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> ALLER / VENIR
Vicence est située entre Vérone (50km) et Venise (70km), en plein coeur de la Vénétie. Elle est desservie par le train qui traverse le nord de l’Italie dans le sens Est-Ouest. La gare est au sud du centre historique, il faut traverser le parc du Champ de Mars pour y arriver. De nombreux bus urbain sont à la disposition du public. Vicence est aussi desservie par un bon réseau autoroutier. Pour les automobilistes, le mieux est de parquer le véhicule dans un parking et de prendre un minibus. Le centre de la ville se parcourt à pied sans problèmes. Pour aller au Monte Berico et à la Rotonda, prendre depuis la gare le bus 8 ou 18. 
Au Teatro Olimpico, on peut acheter la carte "Vicenza, musei et palazzi", permettant d’accéder aux principaux centres d’intérêt de la ville. 
> MANGER / BOIRE
Le centre piétonnier ne manque pas de petits cafés convenables pour prendre quelque chose sur le pouce. L’adresse coup de coeur Baron & baron, c’est l’Antica Offelleria della Meneghina (via Cavour, à deux pas de la Basilica, tel: 0444 323305). Une enoteca, minuscule officine de dégustation de vins du pays. On y sert, comme casse croûte, de savoureux tramezzini, sandwiches au pain de mie  avec diverses garnitures ainsi que d’autres petites spécialités bien d’ici. Malgré son emplacement, l’endroit n’est pas très touristique et s’adresse à une clientèle d’habitués. En plus, les prix sont très doux!
> ECOUTER / VOIR
C’est un grand privilège de pouvoir assister à un concert de musique classique, où à tout autre spectacle, dans le décor fabuleux du Teatro Olimpico. Un festival s’y déroule au mois de juin, et avec un peu de chance, on pourrait tomber sur quelque chose en cours d’année, comme la prestation  historique de la superbe Cecilia Bartoli qui fut diffusée sur Arte. 
> ACHETER
Le shopping se résume au lèche vitrines dans le centre historique, autour de corso Palladio. A propos de ce dernier, sachez que l’on peut trouver les diapositives de l’intégrale de son oeuvre construit édité par le Centro Internazionale di Studi di Architettura Andrea Palladio, au Palazzo Barban da Porto.
Ceux qui sont équipés d’une voiture et qui aiment les antiquités chinoises, tibétaines et vietnamiennes peuvent faire la promenade jusqu’à Brendola, à la Galerie Thais – Antichità d’Oriente (Vie Einaudi 54, tel 0444/490413). Les objets proposés ne sont pas à la portée de toutes les bourses et relèvent plus de l’acquisition réfléchie que du souvenir de voyage, mais on n’est pas obligé d’acheter et la contemplation de ces pièces asiatiques dans la villa Orna est assez dépaysante.
> LIRE
GUIDES & RÉCITS
La Commune di Vicenza  distribue à l’office du Tourisme (en face du Palazzo Chiericati) l’excellente brochure Vicenza Città del Palladio, dans laquelle sont répertoriés tous les édifices qui lui sont attribués. Existe en italien et en anglais, et c’est gratuit dans les deux langues. On peut aussi consulter le site Vicenza la città del Palladio qui couvre les édifices palladiens de la ville et de ses environs. Et puis, un article sur la région: Week-end "Palladio" en Vénétie, Patrick Francès, Le Monde, 11/07/02.
ART & ARCHITECTURE
Encore Palladio! La bibliographie qui lui est consacrée est abondante. Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses. Au haut de l’échelle, le somptueux Palladio, De Venise à la Vénétie, Paolo Marton, Bruce Boucher, chez Citadelles & Mazenod. Moins monumental mais très bien présenté est le Andrea Palladio de Pino Guidolotti, Howard Burns, Flammarion. On peut trouver, avec un peu de chance le petit livret, Palladio le théâtre olympique, A. Beyer, Adam Biro. 
Enfin, pour sortir un peu de Palladio, le Palazzo Leoni-Montanari distribue un excellent livret: Collection d'Icones Russes: Notes didactiques et parcours de l'exposition, en français et gratuit.
SUR INTERNET
Le site officiel de la Commune di Vicenza, uniquement en italien et assez médiocre. Plus agréable est celui du Palazzo Montanari. Citon enfin le Centro Internazionale di Studi di Architettura Andrea Palladio, Vitruvio.ch Teatro Olimpico: plans, section et liens, et l'Accademia Olimpica, propriétaire du fameux théâtre du même nom.
Vicence est un lieu de pèlerinage. Non que les fidèles s’y rendent pour assister à quelque miracle. Non, Vicence est un lieu de pèlerinage pour deux catégories socioprofessionnelles: les architectes, qui viennent se prosterner devant les oeuvres de Andrea Palladio, et les bijoutiers qui s’y rendent trois fois par an pour participer à Vicenza Oro, la 1ere foire de bijouterie –  joaillerie d’italie. Sachant qu’un Baron est architecte, et l’autre bijoutier, pas étonnant que cette ville figure sur nos parcours. La foire de bijoux de Vicence ne s’adresse qu’au professionnels, et malgré tout l’intérêt qu’elle présente, c’est plutôt de Palladio que nous allons parler. Difficile d’imaginer Vicence sans Palladio, tant son oeuvre y est omniprésente. 
- palais palladiens - 
Piazza de Gasperi, non loin de la gare et du Campo Marzo. Il y a là un petit parc, le Giardino Salvi, traversé par un canal. On y voit, depuis l’entrée la façade classique de la Loggia Valmarana (photo ci-dessus). Construite à la fin du XVIe siècle par un architecte non identifié, cette petite structure sur l’eau illustre merveilleusement la l’adaptation du style palladien*, style qui va se diffuser en Europe et dans ses colonies jusqu’au XIXe siècle. C’est un goût inspiré de l’Antique, une quête de formes idéales, mais aussi un art de la mise en scène, un décor de théâtre en plein air. Une autre loggia de ce type fut construite à l’autre extrémité du parc par Baldassare Longhena, architecte du XVIIe siècle. 

