de vanter
la grandeur des monuments. Au XVIIIe siècle, on commence
à s’intéresser sérieusement tant à l’orient
qu’aux antiquités. David Roberts se rend en Terre Sainte et
réalise à Baalbeck de magnifiques aquarelles tandis que
l’architecte révolutionnaire Etienne-Louis Boullée, qui
possède dans sa bibliothèque des descriptions des
monuments de Syrie (4), s’inspire des proportions du temple de Jupiter
dans la conception de sa Métropole (5). Un siècle
plus tard, la visite du Kaiser Guillaume II de Prusse lance l’aventure
archéologique allemande à Baalbeck, relayée,
à partir des années 1920, par les missions
françaises. Après la seconde guerre mondiale, c’est le
nouvel âge d’or, dans un Liban en plein essor: la naissance du
festival, qui bat son plein dans les années 1960-70 avec Aragon,
Cocteau, Oum Koulsoum, Béjart, Alvin Ailey, Rostropovitch,
Charles Mingus et Joan Baez. C’est aussi la génération
beat, qui lance sur la route des adeptes de Kerouac en quête
d’illumination. Et, sur les chemins de Katmandou, de Kaboul (encore!),
de Bali (déjà!) et de Goa, Baalbeck est une étape
de choix pour les freaks qui ont trouvé un endroit ou l’on fume
de l’herbe comme on boit du rouge
(6). En 1975, la fête est finie, c’est la guerre du Liban.
Baalbeck
est au purgatoire, et doit attendre vingt ans, jusqu’au milieu des
années 1990, pour reprendre sa place sur les itinéraires
du Proche-Orient et retrouver son festival avec son cortège de
stars. |

|
Baalbeck, le temple dit
de Bacchus au lever du jour
|
- on
the
road -
La
route est longue, monotone et ennuyeuse. Des bâtisses
disgracieuses y sont alignées en continuité depuis
Chtaura. Elles alternent avec les panneaux publicitaires, les check
points militaires et le matériel de propagande politique et
religieuse des différentes parties en présence qui
marquent leurs territoires dans la Bekaa. On entre dans les faubourgs
de Baalbeck qui n’annoncent rien qui vaille. Un rond point est
agrémenté d’une reproduction en carton pâte du
Dôme du Rocher de Jérusalem. Au niveau de la bifurcation
de la route de Hermel, une autre curiosité: Des colonnes en
granit rose de provenance romaine, sans base ni chapiteau,
assemblées en cercle. C’est un cénotaphe musulman
nommé Quobbet Douris qui était autrefois couvert d’une
coupole. Et puis, le paysage se dégage. A gauche, on construit
une mosquée recouverte de céramiques colorées.
L’inspiration est visiblement persane. A droite, un panneau marron
indique la direction de la carrière de pierre calcaire qui fut
utilisée par les romains pour dégager les immenses blocs
nécessaires à l’édification des
temples... C’est souvent le premier site que l’on visite à
Baalbeck.
Un immense bloc de pierre taillé est toujours là, comme
suspendu
dans le temps. Son échelle cyclopéenne donne une
idée
de l’ampleur des chantiers de construction dans l’antiquité.
Cette
petite visite, qui rappelle un peu celle de l’Obélisque
inachevé à Assouan, achève de mettre l’eau
à la bouche... |
| On
revient sur la route principale. Sur la droite, les bâtiments se
sont fait plus élégants. Façade
néoclassique pour une banque, et puis, deux belles maisons,
l’Hôtel Palmyra et son annexe. Ce palace décrépi
vieux de 100 ans a vu défiler stars et têtes
couronnées. Nous sommes en face de l’acropole de Baalbeck, le
principal site archéologique, dont on découvre enfin les
fameuses colonnes, celles pour lesquelles on est venu de si loin. On
raconte à cet
effet une drôle d’anecdote: Dans le Beyrouth d’avant 1975, des
chauffeurs de taxi peu scrupuleux embarquaient des touristes
incrédules qui
avaient demandé à aller voir lesdites colonnes. Ils les
promenaient dans les faubourgs de la capitale, puis les ramenaient
devant le Musée National en face duquel ont été
installées les colonnes de la basilique romaine de Beyrouth. (7)
On n’a jamais eu de preuve de
cette histoire mais tout le monde la raconte... |
- venus
et les marchands du temple -
Entrée
du site. Partout des marchands de souvenirs, fixes ou ambulants,
harcèlent les visiteurs, d’où qu’ils viennent pour leur
vendre une bouteille d’eau ou un chapelet. Bref, ça fait un peu
tiers monde, Marrakech ou Agra. Calmons-nous. Direction, les guichets
d’entrée du site.
