| > ALLER / VENIR |
| La Galerie de l’Accademia se trouve à Dorsoduro, en face
du pont du même nom. Le piéton qui vient depuis San Marco ou
Rialto se contentera de suivre les flèches “Accademia”. Vaporetto
lignes 1 et 82, arrêt “Accademia”. |
| Le musée est ouvert tous les jours de 9h à 19h,
jusqu’à 14h les jours fériés. |
| > DORMIR |
| L’aménagement du musée laisse à désirer.
Certaines grandes salles sont dotées de banquettes, en revanche, par
les jours de chaleur, la climatisation fait cruellement défaut. Les
toilettes sont dans un état de délabrement assez avancé. |
| > BOIRE / MANGER |
| L’Accademia n’est pas doté de cafétéria.
Ceux qui veulent se restaurer devront prendre un verre à l’extérieur. |
| > ACHETER |
| La boutique-librairie se trouve au 1er étage, en plein
parcours. Pas très bien achalandée. Le kiosque en face de l'entrée
vend les diapos Scala des maîtres italiens. |
| > LIRE |
| Electa édite un excellent guide de l’Accademia, disponible
en plusieurs langues. Pour plus d'ouvrages sur la peinture vénitienne,
consultez notre page sur Venise. |
INTERNET
Néant |
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| L’Accademia est
le temple de la peinture vénitienne. On y trouve des oeuvres majeures
des plus grands maîtres qui ont vécu ou travaillé dans
cette ville. On y trouve d’ailleurs que de la peinture vénitienne.
Rien des autres écoles (lombard, florentine... et encore moins étrangères!).
Les galeries se trouvent toutes au 1er étage d’un bâtiment construit
autour d’une ancienne Scuola, et dont l’état des aménagements
est aujourd’hui franchement inquiétant. |
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| De la première
salle, consacrée au Trecento (1) et ses peintures sur fond d’or, nous
proposons de faire le parcours, qui est en boucle, à l’envers. En
prenant sur la gauche, on entre dans la salle XXIV avec l’immense Présentation
de la Vierge au Temple de Titien. Ce tableau peint en milieu de carrière
de l’artiste n’est certainement pas sa composition la plus séduisante.
Elle comporte toutefois de beaux détails et une palette de couleurs
assez riche. Et puis, les amateurs d’architecture apprécieront la pyramide,
qui rappelle celle de Caius Sextus à Rome. La Présentation a
été peinte pour la Scuola di Santa Maria della Carita, dont
les lieux ont été englobés par l’Accademia. La toile
n’a pas déménagé, mais a entre-temps subi une amputation,
puisqu’on y a percé une porte! La salle est en escalier, ce qui permet
de se positionner à la même hauteur que les figures, ce qui
est assez rare pour une peinture de ces dimensions. Après cet escalier,
on tourne sur la droite pour trouver un des points forts du parcours: la
Légende de Sainte Ursule de Carpaccio. |
| Ce cycle de huit
toiles est un parfait exemple des peintures de scuole dans la Venise de la
fin du XVe s (cf. La Scuola di San Giorgio degli Schiavoni, dans notre page
sur Venise). Le thème de la vie de Sainte Ursule, tiré de la
Légende Dorée, était très
à la mode. Il fut également traité en Europe du Nord,
avec, notamment, la célèbre Chasse de Hans Memling (2).
Les oeuvres sont accrochées dans le sens de la chronologie et se lisent
en séquence. La première, l’Arrivée des Ambassadeurs
à la Cour du Roi de Bretagne est une des plus complexes. Carpaccio
y a découpé l’espace, à partir d’une loggia couverte
ou se déroule la scène principale, avec, sur la droite la chambre
à coucher d’Ursule, précédée au premier plan
par une vielle assise sur un escalier dans la rue. Enfin, l’arrière
plan général est une vue urbaine inspirée de Venise
(canaux, costumes, architectures...) avec un tempietto à plan centré.