- palais palladiens (encore) - 
Non loin de Piazza de Gasperi, la Piazza Castello, avec le donjon médiéval. Et, en face, une chose très étrange. Une façade de palais qui semble avoir été tronquée. C’est le Palazzo Porto Breganze, conçu par Palladio et construit par Vincenzo Scamozzi au début du XVIIe siècle. Seules deux des cinq travées initialement prévues furent réalisées. La vision est d’autant plus étrange que ces deux travées sont cernées par de gigantesques colonnes corinthiennes posées sur d’interminables bases. Palladio est visiblement influencé par Rome, tant la Rome Antique que celle de Michelange. On retrouve l’usage alterné des frontons triangulaires et cintrés qui, dans ce cas est très bizarre puisqu’il fonctionne uniquement sur une paire!  De l’autre côte de la place, à l’ange du corso Palladio, se trouve une construction un peu plus orthodoxe, le Palazzo Thiene – Bonin Longare, avec une façade très monumentale composée d’une superposition de deux niveaux de colonnes corinthiennes. Ce palais n’est pas à confondre avec le Palazzo Thiene - tout court – situé sur la contrà San Gaetano Thiene. Ce dernier, aujourd’hui une banque, a une histoire assez compliquée. Publié par Palladio dans ses Quatre Livres d’Architecture, il aurait été dessiné par Giulio Romano. On retrouve en tout cas le goût de ce dernier pour les bossages et les surfaces assez déconstruites. Qui plus est, le Palais Thiene est double. A la façade maniériste citée plus haut répond, du coté opposé, une autre façade, réalisée à la fin du XVe siècle par Lorenzo da Bologna et couverte de fresques. Vous suivez? Non? Reprenons: il y a à Vicence deux palais Thiene, le 1er attribué à coup sur à Palladio mais qui ne s’appelle plus Thiene, le second qui est en fait deux palais (donc on arrive à trois) et ou le rôle de Palladio n’est pas très clair. Pause. Allez au Palazzo Barban da Corso, contrà Porti, juste à coté du dernier Palais Thiene. Contrairement aux autres, ce palais de Palladio est ouvert à la visite. Admirablement rénové, il abrite le centre de recherche dédié à l’architecte. A l’étage, on peut voir une exposition de maquettes de ses oeuvres. Au rez de chaussée, de part et d’autre du portique d’entrée, ne pas manquer la Salle de Minerve et la Salle de l’Horoscope, décorées de fresques et de stucs.