Les principaux temples sont construits sur une hauteur ou acropole, qui
fut fortifiée par les Arabes. En face de ce complexe se trouve
un
des plus beaux édifices de Baalbeck, le Temple dit de
Vénus.
On ne peut pas le visiter, mais on le voit bien de
l’extérieur. Perché sur podium
précédé de marches, c’est un
petit édifice circulaire animé par une alternance de
colonnes et de niches. C’est un summum du raffinement tant dans la
conception du plan que dans la décoration. |

|
Baalbeck, le temple de
Jupiter au lever du jour.
|
| Au 1er plan, les
gradins du festival, entre les temples de Jupiter et de Bacchus |
- jupiter
et ses six colonnes -
On
arrive à l’escalier par lequel on grimpe pour arriver à
l’enceinte de Jupiter. L’escalier d’origine, qui était
grandiose, fut détruit par les Arabes lors de la fortification
du site. Celui que nous empruntons est moderne. Au sommet des marches,
les propylées déployaient une imposante façade
avec une colonnade et deux tours d’angles,
précédant la cour hexagonale, intéressante pour
son
plan centré assez inhabituel, puis la grande cour. C’est un des
moments
forts de la visite. Cette grande cour bordée de portiques et
d’exèdres
est un génial dispositif scénographique
précédant
le temple lui-même dans lequel se déroulaient les
processions sacrées. La fortification du site a permis à
cet ensemble d’être
relativement bien conservé, ce qui n’est malheureusement pas le
cas
du grand temple de Jupiter. Ce mastodonte architectural fut victime des
aléas de l’histoire et les tremblements de terre. Seules les six
fameuses colonnes, soutenant un fragment d’entablement, tiennent
toujours debout. Et quelles colonnes! Elles sont hautes de 20m et leurs
fûts sont taillés dans un seul bloc de pierre. On peut, en
faisant le tour
du podium qui délimitait le périmètre du
sanctuaire (on voit bien la base des colonnes disparues) se rendre
compte de sa superficie, plus proche de celle d’un terrain de foot que
d’un lieu de culte habituel. La colonnade du temple de Jupiter est
devenue un landmark, la carte postale la plus fameuse du Liban. En
été, elles servent de toile de fond aux spectacles qui se
déroulent dans le cadre du Festival International de Baalbeck.
Herbert von Karajan dirigeant la cinquième de Beethoven, Sting
au meilleur de sa forme, Johnny Hallyday en superproduction, Fayrouz et
le nuits libanaises, Massive Attack plein la figure ... Et le
chorégraphe américain Merce
Cunningham, qui a su faire jouer ses danseurs avec les lieux. Les faire
danser dans l’obscurité, à la seule lueur de la lune,
avec les silhouettes des colonnes comme des gardiens imperturbables, et
supprimer l’accompagnement sonore au moment du chant du Muezzin,
utilisant ce dernier au lieu d’en être dérangé. |
|
| lobby
de l’hôtel Plamyra |
- le
petit (!) temple -
Sur le
flanc gauche du temple de Jupiter Héliopolitain se trouve le
temple dit, sans doute à tort, de Bacchus (8), que les
archéologues nomment ‘petit temple’. Moins gigantesque que
son illustre voisin, il est non moins impressionnant car bien mieux
conservé. Lui aussi doit son salut aux arabes qui le
fortifièrent. Près de son
entrée se trouve d’ailleurs une tour mamelouke. Il est, comme
tous
les temples romains, surélevé, et donc
précédé
d’un escalier monumental. Sa façade principale a perdu son
fronton
mais une bonne partie de la colonnade qui l’entoure est toujours
là.
En faisant le tour du bâtiment, on est tenté de lever les
yeux.