La seconde scène, le Départ des Ambassadeurs (ci-dessus,
détail), n’est pas moins admirable, avec cette estrade géométrique,
le jeu de lumière sur les marbres, et les détails scéniques
tel le secrétaire du roi écrivant l’acte de mariage. Dans la
Rencontre des Fiancés, le décor est franchement
insolite et inquiétant: Montagnes abruptes, architectures tourmentées,
navire échoué. Tous ces éléments présagent
sans doute des funestes épisodes qui suivent... Le génie de
Carpaccio dans les peintures de scuole est aussi présent dans Le Miracle
de la Relique de la Sainte Croix qui se déroule en plein Venise,
près du pont du Rialto (qui était alors en bois). Carpaccio
exprime avec bonheur toute l’agitation urbaine des passants et des gondoles,
le linge qui pend aux fenêtres, le tout sur un ciel crépusculaire.
A voir dans la salle XX en compagnie d’œuvres de Gentile Bellini sur le même
thème. |
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| Après les
peintures de scuole se trouvent, de part et d’autre de la galerie orientale,
les salles XI-XVIII, dans lesquelles sont accrochées les peintures
des XVIIe-XVIIIe siècle, avec quelques beaux Tiepolo et des vedute
de Canaletto, Guardi et autres Marieschi. On notera aussi une petite salle
consacrée aux portraits de Tintoret. Moins spectaculaires que ses grands
formats, ils sont néanmoins dotés d’une grande force expressive
(3). |
| Nous arrivons aux
salles X-XI, les plus grandes du musée, dans lesquelles se bousculent
des oeuvres majeures. Commençons par cette longue peinture en partie
ruinée de Giambattista Tiepolo, le Serpent d’Airain. Saisissante
tant par son format inhabituel que par son état qui laisse l’impression
qu’elle fut victime de lacération. On peut aussi délirer et
imaginer qu’elle fut retravaillée par Jackson Pollock. Du même
Tiepolo sont les fragments de fresques accrochées aux angles, avec
des personnages appuyés à une balustrade... (ci-dessus, détail) |
|
| Véronèse
est représenté par une théâtrale Annonciation
dont les protagonistes sont insérés dans une architecture qui
n’a plus rien de domestique, et, un encore plus théâtral Repas
chez Lévi. Cette immense peinture est un des repas dont Véronèse
est passé maître (cf. les Noces de Cana au Louvre, la
Cène de Saint Grégoire le Grand au Monte
Berico à Vicence et le Repas chez Simon le Pharisien à Versailles)
et non des moindres. D’abord à cause (ou grâce à) du spectaculaire
décor architectural: Veronèse a installé les convives
dans une loggia ouverte par trois arches et précédée
d’un escalier monumental sur un fond d’architectures qui rappelle les décors
de scènes conçus par les architectes Serlio et Palladio (cf.
notre page sur Vicence). L’oeuvre devait initialement s’appeler la Cène,
ce qui était difficilement crédible, tant au niveau de la scénographie,
que celui du nombre très important de figures. Véronèse
dut d’ailleurs comparaître devant un tribunal de l’Inquisition qui
lui reprocha la présence d’"hérétiques" (hallebardiers
allemands, qu’ont pourrait interpréter soit comme protestants, soit
comme membres des armées de Charles Quint qui participèrent
au Sac de Rome en 1527) et d’"infidèles" (turcs enturbannés).
L’Artiste répondu, pour sa défense, que les peintres étaient
comme des bouffons et autres gens du cirque, qu’ils travaillaient selon leur
fantaisie... (4) |
| Grand contemporain
et rival de Véronèse, Tintoret est représenté
dans ce temple de la peinture vénitienne par deux chefs-d’œuvre retraçant
l’histoire de Saint Marc: Le Miracle de l’Esclave, qui a contribué
à la célébrité du peintre, est aussi conçu
comme une scène de théâtre. Mais quel drame! Alors qu’une
foule, ramassée sur un plateau assez étroit, s’agite autour
d’un esclave qui gît au sol, Saint Marc, tel un super héros
de B.D., plonge tête la première! Tintoret n’a pas hésité,
comme Véronèse, à diversifier ses types de figures,
mais la foule ici semble plus ‘populaire’. L’Enlèvement du Corps
de Saint Marc, alors promis au bûcher, se déroule dans une
espèce de boite très profonde (5) avec un ciel orageux multicolore
et des ombres fantomatiques s’échappant sur le coté gauche
(6). Autre oeuvre franchement étonnante du même Tintoret, la
Création des Animaux (ci-dessus, détail),
avec un Dieu le père volant dans les airs en formation avec une flotte
de volatiles et de poissons! |
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| La Pietà
(ci-dessus, détail) est la dernière oeuvre de Titien. Peinte
en 1576, elle resta inachevée alors que le maître, âgé
de 86 ans, fut emporté par la peste. Elle reste son testament pictural.