 - autour de  la piazza dei signori -
Assez de palais. Petite promenade sur Corso Palladio, avec ses façades de palais (pardon), ses boutiques élégantes, ses cafés, ses marchands de glace. En contrebas de cette belle rue qui traverse le centre de Vicence, se trouvent la Piazza del Duomo, avec l’ancienne cathédrale de la ville, dans la crypte de laquelle on vient de faire des fouilles archéologiques, et la Piazza dei Signori. Piazza dei Signori est la plus grande place de Vicence, son coeur historique. Tous les symboles politiques y trônent: le campanile, ou Torre de Piazza, haut de 82 m. Les deux colonnes portant le lion de Saint Marc. La Loggia del Capitano, siège du conseil municipal, oeuvre assez tarabiscotée de Palladio. Et enfin la gigantesque Basilica Palladiana. La plus grande chose érigée par l’architecte. Ce n’est pas un lieu de culte mais un palais communal dans la continuité des basiliques civiles érigées par la Rome Impériale. Palladio a conçu une structure à deux étages entourée d’une galerie à serliennes** (photo ci-dessus). Très imposant, pas vraiment gracieux, mais vaut la visite pour découvrir, au 1er étage, la salle du Conseil des Quatre Cent. Immense, spectaculaire, renversante, couverte d'une toiture en charpente de bois. On y installe parfois des expositions temporaires (photo ci-dessous).  


- palladio encore et toujours-
Au bout du Corso Palladio, la promenade s’achève avec deux des plus belles réalisations de Palladio: le Teatro Olimpico, et le Palazzo Chiericati. Commandé par l’Accademia Olimpica, le Teatro Olimpico est le premier théâtre couvert de l’histoire. Construit en hémicycle, comme les théâtres antiques, il comporte un décor permanent monumental  en arc de triomphe avec 3 ouvertures donnant sur cinq perspectives. Palladio a mis en scène un système illusionniste très sophistiqué, mettant en application ses théories, ainsi que celles de Sebastiano Serlio, sur la construction d’un espace scénique en profondeur. Entièrement en bois, ce lieu est incontestablement le plus impressionnant de Vicence. Le Palazzo Chiericati, en face,  est le dernier palais construit par Palladio, mais aussi un des plus séduisants. L’architecte a admirablement joué avec les pleins et les vides. Au-dessus du portique du rez de chaussée, il a installé une salle fermée au milieu du 1er étage, jetant les loggias ouvertes vers les deux coins de la façade. Le palais Chiericati abrite la Pinacoteca Civica de Vicence, galerie de peinture de la ville. Les salles occupent le 1er étage, le piano nobile, avec un très intéressant tableau de Anthony Van Dyck, les Quatre Ages de l’Homme, une oeuvre sombre et philosophique qui n’annonce pas les portraits d’apparat qui vont faire la célébrité de ce peintre flamand. Autre peinture nordique, la Crucifixion de Hans Memling, panneau central d’un triptyque démembré, est une des oeuvres les plus importantes de la collection, accrochée dans une petite salle du rez de chaussée, à droite de la caisse. 

- y a-t-il une vie après palladio ? -
Peut-on voir quelque chose qui n’ait rien à voir, ni de près, ni de loin, avec Andrea Palladio? La ville existait bien avant lui. Preuve en est, les façades de palais gothiques vénitiens que l’on trouve un peu partout dans le centre historique comme le Palazzo Colleoni Porto (XVe siècle) en face du Palais Thiene. Non loin de là, allez faire la promenade du coté de Santa Corona. La vaste église dominicaine abrite les deux plus belles peintures de Vicence. Une Adoration des Mages de Véronèse (dans une chapelle à droite depuis l’entrée). Ambiance orageuse, voire tourmentée, dans laquelle Veronese a joué avec brio sur les tons de bleu. En face de ce chef-d’oeuvre se trouve une autre merveille, le Baptême du Christ de Giovanni Bellini. Oeuvre de maturité, elle est composée dans un paysage avec d’admirables tonalités de couleurs. On ressent toute la sensibilité à la nature et à la lumière que l’inventeur de la peinture moderne a su mettre en image (photo ci-dessous, détail).  