Et de découvrir les reliefs sculptés avec une
iconographie
dionysiaque mais dont les visages ont été
systématiquement
détruits. Erosion ? Non, crise iconoclaste à
l’époque
byzantine. D’ailleurs, le temple de Bacchus fut, un temps,
transformé
en église. L’intérieur est non moins grandiose. On y
accède
par une porte dont le linteau semble sur le point de s’écrouler
sur
nos têtes. Le naos est une vaste salle rectangulaire avec un
décor
de pilastres et de niches sur deux niveaux superposés. Sur les
murs,
des géants semblent avoir laissé des graffitis à
plus
de 4m de haut. Comme à Abou Simbel, le temple de Bacchus
était
ensablé quand il était découvert par les voyageurs
du
XIXe siècle. Comme le voulait la coutume d’alors, ces derniers
laissaient
une trace de leur passage sur ces vénérables pierres.
Acte
qui, aujourd’hui passerait pour du vandalisme. Mais les graffitis du
temple
font partie de son histoire. Le plus fameux de ces voyageurs est le
Kaiser
Guillaume II de Prusse, et une double plaque commémorative de ce
passage
se trouve sur le mur de droite. En voyage dans l’Empire Ottoman,
il
visite Baalbeck en venant de Damas. C’est le coup de foudre. La passion
du
Kaiser pour ces ruines est à l’origine des missions
archéologiques
allemandes à Baalbeck qui ont largement contribué
à
la connaissance et à la restauration du site.
L’archéologie
allemande à Baalbeck se poursuit jusqu’à nos jours. Pour
commémorer
le centenaire de la visite de Guillaume II, un musée fut
inauguré
en 1998. Conçu par l’Institut Allemand d’Archéologie, il
est
magnifiquement installé dans la grande galerie
voûtée
qui se trouve sous la grande cour de Jupiter. Le lieu est
spectaculaire.
Les collections ne sont pas très importantes mais la
muséographie
particulièrement claire et didactique. Les amateurs d’objets de
fouilles
ne sont cependant pas en reste, puisque tout le site est jalonné
de
fragments architecturaux, sculptures, et autres sarcophages... à
l’instar
des deux têtes de lion en contrebas du temple de Jupiter et que
l’on
photographie souvent avec les fameuses colonnes. |
|
- mosquées
omeyyade et mamelouke -
Baalbeck
est un site archéologique exceptionnel. Pas très
étendu, comme Palmyre, mais très impressionnant. Les
temples se trouvent
en bordure de la ville et entretiennent avec celle-ci une curieuse
relation
d’amour haine. Les habitants de Baalbeck reprochent aux organisations
touristiques et au festival d’emmener les gens jusqu’ici mais de
boycotter leur ville. Qui ne manque pourtant pas d’attraits. Juste en
face de l’entrée
du site archéologique, on distingue une curieuse façade
composée de trois travées à doubles pentes. C’est
la mosquée des Omeyyades, un des plus anciens témoignages
de l’architecture
islamique au Liban. Si les la porte des lieux est close, le gardien,
qui
n’est jamais loin, sera ravi de l’ouvrir aux visiteurs.
L’édifice
est conçu, comme les premières mosquées
classiques,
sur le plan de la maison du prophète à Médine,
avec
une cour et une salle de prière composée de trois nefs.
L’influence
des basiliques paléochrétiennes et byzantines et
très
présente. Les colonnes sont des remplois d’édifices
romains
du coin. La mosquée, qui était en ruines, fut
rénovée
dans les années 1990. On devrait plutôt dire reconstruite,
tant
elle parait neuve aujourd’hui. La toiture en bois n’est donc pas
d’origine,
mais on ne peut s’empêcher de la trouver très belle. Un
autre
témoignage intéressant de l’architecture islamique se
trouve
à l’autre bout de la ville, près de la source de Ras el
Ain,
au sud est. C’est une mosquée mamelouke en ruines adossée
à
une colline. On distingue clairement ici aussi, la cour à
portique
et les trois nefs avec arcades. |
|
- les
livres de monsieur h -
Entre
ces deux mosquées, Baalbeck est une ville
particulièrement pittoresque. On pourra flâner sur les
bords de la rivière, prendre
un narguilé dans une des guinguettes de Ras el Ein, faire une
pause
parmi les familles endimanchées dans le jardin municipal, ou
plonger
dans le marché, populaire et haut en couleurs, souvent à
la
rencontre de gens extraordinaires. Et des gens extraordinaires, il y en
a. Demandez ou se trouve la maison de Abdo Mourtada al Husseini
(près du King’s restaurant) et allez lui rendre visite. Ce
monsieur qui doit aligner facilement 85 balais possède une
bibliothèque privée qu compte près de 100.000
ouvrages! Sa maison, de dimensions assez modestes, est un vrai
capharnaüm dans lequel sont entassés des volumes qui
forment naturellement les galeries d’un labyrinthe. Husseini est un
bibliophage, il collectionne tout. Vous trouverez des livres dans
toutes
les langues, du turc au russe, traitant de toutes sortes de sujets
possibles.