On y retrouve cette gamme de couleurs sombres et ce traitement pictural très
rapide, qui tend à se dématérialiser, propre à
ses oeuvres tardives. Les deux grandes statues ou cariatides et la niche
en pierre de taille qui cadrent la composition semblent évoquer le
style monumental de Michel-Ange, maître avec qui Titien partagea le
leadership de la scène artistique italienne du XVIe siècle.
Un hommage à son aîné? sans doute. Tout comme la mosaïque
dorée, qui figure un pélican, de la niche est un hommage à
Venise, ses couleurs, et surtout les mosaïques byzantines de la Basilique
Saint Marc. Le pélican est symbole de résurrection et Titien
s’apprête à mourir. Outre le choix du thème de la Pietà,
qui est une oeuvre personnelle, ce qui est rare dans la peinture religieuse
de grand format, Titien a introduit, dans un coin, un petit tableau
dans lequel il est représenté, avec son fils, en train de prier
la Vierge. Qui plus est, on croit reconnaître ses traits dans le vieillard
au pied du Christ mort. Que d’émotions! |
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| Dans les
salles qui suivent (II, III, VI, VIII), on pourra admirer la lumineuse Pala
San Giobbe de Giovanni Bellini et l’énigmatique Portrait d’Homme
de Lorenzo Lotto, image sombre et triste tout en largeur d’un homme inquiet
plongé dans ses paperasses. Et puis, il faudrait enfin terminer le
parcours sur les salles IV-V, petites et tamisées. Encore de beaux
Bellini, dont les Quattre Allégories de la Prudence (ci-dessus,
détail), minuscules et délicieuses. Et puis, Andrea Mantegna,
beau-frère et mentor de Giovanni Bellini, avec très sérieux
Saint Georges. Non loin de là, une autre légende
du XVe siècle, Piero della Francesca, le peintre d’Urbino, avec un
très étrange Saint Jérôme avec un dévot,
ou dominent des couleurs verdâtres et un regard perçant et difficile
à oublier. |
| Pour finir sur
une des peintures les plus mythiques et les plus mystérieuses qui
soient, la Tempête de Giorgione. Première constation,
le tableau est de dimensions raisonnables, surtout par rapport aux oeuvres
citées plus haut. Et pourtant il interpelle. Tant par le regard insistant,
et pourtant très clame, de la femme, que par son harmonie chromatique.
Mais que se passe-t-il? Qu sont ces gens? D’une part, cette femme nue allaitant
un enfant à l’extérieur d’une ville, de l’autre un hallebardier.
Entre les deux, un cours d’eau... Sujet mythologique? philosophique? érotique?
Le mystère de cette tempête, dont on voit l’orage percer le ciel
reste entier, et contribue au degré de fascination que dégage
cette toile, peut être la plus belle de Giorgione. |
| (1) XIVe siècle. |
| (2) Hans Memling,
Peintre flamand d'origine allemande (Seligenstadt, près de Mayence,
v. 1435-1440 — Bruges, 1494), un des grands maîtres de la renaissance
en Europe du Nord. |
| (3) Une exposition
a été consacrée en 1994 aux Portraits de Tintoret à
Venise et Vienne. Le très beau catalogue (en italien) était
édité chez Electa. |
| (4) Le compte rendu
de cette affaire est reproduit dans l’excellente Chronique de la Renaissance
Italienne d’André Chastel. |
| (5) On sait que
Tintoret construisait des maquettes en forme de boite dans lesquelles il installait
des figurines en cire pour composer ses tableaux. |
| (6) Le pendant
de ce tableau est la Découverte du Corps de Saint Marc conservée
au musée de la Brera à Milan (cf. notre page sur cette ville). |
| 2002 - 2004, Galleria dell'Accademia (photos),
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