 - du coté des musées -
Sur la même rue que Santa Corona, deux musées offrent leurs portes aux visiteurs: Le Museo Naturalistico-Archeologico di Santa Corona (mardi-dimanche, 9h-17h), avec au rez de chaussée, des vestiges romains de la région. Belles mosaïques dans la salle de droite, et à l’étage des salles d’histoire naturelle à l’intention des groupes scolaires. Juste en face se trouve le Palazzo Leoni-Montanari (vendredi-dimanche 10h-18h). Un somptueux palais baroque rénové avec beaucoup de style. Tout cela est très chic. Scénographie et éclairage admirables, du vrai design italien contemporain. On y visite des salles consacrées à l’art du XVIIIe siècle autour d’un important noyau de toiles du Vénitien Pietro Longhi, et une très importante collection d’icônes russes. 

- palladio pour finir en beauté -
Mais il y a quelque chose qui manque, n’est-ce pas? Nous avons évoqué le Teatro Olimpico, les palais, la Basilica, mais il y a autre chose encore. Un chef-d’œuvre de l’architecture, une structure parfaite, idéale. La Villa Americo Capra, plus célèbre sous le nom de la Rotonda. La plus palladienne des réalisations de Palladio. Celle qui exprime, par excellence, l’application des théories humanistes et néoplatoniciennes, de l’équilibre et de la beauté, de l’harmonie et de l’intégration à la nature. Bref, tous les idéaux de la renaissance sont concentrés dans cette villa de Palladio. Le goût de l’antique, avec ses façades à colonnes ioniques soutenant des frontons. Le goût de l’arithmétique, avec sa composition centrée et symétrique. La Rotonda est articulée autour d’une rotonde centrale avec quatre façades résolument identiques donnant chacune sur un des 4 points cardinaux. Elle est spectaculaire, théâtrale, unique. Les voyageurs romantiques en ont rêvé, les aristocrates britanniques l’ont reproduite dans la campagne anglaise, les rationalistes ont echaffuadé a son sujet des théories, Joseph Losey y a réalisé son Don Giovanni. Bref, cette villa est du pur culte. Encore faut-il pouvoir la visiter. Non qu’elle soit inaccessible: Le bus 8 y mène depuis la gare en un quart d’heure. Mais elle n’est ouverte au public que les mercredis (10h-12h, 15h-18h) pour les jardins et l’intérieur, les mardis et jeudis (même horaire) pour les jardins uniquement, du 15 mars au 15 octobre. Il y a de quoi hurler au scandale!

- autour de la Rotonda -
La promenade sur les collines de Vicence qui aboutit à la Rotonda passe par d’autres lieux dignes d’intérêt: la Basilica Monte Berico, un lieu de pèlerinage qui possède, à l’extérieur, une magnifique vue sur Vicence, et à l’intérieur la Cène de Saint Grégoire le Grand, une des grandes toiles de repas de Veronese – les autres étant les Noces de Cana au Louvre, le Repas chez Simon le Pharisien à Versailles et le Repas chez Levi à l’Accademia. L’autre grande attraction du coin, sur la route de la Rotonda, c’est la villa Valmarana ai nani, somptueuse, dont les salons sont tapissés de fresques de Giambattista Tiepolo sur des thèmes littéraires et épiques de la Renaissance. Le grand art baroque dans toute sa splendeur. 

* par Palladien, nous entendons tant les édifices conçus par Palladio que ceux qui en sont inspirés. 
** Serlienne: Ouverture centrale à arc flanquée de deux ouvertures latérales plus étroites couvertes d’un linteau. Ce terme est un dérivation du nom de Sebastiano Serlio, un des grand théoriciens de l’architecture.
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