Aucun inventaire n’a jamais été dressé de cette
fascinante
collection. D’autres membres de la famille Husseini, une des grandes
familles
de la région, possèdent de magnifiques demeures avec des
jardins
ombragés et de beaux bassins, véritables havres de paix
et
de fraîcheur auxquels vous aurez peut être le
privilège
d’accéder... |

|
Echaffaudages
des gradins du festival de Baalbeck
|
| En
2006, le Festival
International de Baalbeck fêtait son cinquantième
anniversaire. Un grand évènement pour le Liban. Le 25
juin de cette année, les étudiants en 2e année de
l’Ecole des Arts Décoratif de l’ALBA présentaient 50 ans
de lumière, un spectacle libre évoquant l’histoire du
festival, avec la voix de Jean Cocteau «spectateurs!», les
dames en blanc, la sensualité de Oum Koulsom,
représentée par un seul volatile (le rossignol du Caire)
au pied d’un micro sur une scène vide, le comité du
festival – superbes panneaux roulants -, les nuits libanaises –
transposées en manifestation avec des banderoles – et une
Feyrouz monumentale, les maîtres de la musique – une nacelle
spatiale pour Karajan, des déhanchements sexy pour Rostropovitch
- et de la danse – un Alvin Ailey arachnéen dialoguant avec un
Noureev acrobate, un Béjart et ses béjarettes une Carolyn
Carlson toute en baguettes, le jazz – et les dandinements de Ella
Fitzgerald… puis… la guerre, l’interruption du festival, la
scène vide et noire.. pour finir sur la renaissance, le
scintillement des petites lumières… Quelques jours plus tard,
c’est Feyrouz en personne qui devait ouvrir le festival. Après
une soirée réservée aux habitants, de la ville,
c’est un autre type de spectacle en son et lumière qui a
été réservé à Baalbeck et au Liban.
Puisse Baalbeck, assiégée, bombardée,
vidée, retrouver la lumière qui est sienne. |
| (1)
On connaît en fait l’existence d’un théâtre romain
par une maquette en marbre découverte sur le site et
conservée au Musée
National de Beyrouth. Les archéologues pensent qu’il devait se
trouver
à l’emplacement de l’hôtel Palmyra. |
| (2)
cf. Les temples romains au Liban / Roman Temples in Lebanon,
Charles Taylor, ed. Dar el Machreq, 1986. |
| (3)
cf. notre page sur Dougga, en Tunisie. |
| (4)
Boullée possédait dans sa bibliothèque le Voyage
en Egypte et
en Syrie de Volnay (Constantin-François Chasseboeuf,
comte
de), cf. Jean-Marie Pérouse de Montclos, ci dessous. |
| (5)
"La vue
intérieure de ce projet présente une incontestable
ressemblance
avec certaines coupes des relevés du temple de Baalbek, dont
l’ordonnance
à trois vaisseaux couverts de berceaux portant sur des
colonnades
était pour Boullée un exemple très suggestif d’une
combinaison de l’ordre avec un voûtement." Jean-Marie
Pérouse
de Montclos, Etienne-Louis Boullée, ed. Flammarion,
1994, p. 114. Pas évident de savoir de quel édifice
on fait référence. Aucun temple de Baalbeck ne
possède
une ordonnance à trois vaisseaux. Il peut être question de
la
basilique byzantine mais, selon les relevés, il semble que les
voûtes
ne reposaient pas directement sur des colonnes mais sur des arcs. Reste
le la cella du temple dit de Bacchus qui comporte une division
tripartite
et dont l’image aurait put inspirer Boullée. |
| (6)
cf. Underground : L'Histoire, Jean-François Bizot (sous
la direction de), ed. Denoël, 2001, p. 126. |
| (7)
Cette colonnade est devenue un mémorial du soldat inconnu. |
| (8)
Ce temple aurait également été dédié
à
Jupiter Héliopolitain. |
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